"J'ai encore faim" : la snowboardeuse Cécile Hernandez vise une nouvelle médaille aux Jeux paralympiques d'hiver
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« J'ai encore faim, je suis encore déterminée, je suis encore terriblement passionnée et je progresse en plus. »
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« La compétition, c'est aussi une compétition contre la maladie. »
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Et toute cette semaine à 6h21, on reçoit des protagonistes de l'événement sportif du début d'année 2026. Les Jeux Olympiques et Paralympiques d'hiver en février et mars dans les Alpes italiennes. Ce matin, c'est une championne paralympique qui est avec nous, médaille d'or en parasnowboard il y a 4 ans à Pékin. Bonjour Cécile Hernandez. Bonjour. Vous avez 51 ans, 4 médailles paralympiques, 2 bronzes, d'argent et d'or donc. Et pourtant vous dites, je ne suis pas rassasiée, vous avez encore faim.
Oui c'est ça, ça sera ma quatrième participation à les prochains Jeux Paralympiques de Milan Cortina. Non, oui j'ai encore faim, je suis encore déterminée, je suis encore terriblement passionnée et je progresse en plus. Donc du coup, comme je progresse, je suis loin d'être rassasiée. Chaque training est une belle construction vers cet objectif, cette belle course qui aura lieu à Milan Cortina. Donc non, je suis loin d'être rassasiée et je pense que ça ne va pas s'arrêter de si tôt.
Vous dites d'ailleurs, ça peut paraître un peu fou vu de l'extérieur, c'est vrai avec votre handicap, la sclérose en plaques, on va en parler. Mais vous dites que la compétition, c'est aussi une compétition contre la maladie. Ça va faire 24 ans que vous avez été diagnostiquée de la sclérose en plaques. En quoi le sport, la compétition vous aide ?
En fait, je me rends compte que même si je suis une personne un peu hyperactive qui fait plein de choses, avoir une motivation comme aller m'entraîner, aller faire du snowboard, aller faire la prépare physique, avoir les objectifs de compétition de Coupe du Monde, des Jeux, c'est une motivation supplémentaire. Et c'est une motivation qui me permet aussi de repousser les limites de ma maladie. C'est vrai que ma maladie progresse. De vivre avec une sclérose en plaques, ce n'est pas facile. La maladie dégénère. Mes facultés, ma force notamment sur ma jambe avant dégénère. Il y a plein de petits signes qui sont un peu plus présents.
Mais malgré ça, j'arrive à composer avec, pas compenser parce que c'est une maladie qu'on arrive difficilement à compenser. Mais en tout cas, c'est une sacrée motivation. Et je suis très contente d'avoir mal aux jambes parce que j'ai fait un super training de snowboard plutôt que d'avoir mal aux jambes parce que la sclérose en plaques fait mal, parce que la sclérose en plaques me génère des douleurs neuropathiques. Du coup, j'en arrive presque à dire que j'aime les courbatures.
Juste pour que les auditeurs qui ne nous ont jamais vus sur la piste se figurent. Donc, vous êtes debout malgré vos jambes qui sont plus faibles que celles d'une personne 100% valide. Quand on a déjà essayé de faire du snowboard, on sait que c'est très compliqué. Comment vous faites pour aller aussi vite, maîtriser aussi bien votre planche malgré votre handicap ?
En fait, j'ai tendance à mieux faire du snowboard que je ne marche parce que je suis vraiment mal marchante. Même si je suis debout sur ma planche de snowboard, j'ai les deux pieds attachés. Et cette inertie, en fait, parce que moi, j'ai des gros troubles de l'équilibre. Je tente souvent en arrière et c'est vrai que quand on est face à moi, qu'on me parle, j'ai tendance à tanguer un peu à droite, à gauche. Mais quand je suis sur ma planche de snowboard avec les deux pieds attachés, avec l'inertie, il y a juste les bosses, les modules. Parce que dans le snowboard cross, on a quand même des bosses à franchir, des sauts. Il y a juste ça où on le voit souvent.
J'ai tendance à aller à une réception sur ma carback, c'est-à-dire sur mes talons en réception sur mon snowboard, sur ma planche de snowboard. Mais en tout cas, là, on a cherché à changer le matériel, à adapter de mieux en mieux mon matériel. Parce qu'en fait, avec l'ascurose en plaques, le problème, c'est que... Le problème ou la surprise, j'ai envie plutôt de tourner ça en positif, c'est qu'on se dit que chaque jour est différent. On ne sait jamais comment on va être, on ne sait jamais comment le handicap va se comporter. On ne sait jamais comment notre corps ou notre énergie va dégénérer dans une même session d'entraînement.
