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Interviewfranceinfo — L'invité éco (sur Site radio)· 2 avril 2025 8 minAutoproduitActualité / polémiqueÉconomie & entreprisesInstitutions & élections

Droits de douane américains : "Si c'est vraiment 25% sur les importations, ça aura un impact très sérieux" affirme le président de l’Académie des Technologies

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  • 0:45InvitéPromesse
    « D'autant plus qu'il y aura des mesures de rétorsion évidemment qui vont aussi gêner les exportations et les importations. »
  • 1:04InvitéPromesse
    « Si c'est quelque chose qu'il veut faire dans la durée, ça va vraiment avoir beaucoup d'impact sur l'économie des Etats-Unis, l'inflation aux Etats-Unis, le commerce mondial parce qu'il y aura des rétorsions. »

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  • Invité71 %
  • Présentateur29 %

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0:01
Présentateur

Bonsoir à toutes et à tous. Dans une poignée d'heures maintenant, Donald Trump va révéler l'ampleur de la hausse des taxes douanières qu'il compte imposer sur les importations. Quels produits seront concernés ? Quel pays ? Est-ce que ce sera la même hausse pour tous ? Il y a beaucoup d'incertitudes et d'inquiétudes également à ce stade. Bonsoir Patrick Pellata.

0:22
Invité

Bonsoir.

0:23
Présentateur

Vous êtes à la tête de l'Académie des technologies. Vous avez été numéro 2 de Renault du temps de Carlos Ghosn. Quel peut être l'impact sur l'économie européenne des mesures douanières qui seront annoncées tout à l'heure par Donald Trump ?

0:36
Invité

Ah si c'est 25% sur l'ensemble des biens exportés de l'Europe vers les Etats-Unis. C'est un impact très sérieux. D'autant plus qu'il y aura des mesures de rétorsion évidemment qui vont aussi gêner les exportations et les importations. Si c'est vraiment ça, c'est significatif. Ce qu'on ne sait toujours pas, c'est si finalement pour lui c'est un instrument de négociation ou bien si c'est quelque chose qu'il veut faire dans la durée. Si c'est quelque chose qu'il veut faire dans la durée, ça va vraiment avoir beaucoup d'impact sur l'économie des Etats-Unis, l'inflation aux Etats-Unis, le commerce mondial parce qu'il y aura des rétorsions. Donc dans ce cas-là, ce serait grave.

1:19
Présentateur

Et comment faut-il répondre Patrick Pellata ? Est-ce qu'il faut répondre à la hauteur des mesures qui seront annoncées ce soir ? En gros, œil pour œil, dent pour dent ?

1:27
Invité

Moi je pense que je ne suis pas du tout un spécialiste et on n'est pas tellement branché sur ces sujets-là à l'Académie. Mais je pense par contre qu'il y a quelque chose qui est très net maintenant, c'est la souveraineté technologique et la souveraineté industrielle de l'Europe. C'est quelque chose d'essentiel. On avait trop tendance à penser que le grand frère ou le cousin américain, ma foi, s'il avait des technologies importantes pour nous et que nous on ne les avait pas, ce n'était pas très grave. Je crois que ça, c'est fini. C'est fini dans la défense, mais c'est fini aussi dans l'industrie et dans les technologies. Il faut retrouver partout une souveraineté technologique.

Il faut travailler avec les gens qui sont comme nous, les Japonais, les Coréens, d'autres pays qui sont prêts à collaborer avec nous. Et ensemble, il faut qu'on retrouve une souveraineté. On ne peut pas, quand on a besoin de faire quelque chose, demander la permission aux Etats-Unis.

2:23
Présentateur

Et ça, c'est nouveau, ça date vraiment de l'investiture de Donald Trump. J'ai vu que vous aviez signé une tribune, que vous avez mis d'ailleurs en une du site internet de l'Académie des technologies. Face à un scénario encore inimaginable il y a peu, il est aujourd'hui plus que jamais essentiel de se fédérer pour faire reculer la défiance. Précisez.

2:43
Invité

Donc ça, c'est sur les sciences. C'est aussi beaucoup sur le numérique. On a beaucoup insisté. Il y a beaucoup à dire sur ce qui est fait sur le climat. C'est réellement scandaleux. Ce qui est fait sur la santé, c'est scandaleux. Sur l'énergie, tout autant. Mais par contre, sur le numérique, c'est une attaque directe sur l'Europe et le reste du monde. Mais pour ce qui nous intéresse, c'est sur l'Europe. Et là, c'est sur des faiblesses européennes.

3:09
Présentateur

C'est-à-dire que les Etats-Unis de Trump et d'Elon Musk profitent des faiblesses européennes ?

3:15
Invité

Sur ce sujet du numérique. À quoi pensez-vous ? Aux médias sociaux, par exemple. Le discours du vice-président Vance à Munich, c'était une attaque directe contre les lois européennes qui réglementent en fait les médias sociaux. En particulier, la mésinformation, les mensonges de grande échelle, etc. Le fait que les Russes peuvent manipuler une élection. Tout ça, il y a maintenant un certain nombre de lois en Europe et en France qui nous permettent de lutter contre ça. On les utilise moyennement, je dirais.

