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Podcast / conversationFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 24 août 2025 19 minContradictoireDivertissementDéfenseEurope & internationalÉconomie & entreprisesNumérique

Après une série noire d'échecs, la mégafusée d'Elon Musk redécolle

Au micro : Céline AsselotSource d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:06OuverteRéponse directe

    Va-t-elle mettre fin à la série noire et lever les doutes sur sa fiabilité ?

  • 1:01OuverteRéponse directe

    Si ça ne marche pas la nuit prochaine, ce serait une mauvaise nouvelle pour Elon Musk, mais aussi pour la NASA ?

  • 3:02OuverteRéponse directe

    La NASA dans les années 60 était autonome, aujourd'hui ce n'est plus le cas ?

  • 4:30OuverteRéponse directe

    Le vol test de ce soir va être regardé avec attention à la Maison-Blanche ?

  • 4:42OuverteRéponse directe

    Est-ce que ça inquiète l'administration Trump ?

  • 5:36OuverteRéponse directe

    C'est un symbole, la Lune, ou un enjeu dans l'exploration spatiale du futur ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:12InvitéFait
    « ce serait une mauvaise nouvelle pour Elon Musk, évidemment pour la NASA, pour l'entreprise SpaceX, également pour tous les partenaires du programme Artemis, dont la France et beaucoup de pays européens font partie »
  • 1:38InvitéFait
    « c'est censé être le véhicule qui permettra aux astronautes de se poser sur la Lune dans le cadre de ce programme »
  • 1:49InvitéFait
    « le problème qu'on a vu avec ce Starship, donc c'est la V2 comme ils l'appellent, la deuxième version, c'est qu'on a vu qu'il y a eu beaucoup plus de problèmes que la version précédente »
  • 2:49InvitéFait
    « aujourd'hui, il y a même des spécialistes qui commencent à dire que la Chine avance très très vite »
  • 2:53InvitéFait
    « la Chine a annoncé que se poser sur la Lune avant 2030, c'était vraiment l'objectif »
  • 3:26PrésentateurFait
    « c'était le Congrès qui a imposé à la NASA de sous-traiter des services récurrents »
  • 3:40PrésentateurFait
    « le vaisseau reste propriété de l'industriel, qui peut l'utiliser pour autre chose »
  • 4:44InvitéFait
    « oui, alors, c'est un peu à géométrie variable, conformément à l'attitude générale de cette administration »
  • 5:18InvitéFait
    « Obama avait dit qu'on y est allé, grand bien face aux autres d'y aller »
  • 6:50PrésentateurFait
    « la Chine a annoncé pour la première fois son planning pour emmener des Chinois sur la Lune »
  • 7:21PrésentateurFait
    « les Chinois n'ont jamais déclaré qu'ils voulaient à tout prix être les premiers à y retourner »
  • 7:41PrésentateurFait
    « le retour sur la Lune, tel qu'on le voit dans les vols habités, c'est avant tout la raison d'être numéro un d'Artemis »
  • 14:20PrésentateurChiffre
    « le vol spatial habité, la contribution pour la France, c'est 1,2 euro par habitant par an »
  • 14:35PrésentateurChiffre
    « pour comparer par exemple l'éducation nationale, c'est 1000 euros par habitant par an »
  • 15:00PrésentateurFait
    « il est écrit qu'il y a au moins trois missions vers l'orbite lunaire à bord du vaisseau Orion à bord desquelles il y aura un siège pour un astro-hôte ou une astro-hôte européenne »
  • 15:30PrésentateurFait
    « le module de service, le module de ressources qui fournit la propulsion, l'électricité, l'oxygène, c'est une fourniture 100% européenne »
  • 15:53InvitéFait
    « depuis les origines de l'espace, le militaire est un aspect important du spatial »
  • 18:30PrésentateurFait
    « le Starship n'a pas de système de sauvegarde »

Temps de parole

  • Présentateur35 %
  • Invité25 %
  • Invité 221 %
  • Présentateur 219 %

0,5 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:02
Présentateur

Transinter, Céline Asselot, le 6-9. Va-t-elle mettre fin à la série noire et lever les doutes qui commencent à émerger sur sa fiabilité ? La nuit prochaine, l'entreprise SpaceX doit réaliser le dixième vol test de sa super fusée Starship. Les trois derniers essais se sont achevés sur des explosions, de quoi mettre la pression sur Elon Musk, alors que l'espace est à nouveau un enjeu géopolitique majeur, avec la Chine en embuscade, mais aussi le nouveau terrain de jeu de grands acteurs privés. Et trois spécialistes pour nous éclairer dans le grand entretien de la matinale. Jean-François Clairvoy, bonjour. Bonjour. Vous êtes spationaute à l'Agence Spatiale Européenne.

