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AutreFrance Inter — Le téléphone sonne (sur Site radio)· 14 novembre 2025 37 minContradictoireMixteÉconomie & entreprisesAgriculture & alimentation

Le traité du Mercosur, le bras de fer des agriculteurs français

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Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 16 %Attaque 2 %Défensif 1 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 32:27InvitéFait
    « souvent le consommateur en fait n'a pas le choix que de consommer cette viande il ne fait pas le choix de l'acheter dans les rayons on trouve très peu de viande du Brésil en barquette des morceaux entiers de la viande fraîche dans les supermarchés elle arrive un petit peu en restauration et ça il y a un petit manque de transparence de la part des acteurs de la restauration mais surtout en fait les grands gagnants de cette affaire ce sont les industriels qui peuvent acheter à bas coût cette viande qu'ils incorporent dans des produits élaborés les nuggets dont raffolent nos enfants les cordons bleus et là où on est doublement perdant nous les consommateurs c'est qu'en plus on n'a pas l'accès à l'information sur l'origine de la viande qui est incorporée dans ces produits élaborés ou plutôt je devrais dire on ne l'a plus parce qu'on l'a eu entre 2016 et 2021 cette règle était imposée et malheureusement une autre multinationale Lactalis pour le coup avait dénoncé cette démarche de transparence vers le consommateur en soulignant le fait que c'était une entrave à la fameuse libre circulation des marchandises à la libre concurrence au sein du marché de l'Union Européenne et Lactalis a eu gain de cause donc le Conseil d'Etat a annulé le décret qui nous permettait à nous consommateurs de choisir en connaissance de cause »

Temps de parole

  • Présentateur33 %
  • Invité28 %
  • Auditeur25 %
  • Invité 25 %
  • Auditeur 23 %
  • Invité 32 %

1,9 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-nemo:12b · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

C'était il y a huit jours au Brésil, Emmanuel Macron a ravivé la colère des agriculteurs français qui se sont sentis comme trahis à propos du traité du Mercosur. Ce traité de libre-échange entre d'un côté l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay et de l'autre donc le marché européen. C'est le mot positif qui est resté en travers de la gorge des agriculteurs car Emmanuel Macron a dit au Brésil qu'il était plutôt positif sur ce traité tout en précisant aussitôt qu'il restait le président vigilant à la défense des intérêts de la France.

Les agriculteurs ont pris ça pour un changement de doctrine car jusqu'alors Emmanuel Macron avait défendu une autre position affirmant que cet accord commercial n'était pas acceptable en l'état. Et depuis, la ministre de l'Agriculture, Annie Gennevard, fait un peu de calinothérapie. Elle a tenté de rassurer les agriculteurs français en affirmant qu'à ce stade, la France ne peut pas valider le projet d'accord avec les pays du Mercosur. Alors que veulent les agriculteurs en France ? Que veulent les consommateurs aussi ? Quelles contreparties sont encore possibles dans ce traité ? Et au passage, comment va évaluer, va évoluer l'agriculture en France ? C'est le thème ce soir du Téléphone Sonne.

On attend vos questions, vos témoignages. Le téléphone va sonner jusqu'à 20h.

1:26
Auditeur

Le Téléphone Sonne, 0145 24 7000.

1:31
Présentateur

Avec un premier témoignage ou une première question de Jackie. Vous nous appelez d'Indre-et-Loire. Bonsoir Jackie.

1:36
Auditeur

Bonsoir.

1:37
Présentateur

On vous écoute.

1:38
Auditeur

Bonsoir à tous. Merci France Inter pour votre émission et de prendre ma première question. qui concerne en fait l'énorme paradoxe au niveau de certains agriculteurs. Je parle bien de certains agriculteurs qui n'hésitent pas à s'équiper de matériel agricole, tracteurs, véhicules 4x4, pick-up importés du Japon, de Corée du Sud, de Canada, des Etats-Unis, alors qu'il existe exactement les mêmes équipements en Europe et même en France. Et ces mêmes agriculteurs nous expliquent qu'il ne faut pas consommer des produits qui viennent d'Espagne, du Portugal ou même d'Amérique latine, c'est-à-dire du Mercosur. Et vous, c'est le paradoxe.