3:48
Présentateur

Oui, parce qu'il y a quand même un arsenal qui existe aujourd'hui avec un certain nombre de lois qui ont été passées au niveau européen.

3:53
Invité

Tout à fait.

3:53
Présentateur

Ça existe aujourd'hui.

3:54
Invité

Ça existe, on s'en sert peu, mais les Etats-Unis luttent contre ça parce que ça les gêne. Ils veulent déréguler chez eux, mais ils veulent déréguler en Europe pour que leur industrie, là où elle est forte, c'est-à-dire dans le numérique par exemple, puisse se développer, aller prendre les données qu'ils veulent sur les citoyens européens, sur les bases de données. On est obligé d'utiliser leur infrastructure. On n'a pas une infrastructure propre en Europe. On n'a pas de cloud européen, enfin pas de grande échelle en tout cas, pas à l'échelle. On a des choses très bien pour les entreprises. On a des dasso-systèmes, des Siemens sont des choses excellentes. En IA, en intelligence artificielle.

4:32
Présentateur

C'est-à-dire qu'on a tout ce qu'il faut, mais on ne les utilise pas suffisamment ?

4:37
Invité

Oui, on a beaucoup de morceaux. On n'a pas ce qu'on appelle, nous, le continuum numérique. Et si on veut être indépendant, si on veut être souverain, si on veut ne pas devoir passer régulièrement par les Etats-Unis, par des banques de données américaines, etc., pour faire nos tâches, je vais vous donner un exemple.

4:55
Présentateur

Alors, ça veut dire juste que pour répondre à la logique de Donald Trump, il faut répondre souveraineté, souveraineté technologique. Et c'est ça, c'est la stratégie que vous êtes en train d'essayer d'impulser, vous, de votre fenêtre à la tête de l'Académie des technologies.

5:10
Invité

Tout à fait. Avec ce qu'on appelle donc le continuum technologique. Donc, il faut le cloud, il faut les data centers, il faut des systèmes de communication protégés en cybersécurité, il faut des microprocesseurs, il faut des supercalculateurs, il faut des architectures qui permettent de conserver les données chez nous, parce que l'intelligence artificielle, ça a besoin de données propres. Si ce n'est pas vous qui les possédez, ces données qui les est stockées, vous ne savez pas, en fait, quel résultat vous allez avoir. Donc, c'est essentiel de maîtriser cette infrastructure.

5:43
Présentateur

Et c'est la première souveraineté à avoir, la souveraineté technologique que vous pensez, Patrick Pellata, pour répondre aujourd'hui à Donald Trump.

5:50
Invité

Oui, alors c'est vrai, dans le domaine numérique, je prends cet exemple, c'est vrai dans tout un tas d'autres domaines.

5:54
Présentateur

Prenez cet exemple parce que vous pensez que c'est le plus important. S'il faut avoir une priorité en termes de stratégie, en termes financiers, c'est là-dessus qu'il faut insister aujourd'hui au niveau européen, c'est ça ?

6:06
Invité

Oui, tout à fait. Alors, il est important à deux égards. Il est important pour notre industrie, pour notre niveau de vie, etc. Mais il est aussi important pour nos valeurs, pour la démocratie. On ne peut pas laisser faire un Elon Musk qui intervient dans les élections comme il veut, en Europe, en Allemagne, en Angleterre, peut-être en France. Ce n'est pas possible, ça. C'est nos valeurs. On défend des valeurs de vérité. C'est l'Europe des Lumières, c'est l'Europe de Descartes et d'Alembert. On a lutté contre l'obscurantisme. Ça fait deux siècles et demi que l'Europe des Lumières s'est construite et s'est développée. On ne peut pas laisser un pouvoir externe à l'Europe effacer ça.

6:47
Présentateur

Et donc, dernière question, vous pensez qu'on en prend le chemin, que justement l'action de Donald Trump et notamment ses droits de douane, dont on va connaître l'ampleur ce soir, c'est un moment de vérité pour l'Europe qui doit se prendre en main et notamment d'un point de vue technologique.

7:02
Invité

Tout à fait. Je pense qu'il y avait déjà eu des prémices avec le rapport Draghi. Et là, la foudre qui tombe depuis les Etats-Unis fait prendre conscience quand même que c'est une affaire sérieuse. Il faut y mettre des moyens. Dans le rapport Draghi, il disait 800 milliards d'euros pour l'Europe par an en plus. Ça, c'est pour l'innovation des technologies, dont le numérique. Et on dit un peu la même chose pour la défense. Et il va falloir faire aussi la même chose sur la transition énergétique pour avoir une énergie décarbonée.

7:31
Présentateur

Merci beaucoup Patrick Pellata, président de l'Académie des technologies. Vous étiez l'invité éco de France Info ce soir.

Droits de douane américains : "Si c'est vraiment 25% sur les importations, ça aura un impact très sérieux" affirme le président de l’Académie des Technologies · Pourquijevote