Vous avez participé à trois missions spatiales avec la NASA. Xavier Pasco est en ligne avec nous. Bonjour à vous. Bonjour. Directeur de la Fondation pour la Recherche Stratégique. Vous êtes spécialiste de la politique spatiale américaine. Et Paul Vorher est avec nous également. Bonjour. Bonjour. Responsable du programme Espace au Centre Géopolitique des Technologies à l'IFRI. Alors la première question, elle est peut-être pour vous. Si ça ne marche pas la nuit prochaine, ce serait évidemment une mauvaise nouvelle pour Elon Musk, mais ce serait aussi une mauvaise nouvelle pour la NASA qui mise sur cette fusée Starship pour le retour de ses astronautes sur la Lune.

1:12
Invité

Oui, ce serait une mauvaise nouvelle pour Elon Musk, évidemment pour la NASA, pour l'entreprise SpaceX, également pour tous les partenaires du programme Artemis, dont la France et beaucoup de pays européens font partie, parce que c'est censé être le véhicule qui permettra aux astronautes de se poser sur la Lune dans le cadre de ce programme. Donc le principe de SpaceX a été de faire un développement qu'ils appellent itératif, c'est-à-dire en fait on vole, on teste et on revient et on essaie de régler les problèmes qui ont eu lieu.

Le problème qu'on a vu avec ce Starship, donc c'est la V2 comme ils l'appellent, la deuxième version, c'est qu'on a vu qu'il y a eu beaucoup plus de problèmes que la version précédente et on a eu une impression finalement au cours des derniers vols qu'il y a presque eu des retours en arrière, ce qu'on n'avait pas...

1:58
Présentateur

Parce que c'était très spectaculaire au départ, cette fusée récupérée par les grands bras par exemple, c'était une image très forte qui a marqué les esprits en tout cas.

2:05
Invité

Exactement, ça a marqué les esprits, sachant que normalement, si je ne me trompe pas, la nuit prochaine ça ne devrait pas être le cas puisqu'il n'est pas prévu que ce gros lanceur soit récupéré par les bras. Ils essayent vraiment de s'assurer de la fiabilité de ce vaisseau qui pour l'instant n'a pas démontré sa fiabilité avec différents problèmes. D'ailleurs à différents niveaux, en fait, ce ne sont pas les mêmes problèmes qui ont émergé à chaque fois. Donc on sent que c'est quand même un véhicule extrêmement complexe.

Et toute la question, c'est évidemment combien de temps ça prendrait de fiabiliser ce vaisseau, combien ça coûterait aussi de fiabiliser ce vaisseau, sachant que, comme vous le mentionniez, il y a une forme de course aujourd'hui qui existe entre la Chine et les Etats-Unis. Aujourd'hui, il y a même des spécialistes qui commencent à dire que la Chine avance très très vite. Il y a eu trois tests assez conséquents cette année. Et récemment, la Chine a annoncé que se poser sur la Lune avant 2030, c'était vraiment l'objectif.

3:02
Présentateur

Jean-François Clairvoy, on se souvient de la NASA dans les années 60 comme une agence spatiale qui faisait tout, finalement, très autonome. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Elle a besoin des grands groupes industriels comme SpaceX pour mener à bien ses programmes. Et c'est le cas, par exemple, avec Artemis. Alors, c'est toujours l'industrie qui a fabriqué les vaisseaux. Mais la NASA achetait les vaisseaux et les mettait en œuvre elle-même depuis ses propres centres de contrôle. Depuis une vingtaine d'années, pour réduire les coûts, c'était le Congrès qui a imposé à la NASA de sous-traiter des services récurrents.

Par exemple, pour ravitailler l'ISS, pour transporter les astronautes à l'ISS, la NASA ne le fait plus avec ses propres vaisseaux, toujours fabriqués par les grands groupes industriels. Elle achète un service. Donc, le vaisseau reste propriété de l'industriel, qui peut l'utiliser pour autre chose. C'est comme ça que SpaceX peut vendre à un client privé un vol spatial. Alors qu'avant, un astronaute privé, un milliardaire qui voulait aller dans l'espace, il devait frapper à la porte de la NASA en disant « Est-ce que je peux monter à bord de votre navette ? » Ben non. Mais maintenant, il y a des vols qui sont traités par des contrats directement entre sociétés privées, spécifiques d'un côté.

