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Podcast / conversationFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 19 juillet 2024 37 minComplaisantDivertissementCulture, médias & sport

Le succès du "Comte de Monte-Cristo" : force et passion du romanesque

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 96 %Attaque 2 %Défensif 2 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:55OuverteRéponse directe

    Comment expliquez-vous un tel succès, près de 4 millions d'entrées ?

  • 2:20OuverteRéponse directe

    Ce succès au cinéma sert-il la littérature ?

  • 4:27OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce que les spectateurs ont apprécié dans le film ?

  • 7:27OuverteRéponse directe

    Comment expliquer ce goût français pour le Comte de Monte-Cristo ?

  • 11:16OuverteRéponse directe

    Est-ce que le romanesque repose sur la projection de nos failles ?

  • 12:57RelanceRéponse directe

    Qu'est-ce que l'accélération du réel dans le romanesque ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:11PrésentateurFait
    « Deux siècles après sa parution, le conte de Montecristo est à nouveau adapté à l'écran. »
  • 2:41InvitéFait
    « Le cinéma fait beaucoup de bien à la littérature classique parce que c'est un art populaire, c'est un art aussi collectif. »
  • 3:28InvitéChiffre
    « C'est considérable, ici les ventes sont multipliées par 10 et ça va continuer comme ça tout l'été. »
  • 18:40InvitéChiffre
    « Le livre en édition folio, je crois que c'est 1400 pages. »
  • 18:50PrésentateurFait
    « Une page c'est une minute. »

Temps de parole

  • Invité28 %
  • Invité 227 %
  • Invité 320 %
  • Présentateur19 %
  • Invité 43 %

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0:00
Présentateur

France Culture, les matins d'été, Quentin l'a fait. Deux siècles après sa parution, le conte de Montecristo est à nouveau adapté à l'écran. Le film de Mathieu Delaporte et Alexandre de la Patelière cumule déjà près de 4 millions d'entrées, propulsant la vente du roman d'Alexandre Dumas qui a déjà été réimprimé trois fois en deux mois. Encre de ce succès se logerait-il le désir de plus en plus flagrant d'un divertissement romanesque que nous dit la vitalité de ce genre aujourd'hui et quel type d'horizon crée-t-il ? Pour en parler donc trois invités. Mathieu Delaporte, bonjour. Bonjour. Vous êtes le co-scénariste et le co-réalisateur du conte de Montecristo.

A vos côtés, Blanche Cerquiglini, bonjour.

0:42
Invité

Bonjour.

0:42
Présentateur

Vous êtes directrice des collections folio classiques chez Gallimard et à vos côtés également, Tiffen Samoyau, bonjour. Vous êtes directrice d'études à l'école des hautes études en sciences sociales, directrice du centre de recherche sur les arts et le langage. Et pour commencer, comment est-ce que vous expliquez Mathieu Delaporte un tel succès ? Est-ce que vous vous y attendiez, près de 4 millions d'entrées déjà ? C'est absolument incroyable.

1:05
Invité

On ne s'y attendait pas mais on l'espérait. On espère toujours que ça va marcher. On avait vu que dans les premières projections du film, ça se passait très bien. Donc les spectateurs étaient contents. Après, c'est toujours très mystérieux pourquoi les gens vont voir des films. Qu'est-ce qu'ils nous font toujours une proposition ? Après, est-ce que ce désir va rencontrer une envie chez des gens ? Ça, c'est toujours très mystérieux. Même 2-3 jours avant la sortie d'un film, on ne sait jamais. Et là, c'est vrai que ça se passe merveilleusement bien.

1:29
Présentateur

2-3 jours avant, on ne le sait jamais. Mais 2-3 jours après, on a peut-être des indices que vous disent les spectateurs. Qu'est-ce qu'ils ont apprécié ? L'intrigue, l'aventure, les personnages ?

1:39
Invité

Oui, je pense que c'est un film qui renoue avec le romanesque, qui renoue avec le cinéma à grands spectacles, avec des grands personnages, des grands sentiments au premier degré. Et je pense que ça faisait longtemps en France qu'on n'avait pas ce type de film. Je dis en France, c'est plus large que ça, puisque le cinéma hollywoodien aujourd'hui a tendance à se formater avec des suites, des super-héros. C'est Spider-Man 4, Deadpool 2, Star Wars, je ne sais plus combien. Et je pense que le spectateur a envie aujourd'hui de partir dans des histoires plus nouvelles, plus fraîches, avec des nouveaux héros et des grands sentiments.

Je pense qu'on a tous besoin en ce moment d'ouvrir la fenêtre, mais du coup de s'enfermer dans la salle obscure du cinéma.

2:20
Présentateur

Blanche Cerquiglini, est-ce que ce succès au cinéma sert la littérature ? Est-ce qu'il sert le texte d'origine d'Alexandre Dumas ? Est-ce que les spectateurs vont aller chercher, relire ou lire peut-être simplement ce texte ?

2:32
Invité

Oui absolument, le cinéma fait beaucoup de bien à la littérature classique parce que c'est un art populaire, c'est un art aussi collectif.

