NOËL : les secrets d’une fête millénaire | Franck Ferrand
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« Noël, voilà un terme tellement répandu et qui au Moyen-Âge voulait d'une façon générale manifester la joie des populations. »
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« Alors, c'est l'Église qui a décidé de choisir une date. »
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« En vérité, c'est le pape Liber, qui en l'an 354, donc vous voyez, on est au milieu du 4e siècle, en l'an 354, le pape Liber décide de fixer Noël au 25 décembre. »
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« Alors, il y a deux raisons. Il y a une raison qui est assez objective, qui pourrait presque être qualifiée de scientifique, puisque le 25 décembre, c'est le premier moment, la première date où les jours commencent à rallonger. »
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« Mais il y a une autre raison, c'est que l'Église, en 354, devait lutter contre des traditions païennes. Et ces traditions, elles étaient très répandues, notamment dans l'armée romaine, dans les légions, où l'on célébrait le culte oriental de Mitra. »
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« Il y aurait un travail énorme à faire sur le calendrier d'ailleurs, et voir qu'une grande partie des fêtes chrétiennes ont été installées à des dates où elles étaient d'une certaine manière censées dépasser, remplacer les fêtes païennes, se substituer à elles. »
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« Alors, pourquoi est-ce que Noël est resté le 25 décembre ? Eh bien, tout simplement parce que quelques années plus tard, l'empereur Constantin s'est lui-même converti au christianisme. »
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« Il n'y avait pas encore de télévision en 1951, heureusement, parce que ça aurait fait des images un peu choquantes pour les enfants. »
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« Ce Père Noël, il a été pendant très longtemps rejeté par l'Église. Il y avait d'ailleurs toute une association catholique qui, le 23 décembre 1951, sur la grande place de la ville de Dijon, a fait brûler le Père Noël. »
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Noël, voilà un terme tellement répandu et qui au Moyen-Âge voulait d'une façon générale manifester la joie des populations. Quand on criait Noël, Noël, ça voulait dire joie, bonheur. En vérité, ça vient du mot Naël, de natalis, qui vient de la nativité. Noël, c'est la nativité, c'est la naissance du Christ, évidemment. Mais quand Jésus est-il né ? Eh bien, hélas, on a beau feuilleter les évangiles, on a beau se renseigner de toutes les manières possibles, personne n'est capable de dire ni en quelle année, mais ni en quelle saison est né Jésus. On ne sait pas s'il est né au printemps, s'il est né en automne, tout ça ne nous est pas dit. Alors, c'est l'Église qui a décidé de choisir une date.
Dans un premier temps, l'Église avait fixé Noël au 18 novembre. Et puis, au bout de quelques temps, on s'est dit que ce serait bien de faire de cette nativité un lien avec l'Épiphanie. Et donc, on a situé la fête de Noël le 6 janvier. Pendant des décennies, les chrétiens ont fêté le 6 janvier la naissance du Christ, l'arrivée du Messie. En vérité, c'est le pape Liber, qui en l'an 354, donc vous voyez, on est au milieu du 4e siècle, en l'an 354, le pape Liber décide de fixer Noël au 25 décembre. Vous allez me dire, mais pourquoi le 25 décembre ? Alors, il y a deux raisons.
Il y a une raison qui est assez objective, qui pourrait presque être qualifiée de scientifique, puisque le 25 décembre, c'est le premier moment, la première date où les jours commencent à rallonger. C'en est fini de ces nuits terribles qui nous envahissent. Enfin, le matin du 26 décembre, on peut dire que le jour sera un peu plus long que la veille et ça ne va cesser de se développer comme ça jusqu'au mois de juin. Donc ça, c'est la raison objective du 25 décembre. D'une certaine manière, c'est la Renaissance, c'est le moment où la lumière revient. Mais il y a une autre raison, c'est que l'Église, en 354, devait lutter contre des traditions païennes.
Et ces traditions, elles étaient très répandues, notamment dans l'armée romaine, dans les légions, où l'on célébrait le culte oriental de Mitra. C'était ce qu'on appelait le sol invictus, le soleil invaincu. Toujours pour la même raison, parce que c'est ce basculement de la lumière, c'est ce retour au jour qui allonge. Et donc, on avait l'habitude de sacrifier un taureau dans les légions et l'on rendait hommage à Mitra. Et ça, évidemment, pour les tout premiers évêques, pour les chrétiens de l'époque du IVe siècle, c'était un problème. Donc l'Église s'est dit, nous allons instituer Noël le jour même de cette fête païenne et comme ça, nous allons récupérer peu à peu cette fête.
