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Podcast / conversationFrance Inter (sur YouTube)· 9 mars 2026 16 minComplaisantPortrait personnelEnvironnement & énergie

Mathieu Blanchard : "J'ai eu énormément d'hallucinations" pendant des courses

Source d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 100 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:23PrésentateurFait
    « Vous venez de rentrer de Laponie. Vous avez remporté la Laplande Arctic Ultra, 185 km dans la neige en 37 heures. »
  • 1:31PrésentateurFait
    « Et votre grand exploit à ce jour, c'est d'avoir remporté la Yukon Arctic Ultra, 608,7 km, 11 114 m de dénivelé. »
  • 2:04InvitéFait
    « C'est un tracé légendaire parce que c'est une course de chien de traîneau. Le chien de traîneau, ça a toujours été un moyen de transport classique, comme nous ici en voiture, là-bas. »
  • 2:50InvitéChiffre
    « Alors ça, c'est vraiment très individuel, mais pour moi, jusqu'à moins 20, moins 25, c'est à peu près gérable avec le matériel. »
  • 3:50InvitéFait
    « Et c'est vrai que quand on se pousse un petit peu trop, on peut avoir des hallucinations qui nous amènent à imaginer qu'on se retrouve, par exemple, dans un hôtel. »
  • 7:00InvitéFait
    « Il a fait 0, moins 5 degrés. Donc, certaines personnes se sont dit, mais tu survis à moins 40. Comment tu as fait pour avoir froid à moins 5 ? »
  • 7:12InvitéFait
    « Et j'ai eu une réelle hypothermie sur cette Barclays alors qu'il ne faisait que moins 5 degrés. »
  • 7:52InvitéFait
    « Le temps d'une journée, ça passait très bien. Et là, c'est vrai que sur plusieurs jours, à respirer de l'air entre moins 30 et moins 40, mes alvéoles sont venues complètement se geler. »
  • 10:27InvitéFait
    « Parce que mon petit frère, il a eu cet accident fin adolescent. C'était un moment hyper difficile pour lui. »
  • 13:30InvitéFait
    « Et c'est vrai qu'en 2024, j'ai eu la chance de remporter cette grande course. »
  • 15:13InvitéFait
    « Et c'est vrai qu'il y a une grande, grande course, peut-être l'épreuve la plus longue au monde d'ultra-endurance en Alaska qui s'appelle l'Igitarod, qui fait 1600 kilomètres. »

Temps de parole

  • Invité50 %
  • Présentateur47 %

8 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Présentateur

Il court, Mathieu Blanchard, il court sous la pluie, il court dans la boue, sur la neige, dans les caillasses, sur du plat, dans des pentes infernales. Il court par grand froid, froid cauchemardesque même. Il court des heures, des nuits, des jours d'affilée, n'offrant à son corps que le strict minimum de repos. Il était ingénieur, sportif certes, mais fait tard aussi. Il s'est mis à vraiment courir, assez tard dans la vie. Est-ce que mûrir l'a fait courir ou bien est-ce l'inverse ? Est-ce que courir l'a fait mûrir ? Il nous le dira, je ne sais pas. Je sais seulement qu'il a participé à l'émission Koh-Lanta. Je me dis que forcément, les très grands coureurs ont dû le prendre pour un pitre.

Sauf qu'aujourd'hui, il est devenu une star mondiale des courses d'endurance en montagne, appelée trail, voire ultra-trail, tant ses courses sont titanesques. Portrait numéro 102.

0:57
Locuteur non identifié

C'est incroyable ce que j'ai au-dessus de ma tête. Des aurores boréales dans tous les sens. À droite, à gauche, au-dessus de ma tête. C'est complètement dingue. J'ai l'impression d'être dans un rêve. Qu'est-ce que c'est beau.

