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interviewLe Figaro (sur YouTube)· 13 mai 2026 18 min

Fin de vie : le point de vue d'un député communiste

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Bonjour Stéphane Pe. Bonjour. Merci d'être en direct avec nous.

Vous êtes le député communiste pardon de la scène Saint-Denis. Vous êtes le président du groupe gauche démocrate et républicaine à l'Assemblée nationale. Vos collègues de la chambre haute, c'est-à-dire les sénateurs, étaient en débat en seconde lecture sur le projet de l'aide euh projet de loi de l'aide à mourir.

Ils ont tout rejeté. Euh qu'est-ce qui s'est passé ? Certains parlent de de de sabotage.

Que s'est-il passé exactement Stéphane Peu et comment bah sur le le vote le résultat du vote final, je suis pas étonné puisque le le Sénat avait déjà en première lecture. Moi, enfin si vous voulez par rapport au débat précédent avant 2024 où nous avions qu'une seule loi dans laquelle il y avait à la fois euh le renforcement des soins palliatifs et de l'autre l'aide active à mourir. Euh cette fois-ci euh depuis l'initiative prise par le Premier ministre François Berou, on aindé les textes en deux, ce qui est une excellente chose et ce qui permet aussi peut-être de mieux clarifier le débat. et le Sénat avait déjà en première lecture manifesté son opposition sur le deuxième texte, celui sur l'euthanasie et le suc assisté et donc le le résultat est pas est pas très étonnant.

Après soit la forme, moi je je suis plus la forme, c'est ça qui étonnant de tout rejeter tous les articles. Oui, je suis plus circonspect. Puis sur le fait aussi de en rejetant les articles après article, du coup, on s'interdit d'avoir le débat, on s'interdit d'avoir Or, c'est un sujet qui mérite un débat.

Il faut euh euh il faut que les parlementaires au Sénat comme à l'Assemblée, nous puissions par nos débats, nos discussion sur un sujet sur lequel euh on peut pas avoir de certitude absolue où le doute est quand même très présent à l'intérieur de chacun de de nous-mêmes. Il faut que le débat puisse se dérouler et je regrette qu'avec la forme qui consiste à supprimer les articles sans les discuter, il y a une façon de faire qui n'a pas éclairé les enjeux parce que elle c'est une forme qui a permis d'éviter d'éviter le débat. C'est dommage.

C'est dommage. Que va-t-il donc désormais se passer ? Le texte va poursuivre son parcours parlementaire et arrivé à l'Assemblée nationale où vous siégé.

Oui. Alors, il va bon de toute façon comme sur ce texte comme sur tous les autres, c'est l'Assemblée nationale qui a le dernier mot et donc il va revenir à l'Assemblée. Pour l'instant, je n'ai pas d'indication sur le calendrier.

Euh est-ce que ce sera avant avant l'été ou à la rentrée ? Enfin, on sait que il y a une volonté quand même de l'exécutif que ça passe avant l'été ou au moment de l'été, hein. Oui.

Oui. Mais il y a il y a beaucoup de volonté de l'exécutif de faire passer beaucoup de choses avant l'été. Donc un momentillage, il y a un peu d'embouteillage et on on voit bien que à vouloir faire rentrer dans dans le calendrier parlementaire au chuspied toute une série de lois, finalement on travaille mal et on perd du temps.

La preuve sur la loi de programmation militaire actuellement en débat. Le gouvernement pensait qu'on la finirait la semaine dernière puis finalement elle a pas été finie. Donc on va reprendre la semaine prochaine.

Ça va décaler tout le calendrier d'autant. On on travaille il y a il y a une façon de faire du du gouvernement dans vis-à-vis du parlement qui est pas toujours très très respectueuse euh c'est-à-dire les les c'est-à-dire une volonté de de de d'aller très vite sur toute une toute une série de quelque part de se passer en fait du des députés finalement. en tout cas de de ne pas donner le temps au débat.