2:23
Présentateur

Merci pour cette question. Avec ce soir deux invités pour vous répondre. Marine Colly, bonsoir. Bonsoir. Vous êtes consultante et spécialiste des politiques agricoles et des politiques de libre-échange dans ce domaine. Votre dernier livre a pour titre « Notre assiette mondialisée » paru aux éditions Revoir. Et nous sommes en ligne avec Romain Blanchard, qui est secrétaire général adjoint de la FNSEA, président de la FDSEA, des Bouches-du-Rhône, la FDSEA 13, et où je précise que vous êtes viticulteur à Aix-les-Bains. Bonsoir, Romain Blanchard. C'est à vous que je vais peut-être réaiguiller cette première intervention. Vous êtes à Aix-en-Provence, exactement. Oui, plutôt. Oui, oui, pardon.

Jackie nous disait qu'après tout, la libre circulation des biens, ça vaut pour tous les biens. vous reprochant aux agriculteurs, pas vous peut-être personnellement, d'avoir du matériel agricole importé du Japon, des États-Unis ou autre. D'abord, est-ce que c'est votre cas ? Et puis, est-ce qu'on peut, vous, pouvez acheter du matériel ailleurs que celui qui serait importé ?

3:28
Auditeur

Alors, moi, effectivement, j'ai du matériel importé. Je ne crois pas qu'il vienne du Japon ou des États-Unis. Alors, je ne sais pas si je peux citer la marque, mais les professionnels reconnaîtront. Moi, en tracteur, c'est que du New Holland, donc c'est fabriqué en Italie, a priori. Je crois qu'ils ont une usine en Angleterre aussi, alors ce n'est plus l'Union Européenne, c'est sûr.

3:45
Présentateur

Et pourquoi pas du matériel français ?

3:48
Auditeur

Alors, ça dépend. Pour les outils, un peu de matériel français, moi, j'ai la chance d'habiter pas loin d'une société française qui fabrique du matériel viticole. Malheureusement, l'industrie française étant ce qu'elle est, et c'est d'ailleurs un peu le problème et ce qu'on redoute pour l'agriculture française, l'appareil productif étant ce qu'il est en France, on ne peut pas acheter que français. Et malheureusement, je le déplore, mais je suis assez d'accord avec la remarque de monsieur.

4:10
Présentateur

Merci beaucoup de ce premier témoignage. Marine Colly, ce traité du Mercosur, on va peut-être le redéfinir, dire ce qu'il y a dedans avant de le commenter. Il a été signé il y a un an, il est désormais, je crois, en processus dit de ratification. Il pourrait être voté même par le Conseil de l'Union Européenne et le Parlement européen. Cet accord commercial tant décrié n'a-t-il jamais été aussi proche d'aboutir ?

4:35
Invité

C'est ce que les agriculteurs craignent, en effet, l'accord a été conclu, les discussions sont terminées entre l'Union Européenne et les pays du Mercosur. On attend donc une signature politique de cet accord, probablement au mois de décembre, la date du 19 décembre a même été évoquée. Cet accord de libre-échange est négocié depuis longtemps, le mandat de négociation date de 1999. Exactement. Il fait particulièrement peur aux agriculteurs parce qu'il s'agit là de négocier absolument tous les secteurs en même temps. Donc on essaye de vendre des choses au Mercosur et donc on doit assumer en retour de faire des concessions.

Et c'est vrai qu'on a là en face le Brésil qui est incontestablement le numéro 1 de l'agro-industrie exportatrice et donc qui pourrait très vite remplir les quotas qui ont été concédés de viande de volaille, de viande de bœuf, de maïs, de céréales. Et ces produits-là vont arriver encore plus qu'aujourd'hui parce que c'est vrai qu'ils arrivent déjà et la question du monsieur était très juste.

5:29
Présentateur

Après tout, aux consommateurs de choisir, il disait aussi.

