Budget de la Sécu : l’heure de vérité pour S. Lecornu
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 2:00OuverteRéponse directe
L'argument du PS est-il recevable ?
- 4:00OuverteRéponse directe
La lassitude des Français est-elle un argument pour S. Lecornu ?
- 6:00OuverteRéponse directe
Est-ce que sur le budget global, il vaudrait mieux un 49-3 que des ordonnances ?
- 8:00OuverteRéponse directe
Doit-on redouter une influence américaine sur les élections en Europe ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:00R.CayrolFait
« On est dans l'immobilisme politique total. »
- 4:00R.CayrolChiffre
« On avait dit 17,5. On est plutôt à 22 ou 23. »
- 5:00R.CayrolFait
« Le 49-3 tant décrié, c'est un très bon article. »
- 6:00B.MorelFait
« On a voté un budget tous les ans dans ce pays depuis 1916. »
- 7:00R.CayrolFait
« Trump est d'extrême droite, antieuropéen, anti-immigration. »
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d'autres élections, c'est qu'il n'y en ait pas. - P.Cohen: E.Philippe ne veut pas provoquer de crise malgré son opposition à la réforme des retraites.
Il prône l'abstention, même si, au dernier pointage, une dizaine de ces députés devraient voter pour. Le fait politique majeur, c'est le ralliement d'un groupe d'opposition à une loi de finances: le PS, qui répète qu'il reste dans l'opposition à ce gouvernement. Il votera pour.
Le parlement continue de vivre des moments inédits. Et ce, sous la Ve République. - A.-E.Lemoine: Notamment voir un parti d'opposition voter pour un texte budgétaire.
C'est une nouveauté. - R.Cayrol: C'est absolument une nouveauté.
On disait jadis que c'est sur le vote du budget que se faisaient les majorités. Là, le PS est l'adjuvant du bloc central. Il a accepté de l'être.
La stabilité politique le commande. Il pense que les risques seraient trop grands de voir refuser une confiance au gouvernement là-dessus. - A.-E.Lemoine: L'un des arguments du PS, c'est de dire que ce budget de la Sécurité sociale n'est satisfaisant pour personne.
Faute de mieux, il faut le voter. C'est un argument recevable? - B.Morel: C'est un argument recevable.
D'habitude, on se met d'accord autour d'un budget. Dès le moment où vous rentrez dans la coalition, vous votez le budget qui a été préparé par le gouvernement. On peut considérer que c'est un objet de compromis entre S.Lecornu et O.Faure.
Ce n'est pas tout à fait incohérent, même si ça va poser des problèmes avec le reste de la gauche. Ce qui est également marquant, c'est que vous avez un groupe d'opposition qui vote le budget, mais vous avez aussi des groupes de la prétendue majorité et du socle commun qui ne le votent pas. On a un gloubi-boulga parlementaire.
Ca ne marche comme ça nulle part ailleurs. Dans un régime parlementaire, on forme des coalitions et on vote le budget. C'est une expérimentation à ciel ouvert.
On n'a pas connu ça depuis la IIIe République. C'est intéressant. Est-ce que ça va déboucher sur quelque chose? - P.Cohen: G.Attal prônait des discussions avant pour qu'il y ait un accord préétabli avant les discussions parlementaires.
Cela dit, sur le plan central, les derniers pointages montrent quelque chose, un ensemble relativement homogène, plus que ce qu'on pensait au départ, avec la position d'E.Philippe, la position des députés LR, qui seront sans doute une majorité en faveur de ce budget de la Sécurité sociale. - R.Cayrol: Ce que souligne P.Cohen est important.
Notre différence avec tous les autres pays européens, c'est qu'on ne se met pas d'accord avant sur le moindre programme. Quand on compose un gouvernement, le Premier ministre appelle des gens dans les partis et leur demande s'ils veulent rentrer dans son gouvernement. Sur quelle base?
Pour faire quoi? On n'en parle pas. Dans tous les pays, il y a un accord entre les partis.
Ils font un accord. C'est le b.a.-ba du parlementarisme.
L'Assemblée nationale française n'a pas été fichue de faire ça. On improvise en permanence. On fait des alliances dans les couloirs.
On se passe des amendements contre d'autres amendements. Tout ça finit par ne pas avancer. Le Parlement ne vote aucune réforme, aucun texte important.