On est ensemble dans une salle de cinéma et puis ensuite on rentre chez soi, on passe par son libraire et on achète l'oeuvre pour en faire une lecture solitaire, plus approfondie et ça, ça permet à un très large public, beaucoup à des jeunes aussi je le crois, je l'espère moi aussi, de renouer avec des chefs-d'oeuvre de la littérature vers lesquels il ne serait pas allé peut-être naturellement parce que ce sont des oeuvres du passé, d'il y a 200 ans, écrites dans une langue qui est celle du 19e siècle et puis le roman est quand même très gros, très foisonnant. Donc il y a une forme, on est décomplexé grâce au film et ainsi on peut aller mieux vers la littérature.

3:22
Présentateur

Et on arrive déjà à mesurer ce lien, le succès du film, l'impact j'allais dire sur les ventes de livres et de classiques ?

3:28
Invité

C'est considérable, ici les ventes sont multipliées par 10 et ça va continuer comme ça tout l'été, donc par rapport à une période normale d'exploitation du livre en folio classique, le conte de Montecristo est l'un des piliers de la collection, Dumas est l'un des auteurs les plus représentés dans la collection avec Balzac en nombre de titres, donc c'est un livre qui se vend toujours très bien, mais ici nous avons eu en exclusivité la fiche du film en couverture du livre, donc là il y a un appel pour les lecteurs, pour les libraires aussi à présenter ce livre et puis à appeler sans doute les jeunes, sans doute un public qui n'a pas tellement l'habitude de lire des classiques en leur disant c'est pour vous, vous pouvez y aller.

Et je crois que les lecteurs savent qu'ils vont passer un très bon moment, un très bon été avec cette lecture parce qu'ils ont déjà passé trois heures formidables en salle de cinéma et puis ils vont reconvoquer leurs souvenirs à travers la lecture.

4:27
Présentateur

Je voudrais vous faire entendre, écouter l'extrait d'une autre adaptation du conte de Montecristo, celle-ci date de 1979.

4:35
Invité

Ayez pitié, la misérable qui vous implore au nom du Christ. Votre fou furieux tourne à la dévotion. Qu'avez-vous à demander ? Je demande quel crime j'ai commis, monsieur. Je demande qu'on me donne des juges. Je demande que mon procès soit instruit. Comme fusil, je suis coupable. Allons, êtes-vous convenablement nourri ? Quelle importance. L'importance pour moi, pour la justice, pour le roi, parce qu'un innocent meurt pas enterré vivant au maudit sans ces bourreaux. Mon cher ami, vous avez tout de même essayé d'assommer votre gardien, d'après ce qu'on m'a raconté. Arrêtez sans motif, c'était du fou furieux. Et vous ne le seriez plus ? Qu'est-ce que je vous ai anéanti ?

Tellement longtemps que je suis ici. Mais il n'y a qu'un an et demi. Un an et demi ? Je n'aime pas, monsieur, 17 mois. Vous ne savez pas ce que c'est que 17 mois pour un homme en prison. 17 mois pour un homme habitué, au grand air de la mer, à l'espace, à l'infini. J'allais épouser la femme que j'aimais, prendre le commandement d'un navire, au milieu de ce jour le plus beau, m'a précipité dans les ténèbres les plus affreuses. Sans tribunal ! Sans jugement ! Je ne sais plus si elle-même.

6:11
Présentateur

Le conte de Montecristo, la version de 1979, réalisée par Denis de la Patelier, avec Jacques Weber, dont on entendait évidemment la voix. Mathieu Delaporte, là on est dans un tout autre rythme de ce film que vous avez composé vous-même.

6:27
Invité

Oui, tout à fait, mais c'est un film qui est cher à nos cœurs, et surtout au cœur d'Alexandre, puisque c'est le père d'Alexandre, Denis de la Patelier, qui a réalisé le film. En 1979, et Alexandre, qui était un petit garçon, est allé sur le tournage, et il en est revenu totalement émerveillé. Je pense que ça a grandement participé à son envie de devenir metteur en scène.

C'est évidemment un souvenir dont on a beaucoup parlé, une adaptation dont on a beaucoup parlé, parce que le choix de Jacques Weber, qui était à l'époque un jeune acteur très impressionnant, grand et très fin, qui au fond ressemble un peu, on va dire physiquement, ils sont très différents avec Pierre, mais c'est le choix d'un jeune Edmond Dantès. Et c'est vrai qu'en écoutant, on se disait, c'est fou avec les années, et c'est pour ça que je trouve que c'est intéressant qu'il y ait des adaptations régulièrement, parce qu'au fond, les adaptations ressemblent à notre époque aussi, on est habitué à des rythmes.

Là, c'est vrai, j'entendais les dialogues, je me disais, c'est fou comme on parlait plus lentement, comme on prenait son temps, les respirations, et je pense qu'on est habitués aujourd'hui à quelque chose de plus dynamique, le fait que même nous tous, je pense qu'on parle plus rapidement qu'on le parlait il y a 30 ans.

7:27
Présentateur

Tifféne Samoyeau, l'attrait du comte de Montecristo a toujours été réel, sincère, profond. Cette version de 1979, elle est évidente. On pense aussi à la version de 1998 avec Gérard Depardieu. Comment on explique ce goût français, j'allais dire, pour le comte de Montecristo ?

