Yoann Gillet, député Rassemblement National du Gard | La politique et moi
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
La politique, ce sont parfois des trajectoires qui mènent d'un camp à un autre. Mon invité a débuté à l'UMP avant de rejoindre le Front national et d'en gravir les échelons. Il est aujourd'hui vice-président du RN à l'Assemblée et porte-parole de son parti.
Générique Bonjour, Yoann Gillet. -Bonjour. -Alors, on va revenir sur vos débuts en politique.
Votre famille, d'abord, elle était peu politisée. Quand ils votaient, vos parents, c'était plutôt à gauche. Et vous, vous avez fait vos débuts en politique très jeune, à 16 ans, à l'UMP.
Vous investir en politique aussi jeune, et dans ce camp, est-ce que c'était une manière de vous émanciper ? -Non, simplement l'actualité et l'actualité politique m'intéressaient et c'est vrai que très jeune, je me suis intéressé à la politique et j'avais une famille plutôt connotée à gauche, mes parents, assez peu intéressés par la politique, mes grands-parents beaucoup plus, mes grands-parents maternels, notamment, qui étaient socialistes. -Et votre mère avait voté une fois Laguiller. -Mon père avait la carte du parti socialiste.
Et je me souviens très bien de ma mère glissant le bulletin de vote Arlette Laguiller. -Alors pourquoi la droite ? -Parce que les valeurs de la droite me parlaient davantage.
Parce que la valeur travail, c'est quelque chose d'important pour moi. Parce que les questions de sécurité, d'immigration sont importantes, également, à mes yeux. -Dès cet âge-là ? -Oui, dès cet âge-là, parce que j'avais déjà conscience qu'il se passait quelque chose dans le pays en matière d'insécurité, une insécurité galopante.
Donc c'est des sujets qui m'ont très rapidement intéressé. Egalement sur la partie économique, où je me sentais davantage proche de la droite que de la gauche. -En remontant le fil de votre parcours, on a l'impression que vous avez tâtonné pour trouver cette identité politique.
En 2007, vous participez à la campagne de Nicolas Sarkozy. Et puis, un an plus tard, vous tournez le doigt à l'UMP pour soutenir un candidat centriste, à Caen, aux élections municipales. Et puis, finalement, vous rejoignez le Front national en 2008.
On y reviendra. Mais le plus étonnant, c'est un compagnonnage inattendu, à partir de 2004, et pendant plusieurs années, vous avez été délégué général chargé de la vie étudiante au sein du mouvement Aujourd’hui, demain, créé par un certain Jean-Luc Romero. On va revoir le lancement de son mouvement politique.
Il quitte alors l'UMP, c'était en 2004. -J'en ai assez que nos idées soient méprisées. Je crois que la droite n'a pas compris, aujourd'hui, que les questions de société sont des questions majeures dans la vie politique et qu'il faut les traiter comme ça.
Il n'y a pas que les questions régaliennes. -Il fond donc aujourd'hui son parti, ailleurs, Autrement, au programme, les questions qui lui tiennent à coeur : le traitement des malades du sida, la lutte contre l'homophobie, la dépénalisation de certaines drogues, mais aussi une réflexion plus large sur le fonctionnement des institutions politiques. -Racontez-nous comment et pourquoi vous vous êtes engagé dans ce mouvement ? -Aujourd'hui, Autrement était un mouvement affilié à l'UMP.
Quand vous preniez d'ailleurs votre carte à Aujourd'hui, Autrement, vous aviez automatiquement votre carte à l'UMP. Donc ce n'était pas du tout un départ de l'UMP. Si vous voulez, c'était un mouvement, alors déjà j'avais 16 ans, il faut le rappeler.
C'était un mouvement qui se voulait novateur sur certains sujets, qui ne voulait pas faire l'impasse sur les sujets sociétaux, notamment. Moi, c'est des sujets qui m'ont toujours intéressé. Donc voilà, c'est des sujets qui méritaient d'être abordés, que ce soit pour le mariage pour tous... -L'euthanasie, -C'était des sujets qui étaient abordés, oui. -Parlons d'une autre figure à présent, Jean-Marie Le Pen.
Vous avez confié en 2020 que Jean-Marie Le Pen était le grand-père que vous auriez rêvé d'avoir. Alors vu de l'extérieur, c'est étonnant quand on connaît ses positions, par exemple, justement sur le mariage et l'adoption des couples gays. Il a même été condamné pour propos homophobes.
Qu'est-ce qui explique cette fascination finalement pour cet homme ? -Moi, je l'ai rencontré, j'étais relativement jeune. La première fois que j'ai eu à le rencontrer, j'avais une sorte d'appréhension à le rencontrer parce que je pouvais avoir de lui l'image que donnaient de lui certains médias.
Mais j'ai découvert un homme passionnant, cultivé, très intéressant, très ouvert d'esprit, contrairement à ce que certains voudraient faire croire. Et donc, c'est vrai que j'ai été attaché à l'homme. L'homme est fascinant et passionnant.