1:14
Présentateur

C'est ça, de courir dans le Grand Nord, de tutoyer le cercle polaire. Ce n'est pas que ça. On va en parler. Bonjour Mathieu Blanchard. Bonjour. Vous venez de rentrer de Laponie. Vous avez remporté la Laplande Arctic Ultra, 185 km dans la neige en 37 heures. Et votre grand exploit à ce jour, c'est d'avoir remporté la Yukon Arctic Ultra, 608,7 km, 11 114 m de dénivelé. En 7 jours et 22 heures, ça a donné un film, L'Appel du silence, dont on vient d'entendre un extrait. Film qui va tourner dans les cinémas, les festivals, qu'un jour ou l'autre, on le retrouvera peut-être en libre accès sur YouTube. Le Grand Nord canadien suit le tracé du Yukon Quest. C'est un tracé légendaire.

En quoi c'est un tracé légendaire ?

2:04
Invité

C'est un tracé légendaire parce que c'est une course de chien de traîneau. Le chien de traîneau, ça a toujours été un moyen de transport classique, comme nous ici en voiture, là-bas. Et c'est légendaire aussi parce que c'est un petit peu l'histoire de Jack London, cet auteur du roman L'Appel de la forêt, qui a marqué des générations, dont moi, et qui se déroule au Yukon avec un chien héros, un chien de traîneau. Donc voilà, tout ça se passe au Yukon et c'est légendaire.

2:28
Présentateur

Les chercheurs d'or de la fin du 19e siècle. Le froid. Le froid, c'est votre principal adversaire, dites-vous dans le film. La course démarre par moins 41 degrés, ça peut descendre jusqu'à moins 50. Jusqu'à moins combien le froid est-il à peu près supportable ?

2:50
Invité

Alors ça, c'est vraiment très individuel, mais pour moi, jusqu'à moins 20, moins 25, c'est à peu près gérable avec le matériel. On peut s'arrêter, boire, manger, mais en dessous, ça devient très critique.

2:59
Présentateur

Là, vous sentez le point de bascule ?

3:01
Invité

Oui, je sens vraiment le point de bascule à partir de moins 30, où s'arrêter n'est même plus possible. Il faut toujours être en mouvement pour rester chaud.

3:07
Présentateur

Alors, il y a toujours être en mouvement, mais il y a aussi que vous ne pouvez jamais découvrir un centimètre de peau.

3:12
Invité

Tout à fait, à partir d'une certaine température, c'est tellement froid que ça vient brûler la peau. Au même titre que quand on se met au soleil à 50 degrés dans le désert, ça vient brûler la peau, il y a le même effet dans le froid. Donc, on ne pourrait pas enlever nos gants pour refaire nos lacets, par exemple, sinon on peut se brûler la peau, voire avoir une angelure qui pourrait conduire à une amputation, ce qui est très grave.

3:29
Présentateur

Alors, c'est très grave, mais c'est le lot, en réalité, de ces courses. Il y a une photo dans le film d'un des participants d'il y a deux ou trois ans qui a fini avec ses quatre membres amputés.

3:41
Invité

Tout à fait, il s'est poussé tellement loin dans la fatigue, parce qu'en fait, on doit aller du point A au point B, qui est 600 kilomètres plus loin, comme on veut, en gérant comme on veut le sommeil. Et c'est vrai que quand on se pousse un petit peu trop, on peut avoir des hallucinations qui nous amènent à imaginer qu'on se retrouve, par exemple, dans un hôtel. Et c'est ce qui est arrivé au chaud. Au chaud, bien au chaud. Voilà, et c'est ce qui est arrivé à cet athlète italien, Roberto, qui s'est imaginé dans un hôtel. Les secours l'ont retrouvé sans gants et sans chaussures, pieds nus dans la neige. Et c'est vrai que le mal était fait, ils ont dû l'amputer de ces quatre membres.

4:08
Présentateur

Vous en avez vécu, vous, des hallucinations ?

4:12
Invité

Oui, j'ai eu énormément d'hallucinations, parce que c'est une première expérience pour moi sur une telle distance, donc j'ai voulu un petit peu me tester aussi. Et c'est vrai qu'à partir de la troisième nuit, on commence vraiment à avoir beaucoup d'hallucinations, c'est ce que j'ai eu.

4:23
Présentateur

Et c'est-à-dire ?