7:46
Invité

Oui, alors, c'est un goût français, c'est un goût mondial, on va dire, on pourra y revenir. Donc, ça n'est effectivement pas un nouveau héros, mais c'est un héros constamment renouvelé, en effet, à chaque époque, comme le sont les héros classiques. Et effectivement, j'ai eu l'occasion de voir hier soir, par souci de comparaison, cette version de Denis de la Patelière, en m'interrogeant sur, en effet, cette dynastie qui redoublait un petit peu la dynastie d'humains père et fils, parce qu'il faut savoir aussi que le fils a eu autant de succès à son époque que le père, même si aujourd'hui, le père est beaucoup plus populaire.

Et j'ai été frappée également, alors même si c'est une série, c'est une série en quatre épisodes, et il y a une différence entre le traitement par série qui est forcément un tout petit peu plus lent par rapport au traitement en une seule pièce qui oblige à des accélérations, mais c'est effectivement frappant, l'accélération du cinéma aujourd'hui, de l'action. C'est particulièrement intéressant parce que le romanesque peut se définir comme une accélération. C'est une accélération, une intensification du réel. Et donc là, on a comme une sorte d'intensification, d'intensification, et donc je pense que c'est particulièrement efficace de voir cela comme ça.

Et donc si on essaye de comprendre ce goût pour ce personnage, par rapport au super-héros, justement, vous en parliez, Marc de la Porte, de se dire, bon, la différence, c'est que le super-héros qui est un héritier, on va dire quand même, de ces personnages, des héros du roman populaire du XIXe siècle, qui se donnent des pouvoirs, qui portent des masques, qui sont caractérisés comme ça par une puissance métamorphique, c'est que les super-héros, ils s'inscrivent quand même dans une réalité vraiment parallèle. Alors que ces héros, un héros comme le comte de Montecristo, il intervient dans le réel.

Alors, un réel modifié justement par la saturation d'événements, par l'excès de passion, par tout ça. Donc un réel modifié, mais qui est néanmoins encore inscrit. Donc ce n'est pas une évasion dans un monde parallèle, c'est une évasion à l'intérieur de son propre monde. Et c'est une évasion dans une histoire qui commence précisément par une évasion et qui est une évasion de la prison vers la mer, ce que beaucoup de personnes aujourd'hui en France et ailleurs ont envie de faire. Donc je pense que la sortie aussi du film juste avant les vacances est particulièrement propice et également dans une période où on a besoin de se changer les idées.

10:22
Présentateur

Sur ce lien entre réel et romanesque, je voudrais vous faire entendre une voix, la voix d'un comédien qui d'ailleurs participe dans ce dernier film Le Comte de Montecristo. C'est une pièce

10:31
Invité

qui touche beaucoup aux blessures de l'adolescence, à la peur, au complexe, vivre les choses par procuration parce qu'on n'ose pas les vivre soi-même, le grand sentiment, l'envie d'engagement. Puis ce nez, on met ce qu'on veut dedans. Plus quand on voit les gravures du vrai Cyrano qui a existé, il n'a pas un nez si démesuré que ça. Après, il a une vie très très complexe, le vrai Cyrano. Il est intéressant à investiguer. Et Rostand connaît la vie du vrai Cyrano. Il sait très bien ce qu'il fait. Je pense que chacun projette un complexe, une frustration, une humiliation. C'est pour ça que la pièce parle à tout le monde et qu'on continue à la jouer.

11:08
Présentateur

Laurent Laffitte, au micro de France Inter, qui parle évidemment d'une autre grande, grande œuvre romanesque, Cyrano, de Bergerac, d'Edmond Rostand. Est-ce qu'on a là, Blanche Cerquiglini, la vérité au fond de la puissance du romanesque, à savoir, on projette aussi ce qu'on est dans les histoires qu'on lit ou qu'on découvre et on projette une grande part de nos failles, de nos propres faiblesses ?

11:30
Invité

Oui absolument, ce qu'on est et ce qu'on voudrait être. Le plaisir du romanesque, c'est d'abord le plaisir de la vie par procuration. C'est ce pouvoir de la fiction qui nous permet de vivre d'autres vies que la mienne, pour le dire dans les termes d'Emmanuel Carrère. Donc bien sûr, c'est d'abord le plaisir de la transgression. Je vis par la fiction ce que je ne vivrai jamais dans le réel. Et surtout, tous les interdits peuvent être transgressés parce que cela se fait sans mal, cela se fait dans l'espace de la fiction. Mais bien sûr, on projette aussi ce qu'on est, nos valeurs. Le parallèle entre Dantes et Cyrano de Bergerac, il est parfait.

Ce sont deux hommes blessés, ce sont deux hommes qui ont des failles, qui les exposent, qui les subliment. Et puis bien sûr, dans les deux cas, il y a une forme de panache pour reprendre l'expression de Rostand. Donc là, ce sont deux grandes figures françaises, on peut le dire, et c'est formidable que le film soit réalisé en France par des réalisateurs et scénaristes français. De même que tout le monde se souvient du film avec Depardieu. Ce n'est pas du tout un hasard si Depardieu a incarné à la fois Cyrano et Edmond Dantès. Et chacun convoque ses souvenirs de lecture d'une part mais aussi ses souvenirs de spectateurs.

