Michel Barnier : "Il n'y a pas de valeur ajoutée au Brexit, c'est une négociation négative"
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Cette enquête révèle 55 milliards d'euros subtilisés par des banques françaises. Comment est-ce possible en Europe ?
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Vous saviez que ça existait, ça ?
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Où en sommes-nous exactement aujourd'hui dans la négociation du Brexit ?
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L'idée, c'est de fixer les modalités du divorce entre le Royaume-Uni et l'UE. On en est où ?
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Votre intime conviction, c'est qu'il y aura un accord ?
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Est-ce que la question irlandaise peut faire échouer l'accord dont 90% sont déjà sur la table ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« La date officielle du divorce est connue, le Brexit sera effectif le 29 mars 2019, dans 6 mois environ. »
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« Nous sommes à 90% d'accord avec les Britanniques. »
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« Les Britanniques payent en moyenne 12 à 13% de tout dans le budget européen, sur un budget de 7 années. »
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« Nous sommes d'accord aujourd'hui pour qu'ils payent à 28, ce qui a été décidé à 28. »
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« Les indications géographiques, les appellations d'origine contrôlée, le champagne, le camembert, le beaufort, mais aussi le whisky écossais. »
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« Theresa May elle-même a par écrit dit qu'il fallait ce qu'on appelle ce backstop. »
- 9:41InvitéFait
« Ils ont choisi cette date de départ des institutions, du coup, il n'y a pas de transition. »
- 10:05InvitéChiffre
« Les Britanniques ont décidé de quitter mécaniquement 750 accords internationaux. »
- 13:04InvitéFait
« Il n'y a pas de valeur ajoutée au Brexit. C'est une négociation négative. »
- 15:02InvitéFait
« Ils savent tout. Je rencontre les premiers ministres et les chefs d'État. »
- 17:02InvitéFait
« L'Union Européenne, c'est un contrat. C'est un règlement de copropriété. »
- 23:42InvitéFait
« La gravité de la situation, c'est qu'on voit dans beaucoup de pays monter des mouvements populistes très nationaux, parfois nationalistes. »
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France Inter, Nicolas Demorand, le 7-9.
Et l'invité du grand entretien de France Inter ce matin est le négociateur en chef de l'Europe pour le dossier du Brexit. La date officielle du divorce est connue, le Brexit sera effectif le 29 mars 2019, dans 6 mois environ. D'ici là, les termes de la séparation, du divorce doivent être définis. Une partie du chemin a été faite, mais de très gros sujets restent à trancher. On va le voir donc avec vous, Michel Barnier, bonjour. Bonjour, bonjour aux auditeurs. Et merci d'être au micro d'Inter. Le sujet est technique, je compte sur vous pour le déployer et nous en donner les enjeux.
Un mot d'abord pour commencer, parce que c'est l'actualité, de cette enquête publiée par Le Monde avec 18 médias européens. Cette enquête révèle que 55 milliards d'euros ont été subtilisés à plusieurs états, notamment par des banques françaises. On parle de la plus grosse fraude fiscale de l'histoire européenne. Elle s'est déployée avant et pendant la crise financière de 2008, qui a mis les états à genoux. On reste pantois, Michel Barnier, devant les sommes en question. Le manque à gagner pour les finances publiques, comment est-ce même possible en Europe ?
Il faut voir où se situe la malversation, la fraude, les opérations de dissimulation, et la justice le dira. Ce qui est clair, c'est que pendant une trentaine d'années, on a trop dérégulé. On a laissé libre cours, laissé faire, notamment dans le secteur financier. Moi, je suis arrivé à la Commission européenne comme commissaire au marché intérieur en 2010, au cœur de cette crise, et j'ai eu à reconstruire une architecture de régulation et de supervision pour chaque acteur financier, chaque banque, chaque produit et chaque secteur.
Vous saviez que ça existait, ça ?
Non, je ne le savais pas. Nous avons reconstruit cette architecture à travers 41 lois de régulation. Et je peux dire que beaucoup de banquiers ont trouvé que ça faisait beaucoup de lois pour remettre de la morale, de l'éthique, là où elle avait disparu, notamment dans ce secteur financier. Et on voit bien, à la lumière de ce scandale, que ce n'est pas encore suffisant.
