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interviewBLAST (sur YouTube)· 20 janvier 2022 11 min

MACRON : L'HUMILIATION

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Vous resterez dans l’histoire, monsieur le président de la République, le président de l’inaction climatique. Quelle honte de transformer cet hémicycle en Assemblée nationale. Vous aurez minutieusement joué au casino avec l’industrie française, bradée à des puissances étrangères.

Protégez-vous les droits sociaux quand vous faites les poches des chômeurs ? Vous avez, pardon de le dire, souvent menti. Il se trouve que le lieu que j’ai choisi, j’aurais dû en choisir sans doute un autre.

Qu’il soit à Ibiza, à Rome ou ailleurs, je m’en fous éperdument. Il a tellement besoin de repos que moi je lui propose d’en prendre là, totalement, de mettre quelqu’un d’autre, ce sera plus efficace. Emmanuel Macron bousculé par ses opposants au Parlement européen, les suites des vacances de Jean-Michel Blanquer et les réactions des députés communistes après qu’un des leurs a apporté son soutien à Jean-Luc Mélenchon.

C’est le sommaire du numéro 31 d’un Bourbon Sinon Rien. Ce qu’il s’est passé hier à Strasbourg est du jamais vu. Le débat de la présidentielle française s’est invité dans l’hémicycle sous le regard médusé des députés européens.

Emmanuel Macron, nouveau président de l’Union européenne, venait d’achever son discours. Une intervention qui se voulait surplombante, voire visionnaire. Notre construction européenne repose sur trois grandes promesses.

Une promesse de démocratie, une promesse de progrès partagé par tous, et une promesse de paix. Elle a tenu ses promesses durant cette décennie. Mais le moment que nous vivons, par le retour du tragique de l’histoire, et de quelques évidences géographiques, l’ébranlement actuel que nous vivons vient bousculer ces trois promesses.

Mais les oppositions ont ramené le président de l’Union européenne au moment présent. Celui de la campagne présidentielle française. Il est vrai que l’occasion de contredire Emmanuel Macron était unique.

À l’Assemblée comme au Sénat, les parlementaires sont dans l’impossibilité d’interpeller le président. Hé Manu, tu descends ? Et pourquoi faire ?

Séparation des pouvoirs oblige, le chef de l’État ne peut pénétrer dans les enceintes législatives. À Strasbourg, il n’était qu’à quelques mètres de ses opposants. Contraint et forcé de les entendre à défaut de les écouter.

C’est Yannick Jadot qui a planté les premières banderilles. Vous resterez dans l’histoire, monsieur le président de la République, le président de l’inaction climatique. Parce qu’au fond, vous préférez signer des armistices avec les lobbies plutôt que de mener la guerre contre le dérèglement climatique.

Vous préférez procrastiner telle Meryl Streep dans le film Don’t Look Up plutôt que de décréter, comme nous voulons le faire, la mobilisation générale. L’ancien conseiller politique d’Emmanuel Macron, Stéphane Séjourné, a bien tenté de jouer les porte-flingues : Quelle honte de transformer cet hémicycle en Assemblée nationale. Ce n’est pas respectueux ni de ce que sont les parlementaires ici, ni de notre travail, ni du débat.

Je souhaite qu’on soit respectueux à la fois de ce débat, du temps de parole et à la fois de nos intervenants. Peine perdue. Les ténors de l’opposition n’ont pas retenu leurs coups.

Vous vous êtes comporté comme un liquidateur à la tête de l’État français. Vous aurez minutieusement joué au casino avec l’industrie française, bradée à des puissances étrangères et dont Alstom restera à jamais un symbole de trahison des intérêts nationaux. Protégez-vous les droits sociaux quand vous faites les poches des chômeurs et retardez la directive sur les travailleurs ubérisés ?

Protégez-vous la souveraineté quand vous signez à tour de bras des accords de libre-échange ? Vous avez, pardon de le dire, souvent menti. Comment vous croire ?

Vous promettiez la fin des clivages et vous laisserez la France, comme l’Europe, fracturées comme jamais. Emmanuel Macron n’a visiblement pas apprécié d’avoir été humilié publiquement. À l’issue des prises de parole, il était prévu qu’il tienne une conférence de presse avec la présidente du Parlement européen.

Ce moment d’échange avec les médias a été remplacé par une courte déclaration. Du coup, les journalistes ont quitté la salle en signe de protestation. Président de la République, président de l’Union européenne et candidat.

Trois casquettes pour un seul homme. Hier, à l’évidence, il y en avait une de trop. Mélissa, métisse d'Ibiza, vit toujours dévêtue… Et Jean-Michel Blanquer est allé se rhabiller.

Après que Médiapart a révélé ses vacances aux Baléares pour les fêtes de fin d’année, le ministre de l’Éducation nationale s’est repenti devant les députés. D’abord, est-ce que j’avais le droit de prendre quelques jours de congés après cette année ? Est-ce qu’il y a des réunions ou des éléments que je devais faire pendant cette période que je n’ai pas faits à cause de ça ?

Non, bien sûr. Et troisièmement, est-ce que les décisions auraient été différentes si j’avais été ailleurs ? Non plus.