Donc, c'est nouveau. La statère de service, en fait, finalement. L'idée, c'était que la NASA se reconcentre sur les missions d'exploration qui imposent de nouveaux vaisseaux, de nouvelles trajectoires. Et c'est un peu le cas, puisque le vaisseau qui va transporter les astronautes vers l'orbite lunaire, c'est le vaisseau Orion, qui est fabriqué par Lockheed Martin, mais selon des contrats de format traditionnel. Xavier Pasquot, on imagine que le vol test de ce soir va être regardé avec beaucoup d'attention à la Maison-Blanche. On évoquait tout à l'heure la concurrence avec la Chine qui pousse derrière. Est-ce que ça inquiète l'administration Trump ?

4:44
Invité

Oui, alors, c'est un peu à géométrie variable, conformément à l'attitude générale de cette administration. Mais en ce moment, oui, ça l'inquiète. C'est-à-dire qu'on est dans une période où l'administration Trump cherche assez classiquement, en fait, comme les administrations antérieures, à imposer l'image des États-Unis. Et donc, ça fait partie de la compétition que les États-Unis, selon eux, doivent gagner absolument. Non, ça n'a pas toujours été le cas. Sous Obama, le retour sur la Lune, ce n'était pas nécessairement une priorité. Obama avait dit qu'on y est allé, grand bien face aux autres d'y aller. Maintenant, non, là, on est dans cette compétition.

Et en fait, c'est un ressenti plutôt qui existe à Washington en ce moment. Si la Chine allait sur la Lune avant les Américains, retournait sur la Lune ou allait sur la Lune avant que les Américains y retournent, ce serait vu comme un problème politique.

5:36
Présentateur

C'est un symbole, la Lune, ou est-ce que c'est un enjeu aussi dans l'exploration spatiale du futur, Paul Vorher ?

5:43
Invité

C'est une bonne question. A priori, aujourd'hui, on reste dans une vision, disons, traditionnelle de l'exploration spatiale habitée, c'est-à-dire avec énormément de prestige et, comme disait Xavier Pasco, beaucoup d'enjeux politiques, finalement, qui tournent autour de ces questions-là. Après, il y a beaucoup de points d'interrogation sur l'avenir de la possibilité de mettre en place ce que les Américains appellent une économie cis-lunaire et de créer une sorte d'environnement favorable à l'émergence de nouveaux modèles économiques. Tout ça reste extrêmement spéculatif à l'heure actuelle.

Aujourd'hui, l'enjeu, il apparaît plus traditionnellement politique et géopolitique en mettant en avant l'exceptionnalisme américain ou l'exceptionnalisme chinois, en mettant en avant la volonté de ces pays, finalement, et les capacités de ces pays à accomplir de grands projets très technologiques et très complexes.

6:39
Présentateur

On fait presque de la politique, finalement, en faisant de l'exploration spatiale. Jean-François Clairvoy, vous vouliez intervenir ? Oui. Deux choses que je voulais dire, c'est que lorsque la Chine a annoncé pour la première fois son planning pour emmener des Chinois sur la Lune, c'était sous le premier mandat de Trump qui avait dit « Ah non, il faut qu'on y arrive avant ». Et les Chinois avaient annoncé 2030, et l'administration Trump avait dit « Bah, 2028 ». Et l'année suivante, tout seul, le président américain dit « Bah, 2028, c'est trop tard, je veux 2024 ». Sans aucune raison, sous-entendu sous mon deuxième mandat qu'il espérait. Et 2024, c'était l'année dernière.

Et, en fait, quand les Américains se déclarent dans une course, c'est une déclaration unilatérale. Les Chinois n'ont jamais déclaré qu'ils voulaient à tout prix être les premiers à y retourner. Ils maintiennent leur calendrier. Et la différence, c'est que eux sont à jour, ils seront prêts en principe en 2030, et les Américains prennent du retard. On se demande même s'ils arriveront en 2028. Mais le retour sur la Lune, tel qu'on le voit dans les vols habités, c'est avant tout, la raison d'être numéro un d'Artemis, d'un point de vue pratique, c'est se servir de la Lune comme un banc d'essai pour apprendre à faire ce qu'on doit savoir faire avant de le faire sur Mars.