On est dans l'immobilisme politique total. - A.-E.Lemoine: 5 mois...
Si le débat se prolonge jusqu'en janvier, 5 mois, c'est absolument fou. 5 mois consacrés à un débat sur le budget, que ce soit la loi de finances ou la loi de finances de la Sécurité sociale, c'est ahurissant. C'est autant de temps qui n'est pas consacré à d'autres projets. - R.Cayrol: Il n'y en aura pas. - B.Morel: On a un budget fait de bric et de broc, avec des amendements qui passent entre LFI et le RN... - P.Cohen: Un manteau d'Arlequin. - B.Morel: C'est ça.
Au bout du compte, on a un texte difficilement votable pour tout le monde. S.Lecornu a parlé d'un projet de loi sur la décentralisation lors de son discours de politique générale.
Ca va être la même chose. Vous allez avoir des amendements d'untel et d'untel qui ne sont d'accord sur rien. Vous aurez un texte invotable.
Si le gouvernement arrive à faire passer le budget, c'est déjà très bien. On va entrer dans une sorte de sommeil législatif. - A.-E.Lemoine: Jusqu'aux prochaines échéances électorales. - B.Morel: Exactement.
On gère les canards boiteux jusqu'à la prochaine présidentielle. - R.Cayrol: Et on vote n'importe quoi.
On donne des amendements pour la gauche, pour le PS, on donne des amendements aux écolos. - A.-E.Lemoine: Les Ecologistes se sont abstenus. - R.Cayrol: Ca fait plus qu'un manteau d'Arlequin.
Ca fait quelque chose d'impossible à tenir. C'est quand même incroyable qu'on ait un parlementarisme aussi dévié, aussi impuissant. - P.Cohen: Le gouvernement assure qu'il n'a pas perdu le contrôle sur la Sécurité sociale, que les choses n'ont pas dérivé.
On est restés dans un déficit limité à une vingtaine de milliards d'euros pour le budget de la Sécurité sociale. - R.Cayrol: On avait dit 17,5.
On est plutôt à 22 ou 23. - B.Morel: Ce qui n'est pas si mal.
Quand vous comparez, sur les budgets, plus il y a de groupes politiques, moins on fait d'économies. Chacun cherche à soigner sa clientèle. Ce n'est pas mal, mais il faut sauver la situation politique.
On garde la maîtrise des dépenses. Si ça se fait, ce sera déjà un grand succès. - R.Cayrol: L'avantage, pour le PS, est qu'il a l'accord de son électorat.
On aurait pu penser qu'un électorat de gauche pourrait être contre. L'électorat du PS est un électorat modéré. Ce sont à peine des réformistes.
Il y a beaucoup de conservatisme dans le vote socialiste. L'idée de la stabilité politique leur plaît beaucoup plus que de savoir ce qu'il y a comme articles dans un projet de loi sur la Sécurité sociale. - A.-E.Lemoine: Vous parliez de gloubi-boulga, d'expérimentations à ciel ouvert, de grande confusion...
Les Français ne comprennent plus rien. Ils sont lassés. S.Lecornu a passé le week-end dernier quelques heures dans un supermarché.
Des Français lui ont dit: "Faites passer au plus vite un budget." La lassitude des Français, c'est un argument. C'est quelque chose sur lequel mise S.Lecornu? - B.Morel: Oui, en grande partie.
Il espère qu'une pression des partis politiques et des élus locaux...
On a bientôt des municipales, et les maires ont très peur de ne pas avoir de budget et d'une dissolution pendant les municipales. Il juge que l'ensemble de ces acteurs peuvent faire pression sur ces groupes politiques. C'est assez contradictoire.
Le tissu de l'électorat veut bien un budget, mais pas à n'importe quel prix. Le budget de l'électeur de gauche n'est pas celui de l'électeur du centre ou de l'électeur de droite. Pour les partis, c'est une ornière stratégique.
Si vous êtes LR ou Horizons, faire un deal avec les socialistes, c'est prendre le risque que, demain, le RN dise que les gens prônent la liberté économique...
Cette difficulté stratégique, cette prise en étau rend la situation des partis compliquée. - P.Cohen: A l'inverse, les opposants au RN pourront souligner que le RN s'est au final opposé à une loi de finances pour la Sécurité sociale qui interdit la suspension de la réforme des retraites. - R.Cayrol: Ca, les électeurs s'en fichent.
