« Debout les femmes ! » : l’hymne féministe de François Ruffin - C à Vous - 12/10/2021
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Attaque 30 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 89 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:08OuverteRéponse partielle
Mais ces femmes-là, une partie de la société, vous dites, ne veut pas les voir ?
- 0:38OuverteRéponse directe
Pourquoi ? Parce qu'elles ont des contrats précaires qu'elles enchaînent ?
- 1:10OuverteRéponse directe
Même si le Covid a un peu changé la donne, c'est-à-dire qu'on s'est rendu compte du caractère essentiel de ces emplois-là, longtemps, on n'a pas voulu les voir parce que vous dites qu'elles touchent à l'intime, elles touchent à notre vulnérabilité ?
- 2:33OuverteRéponse directe
Pour les revenus 2019, voilà ce que j'ai eu hier ou avant-hier. 10 411 pour une année de travail. Ça fait 867 et quelques centimes par mois.
- 3:03OuverteRéponse directe
Martine, comme d'autres femmes que vous avez rencontrées, elles sont en colère, elles sont résignées ?
- 4:21OuverteRéponse directe
Dans le film, on entend ces femmes. Puis on vous suit aussi dans votre travail à l'Assemblée pour faire avancer les textes, changer le statut social de nombreuses de ces femmes.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:25Invité politiqueFait
« « Il faudra se rappeler que notre pays repose tout entier sur ces femmes et ces hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal, dont ces auxiliaires de vie. » »
- 0:31Invité politiqueChiffre
« Il faut savoir qu'elles sont aujourd'hui sous le SMIC. »
- 0:36Invité politiqueChiffre
« Plus de la moitié sont en dessous du salaire minimum dans notre pays. »
- 2:37InvitéChiffre
« 10 411 pour une année de travail. »
- 3:27Invité politiquePromesse
« Je veux pour elles, du travail en tournée. C'est-à-dire, je veux une équipe de matin qui travaille de 7h à 14h. »
- 3:35Invité politiquePromesse
« On passe de temps partiel, salaire partiel, à temps plein, salaire plein. »
Temps de parole
- François Ruffin67 %
- Invité11 %
- Invité 27 %
- Présentateur5 %
- Invité 35 %
- Invité 45 %
≈ 2,4 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
On sent bien leur émotion à ces femmes, leur empathie, on voit à quel point leurs métiers sont indispensables et ils vont le devenir de plus en plus avec le vieillissement de la population. Mais ces femmes-là, une partie de la société, vous dites, ne veut pas les voir ?
Moi, il y a la crise Covid qui intervient en plus en milieu du film. Et donc à ce moment-là, ça agit comme un révélateur, on le dirait en photographie. On s'en rend compte. Voilà, qu'est-ce qui est essentiel. Et y compris le Président de la République à ce moment-là a des mots très forts et dit « Il faudra se rappeler que notre pays repose tout entier sur ces femmes et ces hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal, dont ces auxiliaires de vie. » Il faut savoir qu'elles sont aujourd'hui sous le SMIC. La plupart sont sous le SMIC. Plus de la moitié sont en dessous du salaire minimum dans notre pays.
Pourquoi ? Parce qu'elles ont des contrats précaires qu'elles enchaînent ?
Parce qu'on leur donne un petit bout de contrat le matin, un petit bout de contrat le midi, un petit bout de contrat le soir, avec des grands trous au milieu de la journée. Donc le matin, elles vont ouvrir les volets, elles vont sortir la personne âgée du lit, elles vont la nourrir et puis elles vont repartir en regardant leur monde parce qu'on leur donne une demi-heure pour faire tout ça. Puis elles vont revenir à midi pour mettre une soupe au micro-ondes et le soir pour fermer les volets. Donc tout ça, ça fait une énorme amplitude horaire. Et pourtant, à la fin du mois, comme c'est un temps partiel, ça fait du salaire partiel. Et donc c'est moins que le SMIC. Et on s'est habitué à ça.
Même si le Covid a un peu changé la domme, c'est-à-dire qu'on s'est rendu compte du caractère essentiel de ces emplois-là, longtemps, on n'a pas voulu les voir parce que vous dites qu'elles touchent à l'intime, elles touchent à notre vulnérabilité ?