Donc, en orbite lunaire, il y aura une station spatiale qui s'appelle le portail, le Gateway, où il y a tous les partenaires canadiens, japonais, européens, américains. Alors, les Russes y étaient au départ, ils sont partis, c'était avant la guerre, pour des raisons techniques. Mais, dans l'environnement lunaire, vous êtes dans le même environnement interplanétaire que vivre à un vaisseau en voyage vers Mars. Après, sur la Lune, créer une base, vivre, ravitailler une base, naviguer, rechercher des ressources sur place qu'on peut utiliser, l'eau, etc., pour produire l'oxygène. Donc, la Lune, c'est un banc d'essai sans prendre trop de risques. Donc, c'est pour ça qu'il faut réussir.

Je ne pense pas qu'on enverra des humains, en tout cas, à la surface de Mars, peut-être en orbite martienne, mais à la surface de Mars, sans avoir, avant, mis au point les concepts opérationnels, les technologies qu'on aura testées sur la Lune, et pas n'importe où, au pôle Sud. Et pourtant, Xavier Pasco, je me retourne à nouveau vers vous, spécialiste de la géopolitique spatiale américaine, il y a beaucoup d'effets d'annonce. Là aussi, contrairement à ce que disait Jean-François Clairvaux, on a l'impression, à entendre d'Elon Musk, que la colonisation sur Mars, ça peut commencer dès l'année prochaine.

9:07
Invité

Ah oui, oui, oui. Alors, Elon Musk explique même à ses employés, depuis des années, que SpaceX n'a été créé que pour aller sur Mars. Et d'une certaine manière, et c'est ce que disait Jean-François Clairvaux tout à l'heure, on a ce nouvel industriel qui est vraiment une nouvelle variété d'industriels. C'est-à-dire qu'auparavant, quand on avait une entité qui avait à la fois des capacités et des objectifs, ça s'appelait une agence spatiale, et l'agence spatiale commandait effectivement aux industriels des fusées, qu'elle opérait elle-même. Désormais, on a une autre entité qui a ça, ce sont SpaceX notamment, qui a à la fois des capacités, ses lanceurs, on a parlé de Starship, etc.

Et puis des objectifs. Et l'objectif, c'est celui de Musk, c'est d'aller sur Mars. Et alors là, on entre dans une vision aussi de Musk, qui est une vision transhumaniste, qui a tout un arrière-plan très particulier, très politique, très idéologique, et qui fait qu'on a cette pression qui a été mise par toute cette activité, cette suractivité de SpaceX. Et aujourd'hui, la NASA s'est trouvée, elle, finalement prise un peu en étau entre, d'un côté, un président qui, lui, voulait absolument contraindre l'administration, faire en sorte qu'on dépense pas l'argent public de la même façon qu'avant.

Et puis, cette pression de Musk, ce nouvel acteur privé, qui a été exacerbé par la relation personnelle entre Trump et Musk. Alors aujourd'hui, c'est un peu plus distendu, mais en réalité, on reste quand même assez, selon les dernières mesures qui ont été annoncées par la Maison-Blanche sur la dérégulation du secteur spatial, etc. On est quand même très en phase entre cette administration et ses industriels.

10:44
Présentateur

On comprend qu'Elon Musk a son propre agenda, qui n'est pas forcément celui des États-Unis, encore moins celui de l'Europe. Est-ce qu'il y a un risque de privatisation, finalement, de l'exploration spatiale, Paul Vorher ?

10:53
Invité

Il y a un risque de privatisation. Ça dépend comment on le prend. C'est-à-dire que quand c'est un acteur comme Elon Musk qui finit par avoir un rôle politique, d'une certaine manière, ça n'est plus vraiment un acteur privé. Ça devient un acteur politique. On voit d'ailleurs que dans cette administration, il y a beaucoup de personnes qui viennent effectivement du domaine privé et qui ont de plus en plus un impact sur les décisions qui sont prises par la Maison-Blanche. On peut même penser à Donald Trump lui-même, qui, pendant longtemps, était quand même dans cette sphère, dans cet environnement privé, aujourd'hui, prend des décisions politiques. Donc, privatisation, vraiment, ça dépend.

Parce que l'État, en particulier l'État américain, mais aussi les grandes agences spatiales, en Europe, au Japon, etc., l'État a toujours eu un rôle très important, à la fois de client pour ces entreprises, et puis l'espace, en grande majorité encore, ça reste pas un domaine purement commercial.

il faut voir que, fondamentalement, l'espace, ça permet de fournir des services publics, que ce soit dans le domaine civil, on pense à la météorologie, à la navigation vers le satellite, etc., qui ne créent pas directement de la valeur économique avec un échange de services, mais véritablement des services publics qui sont payés par l'argent du contribuable et qui, ensuite, permettent à tout le monde d'en bénéficier.