Ils suivent le RN et ils disent qu'ils ont raison. - A.-E.Lemoine: Quoi qu'ils fassent? - R.Cayrol: Pour l'instant, c'est ça.
Sur le contenu du texte, bien malin qui peut comprendre ce qu'il y a dedans. Allez sur le site de l'Assemblée nationale pour regarder ce qu'il y a dans le texte. C'est absolument incompréhensible.
L'article 28 se substitue à l'article 27 de la loi... - P.Cohen: Ca veut dire quoi?
Il faut suivre les débats pour comprendre. Effectivement, en lisant les textes, c'est incompréhensible. - B.Morel: En effet. - A.-E.Lemoine: C'est un vote qui aura une portée politique.
C'est le parti pris par le PS et par S.Lecornu, qui a pris le pari de mouiller la chemise, de se battre jusqu'au bout avec la fameuse méthode Lecornu et de renoncer au 49-3. - R.Cayrol: Ca, à mon avis, c'est son erreur.
On ne décide pas qu'on met au placard un article de la Constitution. Je trouve ça ahurissant. Le 49-3 tant décrié, c'est un très bon article.
Il consiste à dire: "Voilà le texte. Il est très important pour moi, essentiel. Si vous n'êtes pas d'accord, vous devez voter une motion de censure." Il faut la majorité absolue des gens qui vont voter.
On met les parlementaires devant leurs responsabilités. C'est fait pour ça. M.Debré expliquait, dans les actes préparatoires à la Constitution, que c'était par rapport à sa propre majorité qu'un Premier ministre pouvait la contraindre.
C'est un très bon article. - A.-E.Lemoine: Ca faisait partie du deal. - P.Cohen: C'est le plus impopulaire. - R.Cayrol: Quand on est à l'Assemblée, on n'a pas à se préoccuper de la popularité d'un article de la Constitution chez la population. - B.Morel: A l'époque Rocard, vous aviez 28 usages du 49-3.
Que fait M.Rocard? A l'époque, il tient sur 2 groupes.
Il est minoritaire. Il tient sur les communistes et les centristes. Il a dit: "De quels amendements auriez-vous besoin pour ne pas me censurer?" Le gouvernement tient sur les socialistes.
De quels amendements O.Faure a besoin? Ce n'est pas une invention de Debré et de de Gaulle, le 49-3.
C'est une invention de 2 anciens présidents du Conseil qui s'étaient demandé de quoi ils avaient besoin pour que ça tienne sous la IVe République. Même si on aime le détester, l'article 49-3 est probablement l'article le plus stabilisateur. Il faut en faire un bon usage sur les budgets.
C'est le gage de la stabilité. - P.Lescure: Ce que vous dites, c'est que sur le budget global, il vaudrait mieux un 49-3 que des ordonnances? - R.Cayrol: Comme pour tous les budgets précédents. - B.Morel: Le PLFSS, il peut peut-être passer.
Touchons du bois. S'il passe ce soir, ce n'est pas fini. Il va ensuite au Sénat et il revient à l'Assemblée.
Il faudra encore un vote. Ce n'est pas la fin, ce soir. Ensuite, il y a le PLF.
C'est le budget de la nation. C'est plus important. Là, ça ne va pas durer longtemps, sans budget de la nation.
C'est très compliqué. Il y a 2 voies. Soit ça passe par ordonnance...
On n'a jamais utilisé les ordonnances budgétaires. C'est une sorte de bombe atomique. Ca veut dire que le Parlement ne vote même pas sur le budget.
On a voté un budget tous les ans dans ce pays depuis 1916. Soit c'est les ordonnances, soit c'est le 49-3. Ce tabou suprême, il va falloir qu'il saute. - A.-E.Lemoine: Quoi qu'il arrive, ce soir, S.Lecornu a prévenu, il ne démissionnera pas.
En cas de défaite, la pression va se faire plus forte quand même. - R.Cayrol: Ca ne fait rien.
Il va remettre l'ouvrage sur le métier, ou le métier sur l'ouvrage...
Je ne sais jamais. On va recommencer jusqu'à ce que ça tourne. Ca peut durer un certain temps, mais il le fera.