Il y a, je le reconnais, une symbolique. Il se trouve que le lieu que j’ai choisi, j’aurais dû en choisir sans doute un autre. La symbolique je la regrette.

Pour la République en marche, le ministre de l’Éducation nationale n’a commis aucune erreur. Quelle serait l’erreur qu’aurait commise Jean-Michel Blanquer de partir en vacances entre Noël et le nouvel an, pour trois ou quatre jours ? Il n’y a pas de problème Jean-Michel Blanquer.

Il a respecté toutes les règles qui sont celles mises en place par le gouvernement, qui est d’être à moins de deux heures de Paris, c’était le cas. Moi je trouve qu’il y a une dérive qui vise à s’introduire dans la vie privée des élus, qui est problématique. Mais ce n’est pas la destination qui choque les députés.

C’est davantage l’improvisation, pour ne pas dire l’imprévoyance du ministre. Je ne vois vraiment pas en quoi ça nous regarde qu’il soit à Ibiza, à Rome ou ailleurs. Je m’en fous éperdument.

Par contre ce qui m’intéresse, c’est ce qu’il fait, c’est ce qu’il décide. Et ça, c’est la faute. Alors c’est quand même dingue qu’on parle de ses vacances et du lieu de vacances et pas du bazar qu’il a mis dans l’école.

Ce qui est totalement anormal, c’est qu’il n’ait même pas compris qu’il soit tellement loin de la vie réelle des enseignants, des parents d'élèves, qu’il ait jeté des centaines de milliers de personnes devant les pharmacies pour chercher des tests qui n’y étaient pas, etc, acceptant un protocole de son administration qu’il n’aurait jamais dû accepter. Aucune concertation, renchérit Damien Abad. La faute qu’il a commise, ce n’est pas de le présenter à Ibiza.

La faute qu’il a commise, c’est de le présenter la veille de la rentrée, 24 heures avant, tout simplement, le début de cette rentrée scolaire et sans avertir personne, par voie de presse et pas en dialoguant et en concertant avec les instances de la communauté éducative et les syndicats. C’est ça la faute. Le protocole sanitaire a été mal préparé, insiste Boris Vallaud.

On pensait qu’il était en train de passer des vacances apprenantes. En fait, il était en train de passer des vacances “ibizantes”. Bon, cela dit il passe ses vacances où il veut dès lors que la rentrée est préparée.

Manifestement sur le plan sanitaire, on l’a vu, ça n’était pas le cas. Enfin, du côté de la France insoumise, on réclame le départ du ministre de l’Éducation nationale : Il n’est pas bon, il fait perdre du temps, il est un élément de la mobilisation chez les enseignants, le 13 il y a eu grève, il y aura grève à nouveau le 20 janvier. Moi je ne veux pas m’acharner, monsieur Blanquer a besoin de vacances.

Il a même besoin de repos. Il a tellement besoin de repos que moi je lui propose d’en prendre là, totalement, de mettre quelqu’un d’autre ce sera plus efficace. À 80 jours du premier tour de l’élection présidentielle, un remaniement ministériel n’aurait pas de sens.

Jean-Michel Blanquer est assuré d’aller jusqu’au bout du quinquennat. Pour le reste, il paraît qu’Ibiza est un excellent endroit pour se faire oublier. C’était une des annonces du meeting de Jean-Luc Mélenchon à Nantes.

Le député communiste Sébastien Jumel a rallié le candidat de l’Union populaire. C’est fort de cette conviction que la campagne des présidentielles ne doit pas simplement être une campagne de témoignage mais qu’elle doit nous conduire à être le plus nombreux possible dans l’hémicycle après cette séquence, comme députés insoumis, comme députés communistes, comme députés de la gauche qui ne renonce pas, de la gauche qui ne se couche pas, Ce ralliement n’est pas tout à fait une surprise. Sébastien Jumel avait plaidé en interne pour que le PC s’allie à la France insoumise, comme cela avait déjà été le cas en 2012 et 2017.

Mais son parti a préféré désigner Fabien Roussel, crédité de 2% d’intentions de vote. La réaction du président du groupe communiste, André Chassaigne est plutôt mesurée. Je considère qu’il n’y a pas une feuille de papier de cigarette concernant ce que porte Sébastien Jumel au niveau programmatique, dans les propositions que l’on a au sein de notre groupe, donc ce n’est pas une question de programme.

C’est vrai que ça m’a choqué, je le dis. C’est vrai que je regrette ce choix, mais pour autant, je ne vais pas passer mon temps devant les médias à jeter l’anathème. En revanche, Fabien Roussel s’est montré plus exalté : Ça me renforce, ça me rend encore plus fort.

Ça renforce encore plus ma détermination et je pense surtout à tous les soutiens qui viennent vers nous aujourd'hui et qui nous disent : “Merci monsieur Roussel, vous redonnez de l’espoir à la gauche, vous redonnez des couleurs à la gauche.” Ça, ça me fait plaiz’. Et donc il n’y a que ça qui compte pour moi.

C’est ceux qui viennent, pas les petits qui partent. Pendant les purges staliniennes, y compris en France, les directions communistes répétaient aux militants que “le parti se renforce en s’épurant”. L’expression remonte à Lénine.

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