Je pense que c'est l'une des raisons. L'une des raisons, c'est qu'en effet, elles touchent aux salles même. Ce matin, un collaborateur de mon équipe m'a confié que sa mère était aide à domicile et que quand il allait à l'école, il en avait honte. Parce que c'était torcher le cul des vieux. Voilà à quoi ça se résume. Alors que quand on voit le film, on voit que certes, il faut laver les gens, mais il faut faire leur fiche d'impôt, il faut surtout passer de la tendresse dans les gestes et dans les mots. Parce que les gens, ils se tiennent debout parce qu'on les lave, mais aussi parce que leur âme, elle continue à être un petit peu réveillée. Vous voyez, donc elles ont ce rôle-là.
Mais donc, voilà, ça a été vécu comme une honte. Je pense aussi parce que c'est un métier de femme. Celui-là, mais agent d'entretien, mais animatrice périscolaire, mais accompagnante d'enfants en situation de handicap, puisqu'il y a toute une série de métiers dans le film. Et au fond, on s'est habitués pendant des siècles à ce qu'elles fassent ça gratuitement au domicile, s'occuper des enfants, des personnes âgées, des malades. Et c'est comme si, bon, maintenant qu'elles font le fond à l'extérieur, on les paye un peu, elles vont pas se plaindre en plus. Voilà l'inconscient de la société et qu'il s'agit de changer.
Et moi, je dis au minimum, il y a le salaire minimum, il y a même un truc qui s'appelle les 35 heures. Bon, ben voilà, quoi.
Qu'on applique à ces femmes-là qui sont mal payées, mais qui aiment leur métier. Pour les revenus 2019, voilà ce que j'ai eu hier ou avant-hier. 10 411 pour une année de travail. Voilà. Ça fait 867 et quelques centimes par mois.
Donc toi, t'es une travailleuse pauvre.
Je suis une travailleuse pauvre. Je suis une travailleuse pauvre. Mais on aime notre métier. Moi, j'aime ça. J'ai toujours fait ça, donc j'aime mon métier. Moi, ça m'aime. J'aime les gens. J'aime mon métier, j'aime les gens. Martine, comme d'autres femmes que vous avez rencontrées, elles sont en colère, elles sont résignées ?
Elles sont traversées par à la fois une résignation qui dure depuis longtemps. Là, les histoires de prime Covid, de voir qu'elles sont mises en avant, il y a un espoir qui est né et puis qui s'est tassé. Mais en même temps, moi, je suis convaincu que pour ces métiers-là, dans la durée, on va gagner. On va gagner des choses. On a déjà gratté un petit peu. Moi, tout ce que je peux gratter, je le gratte. Maintenant, je sais ce que je veux. Je veux pour elles, du travail en tournée. C'est-à-dire, je veux une équipe de matin qui travaille de 7h à 14h. Je veux une équipe de l'après-midi qui travaille de 14h à 21h. Ça a deux avantages.
On passe de temps partiel, salaire partiel, à temps plein, salaire plein. Et surtout, comme ça cesse d'être du matin au soir, on peut avoir une vie familiale et une vie sociale à côté. Parce que là, elles ne peuvent même pas. Elles ont tellement des petits bouts de contrat dans tous les sens qu'elles ne peuvent pas faire ça. Il y avait une agent d'entretien dans le couloir de l'Assemblée. Je l'entends hier au téléphone. Et elle dit, elle était avec quelqu'un. Je lui dis, ça va, t'as un souci ? Bah oui, ma fille est partie à l'école sans son cartable. Et c'est la maîtresse qui m'appelle. Bah oui, forcément. La gamine, elle a 9 ans. Elle se lève toute seule. Elle se lave toute seule.
Elle s'habille toute seule. Elle prend son petit déjeuner toute seule. Donc là, comment on fait pour que ce travail-là puisse se faire en journée normalement et pas seulement quand elles sont invisibles dans les bureaux, par exemple.
Dans le film, on entend ces femmes. Puis on vous suit aussi dans votre travail à l'Assemblée pour faire avancer les textes, changer le statut social de nombreuses de ces femmes. Et tous vos collègues, proches ou pas de vos idées, gardent en tête vos colères, notamment dans les travaux en commission.
Mais oui, je parle avec colère. Parce que c'est quoi ? C'est que les gens vont continuer à se lever à 4h du matin pour venir travailler ici, être payée 3h à 10 euros et repartir à 13h. Et ça va continuer. Et avec tous vos beaux mots, toutes vos belles intentions, toutes vos incantations, vous laissez faire... Merci. Interruption de séance en attendant la prochaine proposition de loi. Merci.