Et là, il y a des strates, il y a un millefeuille mémoriel qui se constitue pour l'individu et qui est absolument extraordinaire.

12:57
Présentateur

Je voudrais que vous puissiez revenir, Tiffen Samoyo, sur ce que vous avez dit il y a un instant, le romanesque que c'est l'accélération du réel. Qu'est-ce que ça veut dire concrètement ? En quoi ce réel est-il accéléré ? Notamment, par exemple, dans Cyrano de Bergerac mais même dans Le Conte de Montecristo ?

13:12
Invité

Alors, il y a une temporalité qui est très étendue dans Le Conte de Montecristo qui est un peu accélérée d'ailleurs par le scénario du film puisque c'est une temporalité sur 25 ans mais par l'effet de figures, de styles, d'accélération, d'ellipses, etc. On a l'impression que le personnage vit à peu près mille vies pendant ce laps de temps et donc il peut incarner aussi beaucoup de personnages emporter avec lui plusieurs histoires, plusieurs générations et donc ça, c'est particulièrement frappant. Donc c'est ce nombre de péripéties et puis la possibilité aussi de constamment devenir autre.

C'est-à-dire que le personnage a une action sur le romanesque puisqu'il se transforme constamment en d'autres personnages. Donc il dit aussi, même si, bon, je suis d'accord sur le fait que la fiction, on vit des vies qui ne seront jamais les nôtres, mais non, je pense que la fiction a ce pouvoir de penser qu'on pourra véritablement vivre d'autres vies et le romanesque c'est une catégorie...

14:15
Présentateur

D'autres vies que la même, c'est aussi vivre plusieurs vies en même temps.

14:17
Invité

Oui, ou avoir l'impression parfois que sa vie est un roman et le romanesque c'est une catégorie qui transgresse les espaces. En fait, ce n'est pas une catégorie qui s'en tient au roman ou au film ou à la fiction. C'est une catégorie qui déborde très facilement vers le social, vers le psychique. la formule « Ma vie est un roman » que peut-être tout le monde a prononcé à un moment donné parce qu'il nous arrive une aventure spécifiquement qui sort de l'ordinaire et qui trouve des modèles dans ses livres qui en donnent des versions particulièrement intenses, particulièrement saturées. Blanche, C'est tout à fait juste et ceci parce que Edmond Dantès est un narrateur.

Il est un pourvoyeur de fiction extraordinaire. Il n'est rien à proprement perler. Il n'a pas d'identité. Il n'a pas de prénom. Il n'a plus d'identité. Il ne cesse de s'en inventer.

15:10
Présentateur

Il crée son personnage et il échafaude lui-même ses propres plans et donc le tissu même du roman.

15:14
Invité

C'est exactement ça. Il produit de la fiction donc il est en un sens l'auteur. Il se crée lui-même. Il se constitue à travers les masques, à travers les identités d'emprunt et ça en effet c'est tout à fait fascinant. Et il lui est arrivé une aventure romanesque, terriblement, tragiquement romanesque cet enfermement pendant 14 ans et il saura en faire quelque chose et la sublimer.

15:38
Présentateur

Juste ajouter

15:40
Invité

que l'auteur produit du romanesque, le personnage également est par capillarité la lectrice ou le lecteur aussi. Donc il y a cette espèce de pouvoir du romanesque de passer d'une catégorie à l'autre et de s'échanger finalement ce pouvoir. Ce qui est intéressant c'est qu'on parle du réel et du romanesque c'est que le livre au départ est adapté d'un fait divers. Alexandre Dumas qui disait les annales de la police découvre l'histoire de François Picot qui est l'histoire originale de Mondantès et justement il va qui est une histoire extraordinaire au sens où elle sort de l'ordinaire.

16:13
Présentateur

Est-ce que le fait divers d'ailleurs est lui-même romanesque en tant que tel ?

16:16
Invité

Il est ultra romanesque puisque c'est quand même l'histoire d'un homme qui est envoyé en prison à peu près dans les mêmes circonstances que de Mondantès et c'est un homme qui va revenir pour se venger car il a trouvé aussi de l'argent et il va revenir sous forme de maquillage. Il est lui-même postiché et en fait à la différence c'est que dans le fait divers il les a tués réellement et c'est en ratant de tuer l'un des membres on va dire des personnes pour lesquelles il voulait se venger qu'il est arrêté et qu'il y a un récit et donc que l'histoire nous est parvenue.

