Jean-Luc Mélenchon
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 20 %Attaque 60 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 69 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:08OuverteÉludée
A quoi ça sert les invectives en politique ?
- 0:21OuverteRéponse partielle
Vous avez quelque chose à me reprocher ces temps-ci ?
- 0:30OuverteRéponse directe
Vous vous êtes signalé par des déclarations tonitruantes.
- 1:35RelanceRéponse directe
C'est votre intention de concurrencer le Front National dans la rhétorique ?
- 2:00RelanceRéponse partielle
C'est à vous de suivre le fil de ce que je dis.
- 2:16FerméeÉludée
Si vous me dites que non, on passe à autre chose.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:37Invité politiqueFait
« Moscovici, un salopard qui pense dans la langue de la finance internationale. »
- 1:30Invité politiqueFait
« On ne veut pas laisser le Front National être le seul à parler fort. »
- 3:19Invité politiqueFait
« Il méritait d'être traité de salopards, Moscovici. »
- 3:58Invité politiqueFait
« Ce qu'on a vu dimanche dernier dans l'Oise. »
- 4:13Invité politiqueFait
« Nous avons adopté un manifeste éco-socialiste, il n'y a pas eu un média qui y a consacré 40 secondes. »
- 6:39PrésentateurFait
« Un Parlement national a voté contre des mesures qui lui étaient proposées par un comité de l'Eurogroupe, et on a décidé de s'asseoir dessus. »
- 6:54PrésentateurFait
« C'est dans le traité de Lisbonne l'interdiction d'harmonisation fiscale. »
- 8:33PrésentateurChiffre
« Le bilan bancaire au Luxembourg, c'est 22 fois la richesse du pays. »
- 9:00PrésentateurFait
« Ce qui est en cause, c'est le système de la finance libre, le capitalisme de notre époque. »
Temps de parole
- Présentateur78 %
- Jean-Luc Mélenchon22 %
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France Inter, le 7-9 de Patrick Cohen.
Bonjour Jean-Luc Mélenchon. Bonjour. A quoi ça sert les invectives en politique ? Je ne sais pas, c'est à vous que je pose la question, c'est vous l'observateur, moi je suis l'invectiveur. Oui, mais justement, vous le faites dans un but particulier j'imagine. Ah, moi ? Oui.
Vous avez quelque chose à me reprocher ces temps-ci ? Allez-y, non mais je veux dire allez-y, parce que je ne peux pas en général traiter de ce problème. Je vous trouve devenu...
En toutes les citations de ce week-end, Jean-Luc Mélenchon, vous vous êtes signalé par des déclarations tonitruantes. Allez, Moscovici, un salopard qui pense dans la langue de la finance internationale, par exemple.
Alors là, vous agglomérez deux auteurs qui seront d'accord pour le faire. Salopard vient de François Delapierre et le reste de moi. Mais, oui, alors c'est à la une de Libé. Oh, les pauvres petits biquets. Libé qui tous les jours sort des vannes à deux balles sur tous les sujets, qui a fait un titre contre Sarkozy, qui était spécialement injurieux, qui a quand même une contribution. Alors maintenant, Libé a le cuir sensible de la société convenue. Vous ai-je parlé de libération, Jean-Luc Mélenchon ? Moi, je vous en parle parce que c'est le titre de la une, vous me dites l'investissement. Mais parce que vous allez commencer tous en boucle. Monsieur, c'est l'autre père.
Vous invectivez, vous parlez mal, c'est pas bien, faut parler bien, faut pas parler mal.
L'éditorial de l'humanité ce matin, l'insulte ne remplacera jamais l'argument. C'est vrai. C'est radicalement vrai. Donc vous êtes d'accord avec l'humanité. Martine Billard, votre co-présidente du parti de gauche, on ne veut pas laisser le Front National être le seul à parler fort. Donc c'est votre intention, c'est de concurrencer le Front National dans la rhétorique.
