Israël-Palestine : les mots de la guerre 2/18 · La bande de Gaza, 75 années de blocages
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« Gaza, avant 1948, avant la guerre de 1948, c'était une toute petite portion de la Palestine, un sous-district qui n'avait pas véritablement de rôle, ni dans la vie socio-économique de cette zone, ni dans la vie politique. »
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« La bande de Gaza, telle qu'elle existe aujourd'hui, est le résultat, en fait, de la ligne d'armistice entre Israël et l'Égypte, au terme de cette guerre d'indépendance d'Israël. »
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« Le partage de 1947 avait établi deux zones, un destiné à un futur État d'Israël, et une autre destinée à un futur État arabe. »
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« La zone sud de ce territoire de Palestine était bien plus large, qui incluait le Negev en grande partie. »
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« Il n'a pas de site religieux ou historique auquel les Juifs seraient attachés. D'où aussi un bien moins grand intérêt des Israéliens pour la bande de Gaza. »
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« C'est 370 km². »
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« La bande de Gaza, avec aujourd'hui à peu près 2 300 000 Palestiniens qui vivent dessus, donc une densité extrêmement forte. »
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« En 1948, elle est peuplée seulement de 80 000 résidents. »
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« Avec l'exode provoqué par la guerre de 1948, il y a 180 000 réfugiés qui viennent submerger les résidents de Gaza. »
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« Ce que l'Unroi, l'Agence des Nations Unies, qui prend en charge les réfugiés depuis 1949, qui a aidé à construire ce que l'Unroi appelle des abris, c'est-à-dire des mesures assez sommaires, avec un parpaing et puis un toit de tôle. »
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« Sur donc des camps, il y a huit camps de réfugiés dans la bande de Gaza. »
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« En 1967, il y a la guerre des six jours. Israël occupe de nouveaux territoires, à savoir notamment parmi lesquels la bande de Gaza et la Cisjordanie. »
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« Les Israéliens vont pouvoir écouler aussi leurs marchandises à Gaza, faire une concurrence très dure pour cette industrie. »
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« La bande de Gaza ne peut pas commercer avec le reste du monde arabe. Elle n'a plus de commerce avec l'Égypte. Et progressivement, 90% des importations vont venir d'Israël. »
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« En 1992, à la veille des accords d'Oslo, il y avait plus de 100 000 Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza qui allaient travailler en Israël. »
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« Progressivement, Israël cherche à remplacer la main-d'œuvre palestinienne, qui était pour Israël une main-d'œuvre bon marché, par des travailleurs venus de l'extérieur. »
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« Depuis 1993, Israël a considéré très vite que Gaza était le territoire le plus problématique, parce que Gaza est surpeuplé, avec une démographie galopante. »
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« Pendant la première intifada, la bande de Gaza, il y a un couvre-feu qui est quotidien, de 21h, à 5h du matin, il y a un couvre-feu tous les jours. »
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« Au moment où les accords de paix sont mis en place, presque aucun gazawite ne peut sortir de la bande de Gaza, que ce soit vers Israël ou que ce soit vers l'Égypte. »
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« Depuis 2007, c'est l'année où le Hamas chasse par la force le FATA et prend le contrôle de la bande de Gaza. »
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« Le Hamas, qui n'est pas reconnu par la communauté internationale comme interlocuteur, qui n'est pas reconnu non plus par Israël comme interlocuteur, a subi un boycott et un blocus, un double blocus. »
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Hors série, les matins de France Culture. Israël-Palestine, les mots de la guerre. Aujourd'hui, Gaza.
Laetitia Bucaille, vous êtes professeure de sociologie politique à l'INALCO, chercheuse au CESMA et membre de l'Institut Universitaire de France. Votre dernier livre est un livre collectif « Désir d'Islam » aux presses de Sciences Po. Qu'est-ce que Gaza ?