Ca n'enlève rien aux nombreuses erreurs qu'il a pu commettre. Voilà, tout simplement. Mais c'est vrai que l'homme est fascinant. -Beaucoup prennent leurs distances, avec lui, ou l'ont pris, y compris Jordan Bardella.
Vous, qu'est-ce que vous dites ? Votre admiration reste intacte ou vous marquez aussi... -Non.
Je fais la différence entre l'homme à qui on peut être attaché et l'homme politique qui a commis des fautes très graves. Et la décision de Marine Le Pen, que d'exclure Jean-Marie Le Pen du Front National, à l'époque, a été une très bonne décision. -Pour revenir sur votre ralliement au Front national, c'était en 2008, un an après l'élection de Nicolas Sarkozy, que vous aviez soutenu quelques mois plus tôt.
Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce qui a déclenché votre adhésion à ce parti ? -C'est assez simple.
Moi, quand j'ai adhéré à l'UMP à l'époque, déjà, la petite anecdote, c'est que le premier tract que l'on m'a demandé de distribuer, je me rappelle très bien de ce tract, c'était un tract contre le Front national. Et à l'époque, j'ai dit : "Non, je ne suis pas engagé à l'UMP pour militer contre le Front national. Je suis à l'UMP pour porter des idées, porter des valeurs et combattre la gauche électoralement.
Certainement pas pour combattre le Front national. Et ensuite, et on était nombreux, d'ailleurs, à refuser de distribuer ce tract, à l'époque. Et ensuite, il y a eu l'élection de Nicolas Sarkozy.
à la présidence de la République. J'ai longuement milité pendant cette campagne qui était passionnante. Il faut rappeler, aussi, qu'alors, Nicolas Sarkozy utilisait finalement les arguments du Front national pendant sa campagne, une campagne très ferme dans les propos.
Et Nicolas Sarkozy a très vite déçu. A peine élu président de la République. Il s'est passé quoi ?
Il a ouvert son gouvernement à gauche avec Fadela Amara, Bernard Kouchner par exemple. On a été nombreux à se sentir trahis. Et puis très rapidement, il a fait l'inverse de ce qu'il avait promis aux Français, notamment en matière d'immigration, où il a été finalement le roi de l'immigration, Nicolas Sarkozy.
C'est dur de le dire quand on a été sarkoziste. On s'appelait à l'époque, j'avais 18 ans, je crois, les "Sarko boy". C'est dur.
Et donc oui, je me suis senti trahi. Et finalement, je me suis naturellement rapproché du parti politique qui incarnait le mieux mes idées et mes valeurs, c'est-à-dire le Front national, puisque, je le rappelle encore, la campagne de Nicolas Sarkozy était totalement axée sur le programme du FN. -Après avoir adhéré au FN, vous vous installez à Nîmes, dans le Gard, et à partir de là, votre trajectoire politique est liée à celle de Julien Sanchez, ancien maire RN de Beaucaire, aujourd'hui devenu eurodéputé.
Qu'est-ce que vous avez appris à ses côtés ? A l'époque, vous étiez plutôt dans le rôle de l'ombre ? -Oui.
J'ai appris beaucoup avec Julien Sanchez. J'ai organisé un grand nombre de ces campagnes électorales dans l'ombre, que ce soit des élections départementales ou législatives, et évidemment municipales en 2014, quand il a brigué la mairie de Beaucaire qu'il a remporté. J'ai appris beaucoup, tout simplement, sur comment organiser une campagne électorale, sur l'organisation politique en général.
Et ensuite, quand il a remporté la mairie de Beaucaire, je suis devenu son directeur de cabinet. J'ai donc quitté mon emploi dans le privé, que j'avais quitté pour organiser justement cette campagne électorale. J'ai appris beaucoup et je vais vous dire, j'ai tout appris avec lui. -Vous sortez de l'ombre, pour le coup, en 2014.
Vous êtes peu connu à ce moment-là, mais Marine Le Pen vous demande de mener une liste FN aux municipales, à Nîmes. Vous faites un très bon score, plus de 24 %pour cent. Ca a été un tournant pour vous ? -Oui, parce qu'à l'époque, je n'imaginais pas du tout être candidat aux élections municipales.
A l'époque, tout le monde attendait Julien Sanchez comme candidat tête de liste à Nîmes. Il avait fait le choix, et je fais partie de ceux qui l'ont convaincu d'aller à Beaucaire, donc il a fait le choix de se présenter à Beaucaire, qu'il a remporté. Il a été d'ailleurs brillamment réélu en 2020.
Et donc, je suis sorti de l'ombre. C'était difficile. J'avais 27 ans, j'en paraissais 18, d'ailleurs, à l'époque.