Voilà, vous voyez le genre de... Avec des gens comme vous, on allait au bûcher au Moyen-Âge. Mais oui, parce que vous rapprochez des choses qui n'ont pas de rapport entre elles. Lorsque Martine Billard dit, nous ne laisserons pas le Front National parler seul fort, ça veut dire que nous parlons fort sur la question européenne, nous parlons fort sur la question sociale. Ce que vous vous ramenez aux invectives, ça n'a rien à voir, voilà. Alors, ça a à voir avec quoi ?
Jean-Luc Mélenchon.
C'est vous qui faites cette interview à Lannoy, c'est pas moi. C'est pas à moi de suivre le fil de ce que vous racontez, c'est à vous d'entrouver un dans ce que je dis.
Vous n'avez pas créé, Jean-Luc Mélenchon, ces derniers jours et ces dernières semaines, un climat de violence verbale contre des ministres et contre des dirigeants du Parti Socialiste. Écoutez-moi.
Si vous me dites que non, on passe à autre chose. Mais si, non, on ne va pas passer à autre chose, parce que ça, dit comme ça, c'est intéressant. Alors, écoutez-moi bien tous. Il y a 15 jours, vous étiez tous rassemblés autour de la momie d'aisselle, en train d'agiter vos palmes et vos engins en sang, et indignez-vous, c'est magnifique, etc. Mais il faut s'indigner dans le langage de la bonne société. Il faut dire prout-prout, il faut parler gentiment. Ce n'est pas comme ça que s'exprime la colère du peuple. Les gens, on n'en parle dessus la tête. Et ils ont besoin d'avoir des dirigeants qui parlent drus et crus, qui disent les choses comme elles sont. Voilà.
Eh bien, nous disons les choses comme elles sont, et elles sont ressenties comme des injures. Écoutez, quand les dirigeants socialistes, pendant plus d'un an, expliquent que je suis dangereux pour la démocratie, et pire que l'extrême droite, ça n'émeut pas un seul commentateur. Mais quand un des miens traite de salopards, quelqu'un qui, dans une réunion de 17 dirigeants européens, accepte de voter un plan qui est contraire à l'idée que nous, les Français républicains, nous nous faisons d'idées de la démocratie, on n'a pas le droit d'en parler. Il méritait d'être traité de salopards, Moscovici. Mais laissez tomber le vocabulaire, franchement, quel est l'intérêt ?
Alors non, on va dire, il n'était pas gentil, vous êtes content ? Les gens, vous savez comment ils parlent, ils ne parlent pas comme vous. C'est pour ça que vous êtes coupés de la réalité, du peuple et des gens normaux. Même vous, vous ne parlez pas comme ça à la maison.
Nous, ce n'est pas forcément le débat politique, ce n'est pas le débat public.
Allez, très bien, mais à coup le pas, très bien, allez, circulez, passons à autre chose. Qu'est-ce que vous voulez dire ? Qu'est-ce que vous voulez dire ? Il faut parler bien et que vous allez me faire la leçon pendant toute l'émission, là ? Allez, parlons un peu du fond, là.
Je me demande, on va parler du fond, je me demande, mais le fond, c'est aussi l'expression des Français. Vous avez parlé de la colère des Français tout à l'heure. Est-ce que cette colère, elle ne s'exprime pas plus tôt et d'abord par le vote Front National ? Ce qu'on a vu dimanche dernier dans l'Oise.
Voilà, allez, ça c'est la suite du couplet. Mais commençons, attendez, puisque vous y êtes, on va y rester. Il y a eu une élection partie dimanche. La colère des Français, écoutez-moi, espèce d'hypocrite de médias. Vous n'êtes intéressé à aucun raisonnement. Vous n'êtes intéressé à aucun texte du congrès du parti de gauche. Nous avons adopté un manifeste éco-socialiste, il n'y a pas eu un média qui y a consacré 40 secondes. À quoi vous êtes intéressé ?
Vous reprochez certains de vos camarades de masquer par votre rhétorique des positions de fond et de raisonnement.