5:33
Invité

Alors oui et non, le vrai souci de ces importations, c'est qu'on parle là de produits qui ne respectent pas les normes de production qui sont inscrites dans notre réglementation européenne. Et donc on a là des produits qui arrivent à un niveau de compétitivité qu'en aucun cas les agriculteurs français et européens seront en capacité d'atteindre.

5:50
Présentateur

Romain Blanchard pour la FNSEA. Ce traité ouvrirait donc les portes de l'Europe à des céréales, des viandes ou du sucre en provenance d'Amérique du Sud, issus de l'agro-industrie, avec des substances interdites depuis longtemps pourtant sur le marché français et européen. De quels produits parle-t-on précisément ?

6:11
Auditeur

Vous parlez des produits interdits ? Interdits, oui. Ce qui va parler le plus aux gens, je crois, c'est les hormones de croissance dans la viande bovine. Aujourd'hui, c'est quelque chose dont les effets néfastes sont plus à démontrer sur la santé. C'est quelque chose qu'on a interdit chez nous il y a à peu près 30 ans. D'ailleurs, vous n'avez pas entendu un seul agriculteur français, je crois, réclamer le retour à ce mode de production. Et malgré ça, on va importer ça massivement. Et ce sur quoi il faut bien insister, je crois, c'est que ce n'est pas de la viande que vous allez retrouver sur les étals des bouchers, ni dans la plupart des restaurants.

C'est de la restauration refoyée, c'est-à-dire que c'est dans les restaurants d'entreprise, dans les cantines scolaires que vous allez retrouver ça. Et ça pose une vraie question de santé publique. Je reviens sur ce qu'a dit votre invité. Nous, ce qu'on demande, c'est la réciprocité des normes. C'est ce qui est interdit et néfaste quand c'est produit par un agriculteur français, on peut l'entendre, mais c'est tout aussi néfaste pour la santé quand c'est produit par un agriculteur brésilien.

7:02
Présentateur

Marine Colly, la réciprocité des normes, elle est encore envisageable aujourd'hui au stade où on en est ?

7:07
Invité

Elle l'est, évidemment. D'ailleurs, je vais peut-être apporter une toute petite correction par rapport à ce qui vient d'être dit. Justement, le bof aux hormones, on ne l'importe plus parce que dans les années 90, une mesure qu'on appelle mesure miroir, aujourd'hui dans le débat public, a été adoptée. L'Union européenne a assumé non seulement d'interdire cette pratique dans ses élevages, mais aussi de poser une condition d'accès à son marché. Donc, les producteurs de viandes bovines qui veulent accéder au marché européen doivent apporter la garantie que leurs animaux n'ont pas été traités avec des hormones de croissance. Donc, ça, on l'a déjà fait.

7:35
Présentateur

Quels sont les risques avec la viande brésilienne, argentine, paraguayenne qui pourraient arriver en Europe ?

7:40
Invité

Un risque, par exemple, c'est le fait que ces élevages-là ont tout à fait le droit encore d'utiliser non pas des hormones, mais des antibiotiques qui ne servent pas à soigner les animaux, mais à accélérer leur rendement. C'est très vrai dans les élevages de volailles et de bovins. Et là, il est démontré pourtant depuis les années 70 par toute la communauté scientifique que cette pratique d'élevage contribue à aggraver l'antibiorésistance qui tue déjà plus d'un million de personnes à l'échelle de la planète. Donc, on a là un vrai lien entre une pratique d'élevage qu'on vient stimuler par nos choix de politique commercial et un risque pour la santé publique.

8:08
Présentateur

0 à 1 45 24 7000. Denis est en ligne d'Essonne, le département de l'Essonne près de Paris. Bonsoir, Denis. Bonsoir. Vous êtes à l'antenne.

8:17
Auditeur

Bonsoir. Merci bien. Je me pose la question. Si on achète essentiellement français, les agriculteurs vont donc être obligés de produire plus et d'utiliser donc des produits pas très très bons pour la santé et pour les sols. Donc, est-ce qu'il n'y a pas ce risque-là ?