Donc ce qui est intéressant c'est que Alexandre Dumas qui adorait les histoires et l'histoire a vu cette histoire et a vu tout ce qu'il pouvait y mettre il y a insufflé du romanesque de l'imaginaire du les américains disent bigger than life mais c'est à dire plus gros que la vie plus grand plus plus plus plus et je dirais qu'Alexandre Dumas était un bon exemple lui-même c'était un homme qui avait une vie romanesque qui avait des maîtresses qui avait monté des journaux des théâtres et tout et je pense qu'effectivement c'est un concentré de vie c'est tout plus rapide et plus c'est à dire que c'est plusieurs vies en lune

17:18
Présentateur

on va poursuivre cette discussion tous les trois notamment approfondir ce lien entre réel et romanesque avec vous trois à partir de 8h20 vous trois c'est Mathieu Delaporte Blanche Cerquiglini et Tiffen Samoyo avant cela on va s'attaquer aux préjugés grâce à nos amis comme chaque jour tout de suite 7h09 les matins d'été Quentin l'a fait et l'on poursuit notre discussion sur la force la puissance du romanesque dans le sillage du succès de l'adaptation au cinéma du roman d'Alexandre Dumas Le Comte de Montecristo avec trois invités Mathieu Delaporte il est le co-scénariste le co-réalisateur de ce film Le Comte de Montecristo avec Blanche Cerquiglini elle est directrice des collections folio-classiques chez Gallimard et avec Tiffen Samoyo elle est directrice d'études à l'école des hautes études en sciences sociales directrice également du centre de recherche sur les arts et le langage et je voudrais vous faire réagir Mathieu Delaporte à un commentaire laissé sur Twitter sur X d'un spectateur du Comte de Montecristo je le cite je sors du film Le Comte de Montecristo bon spectacle excellent acteur ça ressemble à ce livre que j'aime tant mais pourquoi diable avoir changé les personnages leurs racines leur histoire et avoir inventé cette fin bien pensante et contournée fin de citation ce spectateur c'est Pierre Moscovici est-ce que vous pourriez lui répondre ?

18:39
Invité

mais avec un immense plaisir le livre en édition folio je crois que c'est 1400 pages si vous le transformez en page de scénario vous êtes autour de 4000 pages

18:50
Présentateur

une page c'est une minute une minute

18:53
Invité

donc il faudrait à peu près 100 à 400 heures de programme pour adapter le livre donc quand vous faites en 3 heures ce qui est déjà pas mal vous devez forcément quand on dit 4180 on voit bien qu'il faut faire des choix il faut faire des raccourcis il faut accélérer le récit surtout que je pense que c'est une accélération qui est pour le meilleur c'est à dire que quand Alexandre Dumas écrit le livre il l'écrit en feuilleton c'est à dire que c'est comme quand vous regardez une série quand vous êtes en saison 8 les auteurs peuvent se permettre de changer des choses de la saison 1 ou 2 puisque le spectateur ne s'en souvient pas Alexandre Dumas lui il passe son temps à transformer les personnages je prendrais un seul exemple qui est Fernando Mondego qui est le rival amoureux de Dantès il est caractérisé au début du livre comme un pêcheur catalan en alphabète de 20 ans et 15 ans plus tard on le retrouve il est général père de France donc c'est une des plus grosses institutions de l'armée il est considéré comme un aristocrate c'est un homme qui a toutes les richesses toutes les puissances dans le roman il s'en sert parce que moi je pense c'est que je pense qu'Alexandre Dumas il crée un personnage au début puis ça l'encombre il dit qu'est-ce que je vais faire de ce type alors il s'en débarrasse il le transforme donc en fait il le transforme en deux pages il dit au gré de la guerre des personnages pouvaient changer radicalement et hop et qu'il te fait d'un pêcheur à un général et ça ne pose pas de problème quand vous faites une adaptation vous avez le choix entre le pêcheur et le général en fait vous vous dites soit je garde le pêcheur du début jusqu'à la fin soit je fais le général au début et nous on a décidé de faire que de Fernand un militaire dès le début pour justifier le fait que justement il est général à la fin et quand Edmond Dantes s'en prend à ses institutions il s'en prend à la justice avec le procureur de Morcef il s'en prend au général de Morcef et il s'en prend à l'argent au banquier d'Anglard donc ça c'est un exemple par exemple de changement ensuite pour ce qui est des changements de la fin moi je trouve notre fin elle est super mais parce que sans vouloir divulgacher le livre et le film à ceux qui ne l'ont pas vu et lu dans le roman à la fin moi je trouve qu'il termine avec Aïdé dans le roman c'est à dire qu'au fond il épouse enfin il finit sa vie avec une femme qui l'a élevée comme sa fille qui est une esclave et je trouve que ce n'est pas à la hauteur du romanesque du romantisme du livre c'est à dire que je trouve beaucoup plus beau que l'histoire d'amour soit concentrée entre Edmond Dantes et Mercedes et au fond cette histoire d'amour parce que Edmond Dantes c'est un des grands héros romantiques de la littérature française je trouve que cette fin d'ailleurs que la plupart des lecteurs oublient c'est amusant de voir quand vous parlez avec des gens qui pourtant même ceux qui aiment beaucoup le livre quand vous rentrez dans les détails en particulier la deuxième partie les gens ont filtré ils ont oublié cette histoire parce que je pense que ce n'était pas justement ce qu'il y avait de mieux

21:39
Présentateur

Blanche Cerquillini justement pour rebondir sur ce qui vient d'être dit est-ce que les lecteurs les spectateurs sont attachés au romanesque à l'histoire patrimoniale des choses c'est à dire au livre au monument ou vraiment au texte au contenu à l'histoire dont ils ont souvent le souvenir parfois lointain parfois moins