Comment s'étonner que les peuples se révoltent quand ils voient ça, sincèrement ?
Je pense que les peuples ont raison de poser des questions. Et c'est précisément la raison pour laquelle, à partir de 2010, au cœur de la crise, sous l'impulsion du G20, les chefs d'État et du gouvernement ont pris leur responsabilité à l'époque. On a mis en place cette feuille de route pour remettre des règles et, quelque part, essayer de remettre les marchés financiers au service de l'économie réelle, plutôt qu'ils soient seulement à leur propre service. Une mission accomplie ? Pas complètement, la preuve. Et il faut toujours rester vigilant, parce que je trouve que beaucoup de banquiers ont la mémoire courte.
Venons-en au Brexit, donc, Michel Barnier. Essayez d'expliquer, pour commencer, à un jeune, 15-18 ans, où nous en sommes exactement aujourd'hui, à quel point de la négociation ? L'idée, c'est de fixer les modalités du divorce entre le Royaume-Uni et l'UE. On en est où, là ?
L'enjeu, c'est d'organiser, je reprends votre mot, même s'il n'est pas totalement correct, un divorce, puisque les Britanniques ont souhaité divorcer de l'Union Européenne. C'est un choix que nous regrettons, mais que nous respectons. C'est un choix démocratique et que nous devons délivrer à travers un traité, un premier traité qui organise une séparation ordonnée plutôt que désordonnée. C'est donc la recherche qui est la mienne, c'est celle d'un accord avec les Britanniques. Cet accord, il est possible, il est souhaitable, il est difficile. Nous avons beaucoup travaillé sur cette première étape de la négociation.
Le traité, je l'ai entre les mains, 168 articles, trois protocoles sur Chypre, Gibraltar et l'Irlande, j'y reviendrai, et nous sommes à 90% d'accord avec les Britanniques. C'est un travail énorme qui a été fait depuis plus d'un an et demi par mon équipe au service des 27 Etats membres du Parlement européen et avec les Britanniques. Je ne dis pas contre eux, avec eux. Il reste la question de l'Irlande. Ça, c'est la première étape qui remet de la certitude ou un peu de stabilité là où le Brexit crée énormément d'incertitudes. Et vous disiez c'est un problème technique. Non, pas seulement. C'est un problème politique, évidemment, c'est un vote politique.
C'est un problème technique, juridique, financier, juridique. Et ce Brexit crée énormément d'incertitudes pour beaucoup de ceux qui nous écoutent. Je vais prendre deux ou trois exemples qui ont déjà trouvé une solution dans le projet de traité que j'ai entre les mains. 4,5 millions de personnes, 3,5 millions de citoyens européens qui vivent et travaillent au Royaume-Uni, et 1,5 millions de Britanniques qui vivent et travaillent beaucoup de retraités chez nous dans les 27 pays. Tous ces gens sont inquiets pour leurs droits de résidence, leurs droits sociaux, leurs droits de retraite.
Nous avons mis une sécurité pour ces droits, réciproquement avec les Britanniques, pour les droits acquis jusqu'à la fin 2020. Les Britanniques payent en moyenne 12 à 13% de tout dans le budget européen, sur un budget de 7 années. La politique agricole, ils payent les fonds structurels, comme nous les payons, ils partent deux ans avant la fin de cette période budgétaire, en 2019, alors que cette période se termine fin 2020. Nous sommes d'accord aujourd'hui pour qu'ils payent à 28, ce qui a été décidé à 28. Voilà les acquis. Je pourrais citer un autre exemple qui intéresse beaucoup des auditeurs, juste pour être plus concret.
Les indications géographiques, les appellations d'origine contrôlée, le champagne, le camembert, le beaufort, mais aussi le whisky écossais. Voilà des protections qui sont fondamentales dans certains bassins de vie de nos territoires, dans toute l'Europe, y compris au Royaume-Uni. Nous nous protégeons ensemble, pour l'avenir, après le Brexit, ces indications géographiques.