C'est ça, c'est ça. Il n'y avait pas un journaliste des grandes chaînes de télévision jusqu'à ce qu'il y ait le mot salopard. Vous êtes des petits amusants. Et on vous manipule comme des pantins en agitant des chiffons rouges et vous rapiquez tous.
Les résultats de l'Oise, Jean-Luc Mélenchon, vous vouliez terrasser le Front National, il ne s'est jamais aussi bien porté. Et c'est de ma faute. Je vous pose la question. Je fais son stat. Et c'est de ma faute. Vous vouliez terrasser le Front National, ça ne s'est pas produit.
Ah là là, ça ne s'est pas fait en cinq minutes, le feuilleton n'est pas encore fini, il faut attendre la prochaine séquence. Vous êtes des irresponsables. La vie est dure, le continent entier est en train de rouler à un drame politique et historique immense, comme seul ce vieux continent en est capable. Et vous, pendant ce temps, vous vous amusez. Vous êtes là sur « Monsieur Mélenchon, comment ça se fait ? Le Front National n'a pas encore reculé. Mais moi, au moins, je me bats. Moi, au moins, j'y vais. Mes camarades y vont. On se présente. On attaque. Quand je vais à Hénin-Beaumont, j'y vais sous vos pierres. Mais j'y vais. » Voilà ce qui est important. C'est de mener la bataille.
Oui, c'est une bataille terrible qui a lieu sur tout le continent. L'extrême droite a gagné aujourd'hui en Hongrie. L'extrême droite est en train d'avancer dans toute une série de pays. Et pendant ce temps-là, on fait barrage comme on peut et on essaye d'avancer avec une autre idée. Ça fait maintenant cinq ou six émissions que je parle de ce qu'est l'économie de la mer, que je parle de comment nous pourrions relancer l'activité de notre pays. Rien. Par contre, un adjectif, un mot. Alors ça, ça y est, il y en a partout, même à la une de l'Ibé.
On y reviendra tout à l'heure dans la deuxième partie de l'émission, parce que figurez-vous, Jean-Luc Mélenchon, qu'il y a des auditeurs de France Inter qui s'étonnent aussi de votre vocabulaire et de la violence de votre langage. Bien sûr. Et pas seulement des journalistes ici derrière ces micros. Alors expliquez-nous à présent, puisque vous voulez parler du Front. Je m'en prends en général à l'ambiance que j'ai observée, pas à vous personnellement. Oui, et puis y compris chez les communistes, qui sont vos partenaires au sein du Front de Gauche. Non, ce n'est pas vrai.
Non, ce n'est pas vrai. Ça n'est pas vrai. Non, ce n'est pas vrai. La totalité des dirigeants communistes et leurs journaux sont tous intervenus en solidarité contre moi, en dénonçant la manœuvre qu'a montée le Parti Socialiste contre moi pendant le week-end, qui a essayé de m'accuser d'antisémitisme pour faire taire le débat sur sa responsabilité dans l'affaire de Chine. Dommage que Pierre-Laurent ait décroché son téléphone hier. Que s'est-il passé à Chypre ? Un Parlement national a voté contre des mesures qui lui étaient proposées par un comité de l'Eurogroupe, et on a décidé de s'asseoir dessus. C'est un événement immense dans la vie de l'Union Européenne. Tout à l'heure, M.
Guetta a dit qu'on jette la pierre sans cesse à l'Union Européenne. Mais moi, j'aimerais qu'elle existe comme il l'a décrit lui. Mais la clé de l'affaire, ça voudrait dire à ce moment-là qu'on harmonise fiscalement toute l'Europe. Pourquoi ne le veulent-ils pas ? C'est dans le traité de Lisbonne l'interdiction d'harmonisation fiscale. Comment pouvait-on être à la fois pour le traité de Lisbonne, et cinq minutes après, pour l'harmonisation fiscale, ça ne tient pas debout ? Quelle solution préconisez-vous pour Chypre, Jean-Luc Mélenchon ? Ah oui, pour Chypre, bien sûr. Eh bien, voyez-vous, la même que pour la Grèce. La même que pour la France.