Or, quand on fait la loi, le parlement par définition il parle et il débat. Et donc euh voilà, je je j'invite le gouvernement à peut-être vouloir mettre moins de texte, donner plus de temps et qu'on puisse légiférer dans bonne condition et que les arguments puissent être échangés, que les Français puissent être éclairés par le débat politique. Et alors sur un texte comme celui sur la fin de vie, alors là franchement je souhaite que on ait vraiment le temps du débat.

Oui. Euh d'abord parce que sur ce texte, il y a aucune logique de discipline de groupe. Chacun chacun avec ses convictions.

Voilà. Donc chaque parlementaire dans chaque groupe et je ne connais aucun groupe à l'Assemblée nationale qui est absolument homogène quant à son vote sur cette loy dans chaque groupe des positions individuelles qui peuvent être différentes et c'est normal puisque ça renvoie vraiment à la conscience intime de chacun et donc il faut que le débat il puisse avoir lieu de manière très large et pas seulement par les logiques classiques d'affrontement de groupe et de logique d'appareil comme on dit hein logique d'appareil. Euh vous êtes un des rares à gauche à être contre cette proposition de loi d'aide à mourir.

Pour quelle raison Stéphane Peu vous êtes contre ? Qu'est-ce que et qu'est-ce qui a nourri aussi votre réflexion et votre conviction sur le sujet ? Alors bon, d'abord j'ai j'ai beaucoup réfléchi et beaucoup hésité, beaucoup écouté aussi.

Hm hm. Euh moi étant parlementaire déjà avant 2024, donc j'avais déjà eu euh le débat sur la la la loi précédente avant 2024. Euh et donc j'ai j'ai beaucoup écouté et beaucoup étudié et j'en suis arrivé à la conclusion.

D'abord que je me félicite, je l'ai dit tout à l'heure, qu'on est scindé les deux soins palliatifs et aide active à mourir parce que c'est deux sujets différents qu'il ne fallait pas mêler puisque forcément quand tout était dans le même texte, quand on rejetait le texte sur l'addactive à mourir, on rejetait aussi le renforcement des soins palliatifs, ce qui était mais si vous voulez ce que ma conviction de de communiste, d'hommes de gauche dont l'engagement Euh j'ai plus de 47 ans de carte au parti communiste de militantisme. Mon engagement initial, c'est un engagement d'abord un engagement humaniste. Et pour moi, il y a une valeur cardinale de la gauche telle que je la conçois ce qui est celle de la solidarité.

Et dans la solidarité, bien évidemment, il y a l'attention portée au plus fragile et au plus faible, quel qu'il soit, qu'il soit pauvre ou qu'il soit malade pour et donc je considère moi que que cette d'abord qu'il y a une contradiction entre les deux lois, je crains à l'instard de ce qui s'est passé par exemple en Espagne ou au Canada, c'est que en ouvrant la porte à l'aide active à mourir et à l'euthanasie On sacrifie les soins palliatifs malgré ce que dit la loi précédente et ça se vérifie malheureusement. C'est-à-dire euh on peut on peut avoir euh le développement de là, l'aide active à mourir et vous vous félicitez qu'il y ait deux textes, mais on peut trouver ça contradictoire parce que euh pourquoi renforcer les soins palliatifs s'il y a l'aide à mourir, pourquoi il n'y aurait pas que les soins palliatifs et une aide à mourir peut-être avec beaucoup plus de restriction et sur vraiment des cas exceptionnels ? Alors moi mon point mon point de vue est ce est celui-là.

C'est-à-dire d'abord il y a il y a une loi qui a un peu plus de 10 ans maintenant qui est la loi CLS léontique qui devait développer les soins palliatifs et qui prévoyait en cas de souffrance absolue ce qu'on appelle la sédation longue et continue qui est une une une façon, j'ai envie de dire, de de tirer le rideau mais sans sans provoquer la mort. Il y a pas de de de geste actif, on va dire, pour donner la mort. Ce n'est pas un geste, on ne donne pas la mort la mor, mais on soulage euh euh de manière euh euh définitive les souffrances.