Voilà les enjeux de cette négociation. Votre intime conviction, Michel Barnier, c'est qu'il y aura un accord. On est à ça de le trouver.
Je n'ai pas d'intime conviction sur ce sujet. Alors, votre conviction ? Parce que la situation politique est extrêmement complexe au Royaume-Uni, et je ne sais pas quelle sera la décision que Theresa May prendra. Je souhaite un accord, j'y travaille, parce que c'est l'intérêt commun, mais il reste maintenant un point extrêmement grave. L'Irlande, l'Irlande du Nord. Qui est un, comment dire en anglais, un prerequisite, qui est l'exigence de garantir en Irlande qu'il n'y aura pas de frontières, parce que c'est une décondition de la paix, de la stabilité de cette île, après beaucoup de tragédies.
Est-ce que la question irlandaise peut faire échouer l'accord dont 90% sont déjà sur la table ? La réponse est oui.
Tout le monde l'a dit. Moi, je parle au nom des 27 chefs d'État de gouvernement, si je puis dire au nom aussi du Parlement européen.
Il y a une unanimité du côté de l'Union européenne pour que, dans l'accord de retrait que je dois mettre sur la table, j'espère dans quelques semaines, quelques mois, le plus tôt possible, il y ait un règlement sérieux avec les Britanniques qui d'ailleurs en sont conscients, puisque Theresa May elle-même a par écrit dit qu'il fallait ce qu'on appelle ce backstop, c'est un mot un peu technique, c'est un ensemble de garanties pour qu'il n'y ait pas de frontières, ça veut dire des contrôles mais pas de frontières, puisque je rappelle à vos auditeurs que le fait que le Royaume-Uni quitte l'Union européenne, le marché unique et l'union douanière fait que la nouvelle frontière extérieure de ce marché passe au milieu de l'île.
Or on ne peut pas faire de frontières, donc il faut faire des contrôles, ne serait-ce par exemple que les animaux ou les produits d'origine animale qui rentrent en Irlande, une seule zone épidémiologique commune, l'île d'Irlande, ces produits soient contrôlés.
Vous ne l'aviez pas vu venir la question de l'Irlande ? Personne ne l'avait vu venir ? Ah ben moi je l'ai vu venir,
puisque j'ai mis...
Tout de suite, parce que c'est là-dessus que ça bloque.
Dès le début dans le mandat que nous avons établi pour cette négociation et qui m'a été donné depuis le début, nous avons cette question Irlande, ce qui doit être réglé, nous l'avons toujours dit.
Votre conviction c'est qu'il y aura un accord, Michel Barnier, mais quand ? Parce que nous quand on regarde et qu'on s'informe, on a l'impression que l'horizon ne cesse de reculer, ça recule, ça recule, nouvelle date, nouveau sommet, nouvelle date, nouveau sommet. Quand, à votre avis ? Excusez-moi,
nous ne reculons pas, nous prenons le temps de faire les choses sérieusement, parce qu'il y a derrière cet accord beaucoup d'inquiétudes et beaucoup de gens qui sont concernés, que nous devons rassurer.
Et puis, cet accord, c'est la première étape qui va permettre d'engager une deuxième grande négociation avec les Britanniques, j'allais dire, beaucoup plus intéressante qu'un divorce, qui est la relation future, car nous devons garder avec ce grand pays qui reste notre partenaire, qui restera notre allié, nous devons construire un partenariat économique, technique, avec des problèmes comme l'atterrissage des avions, la pêche, les coopérations en matière d'université et de recherche, nous devons avoir une coopération militaire, une coopération en matière de politique étrangère, de sécurité intérieure.
Il y a plein de sujets qui vont être négociés dans la foulée de cet accord sur la séparation. Une fois qu'ils seront sortis de l'Union, les institutions, ils resteront pendant 21 mois, ce qu'on appelle la transition, ils resteront dans le marché unique et pendant ce temps-là, nous négocierons ensemble cette deuxième grande étape de la négociation. Ma conviction, c'est qu'il faut un accord, je ne suis pas encore sûr que nous l'obtiendrons, il est difficile et possible.