8:33
Présentateur

Merci de cette question très claire. Je vais la soumettre à Romain Blanchard, le secrétaire général adjoint de la FNSEA. Est-ce qu'acheter français, ce serait, s'il n'y a pas ce traité du Mercosur, ce serait produire plus et donc peut-être détruire plus d'arbres et faire des champs encore plus grands ?

8:55
Auditeur

Non, je ne crois pas. Alors, des champs plus grands... On a plutôt le problème inverse en ce moment et c'est particulièrement vrai dans des régions comme l'Occitanie. On a des problèmes de déprise agricole, c'est-à-dire qu'on n'exploite pas pleinement la surface qui est la nôtre et puis nos pratiques sont quand même reconnues universellement comme parmi les plus vertueuses du monde, si ce n'est les plus vertueuses du monde et puis on est dans l'amélioration continue. C'est ça qu'il faut noter. Moi, je fais ce métier-là depuis une grosse vingtaine d'années maintenant.

Ce que j'ai connu en démarrant et ce que je fais aujourd'hui, c'est très très différent parce que la science évolue, parce que le savoir évolue, il évolue parce qu'on pratique, parce qu'on produit et donc on s'améliore de manière continue.

9:30
Présentateur

Eh bien, expliquez-nous précisément ce qui a changé dans les pratiques en vingt ans. Alors, je précise que vous êtes viticulteur à Aix-en-Provence, mais vous étiez céréalier, je crois.

9:43
Auditeur

J'ai toujours un petit atelier céréal. Eh bien, qu'est-ce qui a changé dans ces deux domaines ?

9:47
Présentateur

C'est anecdotique. Qu'est-ce qui a changé dans ces deux domaines en vingt ans ?

9:50
Auditeur

Alors, par exemple, sur la viticulture, aujourd'hui, moi, j'ai la chance d'être dans un secteur qui est plutôt favorable climatiquement, mais on n'utilise plus d'herbicides. Ça ne se fait plus du tout. On travaille le sol, on fait des intercultures à l'intérieur des rangs pour apporter de la matière organique. On ne met plus le même engrais, on raisonne différemment.

On a des pratiques aussi qui font qu'on n'utilise quasiment plus d'insecticides, sauf que dans des cas très particuliers où on est, alors c'est étrange, mais obligé de les utiliser puisqu'il y a des maladies qui se transmettent d'une vigne à une autre par des insectes piqueurs, en l'occurrence, la flavescence dorée, on est obligé de traiter à l'insecticide, mais c'est une pratique que moi j'avais arrêtée parce qu'on était plus sujet à ça et qu'on arrivait à contrôler ce qu'on appelle les ravageurs, c'est-à-dire les insectes néfastes d'une autre manière. En fait, on s'améliore tout le temps.

Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que les produits phytosanitaires, il n'y a aucun agriculteur qui se lève le matin en se demandant lequel il va bien pouvoir utiliser. C'est quelque chose qu'on utilise en dernier recours pour soigner, pour aider notre culture. Si on trouve d'autres méthodes qui sont d'abord meilleures pour l'environnement et puis meilleures pour l'économie de nos entreprises, parce que ça a un coût tout ça, on les utilise bien volontiers ces méthodes.

10:55
Présentateur

Merci beaucoup de ce témoignage. Nous sommes en ligne avec Charlotte. Bonsoir Charlotte. Je crois que vous êtes éleveuse de vaches laitières sur une ferme bio.

11:06
Invité

Tout à fait. Bonsoir Charlotte. Je suis installée en Ile-et-Vilaine sur une ferme avec surtout beaucoup de pâturage et en bio. Moi, je voulais réagir en disant que le premier problème, c'est que la France, le ministre, même souvent aussi des fois sur France Inter, on écoute beaucoup le syndicat majoritaire qui râle beaucoup et qui est beaucoup mis en avant. Mais par exemple, nous, à la Confédération Paysan, je pense que les normes, ça protège les paysans plutôt qu'autre chose.

11:42
Présentateur

Pardon, parce qu'il y a eu une saute de ligne. Donc, j'ai du mal à entendre votre argument à la Confédération Paysanne. Est-ce que vous pouvez le rappeler ?

