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ChroniqueFrance Inter (sur YouTube)· 25 juin 2024 3 minComplaisantDivertissementCulture, médias & sport

La Révolution française chez Alexandre Dumas - L'édito culture, Laurent Delmas

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Laurent Delmas, il n'y a pas que le conte de Montecristo dans la vie. Mais oui, Nicolas, même si on recommande chaudement à nos auditeurs de découvrir la version cinéma de Mathieu de la Porte et Alexandre de la Patelière, qui sort exceptionnellement ce vendredi et non pas demain. Et à cette occasion, je voudrais vous parler d'un autre roman du divin du mât. Beaucoup moins connu, jamais porté à l'écran et qui est considéré comme son dernier grand roman. On peut désormais le lire dans une édition de poche chez Folio. Soit un gros pavé de plus de 1000 pages, idéal pour s'évader cet été. Oui, c'est possible que cet été, il faille s'évader.

Création et rédemption, c'est son titre très étonnant au demeurant. On croirait le titre d'un feuilleton télé des années 80, d'humains nous ayant habitués à être plus explicites. Mais son héros s'appelant Jacques Marais, il a peut-être bien fait d'oublier pour une fois son goût pour les noms propres en guise de titre. L'histoire débute en 1785. Vous l'avez compris, il sera donc question, comme si souvent chez Dumas, de la révolution française. Le Jacques en question est médecin. Il est un champion d'une pseudo-science alors très en vogue, le magnétisme. Il est également raide dingue de la jeune Eva. Mais elle, en réalité, elle s'appelle Hélène Duchazelet. Et lui, c'est un copain de Danton.

Vous voyez le problème. De 1792 à 1796, les deux amoureux sont séparés. Révolution oblige. Ensuite, il se retrouve, mais ne comptez pas sur moi pour vous révéler la fin. Surtout pas. Non, surtout pas. Sachez seulement que le roman débute à Argenton-sur-Creuse et se termine à Argenton-sur-Creuse. Ou soit dit en passant, et de son propre aveu, Dumas ne mit jamais les pieds. Et la révolution française dans tout ça ? Ben Nicolas, on peut faire confiance à Dumas. Elle est littéralement au centre des trois parties qui constituent création et rédemption. En faisant de son héros un très proche collaborateur de Danton et des Jacobins, y compris au plus fort de la terreur.

Et de son héroïne, une aristocrate pourchassée. Dumas se plonge avec délices, et nous avec, dans cette histoire de France qu'il n'aura cessé d'explorer de façon romanesque. Au point ici d'interrompre précisément sa fiction et de prendre la parole. Au beau milieu de la seconde partie du roman, il passe à la première personne du singulier pour raconter que le grand historien Jules Michelet lui a dit un jour « Vous avez plus appris d'histoire au peuple que tous les historiens réunis. » Et Dumas d'ajouter « Apprendre l'histoire au peuple, c'est lui donner ses lettres de noblesse, lettres de noblesse inattaquables et contre lesquelles il n'y aura pas de nuit du 4 août.

» Superbe formule d'une actualité toujours brûlante. Alors sous la plume vibronnante de Dumas, on croise Danton, Robespierre, Marat, Saint-Just, Madame Roland ou bien encore le bourreau Sanson. On se régole comme chez Guitry à cette galerie de portraits en action, à ses fresques en mouvement, à ses réjouissants morceaux de bravoure. On aura ensuite envie de relire les travaux modernes des historiens et des antagonistes François Furet et Michel Vauvel pour complexifier le tableau, d'accord. Mais, et c'est bien là l'essentiel, on sort lessivés et heureux de cette cavalcade. Votez Alexandre Dumas. Avec plaisir, merci Laurent Delmas.