Si vous ne l'obtenez pas, on lit des choses apocalyptiques, des milliers de camions bloqués aux frontières, des avions qui n'auraient plus le droit de voler comme ils le font aujourd'hui, des pénuries de médicaments. Là, quand on lit ça, on joue à se faire peur ou c'est exactement ce qui se passerait en l'absence d'accords ?
S'il n'y a pas d'accords, le 30 mars, puisque c'est la date choisie par les Britanniques, eux-mêmes, ils ont choisi cette date de départ des institutions, du coup, il n'y a pas de transition. Ils sortent des institutions, ils sortiraient aussi immédiatement du marché intérieur de l'Union douanière. Je dis, juste pour montrer la complexité de ce sujet, qu'en quittant l'Union européenne, les Britanniques ont décidé de quitter mécaniquement 750 accords internationaux, y compris celui qui nous lie actuellement dans le cadre de ce qu'on appelle le ciel unique.
Les atterrissages, les décollages d'avions dans l'Europe sont gérés en commun par le single sky, le ciel unique, et beaucoup d'autres choses liées au secteur de l'aviation. S'ils quittent, ils quittent mécaniquement et automatiquement le ciel unique, dont nous devons trouver à ce moment-là. Mais donc, ce serait le chaos ? On trouvera des solutions qu'on appelle de contingency, d'urgence, pour établir une certaine continuité, mais ce sera extrêmement grave. Ils quittent sans accord, ils tombent dans le cadre normal de l'OMC, l'Organisation Mondiale du Commerce, et donc on doit rétablir des taxes et des quotas sur les produits qui viennent du Royaume-Uni vers le marché unique.
Ce serait très sérieux, très difficile pour nous tous, dans l'Europe, beaucoup plus grave pour les Britanniques.
Valéry Giscard d'Estaing, Michel Barnier, a dit cette semaine qu'il faut cesser de tergiversaire. C'est qu'il faut changer, en gros, la méthode de négociation qu'il n'y aura pas d'accord et qu'il faut que le divorce ait lieu, la négociation après. Qu'en pensez-vous ? Changement de paradigme,
changement de méthode ? J'ai évidemment beaucoup de respect pour le président Giscard d'Estaing, que je rencontre régulièrement, que j'ai d'ailleurs informé du contenu de cette négociation, mais nous ne faisons pas une déclaration politique. Nous faisons un traité. 168 articles, des protocoles extrêmement précis. C'est ça la négociation qui est presque au bout, puisque je vous répète que nous avons 90% de l'accord qui est sur la table accordé avec les Britanniques. Nous faisons les choses sérieusement et je pense que la méthode que nous avons choisie est la bonne, puisque nous sommes presque au bout. Est-ce qu'il y a une volonté,
Michel Barnier, de faire souffrir la Grande-Bretagne ? Certainement pas. De lui montrer que le prix est élevé, les conséquences politiques de ce vote, ben voilà, ça coûte cher à tout point de vue.
Il n'y a aucune volonté de cette nature ni de la part des dirigeants européens ni de ma part comme négociateur. A aucun moment il n'y a un esprit de revanche ou de punition. Jamais. Moi j'ai pour ce pays une immense admiration. Nous avons d'ailleurs à l'égard du Royaume-Uni une dette qui est liée à la solidarité qu'il a toujours exprimée, y compris dans les heures les plus tragiques du XXe siècle. J'ai pour sa culture, pour son histoire, pour certains grands dirigeants européens, je pense à Churchill, une grande admiration définitive. Et voilà pourquoi je regrette ce vote.
Je peux même raconter que mon tout premier vote personnel comme jeune citoyen français quand j'avais 21 ans, à l'époque on votait en France à 21 ans et non pas à 18, a été de voter oui au référendum pour l'adhésion du Royaume-Uni, de l'Irlande, du Danemark et de la Norvège. M. Pompidou avait fait un référendum en 72. Ça a été mon premier vote. Je ne l'ai jamais regretté. Bien que gaulliste, j'ai fait campagne pour le oui. Parce que je pense que l'Union fait la force. Ma conviction, c'est qu'il faut être patriote et européen. Voilà le fond de mon engagement politique ici dans mon pays et en Europe.