12:09
Présentateur

C'est moins le cas aujourd'hui. La NASA, par exemple, va perdre une partie de ses activités, sciences du climat, tout ça, pour se recentrer sur l'exploration spatiale.

12:15
Invité

Énormément sur la science, effectivement, mais quand on parle d'exploration spatiale, dans la vision américaine, ça reste dans le domaine des services publics parce que c'est du prestige international, etc. Il y a aussi l'aspect militaire qui prend énormément d'importance aujourd'hui. Et là encore, on est dans le cadre du régalien, on est dans le cadre des États qui financent des activités spatiales. Donc, il faut faire attention à voir que la privatisation de l'espace, ce n'est pas nécessairement l'émergence de nouveaux modèles économiques. Il y a aujourd'hui une vraie... Il semble y avoir une vraie dynamique sur l'aspect connectivité par satellite avec cette constellation Starlink.

Mais est-ce que demain, ce sera un modèle économique rentable lorsque la concurrence jouera, etc. Tout ça, ça reste très... Enfin, très peu clair à l'heure actuelle.

13:02
Présentateur

Et l'Europe, dans tout ça, Jean-François Clairvoy, comment elle se positionne face à cette course que vous évoquiez entre les Américains et les Chinois, ces grands acteurs privés ? L'Europe, elle maîtrise les technologies dans tous les domaines du spatial. C'est d'ailleurs l'Agence Spatiale Européenne qui est la seule agence qui est experte dans tous les domaines. Le lancement, les sondes interplanétaires, les télescopes spatiaux, la météo, la navigation, l'observation de la Terre. Et on a démontré qu'on est capable de faire des choses vraiment au plus haut niveau puisqu'on a posé la sonde la plus éloignée de la Terre il y a une vingtaine d'années à 1,4 milliard de kilomètres de la Terre.

On a posé 8 guinces sur la plus grosse lune de Saturne. On s'est posé au mètre près sur le noyau d'une comète. On a envoyé une sonde avec un moteur ionique vers la Lune il y a aussi une vingtaine d'années. On fournit des modules aux programmes de vols habités. On a eu le ravitailleur le plus précis et le plus lourd de l'ISS, le vaisseau ATV sur lequel j'ai travaillé, le vaisseau Jules Verne. Donc on n'a juste pas notre propre transport d'astronautes depuis Kourou. On en rêve mais on serait capable de le faire puisqu'on a déjà lancé dans l'espace des vaisseaux récupérables qui font des entrées intactes dans l'atmosphère et qui ont réussi leur mission à 100%. L'ARD...

Ce qui manque alors du coup pour devenir un facteur... Une volonté politique de rajouter un euro au lieu de un euro par habitant par an pour le vol habité. Vous mettez un deuxième euro par habitant par an puisque le vol spatial habité, la contribution pour la France, c'est 1,2 euro par habitant par an. Pour comparer par exemple l'éducation nationale, c'est 1000 euros par habitant par an. Donc c'est pas grand chose. On rajouterait un euro et dans 5-6 ans on aurait notre capsule à nous. Est-ce qu'on peut imaginer dans tous les cas des spationaux de français, européens qui peuvent participer à des missions habitées vers la Lune par exemple, vers Mars un jour ?

En fait, dans les accords Artemis, les accords, pas les accords Artemis, enfin dans les accords entre l'Agence spatiale européenne et la NASA dans le cadre du programme Artemis, il est écrit qu'il y a au moins trois missions vers l'orbite lunaire à bord du vaisseau Orion à bord desquelles il y aura un siège pour un astro-hôte ou une astro-hôte européenne. Et ça, c'est acquis parce que l'Europe fournit en nature des biens vers l'ISS, sur le programme Artemis. Vous savez, le programme Artemis pour aller vers l'orbite lunaire, c'est la capsule Orion.

Derrière la capsule Orion, il y a un gros cylindre, c'est le module de service, le module de ressources qui fournit la propulsion, l'électricité, l'oxygène. C'est une fourniture 100% européenne. L'Europe est sur le chemin critique pour le programme Artemis et le renvoi d'humains vers la Lune. Xavier Pasco, je voudrais qu'on revienne sur un terme que vous avez utilisé, Paul Vaurer, tout à l'heure, c'est le mot militaire parce que c'est vrai que c'est un aspect aussi extrêmement important de l'exploration spatiale aujourd'hui. Comment ça s'explique ?