Il y aurait un travail énorme à faire sur le calendrier d'ailleurs, et voir qu'une grande partie des fêtes chrétiennes ont été installées à des dates où elles étaient d'une certaine manière censées dépasser, remplacer les fêtes païennes, se substituer à elles. C'est ce qui s'est passé à partir du milieu du IVe siècle avec Noël. Alors, pourquoi est-ce que Noël est resté le 25 décembre ? Eh bien, tout simplement parce que quelques années plus tard, l'empereur Constantin s'est lui-même converti au christianisme. Et le christianisme est devenu religion officielle, avant même de devenir religion d'État obligatoire à Rome.
À partir du moment où la religion romaine officielle devient le christianisme, alors on ne change plus les dates, et on ne change plus la date de Noël, qui depuis est bel et bien célébrée le 25 décembre. Alors, Noël est entouré de toutes sortes de traditions, bien sûr. Si vous allez en Espagne, vous vivrez au rythme de la Buena Noce, avec toutes les traditions qui s'attachent à cette célébration nocturne. Si vous allez du côté de Naples, vous allez découvrir des crèches absolument magnifiques, dont certaines sont quasiment à la dimension naturelle, à hauteur d'homme, avec ces merveilleuses figurines des crèches napolitaines, qui préfigurent en quelque sorte le centon de Provence.
Si vous allez en Angleterre, on va vous faire préparer le plum pudding, d'une façon extrêmement particulière. Ça aussi, c'est directement lié à la soirée de Noël, à la messe de minuit. Une messe de minuit qui, avec le temps, a tendance à être rapprochée de plus en plus tôt dans la soirée. Je suis allé à une messe de minuit il y a deux ans, qui avait lieu à 18 heures. Ce n'est plus tout à fait la messe de minuit. Mais enfin, on continue d'appeler ça la grande messe solennelle de Noël. Un enfant nous est né, c'est la bonne nouvelle, c'est l'arrivée du Messie. Dans les régions alémaniques, on célèbre ça autour du sapin de Noël, qui était l'ancien arbre de vie.
C'est Saint-Colomban, il y a 14 siècles, qui avait eu l'idée d'installer à la Saint-Thomas cet arbre de vie au centre des villages. Alors, vous voyez bien quel est le symbole, ce symbole toujours de renaissance, de vitalité, d'éclosion. Cet arbre de vie, il était décoré, chacun venait y apporter son petit élément. Ça finissait par devenir un somptueux arbre qu'on s'est mis à appeler l'arbre de Noël. Il n'y avait pas encore les boules à l'époque. Les boules, elles datent précisément de l'hiver 1858, qui a été l'hiver le plus froid du XIXe siècle. Il avait tellement gelé depuis le début du mois de novembre qu'on n'avait aucune pomme sur les pommiers.
Donc, il n'était pas possible d'installer dans l'arbre de Noël les pommes peintes qu'on avait pris l'habitude d'y installer. Souvent, d'ailleurs, on les trempait, vous savez, dans le caramel. Et ensuite, les pommes en question, on pouvait même les déguster. Là, il n'était pas question de mettre des pommes en 1858. Il n'y en avait pas. Donc, on s'est dit, comment on va faire ? Il y a un souffleur de verre qui a dit, eh bien, nous allons faire des pommes en verre. Il s'est mis à souffler des pommes en verre. C'est le début des boules de Noël qui devaient faire florès en même temps que le Père Noël, qui lui est, disons-le, une invention des commerçants américains.
Si ce que je vous raconte vous intéresse, évidemment, le mieux, c'est de vous abonner. Comme ça, vous serez mis au courant de nos publications. Vous pourrez vivre au rythme de notre chaîne YouTube. Je parlais du Père Noël qui est une sorte de dérivé d'un autre saint bien connu, celui-là. C'est Saint Nicolas qu'on célèbre le 6 décembre. Alors, Saint Nicolas était censé, en fait, à la suite d'une mauvaise interprétation d'un vitrail. Ça paraît fou. Dans un vitrail, on voyait Saint Nicolas sauver les Trois Légionnaires. Les Trois Légionnaires étaient installés dans une sorte de bac à Saumur.