4:24
Invité

C'est-à-dire qu'on voit réellement, au début, c'est des altérations de la réalité. On va avoir par exemple un tronc qui va se transformer en sanglier, un arbre qui va se transformer en totem, c'est un peu des déformations de la réalité. Et à terme, ça devient vraiment des hallucinations qui se créent directement sur le chemin, qui ne sont même plus des altérations de la réalité. Et alors là, j'ai pu voir des animaux, des personnages de dessins animés, des loups dans le ciel, des cahiers de scopes.

4:48
Présentateur

Et dans ces moments-là, vous vous sentez partir ? Vous sentez que vous êtes en train de délirer ? Ou ce qui est extrêmement dangereux, c'est ce qui est arrivé à Roberto Zanda.

4:57
Invité

Roberto Zanda, tout à fait.

4:59
Présentateur

C'est-à-dire qu'il ne sait même plus qu'il est en train de basculer. Il s'y croit vraiment dans sa chambre d'hôtel. Il enlève ses gants, ses chaussures.

5:06
Invité

Je ne me suis pas rendu jusque-là, mais c'est vrai que quand on a des hallucinations, on en est conscient. C'est ça qui est rigolo. On joue un petit peu avec ça. Entre les deux. Je suis tellement fatigué qu'en fait, je suis en train d'halluciner, mais je suis conscient. Ce n'est pas comme quand on prend par exemple de la drogue. Bon, ce n'est pas ce qu'on fait, mais où on peut perdre un petit peu la conscience. Là, on l'a encore. Donc, on joue un petit peu avec ça. Et on sait que c'est là qu'il fallait se reposer parce que ça devient dangereux.

5:29
Locuteur non identifié

Il est 10h30 du moteur. Au fond de mon sac, le couche-là, j'ai fait extrêmement froid. J'ai froid. Je suis trempé. Je tremble. J'ai une petite boule. Je ne peux plus. Je sors, je meurs, je reste. Je gèle. J'ai horri. Le couche-là.

5:54
Présentateur

Vous vous souvenez de ce moment de craquage ?

5:56
Invité

Oui, c'était affreux parce qu'en fait, je l'expliquais tout à l'heure, le froid, la seule manière de le combattre, ce n'est pas avec les vêtements, c'est avec le mouvement. Sauf que quand on est épuisé, qu'on ne peut plus bouger, on se couche dans son sac de couchage, sans tente, je le rappelle. Et là, en fait, c'est que si on n'a pas la force pour combattre le froid, on est un peu foutu parce qu'en fait, la seule manière de se réchauffer, c'est de se lever, de repartir. Mais on n'a plus la force de repartir. Donc, on se retrouve à pleurer pendant que ça.

6:20
Présentateur

C'est que l'autre grand ennemi, c'est l'humidité.

6:24
Invité

Oui, tout à fait. L'humidité, c'est en fait, l'eau est 25 fois plus conductrice que l'air. Ce qui fait qu'à partir du moment où on est mouillé parce qu'on a mal géré notre transpiration, on va avoir froid 25 fois plus vite. Donc, vraiment, c'est un ennemi redoutable. L'humidité, il ne faut vraiment, vraiment pas transpirer ou se verser de l'eau dessus parce que là, ça peut devenir vraiment dangereux.

6:44
Présentateur

Il y a quelques jours, enfin le 15 février, vous abandonnez une autre course extrêmement importante qui se déroule dans le Tennessee aux Etats-Unis, qui s'appelle la Barclays Marathons. Et ça a été un mélange permanent de froid et de pluie. C'est ça qui vous a tué sur le parcours ?

7:00
Invité

Tout à fait. Il a fait 0, moins 5 degrés. Donc, certaines personnes se sont dit, mais tu survis à moins 40. Comment tu as fait pour avoir froid à moins 5 ? C'est parce qu'il pleuvait énormément et c'est là qu'on voit que l'humidité, quand on est mouillé, ça augmente la connexion thermique et on peut avoir beaucoup plus froid. Et j'ai eu une réelle hypothermie sur cette Barclays alors qu'il ne faisait que moins 5 degrés.

7:16
Présentateur

Vous n'êtes pas le seul à avoir abandonné en réalité. D'après ce que j'ai compris, personne n'est arrivé au bout.

7:20
Invité

Personne n'est arrivé au bout.