Vous êtes déchiré par ce que vous avez à gérer là ?
Oui, je trouve que ce vote est regrettable et je trouve qu'on sera plus faible. Il n'y a pas de valeur ajoutée au Brexit. C'est une négociation négative. Personne n'a été capable, personne, de me démontrer la valeur ajoutée du Brexit. Pas même M. Farage que j'ai reçu dans mon bureau à sa demande
et à qui j'ai demandé
montrez-moi en quoi le Brexit, la décision de quitter l'Union européenne apporte des solutions à l'expression des angoisses, du mécontentement, de la colère quelquefois des citoyens britanniques. Ça me permet de dire d'ailleurs Nicolas Demorand qu'il ne faut pas confondre les conséquences du Brexit que j'essaye de gérer dans cette négociation avec les leçons du Brexit. Il y a des leçons proprement britanniques qui tiennent à l'identité britannique, à la culture, à la personnalité du Royaume-Uni. Mais il y a aussi des leçons qui nous intéressent. Alors,
on va y venir. On va y venir et ce n'est pas une question de curiosité mal placée que je vous pose. Vous êtes le négociateur en chef. Comment ça se passe juste ces négociations ? Très concrètement, vous négociez où ? Vous y travaillez 24 heures sur... Comment ça se passe ? Quelle est l'atmosphère ?
Je ne négocie pas tout seul. Oui, il y a une équipe. Grâce à Jean-Taudion-Cœur, j'ai pu constituer une équipe exceptionnelle de 60 personnes, moitié femmes, moyenne d'âge 37 ans, 19 nationalités que j'ai constituées et qui mènent dans cette négociation. Ça se passe à Bruxelles avec les Britanniques qui viennent quasiment chaque semaine et sujet par sujet. J'ai dit 168 articles. Derrière chacun de ces articles, il y a des réalités humaines, sociales, juridiques, des entreprises, des citoyens qui sont inquiets et qui posent des questions. La semaine dernière, ça a été toute la semaine et plusieurs nuits de négociations pour tenter de finaliser. Nous n'y sommes pas parvenus.
Voilà pourquoi nous reprenons le temps qui est devant nous pour négocier. Et je négocie, je veux le dire aussi, d'une manière assez nouvelle en Europe qui explique peut-être l'unité des 27 pays de l'Union dans une totale transparence avec les États membres. Ils savent tout. Je rencontre les premiers ministres et les chefs d'État. J'étais d'ailleurs invité comme chaque fois sur le Brexit à participer au Conseil européen avant hier soir et je visite un pays par semaine pour rencontrer non seulement les dirigeants politiques mais aussi les syndicats, le patronat, le Parlement national.
Tout le monde aura son mot à dire parce qu'au-delà de ce traité sur le Brexit, il y aura d'autres traités pour la future relation qui vont exiger les ratifications des 27 parlements nationaux.
Michel Barnier, d'autres sujets lourds sont sur la table européenne. L'extrême droite, les populistes sont au pouvoir en Italie. Ils ont été élus sur un programme avec des engagements qui ne plaisent pas à la Commission. N'est-ce pas ? Je vous pose la question très simplement. Un déni de démocratie flagrant que de leur dire maintenant qu'ils ont été élus, ah ben non, vous ne pouvez pas faire. Les engagements que vous avez pris face à votre peuple, face à vos citoyens, vous ne pouvez pas les tenir. À quoi servent les élections si les gouvernements élus ne peuvent pas gouverner ?
D'abord, permettez-moi de dire que je suis venu ici pour parler du Brexit et de ses conséquences. Je peux évidemment parler de l'Europe mais chacun a ses responsabilités. On est bien d'accord. C'est le commissaire chargé des questions économiques, M. Moscovici, qui doit répondre à vos questions sur cette question. Ce que je veux dire, c'est que ces gouvernements que je rencontre, j'ai vu le Premier ministre italien lundi, il y a dix jours, M.