11:51
Invité

Alors, la Confédération Paysanne n'est pas opposée au commerce parce que le commerce, c'est quelque chose d'important et qui fait aussi vivre tout le monde. Le traité de libre-échange, aujourd'hui, le problème, c'est qu'il ne fera pas mieux vivre les paysans à l'autre bout du monde et les paysans français et européens, bien sûr. Nous, on veut commercer, mais à condition d'importer des produits qui n'existent pas forcément chez nous ou en tout cas qui respectent les normes que l'on a ici en Europe et en France. Si c'est pour détruire l'agriculture à l'autre bout du monde, ça n'a aucun intérêt.

Donc, en fait, à la Confédération Paysanne, on propose quelque chose de très simple qui s'appelle les prix minimums d'entrée. Ça veut dire qu'on fait rentrer des produits qui respectent les normes environnementales, sociales et fiscales de la France et de l'Europe pour pouvoir commercer à pied égal et aussi pour pouvoir monter en qualité. Le but, c'est que les citoyens, les consommateurs puissent manger de l'alimentation de qualité et surtout que nous, les paysans, on puisse vivre. Parce qu'en fait, c'est une vraie réalité, on est de moins en moins de paysans. Et je ne sais pas qui va produire l'alimentation demain, en fait. Merci.

13:09
Présentateur

Merci de ce témoignage et du côté de la Confédération Paysanne à laquelle vous appartenez, Charlotte, éleveuse de vaches laitières sur une ferme bio. Ne pas importer de produits, enfin, n'importer que des produits qui n'existent pas en France ou en Europe, ce serait une des voies à étudier. Marine Colly, pour rendre ce traité plus acceptable ?

13:35
Invité

Oui, bien sûr. C'est ce qu'on disait tout à l'heure, c'est la voie de la réciprocité des normes de production. C'est ce qu'on a su faire.

13:39
Présentateur

On appelle les mesures miroirs ?

13:40
Invité

Exactement. Ce sont les mesures miroirs. C'est une manière de protéger son marché. Peut-être, avant de vous répondre sur ce point, moi, j'ai l'impression, Charlotte, la question qu'elle pose, c'est celle du projet politique que porte la France pour son agriculture. Qu'est-ce qu'on veut ? Il faut comprendre qu'il y a un décalage énorme en ce moment entre la situation d'urgence dans laquelle se trouvent les agriculteurs. Je ne parle pas des crises sanitaires, des urgences temporaires, je parle vraiment d'une urgence structurelle. Charlotte l'a dit, on a perdu 100 000 fermes dans les dix dernières années. Un agriculteur sur deux va partir à la retraite dans les dix prochaines.

On perd énormément de production. Les agriculteurs travaillent dans un contexte d'incertitude totale sur les enjeux économiques, sur les enjeux climatiques. Donc là, il y a vraiment un besoin de politique pour les agriculteurs. Quel est le cap ? Qu'est-ce qu'on veut produire ? Comment ? Pour quel marché ? À mon avis, on répondra à la question du Mercosur si on arrive à se poser la question. On déplore tous effectivement le fait qu'on importe de plus en plus de produits et notamment de produits qui ne respectent pas nos normes. Il y a deux visions qui s'affrontent aujourd'hui face à cette situation. Il y a deux façons de faire.

Soit on essaye de ressembler à ces champions mondiaux de l'agro-industrie qui arrivent sur notre marché. C'est très peu souhaitable de mon point de vue au plan environnemental et je ne suis pas sûre que beaucoup d'agriculteurs aient envie de ça. Soit effectivement, on assume de protéger notre marché et ça peut passer effectivement par ces mesures miroir qui consistent à poser des conditions d'accès à notre marché liées au respect d'un ou plusieurs standards de production qui sont déjà dans notre réglementation.