Alors, Gaza, avant 1948, avant la guerre de 1948, c'était une toute petite portion de la Palestine, un sous-district qui n'avait pas véritablement de rôle, ni dans la vie socio-économique de cette zone, ni dans la vie politique. La bande de Gaza, telle qu'elle existe aujourd'hui, est le résultat, en fait, de la ligne d'armistice entre Israël et l'Égypte, au terme de cette guerre d'indépendance d'Israël. Et donc, ce qui était normalement dessiné pour qu'il y ait un État arabe de Palestine, le partage de 1947, avait établi deux zones, un destiné à un futur État d'Israël, et une autre destinée à un futur État arabe.
La zone sud de ce territoire de Palestine était bien plus large, qui incluait le Negev en grande partie. Et donc, Gaza est vraiment une toute petite portion de territoire qui est amputée, justement, de cette zone qui était, notamment, agricole à ses côtés.
On imagine que cette zone est une zone particulièrement riche sur le plan historique, avec beaucoup de vestiges, beaucoup d'éléments archéologiques.
Oui, alors c'est vrai que l'archéologie a suscité un regain d'intérêt ces derniers temps. Mais alors, contrairement à la Cisjordanie, notamment, la bande de Gaza n'a pas de site significatif pour les Juifs. Il n'a pas de site religieux ou historique auquel les Juifs seraient attachés. D'où aussi un bien moins grand intérêt des Israéliens pour la bande de Gaza, qui est donc un territoire très exigu, la bande de Gaza, cette bande côtière, qui donne sur la mer Méditerranée, mais qui fait à peu près 40 km de long, sur au maximum 10 de large. C'est 370 km². La bande de Gaza, avec aujourd'hui à peu près 2 300 000 Palestiniens qui vivent dessus, donc une densité extrêmement forte.
Et ce qui caractérise aussi la bande de Gaza, c'est qu'en 1948, elle est peuplée seulement de 80 000 résidents. Et avec l'exode provoqué par la guerre de 1948, il y a 180 000 réfugiés qui viennent submerger les résidents de Gaza. Donc aujourd'hui, la bande de Gaza est peuplée aux trois quarts de réfugiés ou de descendants de réfugiés.
On imagine dès lors qu'il y a eu une véritable métamorphose de ce territoire, Laetitia Bucaille.
Oui, tout à fait. Alors un territoire qui est submergé par l'afflux de ces réfugiés, avec tous les problèmes qui se posent en termes d'accueil. Donc il y a eu des camps qui ont été construits. Donc d'abord, ce sont des tentes. Et puis ensuite, ce que l'Unroi, l'Agence des Nations Unies, qui prend en charge les réfugiés depuis 1949, qui a aidé à construire ce que l'Unroi appelle des abris, c'est-à-dire des mesures assez sommaires, avec un parpaing et puis un toit de tôle. Sur donc des camps, il y a huit camps de réfugiés dans la bande de Gaza. Alors là, la densité est encore plus forte dans ces camps de réfugiés. Il y a des ruelles extrêmement exigues qui traversent les camps de réfugiés.
Et donc aussi, ce qui se passe, c'est qu'économiquement, bien sûr, toute l'activité économique est bouleversée. C'est un territoire qui, économiquement, se développe assez peu sous l'administration égyptienne, mais qui néanmoins a une petite industrie, une activité agricole, une activité notamment d'agrumes qu'ils exportent vis-à-vis de l'Égypte. Et les choses vont encore changer en 1967. En 1967, il y a la guerre des six jours. Israël occupe de nouveaux territoires, à savoir notamment parmi lesquels la bande de Gaza et la Cisjordanie. Et à partir du moment où la bande de Gaza passe sous contrôle d'Israël, il y a des gros bouleversements économiques.