21:57
Invité

je crois qu'il y a un certain conservatisme du souvenir on est toujours très attaché à ce qu'on a connu découvert aimé étant enfant mais c'est justement la liberté totale du créateur du recréateur et du co-auteur que vous êtes Mathieu Delaporte vis-à-vis de Dumas que de prendre des libertés Dumas lui-même s'inspirait de Shakespeare et il a pris des libertés donc ça c'est le propre des classiques que d'être des oeuvres finalement toujours disponibles toujours là dans notre collection patrimoniale dans notre mémoire et puis à un certain moment des auteurs s'en emparent y ajoutent leurs pattes et puis y ajoutent notre lecture de l'actualité vous parliez de la fin que je trouve moi aussi excellente parce qu'elle permet une transmission générationnelle c'en est fini de la génération des pères on passe à la génération des fils c'en est fini du cycle de la vengeance et on en vient au bonheur personnel et les deux jeunes partent ensemble donc bien sûr pour des raisons de valeur morale contemporaine ce n'était pas possible de faire partir Dantès avec la jeune femme mais ça ça apporte quelque chose qui nous renvoie aussi à notre monde contemporain et qui prouve que cette grande oeuvre de Dumas de 1844 est extraordinairement moderne

23:19
Présentateur

et avec ces mots superbes de la fin attendre et espérer qui sont d'ailleurs dans le texte originel de Dumas Tiffany Samoyo une réaction

23:26
Invité

oui alors c'est vrai qu'il y a des moments qui frôlent l'invraisemblance dans le roman de Dumas mais néanmoins cette question des changements d'identité elle est révélatrice d'un moment historique celui où est écrit le livre de très très très grande instabilité je dirais morale politique également et où tout est possible c'est à dire qu'on a vu enfin Dumas a vu et toute son époque avec des personnes fuir perdre leur nom perdre leur fortune les retrouver par miracle passer de la révolution à l'empire de l'empire à la royauté donc il y a cette espèce d'instabilité profonde qui fait que ces changements d'identité ces transformations de pauvres en riches de riches en pauvres de bons en méchants et inversement sont des choses qui sont aussi courantes alors elles sont là encore augmentées par le romanesque mais elles nous rappellent aussi que le romanesque le besoin de romanesque se fait sentir dans ces périodes de grande instabilité où les personnes sont inquiètes se posent des questions sur leur identité et je crois que mais alors malgré les raccourcis que vous avez été obligés de faire je trouve que le film en témoigne néanmoins je dirais juste sur la fin on peut discuter aussi le choix c'est à dire que je le comprends très bien et il fonctionne évidemment très bien dans le livre vous accentuez un aspect du roman qui est que les femmes sont du côté du pardon c'est peut-être

25:02
Présentateur

ce que Pierre Moscovici voulait dire lorsqu'il évoquait la bien-pensance

25:05
Invité

peut-être que c'est ce qu'il veut dire en tout cas vous êtes contraint mais aussi par le souci de faire une oeuvre unitaire d'accentuer cet aspect là qui évidemment dans le roman du 19ème se comprend très bien c'est à dire que les hommes sont du côté des extrêmes de l'action de la vengeance

25:23
Présentateur

et de la violence

25:23
Invité

de la vengeance de la violence d'une forme de bloc alors que les femmes tout en ayant du caractère parce qu'aussi bien Mercedes qu'a idée en ont à la fois dans le livre et dans le film néanmoins sont là pour apaiser justement les extrêmes ce qui fait aussi le romanesque c'est à dire la puissance de ces extrêmes et je trouve que la fin de votre film accentue cet aspect là et que peut-être on aurait pu on pourrait imaginer une adaptation contemporaine qui donnerait peut-être plus plus de pouvoir en fait à ces personnages féminins un droit de réponse donc Mathieu Delaporte oui non parce que il se trouve que ce qui est intéressant c'est la place des personnages féminins dans le livre donc on a donc réduit beaucoup forcément mais par exemple le personnage de Mercedes a plus de scènes dans le film que dans le livre c'est à dire que c'est un personnage qui est beaucoup plus présent même si on pourrait évidemment souhaiter qu'elle le soit plus

26:22
Présentateur

Mercedes donc qui est la promise

26:23
Invité

la fiancée d'Edmond Dantès qui est la fiancée d'Edmond Dantès qui donc pense qu'Edmond Dantès est mort et donc se remarie avec le rival d'Edmond Dantès qui est Fernand de Morcef et il se trouve que dans le roman elle a relativement peu de scènes elle a des scènes très marquantes qu'on a toutes gardées d'ailleurs qui sont toutes dans le film et on en a rajouté une qui n'est pas dans le livre et après les personnages cette effectivement séparation entre les hommes qui sont dans on va dire une violence physique et les femmes qui sont dans une violence après ce qui est particulier c'est que dans le roman il y a d'autres personnages comme ces personnages qui empoisonnent qu'on n'a pas mis donc effectivement on a enlevé mais c'est vrai aussi qu'on a nous voulu garder dans l'adaptation et je ne veux pas divulgacher à ceux qui n'ont pas vu le film mais il y a plusieurs trajectoires de vengeance dans le film comme dans le livre il y a au fond quatre trajectoires de vengeance dans le film il y a le personnage d'André il y a le personnage d'Angèle le personnage d'Aïdé et le personnage d'Edmond Dantès donc il y a deux hommes et deux femmes et c'est vrai que de par les parcours les deux personnages féminins renoncent à la vengeance l'une par amour et l'autre parce qu'elle découvre un enfant