Conte qui m'a reçu à Rome, ils ont été élus en sachant qu'ils prenaient, s'ils gagnaient la responsabilité d'un pays, en l'occurrence l'Italie, pays fondateur de l'Union Européenne et ils n'ont jamais dit qu'ils voulaient sortir de l'Union Européenne et ne pas accepter le règlement de copropriété qui est celui de l'Union Européenne. Donc, quand il y a des différents, comme c'est le cas sur un budget, il y en a aussi avec la France, permettez-moi de vous le rappeler, assez sérieux, il y a un dialogue...
Elle parle moderato, effectivement, à un certain moment sur certains sujets.
Et avant d'utiliser je ne sais quelle contrainte, on travaille sur la base d'un contrat. L'Union Européenne, c'est un contrat. C'est un règlement de copropriété. Chacun est copropriétaire. L'Italie a exprimé depuis toujours un engagement très fort à être dans le projet européen, en tête de ce projet. Je suis sûr que le gouvernement actuel, comme les précédents, resteront à la hauteur de cette responsabilité. Mais vous comprenez la question du sentiment qu'on peut avoir
à un moment d'un déni de démocratie. Les élections, elles se passent encore dans chacun des pays, même des pays membres. Elles sont libres, elles sont transparentes, c'est la démocratie qui parle et derrière, il y a effectivement le contrat de copropriété
qui fait que le vote est vidé de sa substance. Non, le vote n'est pas vidé de sa substance. Il y a un dialogue au terme duquel on doit comprendre en Italie comme en France comme dans d'autres pays que lorsqu'un pays, membre de la zone euro fait des dettes excessives, il se met en danger pour lui-même puisque ces dettes, il faudra bien les rembourser. On a vu la situation en Grèce qui est extrêmement grave mais qu'il met aussi en fragilité l'ensemble de la zone euro. Ça, c'est le contrat et c'est le projet européen qui est basé sur ce contrat. Il n'y a pas de déni de démocratie. Chaque gouvernement est responsable mais chaque gouvernement participe.
Le Premier ministre italien était à la table du Conseil européen où je me trouvais à un grand tirsoir et sans problème.
On va passer au standard de France Inter. Alain est en ligne. Bonjour Alain, bienvenue.
Oui, bonjour Nicolas, bonjour M. Barnier. Je suis ravi de passer sur France Inter. Merci M. Demorand, vous m'avez un peu devancé dans mes questions en fait. Vous allez mieux
les formuler Alain, allez-y.
Voilà, voilà, je vais essayer sans trop me tromper. Mais voilà, M. Barnier, n'y a-t-il pas d'autre alternative que de faire sortir le Royaume-Uni par un Brexit dur ? Je m'explique en fait. L'orthodoxie ultralibérale n'a pas envie, excusez-moi, je suis en train de perdre un peu mes moyens. Non, calmez-vous, tout va bien, tout va bien. Voilà, moi j'ai l'impression que l'Union européenne, la Commission européenne et les 27 Etats membres n'ont pas l'intention de laisser partir le Royaume-Uni sur un Brexit doux.
C'est-à-dire, parce qu'en fait, l'histoire du Brexit, c'est un peu les classes populaires qui ont voté contre, les middle classes, parce qu'à cause des délocalisations et qui aboutit d'ailleurs au contrat à zéro heure. Donc moi, je vous dis, M. Barnier, quand pour nous caresser l'espoir de voir une Europe sociale enfin naître ? Parce que c'est ça le problème de l'Europe. C'est les... C'est... Voilà. Eh bien, formidable.
Très bonne question. Non, non, tout va bien, Alain. Tout va bien. Merci d'être intervenu. Et Michel Barnier vous répond.