Et comme ils étaient représentés plus petits, parce que les saints étaient représentés plus grands que les personnes civiles, eh bien, on a cru que les Trois Légionnaires en question, c'était trois enfants. Et on a dit que, finalement, Saint Nicolas avait sauvé trois enfants des délires d'un boucher et que Saint Nicolas devenait le patron de l'enfance. Et c'est la raison pour laquelle, le jour de la Saint Nicolas, le 6 décembre, on distribuait des cadeaux aux enfants. Ces cadeaux, on s'est mis à en faire de plus en plus. Alors, c'était des petits cadeaux, à l'époque. On distribuait les fruits de la saison, c'est-à-dire des mandarines, des oranges, bien entendu.
On distribuait un petit peu de sucrerie, des sucres d'orge, à l'époque. Et puis, quand le chocolat s'est répandu, on s'est mis à distribuer des dragées de chocolat. Mais ça n'allait pas beaucoup plus loin. Les petits cadeaux, les petits jouets de Noël, ils n'arrivent que beaucoup plus tard, au milieu du XIXe siècle. Et d'ailleurs, très souvent, ils étaient distribués aux étrennes, c'est-à-dire exactement huit jours après Noël, au moment de la nouvelle année. Quand on passait, quand on changeait d'année, on s'offrait des étrennes. Entre parenthèses, vous savez qu'on ne célèbre le début de l'année, le 1er janvier, que depuis le XVIe siècle, sous le règne de Charles IX.
C'est ce qu'on appelle l'édit de Roussillon. Avant, chaque région célébrait le début de l'année quand elle le voulait. Certains avaient décidé que l'année commençait le 1er mars. D'autres disaient que l'année commençait le 1er avril. D'ailleurs, dans une grande partie du royaume, on célébrait les étrennes le 1er avril. C'est pour ça qu'on s'offrait beaucoup de cadeaux. Et puis, quand on a arrêté de célébrer le 1er avril, parce que le début de l'année s'est fait au 1er janvier, on a continué à se donner des cadeaux, sauf qu'on s'est donné, on s'est offert des cadeaux qui étaient ironiques, qui étaient des moqueries. Et c'est l'origine de notre poisson d'avril. Mais ne parlons pas d'avril.
Je reviens au 25 décembre et je reviens à mon arbre de Noël. Cet arbre de Noël qui a été développé à partir de Saint-Colomban dans toutes les régions alémaniques, il est né, cet arbre de Noël, dans une sorte de volonté, là encore, de faire triompher la lumière au milieu des ténèbres. Et donc, on a illuminé les sapins de Noël et on en a fait peu à peu des ornements du foyer. C'est-à-dire qu'on a installé des arbres, des arbres de Saint-Colomban, des arbres de la Saint-Thomas. On les a installés dans les maisons elles-mêmes et on les a décorés de toutes les manières possibles.
Alors ça, c'était dans les régions alémaniques, ce n'était pas du tout dans les régions habituelles de la province française. Sauf que nous avons eu, n'oubliez pas, une reine qui était d'origine polonaise. C'était l'épouse de Louis XV, Marie Leginska, qui a épousé le roi Louis XV en 1725 et qui lui a donné ses deux premières filles dès l'année suivante. Ce qui veut dire que la reine Marie, ensuite, n'a pas arrêté d'être mère, elle a eu beaucoup d'enfants et elle regrettait de ne pas faire profiter ses enfants de la joie du Noël qu'elle avait connue quand elle était petite fille en Pologne, puis en Alsace, où elle était réfugiée avec ses parents dans la ville de Vissambourg.
Et c'est la raison pour laquelle elle a convaincu son mari, le roi Louis XV, de faire un arbre de Noël au château de Versailles. Le premier a été installé en 1738. Et depuis tous les ans, les rois de France ont fait un sapin de Noël. Alors, il y a quelques grandes familles, très courtisanes, qui ont essayé de faire la même chose. On s'est mis à faire quelques sapins de Noël dans quelques châteaux de France. Mais ça n'était pas encore très répandu. Et puis voilà que, beaucoup plus tard, nous sommes maintenant au XIXe siècle. Le fils aîné du roi Louis-Philippe, le duc d'Orléans, va épouser Hélène de Mecklenburg-Schwerin. Donc, une Allemande.