15:52
Invité

Oui, alors, depuis les origines de l'espace, le militaire est un aspect important du spatial. En fait, l'espace est né de l'après-guerre, d'une certaine manière, pour que les deux superpuissances qui avaient accédé au statut nucléaire puissent se surveiller mutuellement. Et on a trouvé que le meilleur moyen de le faire, c'était d'avoir des satellites qui n'enfreindraient pas les problèmes de souveraineté aérienne et qui permettraient de se surveiller. Mais jusqu'à présent, et c'est ça la nouveauté un peu ces dernières années, jusqu'à présent, on utilisait les satellites pour les effets qu'ils produisaient sur Terre, pour communiquer, pour observer, etc.

Et là, on voit depuis quelques années que ces satellites ont pris un tel rôle dans les dispositifs militaires. Désormais, dans les conflits modernes, il y a un volet spatial. Et on considère que désormais, l'espace peut être une cible et donc on commence à avoir des programmes qui sont là pour protéger les satellites, voire pour en attaquer d'autres. Alors ça, c'est un peu nouveau.

Effectivement, comme disait Paul Vorher tout à l'heure, il y a une dynamique un peu nouvelle qui s'est installée sur un terreau déjà, un terrain fertile, mais c'est ce qu'on voit arriver avec la surveillance de l'espace, avec des satellites qui vont bouger dans l'espace, qui vont essayer de se rapprocher d'autres satellites pour aller les espionner, voire éventuellement pour aller les perturber. Donc ça, on commence à le voir et c'est vraiment un point important parce que c'est aussi un vecteur de recherche et développement.

C'est-à-dire que l'industrie compte beaucoup là-dessus pour alimenter tout son secteur de recherche et il se trouve que que ce soit l'exploration dont on parle aujourd'hui, que ce soit les grandes constellations en orbite basse qu'a évoquée Paul Vorher ou que ce soit l'aspect militaire, elles reposent toutes sur des technologies communes. Donc aujourd'hui, on a effectivement un second souffle pour l'activité spatiale industrielle qui est très très forte et notamment fortement surtenue par le militaire.

17:30
Présentateur

Alors on parle militaire, on parle industrie. Je ne vais pas faire de vous le vétéran du plateau, Jean-François Clairvoy, mais est-ce que tout ça, ça reste quand même un peu de la science ou pas du tout ? L'exploration spatiale aujourd'hui et de demain. La science, elle ne justifie pas le vol habité. Par contre, quitte à aller dans l'espace, je parle avec des astronautes, autant leur faire faire quelque chose d'utile pour la science. Donc les astronautes sur la Lune, ils ont déposé plein d'instruments scientifiques. On parlait de l'Europe tout à l'heure.

Il faut savoir que le premier rover qui roule, qui va passer une nuit lunaire de 14 jours sur le pôle sud, décolle dans moins d'un an et il est fabriqué par la société américaine Venturi Astrolab dont les éléments les plus critiques qui sont les batteries qui doivent tenir 14 jours de nuit et les roues sont fournies par des Européens par la société Venturi Space à Monaco et en Suisse. Donc on est présent en Europe et je voudrais quand même revenir sur le vol habité. Il y a une chose qui nous inquiète nous les astronautes c'est que le Starship n'a pas de système de sauvegarde.

Le seul système il n'y a que deux missions il n'y a que deux vaisseaux de transport d'astrode qui n'avaient pas de système de sauvetage en cas d'explosion de fusée au décollage c'est le Vossrod qui n'a fait que deux vols et la navette spatiale qui a tué deux équipages américains donc on attend de voir que ça marche bien mais en général quand il y a eu beaucoup d'échecs le vaisseau devient plus sûr après quand il marche.

On pourrait parler des risques effectivement il y a tout ça et à tous les enjeux que l'on a brossés ensemble merci beaucoup à tous les trois d'avoir participé au grand entretien de la matinale Jean-François Clairvoy Spationaute à l'agence spatiale européenne Paul Vorer responsable du programme ESPACE au centre géopolitique des technologies à l'IFRI et Xavier Pascault qui était en ligne avec nous directeur de la fondation pour la recherche stratégique merci beaucoup la revue de presse à suivre

Après une série noire d'échecs, la mégafusée d'Elon Musk redécolle · Pourquijevote