Mais je trouve que votre question est très claire. elle pose deux points. Le premier, c'est nous ne voulons pas imposer un Brexit dur. Le Brexit dur, c'est l'absence d'accord. Et moi, je travaille pour un accord. On n'a pas besoin d'un négociateur pour un non-accord ou pour un no-deal. Donc je travaille pour un accord. Je ne sais pas s'il est doux. Le Brexit ne peut pas être doux, de toute façon. Le Brexit, il a d'innombrables conséquences. Il a été choisi par les Britanniques. Est-ce qu'ils ont été bien informés au moment de voter ? Est-ce qu'ils ont eu tous les éléments ? On n'a pas dit toutes les conséquences. Même M.
Farage que je rencontrais, je vous le disais, reconnaissait que la campagne n'avait pas tout dit ou n'avait pas bien dit les choses. Mais maintenant, nous sommes là. Nous appliquons précisément les conséquences du vote démocratique des Britanniques. Donc, premièrement, je cherche un accord. Deuxièmement, derrière ce vote, il y a en effet, et vous avez raison Alain, des raisons au-delà de certaines nostalgies, au-delà du fait que certains Britanniques veulent s'extraire des règles, notamment en matière financière, n'aiment pas beaucoup les règles imposées au niveau de l'Europe, notamment pour les services financiers.
Il y a à coup sûr une partie de la population qui a exprimé une colère sociale, et on retrouve la même colère sociale dans des régions françaises, italiennes ou autres, notamment par rapport à toute la désindustrialisée, l'absence de services publics. Et moi, je recommande qu'on tire les leçons de cela et qu'on réponde au niveau européen, au niveau national, au niveau régional avec les services publics, Internet, au niveau local avec les circuits courts, par exemple. Il y a des réponses à cela, et notamment en contradiction, en réforme d'un excès de libéralisme ou d'ultra-libéralisme dans les 30 ans passés.
Question de Geneviève. Bonjour, bienvenue sur Inter, Geneviève.
Merci beaucoup, bonjour à vous. Oui, ma question, c'est par rapport à l'Italie, justement. Est-ce qu'on peut penser que l'Italie suive l'exemple de la Grande-Bretagne et vote ou souhaite partir de l'Union européenne ?
Merci beaucoup, Geneviève, pour cette question.
Michel Barnier ? Non, je ne le crois pas et je ne vois pas cette orientation. Le gouvernement italien est ce qu'il est, démocratiquement. Il n'a jamais exprimé l'idée de quitter l'Union européenne. D'ailleurs, j'observe...
C'est un maillon faible de l'Union, aujourd'hui, l'Italie ?
Personne ne peut donner de leçons à personne. Ce n'est pas ma question. Je ne crois pas que l'Italie soit un maillon faible ni un pays faible. C'est un des grands pays de l'Union européenne avec une industrie forte, avec une économie touristique considérable et donc il a des problèmes d'ordre budgétaire. Personne ne peut donner de leçons, mais simplement, nous sommes dans ce règlement de copropriété et dans ce contrat où chacun doit faire attention aux autres.
J'observe simplement une chose dans les derniers sondages d'Eurobaromètre que l'attachement au projet européen, au fait d'être ensemble plutôt qu'isolé, d'être solidaire plutôt que solitaire, ce sentiment-là s'accroît depuis quelques mois. Est-ce que c'est un effet du Brexit ? Peut-être. Qu'on voit désormais concrètement quelles sont les conséquences de sortir et les conséquences concrètes dans la vie quotidienne et le fait qu'il vaut mieux être ensemble même s'il faut corriger ou réformer la manière d'être ensemble.
Michel Barnier, la bataille des élections européennes est devant nous, elle va s'ouvrir, elle va commencer. Emmanuel Macron, dans son allocution télévisée, avait un ton grave, voire, par certains aspects, catastrophiste sur l'Europe, sur ce qu'elle était en train de devenir, sur ce qui était en train de se défaire. On a déjà entendu à plusieurs reprises que l'Europe risquait d'imploser, d'exploser, de se déliter, de se défaire. Si on met de côté le catastrophisme, si on essaye d'être réaliste, on risque quoi là, aujourd'hui, aux européennes ? Qu'est-ce qui peut se passer ? Il n'y a pas de fatalité ? Non mais c'est quoi la catastrophe si elle apparaît ?
