Laurence Favre : "Depuis le début du conflit, les enfants s'expriment librement" à l'école
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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Comment parler de ce conflit à des enfants ?
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La guerre en Ukraine, c'est un sujet dont vos élèves parlent beaucoup ?
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Est-ce qu'ils en parlent entre eux aussi à la cour de récré ?
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Qu'est-ce qu'ils vous disent exactement ? Quelles questions se posent-ils sur cette guerre, vos élèves ?
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Pour transformer cette actualité très triste en quelque chose, avec des initiatives positives, c'est ça ?
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Comment vous y prenez-vous pour raconter une guerre à des enfants de moins de 10 ans ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Depuis le début des événements, ils s'expriment librement. »
- 2:54PrésentateurChiffre
« C'est un journal qui s'adresse aux 6-10 ans. Vous avez 40 000 abonnés. »
- 3:06InvitéFait
« La première étape, au tout début du conflit, ça a été tout simplement d'expliquer les origines de la guerre. »
- 3:48InvitéFait
« La peur de la Troisième Guerre mondiale. La peur que la guerre arrive en France. »
- 4:09InvitéFait
« On a fait un numéro pour essayer de décrypter un peu cette angoisse. »
- 4:14InvitéFait
« L'autre grand thème qui sortait des messages de nos lecteurs, c'était leur empathie pour le peuple ukrainien. »
- 4:52InvitéFait
« Édulcorer la réalité, ça voudrait dire qu'à un moment donné, on ne fait pas notre métier de journaliste. »
- 5:44InvitéFait
« Le but, c'est que les numéros ne soient pas rejetés par les enfants. »
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« Il faut mettre la guerre à hauteur d'enfants justement. »
Temps de parole
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Il est 6h20, c'est aujourd'hui que débute la 33ème édition de la semaine de la presse à l'école et elle s'ouvre dans un contexte pesant avec la guerre en Ukraine. Comment parler de ce conflit à des enfants ? Je vous présente nos deux invités. Pauline Leroy, rédactrice en chef adjointe du journal Le Petit Quotidien. Bonjour. Bonjour. Laurence Favre, professeure des écoles en CM2 à Paris, à l'école alsacienne. Bonjour. Bonjour. Et je vais commencer par vous, Laurence Favre. La guerre en Ukraine, c'est un sujet dont vos élèves parlent beaucoup, que ce soit avec vous ou entre dans la cour de récré ?
Tout à fait. Depuis le début des événements, ils s'expriment librement. On fait une vie de classe tous les matins en arrivant à la différence de d'habitude pour qu'ils expriment les émotions, ce qu'ils ressentent, ce qu'ils ont entendu à droite, à gauche, qui n'est pas forcément la même chose d'un élève à l'autre. Et ça permet tous les matins un petit quart d'heure de vie de classe qui permet d'exprimer les émotions, mais aussi les informations, les comparer. Et ça fait redescendre un petit peu la pression, la tension.
Est-ce qu'ils en parlent entre eux aussi à la cour de récré ?
Complètement. Alors, ils échangent et justement, pas forcément les mêmes informations, des informations contradictoires. Certains élèves débordent un petit peu, évidemment. Et donc, on est obligé de recadrer et de se servir des outils qui sont à disposition de l'école.
Parmi ces outils, il y a notamment le Petit Quotidien. Je sais que vous êtes abonné à ce journal, Laurence Favre. Juste encore une question, après je m'adresserai à Pauline Leroy. Qu'est-ce qu'ils vous disent exactement ? Quelles questions se posent-ils sur cette guerre, vos élèves ?
Tout à fait. Alors, ils veulent savoir déjà où est l'Ukraine, où se situent ces pays.
Est-ce que c'est loin de chez eux ou pas, c'est ça ?
Exactement. Est-ce que c'est loin ou pas ? Et pourquoi il y a cette guerre ? Ils ne comprennent pas, aucune raison peut expliquer ça. Donc, voilà, on utilise différentes sources et on réagit par rapport à ça. Il s'agit d'exprimer les émotions, les informations, mais aussi d'aller chercher les informations, de les comparer, les justes informations qui sont à disposition pour l'école. Et après, d'écrire, d'exprimer à nouveau, de corriger les fake news que nous, on fait passer les petites rumeurs des élèves entre eux. Et on écrit ensuite. On écrit notre journal, on agit. Même dans l'école alsacienne, nous avons lancé des actions pour pouvoir réagir par rapport aux événements.
Des collectes et aussi différentes autres actions.
Pour transformer cette actualité très triste en quelque chose, avec des initiatives positives, c'est ça ? De solidarité, essayer de faire quelque chose ?
Totalement. Action de solidarité et collecte.
