Crise du Covid-19 : Thierry Laborde, directeur général adjoint de BNP Paribas, voit "un rebond de l’activité au deuxième semestre"
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Chapitres
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Dites-moi, pour traverser la crise, est-ce qu'il faut être une banque aujourd'hui ?
- 0:37OuverteRéponse directe
Votre produit net bancaire n'a quasiment pas bougé l'an dernier. Comment expliquez-vous ce décalage ?
- 1:20OuverteRéponse directe
Est-ce que ça veut dire que c'est un jeu à somme nulle, finalement, pour vous, cette crise-là ?
- 1:33OuverteRéponse directe
Cette année, vous allez à nouveau verser des dividendes alors que la crise continue. Est-ce que vous êtes assez solide financièrement ?
- 2:12OuverteRéponse directe
Est-ce que vous craignez pas de vous retrouver face à une montagne de dettes non remboursées dans quelques mois ?
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Est-ce que c'est votre estimation à vous aussi ? Au bout de 6 ans, c'est à peu près ça.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« En tout cas, il faut soutenir ses clients. »
- 0:49InvitéFait
« Le groupe est très diversifié depuis très longtemps et sur beaucoup de métiers. »
- 1:45InvitéFait
« On est déjà surcapitalisé. »
- 1:47InvitéChiffre
« Le ratio de fonds propres de la banque est proche de 13% à 2,8%. »
- 3:16InvitéChiffre
« Sur 133 milliards sur 5 ans, c'est très faible par rapport à l'apport en trésorerie. »
- 3:30InvitéPromesse
« Nous estimons qu'au deuxième semestre 2021, avec le déploiement des vaccins, cette incertitude va se lever. »
- 4:37InvitéChiffre
« L'État est là si le client fait défaut en partie. Pour 90%, 10% pour la banque. »
- 6:08InvitéFait
« On est dans des taux négatifs aujourd'hui. »
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Bonsoir à tous. Environ 7 milliards de bénéfices nets, c'est le résultat annuel de BNP Paribas. Bonsoir Thierry Laborde.
Bonsoir Jean-Lémarie.
Directeur général adjoint de la première banque européenne. Dites-moi, pour traverser la crise, est-ce qu'il faut être une banque aujourd'hui ?
En tout cas, il faut soutenir ses clients. Ça, c'est quand même le rôle d'une banque, c'est sa mission. C'est soutenir ses clients dans toutes les périodes, les meilleures et les plus difficiles. Et ce qui caractérise cette crise extraordinaire, c'est une mobilisation, je dirais presque sans limite, une mobilisation extraordinaire des équipes pour soutenir nos clients.
Donc salut aux clients, salut aux équipes, j'entends Thierry Laborde, mais je vois une chose qui m'étonne. Votre produit net bancaire, c'est l'équivalent du chiffre d'affaires pour d'autres secteurs, ce produit net bancaire n'a quasiment pas bougé l'an dernier. Comment est-ce que vous expliquez ce décalage alors que l'économie est en récession ?
Parce que le groupe est très diversifié depuis très longtemps et sur beaucoup de métiers. Et cette crise, elle est très injuste parce qu'elle touche des métiers avec une brutalité terrible, le tourisme, la restauration, l'aéronautique, mais des secteurs se portent bien. Et c'est exactement la même chose à l'échelle du groupe. On a les activités qui se portent très bien, l'activité de marché, le brokerage pour les clients particuliers qui veulent aller sur les marchés financiers. En revanche, pour le crédit à la consommation, c'est plus dur. Et pour les banques de réseau, c'est aussi plus difficile.
Est-ce que ça veut dire que c'est un jeu à somme nulle, finalement, pour vous, cette crise-là qu'on constate ?
C'est surtout l'équilibre entre tous ces métiers qui permet d'avoir, même en neutralisant l'effet de change du dollar, une toute petite croissance des revenus.
L'an dernier, le versement des dividendes avait été suspendu. Cette année, vous allez à nouveau verser des dividendes alors que la crise continue, évidemment. Est-ce que vous êtes assez solide financièrement, BNP Paribas, pour le faire, Thierry Laborde ?
Je dirais, Jean-Lémarie, qu'on est déjà surcapitalisé. Vous voyez, le ratio de fonds propres de la banque est proche de 13% à 2,8%. Notre objectif de moyen terme était à 12%. Donc la banque est vraiment solide. Le bilan de la banque est très solide. Et en plus, la qualité du portefeuille de nos clients est de très bonne qualité. Et donc oui, bien sûr, il est normal de rémunérer ceux qui nous fournissent le capital. Toute entreprise paye ses fournisseurs. Il faut aussi payer ses fournisseurs de capital.
Je vous pose la question, parce qu'il y a évidemment la question de la dette formée par les entreprises. Est-ce que vous craignez pas, vous, premier acteur européen, de vous retrouver face à une montagne de dettes non remboursées dans quelques mois ?
Ça, je ne le crois pas du tout, pour plusieurs raisons. Tout ce qui a été fait pour aider les entreprises, pour les transporter dans cette incertitude, en particulier avec les prêts garantis par l'État, et on voit bien que l'incertitude est toujours là. Et ce produit, on l'a adapté. Des différés de remboursements un peu plus longs. Le dialogue avec le chargé de clientèle, avec le chargé d'affaires, la capacité à trouver le bon profil pour rembourser. Quand on regarde un peu le modèle, d'ailleurs, c'est des évaluations qui sont faites.