27:31
Présentateur

Tifféne Samoyot la question qui est posée que vous posiez d'ailleurs en creux me semble-t-il c'est comment construire aussi un personnage de roman un personnage romanesque c'est souvent un personnage archétypal où s'entrechoquent en lui-même le bien et le mal des grandes notions des grands dilemmes dans ce cadre-là comment créer fonder des personnages finement écrits c'est quoi un personnage fin de roman justement au-delà de la caricature

27:56
Invité

c'est précisément que le temps du roman ou le temps de l'histoire parce que ça peut être dans un film ça peut être dans une pièce de théâtre comme je le disais tout à l'heure la catégorie de romanesque est très plastique et elle n'est pas réservée au genre du roman et bien il y a une durée et une possibilité de transformation de ces personnages et ça c'est la force du personnage d'Edmond Dantes c'est un personnage qui au début est un jeune idéaliste un peu naïf et puis qui progressivement se transforme non seulement par des métamorphoses concrètes réelles tout au long du roman mais se transforme psychologiquement et se transforme aussi au contact des autres et donc c'est ce que je suggérais tout à l'heure dans cette dans cette contiguïté si vous voulez du rapport entre le réel et le romanesque

28:43
Présentateur

c'est-à-dire que la complexité elle naît dans l'évolution des personnages dans le temps qu'on leur laisse

28:47
Invité

elle naît aussi de la rencontre de la micro-société que les personnages forment entre eux et qui parfois échappe échappe aux créateurs aux créatrices il y a quelque chose qui se passe de manière presque autonome et qui transforme ces personnages mais il y a aussi de l'archétype et c'est aussi ce qui plaît dans le grand romanesque c'est parce qu'il y a aussi de l'archétype et qu'on est rassuré par cet archétype qu'on a l'impression aussi que la vengeance c'est aussi une manière de faire justice dans un monde qui ne l'est pas et je pense qu'il y a une puissance consolatrice de l'archétype au point que cette puissance de l'archétype a conduit un certain nombre de critiques à distinguer entre deux types de romanesque et finalement à genrer aussi le romanesque d'un côté le romanesque de l'aventure qui serait plutôt viril et masculin et puis de l'autre un romanesque sentimental un romanesque de la passion qui serait plutôt féminin et comme par hasard ce romanesque sentimental a conduit à discréditer la notion de romanesque parce qu'il y a aussi beaucoup d'écrivains qui s'opposent au roman romanesque cette catégorie de roman romanesque qui finalement est discrédité pour son invraisemblance son caractère passionné et excessivement sentimental

30:05
Présentateur

Est-ce que la traque suscite Edmond Dantès Blanche Serquilvigny ne repose pas aussi sur le fait qu'il devient peu un peu un être totalement immoral qu'il assume entièrement sa vengeance et que son but unique est de servir ses propres intérêts ?

30:21
Invité

Absolument ça c'est un des grands plaisirs du romanesque ce côté ange noir absolument jouissif et ça oui le côté anti-héros Edmond Dantès n'est pas sympathique Pierre Ninet est magnifique mais il est plus ou moins mutique pendant tout le film assez désagréable il faut le bien le dire assez hautain sarcastique assez désagréable avec Mercedes qui veut renouer avec lui il donne des ordres c'est un homme qui donne des ordres donc ça évidemment c'est fascinant et évidemment ça c'est encore un des pouvoirs de la fiction et du romanesque c'est-à-dire de nous permettre de faire cette transgression donc à la fois on rêve d'être Cyrano à la fois on rêve d'être d'Artagnan et puis on rêve un peu d'être Edmond Dantès alors rêve-t-on de rencontrer ou d'épouser un Dantès je ne sais pas à titre personnel j'aurais aimé quelques scènes un tout petit peu plus incarnées et charnelles avec Pierre Ninet mais je crois que vous avez eu raison d'en faire un être du silence du mutisme de l'intériorité ce qui correspond tout à fait à l'idée de héros romantiques qui est celle de la génération de Dumas c'est-à-dire des hommes pris par ce mal du siècle cette impossibilité à se situer à trouver une place dans la société c'est aussi un roman et un film qui parle de cela comment trouver une identité comment trouver sa place c'est aussi un roman qui se passe au moment de la révolution industrielle et ce qui est intéressant c'est qu'on parle des trois mousquetaires les trois mousquetaires ça décrit la fin d'une époque c'est la fin des chevaliers de l'aristocratie des gens qui naissent avec des titres et qu'il faut passer leur vie à le mériter au fond le conte de Monte Cristo et c'est pour ça je pense que c'est aussi un roman qui est beaucoup adapté c'est un roman très moderne on pourrait même dire post-moderne parce que c'est un héros qui est totalement égoïste qui est totalement il n'est absolument pas Robin Desbois il découvre un trésor ça fait de lui l'homme le plus riche du monde il ne distribue pas cette fortune il ne fait pas le bien c'est un justicier c'est un justicier de sa propre cause ce n'est pas du tout ce n'est pas tout à fait un justicier oui mais c'est à dire qu'il rétablit la justice qui est la justice le fait que des hommes n'aient pas été condamnés donc il la rétablit mais ce n'est pas un homme qui veut inverser l'échelle sociale ce n'est pas un homme qui distribue sa fortune ce n'est pas un homme qui fait le bien c'est un homme qui est totalement concentré sur ses propres objectifs et c'est en ça que c'est un héros très contemporain parce qu'il raconte aussi notre époque qui est une époque où le dieu et l'argent et la puissance maximum c'est celle de l'argent qui au fond raconte la société industrielle et c'est notre société est toujours celle-là ce qui est intéressant c'est que le personnage de Mondantes donc qui devient Montecristo c'est un homme sans frontières il a voyagé dans le monde entier il a le pouvoir de l'argent et au fond il va s'attaquer à l'armée à la justice et à la banque enfin la banque et donc aux trois piliers de la société de l'époque et il le fait avec une effectivement une détermination absolue