Donc, du coup, on a pris la décision d'avoir plusieurs planches avec de la souplesse différente et d'adapter. En fait, ça, c'est un mot qui est propre au handicap, qui est propre au handisport. C'est d'adapter mon matériel en fonction de la forme du jour. Et bon, j'essaie toujours un peu de faire un passage de plus, un training de plus. C'est souvent le passage qui va un peu au carton. Mais le coach, il me dit non, c'est bon, on arrête. Et maintenant, c'est vrai que ça fait une saison quand même que j'écoute de plus en plus le coach.
Vous devenez raisonnable à 50 ans passés. Oui, c'est ça. Il serait temps. Mais je crois que le sport a longtemps été déconseillé, jugé incompatible avec la sclérose en plaques. Ce n'est plus le cas aujourd'hui ?
Ce n'est plus le cas, bien au contraire.
Vous avez devancé les connaissances médicales, en fait, très vite. Il y a 24 ans, vous avez dit, moi, je ferai quand même du sport. Et aujourd'hui, on se rend compte que les personnes atteintes de sclérose en plaques vont avoir beaucoup de bénéfices à la pratique sportive, c'est ça ?
Oui, exactement. En fait, je n'ai pas devancé, j'ai désobéi. C'est-à-dire qu'on m'a longtemps dit, voilà, une sclérose en plaques, on ne peut pas faire de sport parce que ça génère des troubles musculaires, beaucoup de spasticité, c'est-à-dire une raideur musculaire incontrôlée. Une sclérose en plaques, ça fatigue énormément, donc il faut éviter de rentrer dans la zone rouge de fatigue. Le corps chauffe à l'effort sportif, donc il faut éviter. Donc, ok, d'accord. Mais si on n'essaie pas, on ne saura pas comment notre corps va se comporter. Donc ça, c'est dans, on va dire, dans la littérature.
Donc c'est pour ça que j'ai désobéi quand un athlète qui avait fait les Jeux de Sochi avec moi m'a dit « Ah mais tu sais, tu peux faire du snowboard avec une sclérose en plaques, c'est même génial. » Et donc du coup, je me suis mis à faire du snowboard. Mais c'est vrai qu'on n'est pas tous champions, on ne prépare pas tous des Coupes du Monde, des Coupes de France ou je ne sais quoi.
Mais en tout cas, l'effet bénéfique du sport, d'une manière générale dans le handicap et plus précisément dans la sclérose en plaques, c'est absolument génial parce que déjà, ça aide à reprendre confiance en soi, ça aide à muscler le corps, ça aide à se réconcilier avec ce corps qui est souvent capricieux lié à la sclérose en plaques, qui est souvent difficile à mouvoir, à bouger et tout ça. Et en fait, on repousse, on a une fatigue liée à un effort sportif et non pas juste à une maladie qui fatigue déjà. Mais en tout cas, ça aide à sociabiliser les gens. Et moi, je ne peux que conseiller de faire du sport, chacun à son niveau, chacun champion.
Ce dont il a envie d'être champion, mais en tout cas, oui, faites du sport, c'est vraiment l'idéal avec une sclérose en plaques. Et dans le handisport, on trouve vraiment un sport adapté à notre degré de handicap et de pathologie.
On entend votre passion et on disait au début, vous avez encore faim, vous êtes même assez boulimique quand on parle de compétition et de sport. Vous faites aussi du surf sur la mer. On pourrait vous voir en 2028 aux Jeux Paralympiques de Los Angeles d'été, cette fois, en surf ?
Malheureusement, je ne vais pas vous annoncer un scoop parce que le surf n'a pas été retenu pour Los Angeles 2028. C'est la para-escalade qui est rentrée. Je ne suis pas à jour. Non, mais potentiellement, le surf pourrait rentrer à Brisbane. Mais bon, à suivre, qui sait ? Et puis moi, je ne valorise pas ma carrière en termes d'âge ou quoi que ce soit. Je valorise ma carrière en termes de progression et surtout en termes de passion.
On vous suivra en tout cas début mars sur les pistes des Alpes italiennes pour ces Jeux Paralympiques de Milan. Cortina D'Ampezzo en snowboard cross avec, pourquoi pas, un deuxième titre paralympique consécutif pour vous, Cécile Hernandaise. Merci beaucoup.
Eh bien, merci beaucoup. Sous-titrage Société Radio-Canada