7:20
Présentateur

C'était cauchemardesque.

7:22
Invité

Tout à fait, c'était cauchemardesque. Pluie, vent sur les crêtes, moins 5, j'avais les doigts complètement bloqués. C'était vraiment, c'était un calvaire.

7:29
Présentateur

Et par ailleurs, au milieu de la Yukon, donc de ces 600 kilomètres traversés sur le Yukon Quest, vous avez aussi vécu un moment extrêmement douloureux. C'est le moment où vous n'arrivez plus à respirer, où les poumons sont quasiment bloqués. Là aussi, vous avez hésité à abandonner ?

7:47
Invité

Oui, tout à fait, ça ne m'était jamais arrivé. J'avais eu beaucoup d'expériences au Québec de courses par moins 30. Le temps d'une journée, ça passait très bien. Et là, c'est vrai que sur plusieurs jours, à respirer de l'air entre moins 30 et moins 40, mes alvéoles sont venues complètement se geler. Et je n'arrivais plus à respirer. Je le dis dans le film, comme si j'étais un poisson qu'on avait sorti de l'eau. Je cherchais mon air et j'ai vraiment eu très, très peur. Parce que respirer, c'est vivre. Et de ne plus pouvoir respirer, ça fait vraiment peur. Donc, c'est sûr que quand je suis arrivé dans un checkpoint, je me suis posé la question à l'idée de repartir.

Il y avait un médecin qui était là, qui me conseillait de ne pas repartir. Bon, j'ai attendu qu'elle aille se coucher pour repartir.

8:18
Présentateur

Médecin qui vérifie les orteils, les doigts, les oreilles, le bout du nez. Ou à la moindre trace d'angelure, vous ne pouvez pas continuer la course.

8:27
Invité

Tout à fait, c'est notre garde-fou. Et puis, les médecins, là-bas, s'ils décident qu'on ne reparte pas, on ne repart pas.

8:32
Présentateur

Ça n'a pas empêché les amputations multiples.

8:34
Invité

Parfois, le mal est fait et ça part là-bas.

8:55
Présentateur

Voilà l'appel du silence. Mathieu Blanchard, vous l'avez gardé, malgré dix ans au Québec, vous l'avez gardé, cet accent provençal.

9:04
Invité

Il est bien ancré, celui-là.

9:05
Présentateur

C'est vrai. Vous êtes l'aîné d'une grande fratrie. Vous avez cinq frères, une sœur, c'est ça ? Tout à fait. Voilà. Vous avez grandi du côté de Cavaillon. Après, vous avez suivi vos parents en Guadeloupe où ils avaient ouvert un club de plongée. Mais quand même, les racines, elles sont là, elles sont dans le Luberon. C'est là le premier contact avec la nature. Oui ?

9:27
Invité

Oui, tout à fait. Le Luberon, la province un petit peu profonde. Luberon, les Alpies, c'est matière d'origine.

9:34
Présentateur

Et vous avez un petit frère avec qui vous avez vécu une aventure absolument bouleversante. Il s'appelle Lucas. C'est le petit dernier, Lucas ? Tout à fait. Voilà. Donc, vous avez 15 ans d'écart.

9:44
Invité

15 ans d'écart.

9:45
Présentateur

Vous n'êtes pas beaucoup connu quand il était petit. Sauf qu'arrive le moment où lui va avoir un accident de moto effroyable. Il s'est fait percuter par une voiture. La moto lui est tombée dessus. La moto a pris feu. Il s'est réveillé après un coma à l'hôpital. On lui avait...

10:02
Invité

Amputé une jambe.

10:03
Présentateur

Amputé une jambe. Voilà. Donc, il lui manque une jambe. Et avec ce petit frère, vous avez couru une course tous les deux dans le désert. Lui avec sa prothèse et vous avec vos deux jambes. Ça, c'est quand même une aventure absolument exceptionnelle qui a fait l'objet d'un précédent film qu'on peut voir sur YouTube. Je vous invite à le voir parce que les deux frères qui courent ensemble dans le désert, pourquoi vous l'avez embarqué ?

