Féminicide de Poitiers: le combat d’une famille - La story de Paul Larrouturou
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117 féminicides en France depuis le début de l'année selon le décompte de l'association Nous Toutes.
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Je vais vous emmener en immersion à Poitiers parmi l'une d'entre elles, la famille Messelem.
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Inès a parlé. Et c'est ça qui l'a tué, peut-on lire dans cette interview.
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Elle avait ces téléphones qu'on appelle les téléphones grave danger.
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Votre fille a absolument tout bien fait.
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Cette affaire révèle le manque de moyens dans la police et la justice.
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« 117 féminicides en France depuis le début de l'année, selon le décompte de l'association féministe Nous Toutes. »
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« Elle a déposé cinq plaintes. Une le 10 juillet. Une autre le 17 juillet. Une troisième le 13 août. Une quatrième le 19 août. Une cinquième le 28 août. »
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« Elle a obtenu le téléphone grave danger 13 jours après sa première plainte. »
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« Ils l'ont interpellé 30 minutes et rien n'a été fait. »
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« Toute la lumière doit être faite sur cette horrible affaire, a tweeté le ministre de la Justice, Gérald Darmanin. »
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« La France a été incapable de protéger Inès Marc Trévidic. »
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« Il faudrait le surveiller comme on surveille quelqu'un de radicalisé qui n'est pas passé à l'action. »
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« C'est comme le bracelet électronique qu'on va mettre à l'assassin du père Hamel, il était sous bracelet électronique, il y va, il poignarde. »
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Inès a commencé un combat et nous, on doit le finir. Elle a eu le courage de dénoncer tout ce qu'il lui avait fait. On ne l'a pas protégé, donc nous, on se doit maintenant de terminer le combat. Ça a vraiment bouleversé le cœur de Poitiers. Le drame qui est arrivé à Inès doit nous imposer de trouver des moyens de faire mieux.
117 féminicides en France depuis le début de l'année, selon le décompte de l'association féministe Nous Toutes. D'ailleurs, ce chiffre, autant de familles en deuil. Je vais vous emmener en immersion à Poitiers parmi l'une d'entre elles, la famille Messelem. La maman s'appelle Angélique, la fille s'appelle Inès. Elle a été assassinée par son ex.
Inès était une jeune femme pleine de vie, toujours souriante. Tout a commencé il y a à peu près deux ans. Inès a rencontré cet individu dans le cadre associatif. Deux amis sont devenus amoureux. Elle l'a quittée à peu près vers le mois de mai. Il la harcelait. Il la suivait de partout. Il passait devant chez elle plusieurs fois par jour. Il lui a envoyé des menaces de mort. Et donc, moi, j'ai appris, en fait, en lisant sa première plainte, que depuis le début, en fait, il la violait et il la violentait physiquement. Elle devait passer chez elle juste pour récupérer son courrier dans la boîte à lettres. Il avait cassé un carreau et il était rentré dans la maison. Il l'attendait.
La voisine, elle a entendu des hurlements. Elle m'a dit que c'était des hurlements. Elle a trouvé Inès étendue sur le sol. C'était une mare de sang. Et elle lui a pris la main et elle lui a parlé. Elle lui a dit « Courage, reste avec moi. Les secours vont arriver. » Mais malheureusement, c'était trop tard, en fait.
Inès a parlé. Et c'est ça qui l'a tué, peut-on lire, dans cette interview bouleversante du Parisien. Jeudi, c'est donc sa mère et sa sœur Sonia. Parce qu'Inès Messelem a absolument tout bien fait. Elle a déposé cinq plaintes. Une le 10 juillet. Une autre le 17 juillet. Une troisième le 13 août. Une quatrième le 19 août. Une cinquième le 28 août. Et elle est morte le 8 septembre. Et en plus de ça, elle avait, vous savez, ces fameux téléphones qu'on appelle les téléphones grave danger. Ceux qui sont censés marcher en cas de péril.
Elle a obtenu le téléphone grave danger 13 jours après sa première plainte.
Votre fille a absolument tout bien fait.
Elle a tout bien fait. Elle était très procédurière. Elle voulait vraiment rester dans le cadre légal. À plusieurs reprises, on lui a proposé des solutions. De faire venir des amis pour l'intimider. Elle disait non. Après, s'il y a un procès, il va pouvoir se servir de ça contre moi. Elle pensait que la police et la justice allaient la protéger. Elle y croyait. En fait, elle avait confiance.
Son assassin présumé est un réfugié politique afghan. Il est en fuite. Cette affaire révèle aussi, évidemment, le manque de moyens aussi bien dans la police et dans la justice. Mais ce qui a aussi énormément marqué sa sœur Sonia, c'est la haine. La haine sur les réseaux.