Je crois qu'il y a la volonté de montrer que la méthode des petits pas dans lesquels on met successivement d'accord les uns et les autres. - A.-E.Lemoine: A chaque fois, c'est à très court terme. - R.Cayrol: Oui.
On ne peut pas avoir de projet à long terme, dans ce Parlement. - B.Morel: S'il démissionne, on nomme quelqu'un d'autre, mais le problème...
Même si vous nommez quelqu'un d'autre, le problème, ce n'est pas le Premier ministre. Le problème, c'est l'absence de majorité. Soit vous nommez quelqu'un d'autre et ça ne change rien, soit vous fait une dissolution fin décembre.
Même le constitutionnaliste rassurant que je suis n'a plus de solution. Il y a une petite chance de majorité absolue pour le RN. Sinon, il y aura encore moins de majorité.
C'est certain qu'on aura plus de RN, mais il y aura moins de centristes. L'espace pour construire les budgets sera encore plus réduit. - E.Tran Nguyen: On parlait de la lassitude des Français.
Depuis l'étranger, ça suscite beaucoup de réactions. D.Trump est complaisant envers la Russie, mais sévère envers l'Europe.
On a pu lire dans un rapport que l'Europe était en proie à un effacement civilisationnel. D.Trump s'est presque montré menaçant hier. - E.Tran Nguyen: Prise de position de la part du président américain qui marque une nouvelle étape dans les soupçons d'ingérence politique de la part des Etats-Unis.
Nouvelle étape, parce qu'il y en a eu des précédentes de la part d'alliés de Trump, comme E.Musk, quand il était encore bras droit du président et qu'il avait soutenu l'AfD en Allemagne, en apparaissant sur écran géant lors du lancement de la campagne de la candidate A.Weidel lors des dernières élections.
En septembre, il avait publiquement pris la parole sur l'écran géant aux côtés d'une autre figure de l'extrême droite à Londres, lors de manifestations qui ont rassemblé des milliers de personnes. - E.Tran Nguyen: On se souvient tous du discours de J.D.Vance à la conférence de Munich quand il critique les valeurs européennes, et qu'il parle du recul de la liberté d'expression...
Ces ingérences politiques viennent maintenant des Etats-Unis et inquiètent nos téléspectateurs. ...
Est-ce qu'on doit redouter une influence américaine sur les élections en Europe? - B.Morel: Oui, parce qu'on a fait la bêtise qu'on pouvait faire.
On a délégué à des entreprises américaines le soin de soigner notre espace public. L'espace public passe par des réseaux sociaux de droit californien, contrôlés par la défense privée. Cet espace public n'en est plus vraiment un.
C'est un espace privé, en réalité. Il peut être influencé. Aujourd'hui, vous avez là-dessus une grande partie de nos concitoyens qui dépendent de cette information pour faire des choix politiques.
Dès lors, on peut craindre une influence. - R.Cayrol: Je crois que ce que disent les spectateurs qui vous ont contacté, c'est absolument vrai.
Trump est d'extrême droite, antieuropéen, anti-immigration. Il fera tout, sur ces terrains-là, pour affirmer sa ligne et pour essayer de l'imposer. Sur l'Europe, sur l'immigration, sur le côté extrême droite...
Il n'y a pas de surprise. Ca va être de pire en pire. Trump se sent de plus en plus libéré, avec J.D.Vance à ses côtés, qui en rajoute en permanence une louche.
Trump le rejoint. On est devant un ennemi politique. L'Europe doit réagir.
L'Europe réagit mollement. Elle le fait. Elle a fait des textes sur le numérique, par exemple, sur Internet, qui sont des bons textes qui permettent de contrôler mieux les réseaux sociaux, les jeunes par rapport aux réseaux sociaux.
Il y a plein d'idées au niveau de l'Europe unie, qui ne sont pas soutenues par la Hongrie et la Slovaquie, mais qui marchent dans les 25 autres pays et qui sont positives et un peu antiaméricaines, mais elle n'ose pas aller plus loin. Elle a peur du coup de bâton qu'elle pourrait recevoir des Américains. On a une Europe qui est l'espoir pour ceux qui sont favorables à la démocratie, contrairement à Trump, mais elle ne va pas assez loin.
Elle n'ose pas. Elle n'ose pas assez. C'est ce qu'on peut lui reprocher. - A.-E.Lemoine: Alors qu'il y a une alerte mondiale. "La démocratie est en danger",