Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
ChroniqueFrance Inter (sur YouTube)· 19 juin 2026 4 minAutoproduitPortrait personnelInstitutions & électionsCulture, médias & sport

Les symboles s’essoufflent, mais je vibrerai quand même pour Marc Bloch au Panthéon - Anne Rosencher

Au micro : Anne RosencherSource d'origine 1 locuteur

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:31PrésentateurFait
    « Mais voilà que 2006 nous a en quelque sorte exaucés, puisque le grand historien et patriote entrera au Panthéon ce mardi 23 juin. »
  • 1:21PrésentateurFait
    « De Gaulle président n'avait organisé qu'une seule cérémonie d'entrée au Panthéon, celle de Jean Moulin. »
  • 1:33PrésentateurChiffre
    « Emmanuel Macron, lui, en est déjà à sa sixième. »
  • 2:30PrésentateurFait
    « « La France, enfin, dont certains conspireraient volontiers à m'expulser, et peut-être, qui sait, y réussiront, »

Temps de parole

  • Présentateur100 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

France Inter, le 6-9. Bonjour Anne Rosanchet. Bonjour Marion, bonjour à tous. Ce matin, vous nous parlez de la panthéonisation de Marc Bloch. En décembre 2022, j'avais déjà un billet sur France Inter et l'on m'avait demandé en guise d'exercice de fin d'année de faire un souhait symbolique pour 2023. J'avais développé en chronique qu'une bonne idée serait de faire rentrer Marc Bloch au Panthéon. J'étais loin d'être la seule à le souhaiter, certains le suggèrent depuis au moins 20 ans. Fausse modestie, nous voulons devant. Non, non, quand même. Mais voilà que 2006 nous a en quelque sorte exaucés, puisque le grand historien et patriote entrera au Panthéon ce mardi 23 juin.

Au risque de paraître chipoté, pourtant, je dois vous dire qu'une sorte de mélancolie ternit un peu ma joie. Marc Bloch au Panthéon, le symbole reste beau, magnifique, mais il est comme terni, oui, par l'impression que tout n'est devenu que communication. Que les symboles ne servent plus qu'à envoyer des messages aux uns ou aux autres, comme si les discours et la geste pouvaient compenser l'insuffisance des actes. Moins ça fait, plus ça cause, disent les grands-mères. Et les panthéonisations naguères exceptionnelles deviennent des rendez-vous d'images pour façonner ce qu'en Macronie on appelle la légaisie, comprenez l'héritage du président.

De Gaulle président n'avait organisé qu'une seule cérémonie d'entrée au Panthéon, celle de Jean Moulin. Pompidou, zéro, Giscard, zéro, Mitterrand, quatre ans de septennat. Emmanuel Macron, lui, en est déjà à sa sixième. À mesure que le pouvoir de gouverner s'essouffle, la rue Soufflot, elle, se gonfle de symboles. Bon Anne, ça n'empêche pas que Marc Bloch mérite cet hommage. C'est très juste Marion, ne jouons pas les grincheux et chassons la mélancolie. Grand historien, grand patriote et résistant, Marc Bloch mérite cette entrée au Panthéon.

Chacun serait inspiré au reste de lire ou de relire l'étrange défaite, texte extra lucide qui résonne de façon troublante avec l'époque actuelle, notamment en ce qui concerne la faillite des élites. Mais il y a aussi dans ce livre un paragraphe qui pour moi est matriciel. À l'été 1940, alors que Marc Bloch sera bientôt privé par Vichy de ses droits citoyens, parce que juif, chassé de sa chair à la Sorbonne, espolié de tous ses biens, voilà ce qu'il écrit. « La France, enfin, dont certains conspireraient volontiers à m'expulser, et peut-être, qui sait, y réussiront, demeurera, quoi qu'il arrive, la patrie dont je ne saurais déraciner mon cœur.

J'y suis née, j'ai bu aux sources de sa culture, j'ai fait mien son passé, je ne respire bien que sous son ciel, et je me suis efforcée à mon tour de la défendre de mon mieux. » Ici est concentrée toute la beauté de l'universalisme républicain et de la France, qui n'est pas un concept éthéré, mais un idéal charnel, pour le tel temps, lequel tant de valeureux et de valeureuses sont morts, dont l'historien résistant, fusillé par les Allemands en 1944, au cri de « Vive la France !

» « Le tombeau des héros et le cœur des vivants », écrivait Malraux, c'est pourquoi, malgré tout ce qui me désole dans la politique de l'époque, je vibrerai mardi, oui, quand Marc Bloch entrera dans la crypte des grands hommes. » Merci Anne Rosencher, directrice déléguée de la rédaction du journal L'Express. Merci beaucoup.

Les symboles s’essoufflent, mais je vibrerai quand même pour Marc Bloch au Panthéon - Anne Rosencher · Pourquijevote