Il y avait certains commentaires qui étaient vraiment haineux, très très méchants. Par exemple, très bien qu'ils se tuent entre eux. Il y a également eu des commentaires sur son voile. Alors que, selon moi, ce n'est pas du tout une raison de justifier cet acte-là monstrueux.
Il y a eu ensuite une longue et une grande, massive marche blanche dans les rues de Poitiers. Plus de 1000 personnes dans sa mémoire. Dont ses deux frères, Yacine et Mehdi. Mehdi est comme la mère écologiste de la ville. Léonore Méconduit. Ils ne comprennent pas.
Les premiers meurtriers, ça reste la justice. Eux, ils avaient toutes les cartes en main, toutes les plaintes, toutes les menaces, etc. Et ils l'ont interpellé 30 minutes et rien n'a été fait. Ça a vraiment bouleversé le cœur de Poitiers. Yacine et Mécélème étaient un visage connu à Poitiers. Et puis, la marche blanche a réuni énormément de monde. Je n'avais jamais vu ça à Poitiers. Effectivement, ce qui est particulièrement frappant dans le féminicide d'Yacine, c'est qu'elle s'était saisie de tous les outils à sa disposition. On est face à une faillite du système, en particulier, semble-t-il, de la police en l'occurrence, mais clairement aussi de la justice.
Et même moi qui m'exprime au nom d'une institution publique, je parle aujourd'hui avec beaucoup d'humilité. Parce que le drame qui est arrivé à Yacine doit nous imposer de trouver des moyens de faire mieux.
– Toute la lumière doit être faite sur cette horrible affaire, a tweeté le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, qui a également demandé l'ouverture d'une inspection de fonctionnement à l'Inspection Générale de la Justice.
– Bonsoir Marc Trévidic, ancien juge d'instruction au pôle antiterroriste du tribunal de Paris, aujourd'hui présidente à la Cour d'appel de Versailles. Vous publiez « Justice présumée coupable » aux éditions Albin Michel. Vous venez d'entendre le témoignage d'Angélique. La mère d'Inès, sa fille, avait tout fait pour être protégée de son ex-compagnon. Cinq plaintes, cinq plaintes, des multiples signalements. La France a été incapable de protéger Inès Marc Trévidic. – Manifestement sur ce cas de figure, mais c'est assez fréquent. Actuellement je préside des cours d'assises, donc je juge des féminicides. Et pratiquement à chaque fois, on a ce même phénomène.
Il y a eu des plaintes récurrentes, donc des alertes avant, que le drame arrive. – Donc ça c'est une question qu'on peut se poser. Maintenant le problème sur la masse des violences conjugales ou d'ex-concubins, c'est très difficile de détecter a priori qui est dangereux et va passer à l'acte. Le problème est de savoir qu'est-ce qu'on fait de ces gens-là qui ne sont pas encore passés à l'acte. Sur des menaces de mort, sur du harcèlement, on ne peut pas mettre les gens en prison très longtemps.
– Et là ce qu'il raconte, vous avez été à la fois juge aux affaires familiales et aujourd'hui vous jugez des féminicides. Là il y avait vraiment toutes les alertes, ils l'ont même relâchée. C'est incroyable.
– Exactement, en fait il faudrait le surveiller comme on surveille quelqu'un de radicalisé qui n'est pas passé à l'action. C'est assez, et donc ça voudrait dire quasiment des moyens de renseignement, de pister sur les réseaux sociaux, de voir toutes les alertes, donc des moyens très importants pour l'interpeller avant qu'il passe à l'acte.
– Et là on revient au problème de moyens, il n'y a pas les moyens, ça manque d'argent.
– Alors c'est clair que donner un téléphone ça a été un progrès, parce qu'il y a quelques années il ne se passait strictement rien, donc il y a un progrès, même si c'est catastrophique de cette situation.
– C'est Nadine Morano en 2009, sous Nicolas Sarkozy et François Fillon.
– Mais le coup on donne un téléphone, c'est un peu, on donne à la future victime la patate chaude quoi. C'est-à-dire finalement s'il y a un problème, vous nous appelez. Or on sait très bien que dans les féminicides, l'hypothèse où quelqu'un va avoir le temps d'appeler, ça arrive de temps en temps. – Et les relations, c'est un rapprochement c'est pareil ? – Alors là ça demande une surveillance pour le coup. Anti-rapprochement ça veut dire quoi ? S'il se rapproche très vite, au point de vous poignarder, personne n'aura eu le temps d'intervenir.
C'est comme le bracelet électronique qu'on va mettre à l'assassin du père Hamel, il était sous bracelet électronique, il y va, il poignarde, et puis ok il n'a pas respecté son bracelet électronique. Donc c'est quand même aussi très compliqué. On ne peut pas non plus juger les gens pour des choses qu'ils n'ont pas encore fait. – Oui. Oui.