Il y en a une qui a été faite récemment par la Banque de France, qui évalue entre 4 et 6% le taux de perte sur l'encours de PGE, mais non pas sur un an, sur les 5 à 6 ans qui viennent. Donc vous voyez que c'est... 4 à 6% des prêts qui ne seraient pas remboursés au bout du compte.
Est-ce que c'est votre estimation à vous aussi ? Au bout de 6 ans, c'est à peu près ça.
C'est à peu près ça. C'est les fourchettes, c'est l'ordre de grandeur, selon qu'on prend un scénario plus ou moins agressif. Donc on voit bien que sur 133 milliards sur 5 ans, c'est très faible par rapport à l'apport en trésorerie pour permettre aux entreprises de passer cette crise, d'éviter des licenciements, de pouvoir être là quand l'incertitude se lèvera. Et nous estimons qu'au deuxième semestre 2021, avec le déploiement des vaccins, cette incertitude va se lever et qu'on va retrouver des capacités de rebond économique. Comme d'ailleurs au passage, on l'avait retrouvé au troisième trimestre de l'année dernière. Il y a eu un vrai rebond.
Vous êtes très optimiste, Thierry Laborde, dans cet environnement très incertain.
Vous voyez l'horizon s'améliorer. Nous on voit, deuxième semestre 2021, une reprise, un rebond très significatif de l'activité, en particulier en Europe. Et beaucoup de nos dirigeants d'entreprise, nos chefs d'entreprise, que je salue à votre antenne, parce qu'ils s'adaptent beaucoup, ils ont des projets d'investissement.
Et donc vous voyez du mieux.
Ah oui, on voit du mieux, oui.
On voit du mieux. Je vous pose la question aussi des dividendes parce que l'État, évidemment, les États même soutiennent les banques avec ses garanties publiques. Est-ce que ces garanties-là doivent servir notamment à payer des dividendes ?
Ce n'est pas les banques qui sont soutenues sur la garantie. La garantie, elle évite, c'est une garantie d'État sur le client-entreprise. Ce n'est pas la banque qui est soutenue par la garantie. La banque distribue, à prix coûtant d'ailleurs, je le rappelle, 133 milliards. L'État est là si le client fait défaut en partie. Pour 90%, 10% pour la banque. Donc il y a vraiment l'alignement d'intérêts entre les deux. C'est un véritable alignement d'intérêts. Avec la question des dividendes. Pas du tout, puisque vous avez des investisseurs, comme tout fournisseur. Vous voyez, quand vous avez un propriétaire qui vous loge, il est normal de payer un loyer. Là, vous avez du capital qui est amené.
Il est normal de rémunérer l'actionnaire.
Dans ce qui va moins bien aujourd'hui pour BNP Paribas, il y a la banque de détail, secteur que vous connaissez bien, puisque c'est le vôtre, notamment au sein du groupe. Dans le journal Le Monde, j'ai lu que pour avoir un conseiller bancaire, bientôt, il faudrait payer chez BNP Paribas. Est-ce que c'est vrai ?
Alors, ce n'est pas tout à fait ça. Bien sûr, rien ne change pour les clients qui ne veulent pas quelque chose d'un peu spécifique. Mais les clients, selon leur période, selon leur segment, selon leurs besoins, peuvent demander à un moment d'avoir une compétence un peu plus pointue. Pour cela, parce que c'est quelque chose que l'on teste depuis 18 mois, il y a une frange de nos clients qui souhaitent avoir un conseiller plus disponible, plus compétent, mieux formé. Donc, il y a les deux aspects. Mieux servir ce client qui le demande et surtout faire monter la compétence de nos conseillers. L'avenir de l'agence, l'avenir du conseiller ne sont pas les opérations quotidiennes.
On les fait aujourd'hui par digital.
Vous parlez de compétence, mais question très simple, très prosaïque. Est-ce que vos clients continueront l'année prochaine à avoir un conseiller attitré ou pas ? Pour beaucoup d'entre eux, oui. Ah, pas tous ?
Il y en a plein qui n'en veulent pas. Ceux qui paieront ? Non, même ceux qui ne... Rien ne change pour 90% des clients. Mais pour 10% des clients qui le demanderont, ils auront un clan saillé beaucoup plus disponible, attitré et mieux formé. Juste pour une chose. Vous voyez, on est dans des taux négatifs aujourd'hui. Placer son épargne, préparer sa retraite. C'est un vrai sujet. Quelle allocation d'actifs ? Comment diversifier son portefeuille ? Ça demande des gens très compétents. Nous investissons sur ses compétences. Et derrière, si le client le souhaite, s'il le souhaite, c'est lui qui décide toujours, eh bien il y aura une tarification pour le conseil.
Dernière question, je vous demanderai une réponse rapide. Le gouvernement veut renforcer le télétravail dans plusieurs secteurs, notamment dans les banques. Il vous le demande, allez-vous le faire ?
On le fait déjà, puisque nous, nous avons au printemps passé notre capacité de télétravail à 180 000 collaborateurs. Donc on pousse le télétravail partout où c'est possible, de façon maximale.
Thierry Laborde, merci. Le directeur général adjoint de BNP Paribas, invité éco de France Info ce soir. Sous-titrage Société Radio-Canada