Premièrement, respecter les institutions démocratiques de ces pays. Deuxièmement, la Banque Centrale doit pouvoir prêter directement aux États, parce que c'est ça qui brise les reins à la spéculation.
La Banque Centrale doit continuer, dans le cas de Chypre, à financer un paradis fiscal, pour que ça continue, comme c'est aujourd'hui.
Ah d'accord, c'est ça le problème, bien sûr.
Pour que la lessiveuse continue de fonctionner avec l'argent.
J'ai compris, j'ai très bien compris. C'est-à-dire que vous êtes en train de dire que je suis partisan des paradis fiscaux, c'est ça ? Bah, c'est une question, en tout cas. Oui, c'est une question qui se pose, naturellement. Quand on s'adresse à moi, c'est une question qui se pose. Alors, monsieur, je vais vous dire, c'est pas comme ça que les choses se passent. Ce que vous racontez, c'est la propagande. On avait déjà dit... On avait dit que les Grecs étaient dans cette situation parce qu'ils ne payaient pas leurs impôts. Qui ne payait pas leurs impôts ? Les plus riches et les curés. Maintenant, là, c'est accord des oligarques rucs. Vous êtes contre les oligarques rucs ?
Très bien, allez les chercher à Londres. Il y a 300 000 russes à Londres, et c'est là que se trouve l'essentiel d'entre eux. Londres leur donne un visa, du moment qu'ils placent simplement un million chez eux. Voilà. Maintenant, quand vous parlez de Chypre et de la lessiveuse, les encours et les bilans des banques chypriotes représentaient 8 fois le PIB, la richesse produite par Chypre. C'est donc bien un sujet d'inquiétude pour nous. Il faut qu'un pays, puisqu'aujourd'hui il a garantie sur une banque, c'est un pays qui la donne. Donc, quand ces banques possèdent un multiple du PIB, il y a un problème, il faut surveiller absolument leur stabilité.
Eh bien, je vais vous donner un autre exemple. Le Luxembourg, dont nous parlerons bientôt, et à ce moment-là, vous vous réveillerez un matin en découvrant que l'encours, le bilan bancaire au Luxembourg, c'est 22 fois la richesse du pays. Et peut-être qu'un jour, vous vous réveillerez en découvrant qu'en France, il y a au moins une banque dont le bilan est égal au PIB de notre pays, et dont personne ne se soucie de savoir comment les affaires se portent. Je souhaite pour nous tous qu'elles se portent très bien, et je ne veux pas dire un mot de travers aujourd'hui. Voilà la vérité. Ce qui est en cause, ce n'est pas les oligarques russes ici, les impôts qui ne sont pas payés là-bas.
Ce qui est en cause, c'est le système de la finance libre, le capitalisme de notre époque, la circulation folle de l'argent sans aucun contrôle. Et tous les jours qui passent, on continue à dire que le marché est seul capable, grâce à sa main invisible, de tout organiser et d'allouer la ressource au meilleur endroit. Vous m'entendez ? La doctrine libérale dit que le capitalisme est capable d'allouer la ressource, c'est-à-dire l'argent disponible au meilleur endroit. Qui, normalement, fait ça ? Les banques. Qui est-ce qui est en train de se casser la figure ? Pourri de dettes et de comptes tordus, les banques. Ce système est miné de l'intérieur.
Ce que je veux en dire, c'est que c'est le système qu'il faut mettre en cause, pas les symptômes de la maladie, c'est la maladie elle-même qu'il faut soigner, le néolibéralisme et l'Europe libérale, le capitalisme d'une manière générale.
Jean-Luc Mélenchon, invité de France Inter, on vous retrouve dans quelques minutes, M. Mélenchon, avec les questions des chroniqueurs qui sont autour de la table de France Inter. Ah oui, il y en a trois ce matin, rien que pour moi. Mais oui, et puis il pourrait en venir d'autres encore. Sait-on jamais en vous entendant ? Dans un instant, la revue de presse.
Jean-Luc Mélenchon