Parce que petits territoires, dépourvus de ressources propres, si ce n'est cette agriculture d'agrumes, cette petite industrie, mais qui vont subir la concurrence très rude en provenance d'Israël. Parce qu'Israël a bien sûr une industrie qui est beaucoup plus développée. Les Israéliens vont pouvoir écouler aussi leurs marchandises à Gaza, faire une concurrence très dure pour cette industrie. Et ce qui va se passer, c'est que la bande de Gaza va devenir extrêmement dépendante d'Israël économiquement. La bande de Gaza ne peut pas commercer avec le reste du monde arabe. Elle n'a plus de commerce avec l'Égypte. Et progressivement, 90% des importations vont venir d'Israël.
Aujourd'hui, on voit un territoire qui est extrêmement urbanisé et qui est essentiellement dépendant de l'aide économique internationale.
Oui, tout à fait. Ce qui aussi a permis aux Gazaouites d'élever leur niveau de vie pendant l'occupation israélienne, c'est le fait d'aller travailler en Israël. Il faut savoir qu'en 1992, à la veille des accords d'Oslo, il y avait plus de 100 000 Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza qui allaient travailler en Israël. Pourquoi est-ce qu'ils allaient travailler en Israël ? Même s'ils avaient des diplômes, ils allaient travailler sur les chantiers israéliens, dans l'industrie pour des emplois non qualifiés, c'est parce qu'ils avaient des salaires bien plus élevés que chez eux. Et donc, ça permettait à tout un tas de personnes de vivre, surtout à Gaza et en Cisjordanie.
Alors, les accords d'Oslo ont bouleversé tout cela, puisque progressivement, en même temps que les accords de paix sont signés, il y a une fermeture d'Israël au territoire palestinien. Et progressivement, Israël cherche à remplacer la main-d'œuvre palestinienne, qui était pour Israël une main-d'œuvre bon marché, par des travailleurs venus de l'extérieur.
Aujourd'hui, il y a deux checkpoints qui permettent de sortir de Gaza, l'un vers Israël, l'autre vers l'Égypte.
Alors, en réalité, il y en a d'autres, mais ce qui caractérise la bande de Gaza depuis très longtemps, depuis 1993, c'est la fermeture de Gaza. L'expression consacrée, c'est de parler de prison à ciel ouvert. C'est vrai que, depuis 1993, Israël a considéré très vite que Gaza était le territoire le plus problématique, parce que Gaza est surpeuplé, avec une démographie galopante. Gaza, c'est les classes dangereuses, en quelque sorte. L'intifada, la première intifada, qui était essentiellement un mouvement de désobéissance civile, essentiellement non-violent, était très très animée dans la bande de Gaza.
Il faut savoir que pendant la première intifada, la bande de Gaza, il y a un couvre-feu qui est quotidien, de 21h, à 5h du matin, il y a un couvre-feu tous les jours. Donc, Israël a voulu très vite se protéger de la violence des classes dangereuses de la bande de Gaza et a bâti la clôture de sécurité dès 1993. Donc, au moment où les accords de paix sont mis en place, presque aucun gazawite ne peut sortir de la bande de Gaza, que ce soit vers Israël ou que ce soit vers l'Égypte. Les entrées sont demeurées contrôlées par Israël. La fermeture de Gaza s'est accentuée depuis 2007. Depuis 2007, c'est l'année où le Hamas chasse par la force le FATA et prend le contrôle de la bande de Gaza.
À partir de ce moment-là, le Hamas, qui n'est pas reconnu par la communauté internationale comme interlocuteur, qui n'est pas reconnu non plus par Israël comme interlocuteur, a subi un boycott et un blocus, un double blocus, puisque Israël a fermé le territoire. Alors certes, il y a quelques denrées qui passent, mais c'est tout à fait limité, très contrôlé. Et du côté de l'Égypte, c'est également fermé, sauf quand l'Égypte décide d'entreouvrir la porte. Alors le Hamas, mais avant lui aussi le FATA, avait mis en place tout un réseau de souterrains pour amener par la contrebande des produits en provenance d'Égypte.
Alors ça pouvait être des arbres, mais ça pouvait être aussi des denrées alimentaires, des chameaux ou des zèbres pour le zoo de Gaza.
Merci beaucoup Laetitia Bucaille.