Bon, ça c'est cette loi pour l'instant 10 ans après, elle est loin d'être mise en œuvre. Il y a 50 % des départements dans notre pays où il y a pas d'unité de soins palliatifs. Dans mon département en Sain Saint-Dené où il y a des soins palliatifs, il faut parfois 6 à 8 mois pour avoir un rendez-vous avec un centre antidouleur.

Donc vous imaginez bien que quand vous êtes dans des souffrances absolues 6 ou 8 mois d'attente pour avoir un rendez-vous, c'est inentendable par par la personne. Donc il faut se donner les moyens d'avoir une bonne mise en œuvre de la loi CL Leonetti parce que bien évidemment souvent les partisans de l'exactive à mourir nous opposent la souffrance des malades et le fait de de le de le prendre en considération. Mais bien sûr, personne ne veut et ne souhaite que les gens souffrent alors que il le prononic euh vital est engagé ou qu'il y a aucune chance euh de pouvoir survivre à la maladie euh aux maladies incurables quand elles sont diagnostiquées.

Mais euh euh on doit pouvoir soulager les souffrances et ne pas donner la mort. parce que donner la mort hm soit en autorisant le suicide assisté, soit par l'euthanasie, c'est-à-dire en donnant un/ers qui donne euh la la mort, on en trouve une porte qui est une de mon point de vue qui est une rupture anthropologique. Et moi, ce que je crains d'un point de vue de gauche avec cette valeur cardinale pour moi qui est qui est celle de la solidarité, ce que je crains c'est que les on entrouve la porte.

Je dis pas que le texte de loi dit ça tel qu'il est, mais la porte est entrouverte pour une conception de l'homme qui soit un homme performant, un homme productif, un homme qui toutes ses capacités physiques et cognitives et que lorsqu'il ne les a plus devient une charge pour la société peut-être un peu trop lourde et sans doute si on en trouve de plus en plus de de plus en plus lourd et plus les gens ils sont modestes et plus ils sont pauvres et moi je le constate malheureusement tous les jours dans ma circonscription plus les gens se considèrent comme un poids pour la société déjà toute la vie toute leur vie de travail qui a souvent été une vie dure de labeur où ils ont mené des des ils ont eu des des travaux d'exécution on leur a on les a considéré souvent comme des comme comme des poids ou comme des fardeaux ou comme des gens pas très utiles à la société le force de de travail. Si vous ajoutez à ça que la plupart de de ces gens ont parfois des enfants ou des familles qui elles-mêmes sont en proie à des grandes difficultés sociales, qui ont pas de travail ou qui ont des travaux ou qui ont des emplois précaires ou qui ont peu de ressources et et donc ils souffrent de voir leur leurs enfants et leur famille déjà dans les difficultés et ils se disent si en plus de leur des difficultés qu'ils rencontrent dans leur vie de tous les jours, je viens par ma maladie, par ma dépendance, par mes difficultés euh de de personnes vieillissantes rajouter des difficultés à cette famille qui en a déjà beaucoup. Je ne veux pas être cette cause là.

Je ne veux pas, je veux pas être ce fardeau et et vous craignez que euh que la porte soit entrouverte avec cette possibilité de d'aide à mourir et que les gens se disent peut-être finance on on j'en finis parce que je veux pas être un fardeau pour ma famille qui n'a peut-être pas les moyens aussi de Oui, je le je je je le crains, c'est-à-dire je je Et pourquoi à gauche, Téphan Peu, ces arguments euh ne sont pas partagés parce que euh il y a de mon point de vue hein, il y a il y Euh il y a une des des des conceptions de l'homme où la liberté individuelle est devenue la la valeur supérieure à tout le reste. Or moi je pense pas que la liberté individuelle, celui de choisir le moment de sa mort, si tenté qu'on peut considérer ça comme une liberté, mais bon, en admettant, je ne je ne pense pas que la liberté individuelle euh soit supérieure à la solidarité d'une société toute entière. Et je pense même à l'inverse que le niveau euh d'élévation d'une société pourrait peut-être aussi se mesurer à la capacité qu'à une société toute entière à prendre en charge ses aînés et ceux qui euh ne sont plus en capacité euh de construire.