Alors, il y a la façon de répondre de l'institutrice, mais il y a celle aussi de la journaliste. Et là, c'est à vous que je m'adresse, Pauline Leroy. Je rappelle que vous êtes rédactrice en chef adjoint du journal Le Petit Quotidien. C'est un journal qui s'adresse aux 6-10 ans. Vous avez 40 000 abonnés. Comment vous y prenez-vous pour raconter une guerre à des enfants de moins de 10 ans ?
Alors, on est passé par deux grandes étapes. La première étape, au tout début du conflit, ça a été tout simplement d'expliquer les origines de la guerre. Et là, on était sur un numéro presque de géopolitique expliqué aux enfants. On a utilisé la cartographie, justement, pour montrer où était l'Ukraine. Et sa position entre l'Union Européenne à sa gauche et la Russie à sa droite. Voilà. Et à partir de ce numéro où on avait posé les bases, on leur a demandé tout simplement à nos lecteurs de nous envoyer leurs propres questions. Et là, on est parti des messages qu'on recevait. Et de ces messages, ils se dégageaient en fait deux grands thèmes.
La première, c'était la peur de la Troisième Guerre mondiale. La peur que la guerre arrive en France. Qui était finalement une angoisse assez collective, partagée aussi par un certain nombre d'adultes. Donc on a fait un numéro pour essayer de décrypter un peu cette angoisse. Et l'autre grand thème qui sortait des messages de nos lecteurs, c'était leur empathie pour le peuple ukrainien. Il y avait beaucoup de messages qui révélaient le sentiment de tristesse ou le sentiment d'injustice de nos lecteurs. Qui nous demandaient aussi comment ils pouvaient aider les Ukrainiens. Voilà.
Donc on a fait un numéro pareil, consacré vraiment aux conséquences du conflit sur la vie quotidienne des Ukrainiens.
Et pour tous ces numéros, vous précisez bien à chaque fois, vous avez un petit message justement aux jeunes lecteurs. Ne lis pas ce numéro, plus difficile que d'habitude tout seul. Fais-toi accompagner d'un adulte. Ça veut dire que vous n'édulcorez pas les faits, vous ne minimisez pas la réalité ?
C'est impossible en fait. Édulcorer la réalité, ça voudrait dire qu'à un moment donné, on ne fait pas notre métier de journaliste. Et ce n'est pas possible. Pour autant, on ne peut pas nous ignorer que la réalité qu'on décrit dans nos articles, elle va forcément être choquante pour un enfant qui a autour de 8 ans. Ça ne peut pas ne pas être choquant. Donc l'émotion que l'enfant va ressentir sur ces sujets de la guerre, que ce soit de la colère, de la tristesse, de la peur, etc. Il faut qu'il l'exprime. Et il ne peut pas l'exprimer envers nous parce qu'on est trop loin de lui. Donc il faut qu'il l'exprime avec ses proches.
Et c'est pour ça que vraiment sur ces numéros-là, on a conseillé que la lecture ne se fasse pas toute seule.
Mais est-ce que vous vous interdisez certaines choses, certaines photos par exemple ? Quelles sont les limites que vous vous imposez ?
En fait, la limite, c'est ne pas prendre le risque de ne pas être lu sur un sujet comme ça. Le but, c'est que les numéros ne soient pas rejetés par les enfants. Que ce soit des numéros justement que les enfants et les femmes, avec leur famille ou leur enseignant, qu'ils puissent vraiment les utiliser. Si on prend le risque qu'un article soit rejeté parce qu'on a choisi une photo trop violente, on a tout perdu. Donc par exemple, sur les photos, j'imagine que vous pensez par exemple à des photos de victimes.
Oui, ou d'enfants qu'on voit avec une peluche sur les chemins de l'exil. C'est toujours très touchant, ça brise le cœur de voir ça. Et de publier ce genre de photos à des enfants qui peuvent s'identifier, est-ce que vous le faites ça ?
Oui, parce que l'identification, moi je trouve que ça peut être un bon outil pour que les enfants comprennent la guerre. En fait, il faut mettre la guerre à hauteur d'enfants justement. Et nous par exemple, on a fait le choix d'interviewer, on a une envoyée spéciale qui est allée à Bucarest, interviewer des enfants ukrainiens qui venaient d'arriver à la gare centrale de Bucarest. Et on a publié des témoignages d'enfants de l'âge de nos lecteurs.
Et c'est tout ça, c'est à lire dans Le Petit Quotidien. Il y a six numéros par semaine. Merci Pauline Leroy, rédactrice en chef adjointe de ce journal. Et merci à vous Laurence Favre, professeure des écoles en CM2 à l'école alsacienne à Paris. Vous étiez les invités du 5-7.