Ce qui vous met le plus en colère, au-delà de la situation propre de ces femmes, c'est que sur ces questions-là, l'Assemblée n'ait pas été capable d'être transpartie.
Même chose que là, je suis presque en colère contre moi-même parce que je me suis remis à y croire. C'est-à-dire que moi, je me nourris peu d'illusions sur le fait que mes amendements, mes propositions de loi vont passer à l'Assemblée nationale. Mais là, on est 15 jours après que le Président a fait des grands discours sur les distinctions sociales ne peuvent reposer que sur l'utilité commune et ainsi de suite. Et là, je me dis, je vais réussir à obtenir quelque chose. Peut-être qu'ils vont rejeter ce que je propose, mais ils vont mettre quelque chose à la place.
Et donc là, je suis en colère parce qu'il y a un tel fossé entre les promesses et les actes derrière, mais il y a aussi que, bon sang, presque, je me suis mis à croire en Macron. Vous voyez, c'est grave, quoi. Mais pendant un moment, j'ai cru qu'en effet, il allait y avoir quelque chose qui serait obtenu, par exemple, là pour les agents d'entretien.
Patrick ? Un petit mot, François, sur ce portrait qui vous est consacré par le journaliste de Libération, Rachid Laïrèche, François Ruffin, La revanche des bouseux. C'est un livre doublement attachant parce qu'il parle aussi bien de son auteur qui a démarré tout en bas de l'échelle, Rachid Laïrèche, que de vous. C'est un peu le dispositif Ruffin appliqué à Ruffin parce qu'il vous a collé au Basque. Et ça dessine de vous le portrait d'un homme timide, tourmenté, souvent angoissé, parfois désespéré, limite dépressif. Vous êtes reconnu dans ce portrait ?
Oui, en partie, oui. Maintenant, je n'ai pas envie que ma psychologie personnelle vienne aujourd'hui. Je sais ce que je viens porter. Vous savez, le temps médiatique et le temps politique qui peut être accordé à tous ces métiers, agents d'entretien, auxiliaires de vie, et ainsi de suite, il est hyper ténu. Et je n'ai pas envie de venir l'éclipser par d'autres questions. Voilà, je sais ce que je viens défendre. Mais on prend les raisons
de votre combat, voilà.
Je sais ce que je défends à l'Assemblée nationale et je sais ce que je viens défendre ici sur ce plateau. Je viens défendre un film parce que j'espère qu'il va produire une ouverture des yeux et une contagion de l'espérance parce que je pense qu'il y a un film qui est traversé par le rire, par la tendresse, par des émotions.
Comme souvent dans vos films, François Ruffin.
Et je pense qu'à la fin, il porte une espérance parce que je suis convaincu qu'on peut gagner sur ces métiers-là. Mais voilà, c'est elle que je veux mettre aujourd'hui au cœur de la table. Et puis du débat politique. Moi, je pense que vous avez une responsabilité dans les temps à venir. Oui. C'est que vous allez peut-être recevoir des porte-parole des candidats, des députés qui sont dans des partis, voire les candidats même. Non, non.
Je pense que parmi les questions à leur poser, il y a cette question comment on fait pour que des gens dont on ne prête pas de respecter qu'elles sont indispensables, qu'elles sont essentielles, que leur travail est formidable, patati, patata, à la fin, il y ait au minimum le salaire minimum. Je pense que voilà, il peut y avoir une responsabilité. J'essaye de faire ma part et puis en plus de suite, chacun fait la sienne.
Debout les femmes, Corralise avec Gilles Perret, c'est demain en salle. Vous restez encore quelques minutes avec nous parce qu'après, vous avez une avant-première. D'ailleurs, je me suis demandé si quelques-unes de ces femmes allaient vous accompagner.
Elles m'ont accompagné, vous savez, j'ai fait un mois de tournée. J'aime beaucoup, moi, aller sur les routes de France. Donc, j'ai fait un mois de tournée et même dans les... À chaque fois, elles m'accompagnent de temps en temps, mais surtout, il y a à chaque fois des auxiliaires de vie ou des agents d'entretien ou des accompagnants d'enfants de situation de handicap. Elles se mettent en lien et souvent, ça donne des petits collectifs dont j'espère que ça va être des graines de l'espoir qui vont germer dans les mois et les années à venir.
C'est demain au cinéma.
François Ruffin