10:27
Invité

Parce que mon petit frère, il a eu cet accident fin adolescent. C'était un moment hyper difficile pour lui. C'est le moment où on bascule dans l'âge adulte, où on veut construire sa confiance. Et c'est vrai que quand je le voyais dans sa chambre à se morfondre sur son sort, à dire des choses du style « je n'aurai plus jamais d'amis, plus de copines, ma vie est foutue », j'ai voulu le sortir un petit peu de ce tourment émotionnel dur pour lui. Et je lui ai dit « écoute, on va partir à l'aventure et tu vas montrer que toi aussi tu es capable au même titre que les gens valides ».

Et voilà, le désert offre aussi cette paix pour pouvoir avoir des discussions un petit peu profondes et rattraper un peu le temps perdu. Comme on vous l'a dit tout à l'heure, je n'ai pas pu grandir avec lui. On a eu des belles discussions ensemble et au fond de lui, il avait un rêve aussi de devenir éventuellement athlète, aventurier comme moi. Et beaucoup de barrières, beaucoup de barrières mentales, sociétés, éducatives, familles. Et on a fait tomber pas mal de barrières ensemble.

11:13
Présentateur

Alors, le résultat, c'est qu'aujourd'hui ?

11:15
Invité

Alors, le résultat, c'est qu'aujourd'hui, il porte l'équipement de l'équipe de France de snowboard paralympique. Et il est dans le projet de participer aux Jeux Olympiques, aux Paralympiques d'Alpes 2030 dans 4 ans.

11:29
Présentateur

Et on vous voit préparer la course tous les deux. Comme dans l'Appel du silence, on vous voit préparer la course. C'est un peu comme dans un James Bond, c'est-à-dire que vous êtes avec des préparateurs de chez Salomon, votre sponsor. Et vous examinez chaque matériel, chaque gadget, à quoi ça sert, combien ça pèse, vous faites des listes, etc. Et quand vous êtes avec Lucas, le préparateur lui conseille d'emporter un pied. Oui, tout à fait. Et il met un pied dans son sac à dos. C'est ça. Alors que sur sa prothèse, il a comme une lame. Une lame, une sorte de spatule.

11:58
Invité

Une spatule en carbone pour pouvoir courir, tout à fait.

12:01
Présentateur

Voilà, c'est pas courant de se dire. Allez, on emporte un pied. On part avec un pied dans le dos. Avec Lucas, vous lui aviez proposé de vous rejoindre une première fois à la fin de l'UTMB. C'est quoi l'UTMB ?

12:13
Invité

L'UTMB, l'ultra trail du Mont Blanc. Voici l'acronyme. Donc une course d'ultra trail, c'est peut-être la plus mythique au monde. On l'appelle le Grand Rendez-vous, puisque tous les coureurs du monde entier se retrouvent là. Les partenaires, les médias. Et la trace est belle, parce qu'en fait, elle fait le tour du massif du Mont Blanc. Le Mont Blanc, cette montagne mythique, qui est le toit de l'Europe. Et qui couvre trois pays. On part de France, de Chamonix. On passe en Suisse, en Italie. Et on revient. C'est une grande boucle. 175 kilomètres, 10 000 mètres de dénivelé. C'est une course qui est vraiment très belle.

12:38
Présentateur

Alors, là, c'est pas l'arrivée du Mont Blanc. C'est une arrivée d'une autre course mythique. On est à La Réunion. Ça s'appelle la Diagonale des Fous. 175 kilomètres, plus de 10 000 mètres de dénivelé positif. Là, c'est le moment où la profession vous adoube, Mathieu Blanchard.

13:19
Invité

Oui, tout à fait. Il y a quatre grandes courses mythiques dans notre sport. Deux aux Etats-Unis. Une en France, l'UTMB. Et puis cette fameuse Diagonale des Fous à l'île de La Réunion. C'est vrai que c'est les majeurs qu'on rêve tous de gagner au moins une fois dans une vie. Et c'est vrai qu'en 2024, j'ai eu la chance de remporter cette grande course.

13:34
Présentateur

Sauf que vous, vous étiez déjà inscrit. Et vous n'aviez pas couru la Diagonale des Fous. Vous aviez préféré participer à Koh Lanta.