Ce n'est pas simple de se lancer pour une première candidature et depuis, effectivement, j'ai mis un pied dans la politique et je n'en suis jamais sorti puisque je me suis présenté à l'ensemble des élections depuis cette année -là. -Vous avez été élu député en 2022 et à partir de là tout est allé très vite. Vice-président du RN dès votre première année à l'Assemblée, porte-parole de votre groupe sur le projet de loi immigration, en 2023, et porte-parole de votre parti en 2024.
Pour quelqu'un qui voulait rester dans l'ombre, c'est pas très réussi. Il rit -Ecoutez, Marine Le Pen et Jordan Bardella m'accordent leur confiance et j'en suis très flatté et très honoré, et c'est pour ça que je travaille énormément, pour faire honneur à l'honneur qu'ils me font. -Ce passage dans la lumière, ça n'a pas été évident pour vous au début ? -Ce n'est jamais évident et ce n'est jamais naturel que de prendre la parole publiquement, que d'être présent sur des plateaux de télévision.
Mais ça se travaille, on apprend. -Alors, Yoann Gillet, en politique, on combat ses adversaires sur le terrain des idées. Vous, on vous a attaqué sur un autre registre.
En 2014, en pleine campagne municipale, vos affiches ont été recouvertes d'un bandeau évoquant votre orientation sexuelle. Vous vous étiez préparé à ce genre d'attaque ? -Non, pas du tout.
C'était ma première campagne électorale. Elle a été très rude. Quand on a 27 ans et qu'on se lance pour la première fois dans une élection et qu'on est victime d'attaques en dessous de la ceinture, effectivement, c'est difficile à encaisser.
Aujourd'hui, je le vois différemment. Je pense que ça m'a aidé aussi à m'endurcir. Ca m'a aidé à comprendre ce qu'était le monde politique, finalement.
Et ça m'a aidé, aussi, à faire l'impasse sur certaines choses et, simplement, à laisser les autres parler. Aujourd'hui, ce genre d'attaques peuvent encore venir...
Je les entends, mais je ne les retiens pas. -Vous avez été aussi victime de violences physiques, en 2009, une agression très violente à Nîmes. Vous étiez en terrasse d'un café avec des militants de votre parti et des hommes vous ont roué de coups, à la tête, notamment, alors que vous étiez à terre.
Ils ont reconnu vous avoir agressé en raison de vos idées. Est-ce que vous avez été soutenu à l'époque ? -Oui, il y a eu le soutien de mon parti politique et de Marine Le Pen qui, tout de suite, m'a apporté son soutien.
Il y a eu aussi les médias locaux qui ont joué un jeu un peu dangereux à la suite de cette agression, mettant mon agression au conditionnel. Et c'est vrai que je l'ai relativement mal pris, c'est difficile à accepter. Mais, en revanche, il y a eu un soutien politique unanime.
Une fois que Marine Le Pen m'a apporté son soutien publiquement, l'ensemble de la classe politique m'a apporté son soutien et, tout simplement, a dénoncé ces violences qui sont inacceptables et qui sont de plus en plus nombreuses. Mais ce qui m'a marqué d'autant plus dans cette agression... c'est plutôt la réaction de la justice qui était très longue.
Il y a eu plusieurs années avant qu'une audience se réunisse. -L'agresseur a été condamné. -Ils ont été condamnés, mais ils n'ont pas payé, puisqu'ils ont été condamnés à de la prison avec sursis, avec un versement de dommages et intérêts qu'ils devaient verser sous deux mois suite au jugement.
Et s'ils ne payaient pas ces dommages et intérêts, ils devaient exécuter leur peine en prison. Le fait est qu'ils n'ont pas payé et qu'ils n'ont pas été incarcérés. -Je vous propose de terminer cette émission sur une note plus légère.
Il est temps de passer à notre quiz. Je vais vous proposer des phrases qu'il s'agit de compléter. "Etre député, c'est renoncer à..." -A... avoir une vie sociale.
Voilà, quand on est député et qu'on veut bien faire son travail, il faut travailler sept sur sept, être sur le terrain, évidemment. On est relativement pris à Paris, grosso modo du lundi au jeudi. Et donc, du vendredi au dimanche inclus, il faut être sur le terrain, c'est important pour pouvoir faire remonter les problématiques à Paris. -"Quand je qualifie les opposants à la tauromachie de mangeurs de graines..." -Je pense que je dis la vérité.
En tout cas, en l'occurrence, je parlais d'Aymeric Caron, à l'époque, qui avait voulu mettre fin à une tradition importante dans ma région. Donc, je persiste et je signe. -Yoann Gillet, "J'ouvrirai un bar à l'autre bout du monde le jour où..." -Où j'aurais décidé d'arrêter ma carrière politique.
Oui, c'est un rêve. C'est un rêve d'ouvrir un bar à l'autre bout du monde, si possible sur une plage, et d'aller travailler en short et en tongs. Merci, Yoann Gilles, d'avoir été notre invité. -Merci.
Générique de fin
Yoann Gillet