C'est quoi ? Non, la gravité de la situation, c'est qu'on voit dans beaucoup de pays monter des mouvements populistes très nationaux, parfois nationalistes, qui ne veulent plus supporter ou qui ne veulent pas supporter, parfois même qui veulent détruire le projet européen que nous construisons au contraire patiemment depuis 60 ans sur la promesse de la paix, cette promesse a été tenue, la promesse de la démocratie, cette promesse doit être de manière vigilante, respectée et la promesse de construire un ensemble qui nous permet, permettant de vous dire avec toute la force de conviction que je peux avoir comme patriote et européen qui nous permet d'être respectée. Pourquoi M.
Trump négocie avec nous même s'il n'en a pas forcément envie ? C'est parce que nous sommes un ensemble de 500 millions de citoyens et de consommateurs, 22 millions d'entreprises qui forment un ensemble avec lequel on doit discuter si on veut faire de l'économie ou des échanges avec l'Europe. La Chine, c'est la même chose. Comment est-on respecté ? Je regarde tous les défis que nous devons confronter. Ils ne sont pas seulement internes les défis, c'est le défi climatique qui est le plus grave, le défi des migrations, le défi de la sécurité, le défi de la révolution technologique et de toutes ses conséquences sociales et humaines. Comment relève-t-on ces défis ?
Non, je veux dire cela parce que vous me posez des questions. On peut parler de politique politicienne mais moi je suis là sur les sujets qui intéressent les gens. Comment affronte-t-on ces défis ? Il faut dire la vérité. Si on est chacun chez soi, chacun pour soi, on est foutu. Voilà ce que je pense. Il faut être ensemble. Ça n'empêche pas de respecter les diversités. L'Europe doit être unie sans être uniforme. Voilà ma conviction. Elle peut l'être et elle doit l'être. Mais il faut affronter ces défis ensemble.
Deux dernières questions, Michel Barnier. Vous serez candidat sur quelle liste aux Européennes ?
Mais mon intention n'est pas d'être candidat. J'ai précisément il y a moins d'un mois annoncé publiquement que... Mais vous êtes courtisé par tout le monde. Mon intention a été de me consacrer complètement et c'est pour cette raison que j'ai pris la décision de ne pas participer à la compétition au sein du Parti Populaire Européen qui est mon parti, le parti d'origine chrétienne démocrate en Europe, du centre droit. J'ai pris la décision de me consacrer totalement dans les temps qui viennent à cette mission. Je ne dis pas historique parce que je ne suis pas bien placé pour le dire.
En tout cas, extraordinairement importante, pas seulement pour le Brexit et nos relations avec le Royaume mais aussi pour l'Europe. Je n'ai pas le droit de faire autre chose. Donc je me consacre à cette mission.
Vous êtes plutôt la République en marche ou les Républicains sur les questions européennes ? C'est marrant
comme vous êtes toujours en train de me poser des questions pour m'en ramener. Non, ce sont...
Désolé, on vient en France. C'est des questions qui se posent aussi ici.
Je sais bien qu'on vient en France puisque je suis venu vous voir dans les studios de France Inter. Mais moi, je suis venu vous parler plus sérieusement et non pas de politique politicienne. Ce n'est pas frivole comme question.
Il y a deux visions de l'Europe extraordinairement différentes à travers ces deux parties.
Oui, mais ça a toujours été le cas. Emmanuel Macron, avec lequel je dialogue régulièrement, et je suis profondément heureux que le président de mon pays soit un président européen, qu'il exprime une position forte pour l'Europe et un projet fort. On peut être d'accord ou pas d'accord, mais c'est très important. Il dit, il y a ceux qui volent l'Europe et ceux qui n'en veulent pas. Il a raison. Dans ceux qui volent l'Europe, il y a beaucoup de forces plurielles. Et je pense qu'il faut aussi accepter cette diversité dans le camp européen.
Merci beaucoup, Michel Barnier, d'avoir été au micro d'Inter ce matin. Il est 8h48. Il est 8h48.
Michel Barnier