13:41
Invité

Oui, tout à fait. Drôle d'histoire avec la Diagonale des Fous. J'avais eu un dossard quelques années avant. Et puis à la veille de la course, j'étais déjà sur place. J'avais fait la tournée médiatique comme quoi je participais. Et il faut rester un petit peu confidentiel. J'avais été appelé par la prod de Koh Lanta. Il faut y aller maintenant tout de suite. On va au Fidji et ça part pour l'émission. Donc j'avais quitté discrètement l'île de La Réunion pour rejoindre le tournage.

13:59
Présentateur

Et donc quand j'ai dit en introduction que forcément les grands puristes de la profession vous ont vu arriver là dans ces ultra-trails comme un touriste. C'est vrai ? Ils vous ont pris de haut ?

14:09
Invité

Oui, c'est vrai. Le grand public voit la télé-réalité comme une seule télé-réalité au même titre que d'autres télé-réalités. Donc j'étais vraiment le gars de la télé-réalité qui fait du drail et pas l'inverse. C'est vrai que ça me gênait un petit peu quand j'arrivais sur les courses d'avoir cette casquette-là. Mais heureusement que la performance, c'est ce que j'ai montré sur le terrain, a inversé un petit peu la donne. Et aujourd'hui, je suis reconnu pour ce qui me passionne, c'est-à-dire l'ultra-trail et les sports d'endurance d'aventure.

14:33
Présentateur

Qu'est-ce qui vous fait rêver maintenant Mathieu Blanchard ?

14:35
Invité

J'ai énormément de rêves dans ma vie. Les rêves, pour moi, ce n'est pas quelque chose d'illusoire qu'on vit la nuit. Un rêve, c'est un objectif ambitieux de passion dans les tripes et surtout fixé dans le temps. C'est ça un rêve. C'est comme ça qu'on réalise un objectif ambitieux, c'est de le fixer dans le temps. Et là, c'est vrai que le monde polaire m'attire énormément. C'est quelque chose qui est assez hostile. C'est assez étonnant quand on voit le film, de se dire comment on peut être attiré par un milieu comme ça. C'est au fond de moi.

14:56
Présentateur

C'est assez étonnant quand on a grandi en Provence, non ? C'est assez étonnant quand on a grandi au pied des Alpies.

15:02
Invité

Au pied des Alpies, dans une région où il fait soleil quasiment toute l'année et où il fait bon. Mais le Grand Nord, les contrées nordiques ont quelque chose d'assez puissant au niveau calme intérieur, silence, terre d'exploration. Et c'est vrai qu'il y a une grande, grande course, peut-être l'épreuve la plus longue au monde d'ultra-endurance en Alaska qui s'appelle l'Igitarod, qui fait 1600 kilomètres. Il faut faire ses armes avant d'y aller. 1600 kilomètres. 1600 kilomètres, tout à fait.

15:25
Présentateur

Ça veut dire que là, en ayant remporté la Laplande que vous venez juste de remporter, vous avez gagné le droit de vous inscrire à l'Igitarod Trail.

15:32
Invité

Tout à fait. Il y a un long processus puisque l'Igitarod est vraiment très sauvage avec très peu de checkpoints et ils veulent vraiment des profils qui soient experts. Donc, ils nous obligent à participer et à terminer d'autres courses avant. D'où la participation à la Yukon Arctic Ultra et à la Laponie Arctic Ultra que je viens de faire la semaine dernière. Donc, ça y est, vous partez ? Maintenant, il va falloir s'inscrire et être pris. Ce n'est pas moi qui décide, mais en tout cas, c'est les rêves sur les deux, trois prochaines années.

15:56
Présentateur

Mathieu Blanchard, star mondial, je l'ai dit, de l'Ultra Trail. Merci d'avoir fait un crochet par cet univers extrêmement exotique. Et donc, le studio de France Inter. Et puis, l'Appel du silence, c'est ce film qui a été produit sur votre exploit dans le Yukon Quest qu'on peut voir dans plusieurs salles en France au cinéma pour des soirées où vous venez en plus à la rencontre du public. Merci Mathieu. Merci.