Et d'ailleurs, je pense même pour aller comme je suis ici au Figaro, je vais dire je vous savez le le capitalisme, une des définitions du capitalisme, c'est c'est que c'est l'offre qui crée la demande. H bon, c'est valable en économie, mais c'est valable dans toutes les activités de la vie. cette offre de d'aide active à mourir va créer une demande.

Elle va créer une demande. Et donc et la demande risque d'être de plus en plus forte, c'est chez ceux qui ont intérioriser par leur vie sociale, par leur statut social le fait de de de parfois être un poids ou d'être inutile ou ou de coûter trop cher ou et bon et donc je pense que socialement euh euh ce n'est pas une bonne chose. Et puis je j'y vois aussi une conception libérale de la société.

Vous savez, moi j'étais marqué pendant le Covid et je le dis parce que là en ce moment on on aborde une nouvelle un un nouveau une épidémie avec l'antairus. C'est ça ? nouveau virus, une nouvelle épidémie, on va voir, qui me paraît mieux maîtrisé que le Covid, mais pendant le Covid, j'ai été frappé dans certains milieux patronaux, certains milieux économiques, certains milieux idéologiques, dans certaines chaînes de télévision française. parfois des gens qui s'autorisaient à dire "Mais au nom de quoi on met une économie à l'arrêt, au nom de quoi notre pays va dépenser autant d'argent pour une maladie qui finalement concerne principalement que les vieux ?

Est-ce que c'est bien raisonnable ?" Et donc cette cette c'est c'était pas majoritaire heureusement mais c'était à l'esprit d'envisager de sacrifier une partie de la population vous a choqué. qui valait mieux garder notre économie en en état de marche, ne pas dépenser autant d'argent pour une maladie qui finalement ne touchait que les vieux, donc était secondaire.

On arrive déjà un peu au terme de notre échange. Le temps est passé vite. Est-ce que comment on sort de de ce débat ?

On voit que plus les débats durent, moins ça fait consensus. Est-ce qu'il faut demander aux Français ce qu'ils en pensent ? Est-ce que un référendum vous semblerait une une voix où il faut faire une pause ?

Moi, je suis j'ai un doute sur un l'idée d'un référendum sur un tel sujet parce qu'on voit bien que ou alors il faut une grande grande période de pédagogie et des et et d'explication parce que parce que on voit bien que quoi au au fil de du temps des réflexions, des échanges. Le problème si vous voulez c'est que quand vous réfléchissez à ça et que vous êtes euh riche et en bonne santé Oui. Euh ou ou ou tout ou en bonne santé tout court.

Euh moi je connais plein de gens qui sont en très bonne santé, qui travaillent, qui sont qui sont intégrés, qui me disent "Moi, jamais je serai une légume, jamais je serai dépendant, jamais je serai ceci". Bon, ça c'est très facile à dire quand on est en pleine santé. Ce qu'il faut c'est c'est se dire, vous savez par exemple, moi je connais des gens qui ont été frappés par des drames dans leur vie qui ont sombré dans des dépressions profondes pendant 15 ou 20 ans et puis à un moment ils ont été frappés, j'ai un exemple très précis à l'esprit, frappé par la maladie d'Asemer pendant les 5 ou 6 ans où ils étaient avant de de ils avaient perdu un peu les les les repères où ils étaient un peu dans leur bullle euh cognitive.

Euh cette personne, elle a jamais eu autant le sourire euh ces 30 dernières années que pendant les 5 ans où elle avait Alzheimer. Qu'est-ce qui se passait ? Euh quel était son monde ?

Comment elle vivait les événements ? Tout ça ? Donc donc attention à faire décider euh par référendum où va où vont dominer des idées euh de gens en bonne santé et bien portant qui vont penser euh avec un biais qui est celui de sa projection euh en en fin de vie et pas d'avoir une considération pour la société tout entière et de sa responsabilité que que la société doit avoir vis-à-vis des plus faibles et de l'attention euh qu'on doit porter à ces personnes en difficulté.

Merci Stéphane Peu d'avoir d'être venu au Figaro nous faire partager votre point de vue et vos convictions sur ce projet de loi. Merci à vous d'avoir été en