Et quand Hélène arrive en France, on est à la fin des années 1830, en 1837 précisément, et elle décide de venir avec son arbre de Noël. Ça faisait déjà 100 ans qu'on célébrait Noël dans la famille royale. Mais la presse, en effet, l'écho. Et on a vu, par courtisanerie, là encore, un certain nombre d'hôtels de ville installer des arbres de Noël. Et puis cet arbre de Noël, il s'est encore répandu avec l'invasion prussienne en 1870. Parce qu'évidemment que, pendant le Noël, la Noël, devrais-je dire, la natalité de 1870, les occupants prussiens ont fait leurs arbres de Noël.
La vérité, c'est qu'en 1871, vous savez que la Prusse victorieuse a récupéré l'Alsace et une partie de la Lorraine, la Moselle précisément, et que beaucoup d'Alsaciens et de Lorrains ont dû fuir leur région natale. Ils sont allés se réfugier un peu partout en France et ils sont arrivés, si j'ose dire, avec leurs sapins de Noël. C'est donc depuis les années 1870 qu'on fait des sapins dans toute la France et qu'au pied du sapin, on met des cadeaux. Des cadeaux qui autrefois n'étaient ouverts que le 1er janvier, aux étrennes.
Et puis, petit à petit, et pour faire plaisir aux enfants, on s'est mis à ouvrir les cadeaux plus tôt, c'est-à-dire le soir même de Noël où il y a la veillée, le réveillon, comme on dit depuis le règne de François 1er. La première mention du réveillon, elle entre dans le dictionnaire de l'Académie française en 1760 sous le règne de Louis XV et c'est seulement encore un siècle plus tard, en 1858, que va entrer le verbe réveillonner. Réveillonner, c'est tout simplement faire un repas de fête en rentrant de la messe de minuit. Alors, très nombreux sont aujourd'hui les Français qui ne vont plus du tout à la fesse de minuit.
Très nombreux sont aujourd'hui les Français qui ne vont plus à la messe de minuit, mais qui font la fête néanmoins et qui font un grand réveillon de Noël. Généralement, ce réveillon de Noël est suivi huit jours plus tard par le réveillon du 1er de l'an. On se donne moins des traînes aujourd'hui au 1er de l'an. Tout a été concentré sur Noël. Alors, pour quelles raisons ? Eh bien, un peu à cause de ce fameux Père Noël que les commerçants américains, anglais et peu à peu français se sont mis à adopter.
C'est une sorte de version modernisée de Saint-Nicolas, sauf que le Père Noël en question, il distribue depuis sa hôte sur son traîneau tiré par des reines, vous savez, puisqu'il est censé venir de Laponie, il distribue les cadeaux non plus pour les êtres reines ni même à la Saint-Nicolas, mais bien le 25 décembre ou dans la veillée, dans la nuit du 24 au 25 décembre. Ce Père Noël, il a été pendant très longtemps rejeté par l'Église. Il y avait d'ailleurs toute une association catholique qui, le 23 décembre 1951, sur la grande place de la ville de Dijon, a fait brûler le Père Noël. À l'époque, on en a beaucoup parlé.
Il n'y avait pas encore de télévision en 1951, heureusement, parce que ça aurait fait des images un peu choquantes pour les enfants. Le maire de Dijon, à l'époque, c'était le chanoine Kyr, qui était au moins aussi catholique que les gens de ses associations et qui a pris fête et cause pour le Père Noël. Et parce que le chanoine Kyr a défendu le Père Noël, tout le monde s'est, à partir de là, senti obligé de chanter avec Tino Rossi, Petit Papa Noël. Je vous souhaite à toutes, à tous, un excellent Noël, de belles fêtes, de fin d'année. N'hésitez pas à vous abonner à notre chaîne YouTube. C'est un peu notre cadeau à nous.
Et les yeux levés vers le ciel, à genoux les petits enfants, avant de fermer les paupières, font une dernière cluière.