33:05
Présentateur

je voudrais qu'on parle pour la fin de cet échange des fins justement des histoires romanesques et des romans on a le sentiment quand on regarde le conte de Montecristo quand on le lit qu'il décrit une tranche de vie c'est-à-dire souvent un roman c'est une histoire d'amour le moment d'une vie d'un personnage la séquence d'une aventure et on ne sait pas ce qui se passe après dans l'éducation sentimentale par exemple ça se termine en disant Frédéric connu d'autres amours et puis voilà après chacun imagine ce qu'il voudra c'est un peu la même chose dans le conte de Montecristo dans le film on le voit partir sur les flots vers l'horizon et on ne sait pas ce qu'il adviendra qu'est-ce que ces fins racontent Stephen Samoyau du romanesque même

33:46
Invité

oui son caractère assez inépuisable c'est-à-dire d'ailleurs il y a eu énormément de suites qui ont été données du conte de Montecristo cette possibilité finalement de poursuivre dans la réalité l'aventure qui s'est jouée sous nos yeux en tant que lectrice lecteur spectatrice etc et d'où la force aussi pour le romanesque du genre de la série aujourd'hui mais toute proportion gardée à l'époque de Dumas du feuilleton c'est-à-dire il y a toujours un cliffhanger et ce cliffhanger en fait ce point de suspense il est suspendu entre la fiction et l'existence le romanesque donne un certain pouvoir aux lectrices et aux lecteurs donc c'est ça qui implique son succès aussi

34:37
Présentateur

Mon cher Kiglini ça indique au fond que la fin le pouvoir de l'imagination n'est jamais jamais révolu

34:43
Invité

absolument à la fin du conte de Montecristo finalement tout commence attendre et espérer Dantès va enfin vivre sa vie la vie qu'il s'est donnée qu'il s'est choisie qu'il a pour une part usurpée en effet enfin la vie qu'il s'est construite et donc là le roman se termine donc au bout de 1400 pages finalement tout reste à faire et en effet on est renvoyé à notre pouvoir infini de lecteurs et aussi d'adaptateur tout commence on peut écrire on peut écrire la suite de même que d'ailleurs dans bien des romans du 19ème siècle à la fin de Madame Bovary on a ce sentiment que c'est clos c'est clos par le suicide mais on peut tout à fait imaginer et j'aimerais d'ailleurs qu'un romancier écrive La vie de la fille débat et ça a été fait très bien et bien voilà puissance puissance des réadaptations et des réécritures et ça c'est formidable il y a toujours un fil narratif dont le lecteur peut s'emparer et qu'il peut tirer attendre et espérer Mathieu Delaporte ce qui est intéressant avec les adaptations et les suites c'est que quelque part Alexandre Dumas de son époque n'était justement pas du tout un homme très conservateur c'était un homme qui disait on peut trahir l'histoire à condition de lui faire des beaux enfants et il a en permanence lui transformé l'histoire la grande histoire en changeant les faits historiques il a de son vivant adapté ses livres en pièces il a autorisé des suites il a autorisé des prequels il a autorisé la vie indépendante de personnages car c'était un homme qui aimait les histoires et je pense qu'aujourd'hui on a un besoin d'histoire dans ce contenant des périodes de confusion des périodes compliquées au fond depuis que l'homme est homme depuis qu'il y a la Bible on a besoin d'avoir des histoires qui nous racontent les choses d'avoir des personnages qui nous aident à traduire l'époque et au fond Dumas était un passionné d'histoire c'est à dire que lui-même n'était pas du tout attaché aux choses comme ça de façon conservatrice il aimait que les personnages de fiction continuent à vivre

36:26
Présentateur

Merci beaucoup à tous les trois c'était passionnant de vous entendre de vous écouter sur la force du romanesque et sur ce livre et ce film le conte de Montecristo Mathieu Delaporte je rappelle que vous êtes co-scénariste co-réalisateur du conte de Montecristo Blanche Cerquiglini directrice des collections au folio classique chez Gallimard et Tiffen Samoyau directrice d'études de l'école des hauts études en sciences sociales directrice du centre de recherche sur les arts et le langage attribueraient

36:54
Locuteur

sous module de l'école kurt sur les allées aumon de la