14:59
Présentateur

Et au passage, Romain Blanchard, je me tourne vers vous parce que notre auditrice disait aussi qu'on donne souvent et ce soir encore et je le prends aussi pour nous à France Inter. On donne la parole ce soir à la FNSEA qui est le plus gros syndicat agricole en France et qui a donc d'autres ambitions que les petits, paraît-il, que les petits producteurs entre un grand céréalier et puis un petit producteur de miel, il n'y a pas les mêmes intérêts, les mêmes objectifs. Vous êtes d'accord avec ça ?

15:29
Auditeur

Alors que toutes les exploitations soient différentes, oui, je suis évidemment d'accord. Par contre, c'est un peu une image d'épinal. Il ne faut pas croire que tous les agriculteurs, tous les gros agriculteurs et les gros exploitants sont à la FNSEA et que tous les petits sont à la Confédération Paysanne. Moi, dans mon département, jusqu'à ce qu'il y ait un renouvellement à la Confédération Paysanne, le président de la Confédération Paysanne avait une exploitation plus grosse que la mienne. Donc, si j'écoute ce raisonnement, on aurait dû échanger nos places, lui et moi.

Ce n'est pas tout à fait ça, c'est plutôt, je reviens sur ce que disait Mme Colly, c'est plutôt une histoire de projet politique et de vision pour l'agriculture qui s'oppose à la FNSEA. Je ne vais pas parler pour la Confédération Paysanne. Aujourd'hui, on défend que l'agriculture, si ça peut être une passion, c'est avant tout un métier. C'est un métier qui a un rôle en plus important dans notre société et c'est fait pour gagner de l'argent. Alors, pas à tout prix, on a des règles, il faut qu'on les respecte et on est très attaché à ces règles. Encore une fois, j'acquiesce à ce qu'elle dit Mme Colly, les agriculteurs de la FNSEA ne veulent pas revenir sur les normes qui sont les nôtres.

Par contre, on a une certaine vision productive, nourricière de l'agriculture qui est un peu éloignée de celle des autres syndicats. Mais c'est bien, c'est la pluralité, ça permet le débat.

16:35
Présentateur

Et pour parler du projet politique que soulève Marine Colly, Emmanuel Macron rétorque qu'il a toujours été cohérent, il a toujours conditionné son feu vert à la révision du texte pour que des clauses de sauvegarde promises soient effectivement intégrées. Est-ce que vous seriez d'accord avec un traité Mercosur, avec un accord qui respecterait les clauses de sauvegarde, les clauses miroirs, tout ça, ça pourrait rendre ce traité acceptable ou est-ce que vous le rejetez quoi qu'il arrive ?

17:05
Auditeur

Alors, il faut faire attention à ne pas faire la confusion entre clauses miroirs et clauses de sauvegarde. Les clauses de sauvegarde, c'est une intervention... Ce sont des garanties. Voilà, mais c'est juste une intervention sur des prix et des volumes pour des questions conjoncturelles sur un marché. Les clauses miroirs, comme Madame Colly l'a très bien dit, c'est une réciprocité des normes strictes. C'est-à-dire qu'on demande à ce qui rentre sur notre territoire soit produit avec les normes en vigueur sur notre territoire. C'est très bien résumé par la phrase qu'on utilise, le slogan qui le note depuis des années, n'importons pas l'agriculture que nous ne voulons pas.

17:37
Présentateur

Marine Colly, sur les quotas d'importation de viande qui sont prévus, ça représente l'équivalent d'un et demi pour cent de production de bœuf européen quand c'est le bœuf et 1,3 pour cent de production européenne quand il s'agit de la volaille. Au-delà des viandes du Mercosur, au-delà de ces quotas, les viandes en provenance du Mercosur seraient taxées à 40 pour cent. Est-ce de nature à offrir des garanties aux agriculteurs français ?

18:01
Invité

Je vais être obligée de vous contredire, désolé. Allez-y, allez-y. Des viandes du Mercosur, on en importe déjà beaucoup et une partie à droite douane réduite. On importe de l'Union européenne.

18:10
Présentateur

C'est 1,3 pour cent dont parle aujourd'hui la ministre de la Culture.

18:13
Invité

Quand on regarde le quota, par exemple, de 99 000 tonnes annuelles à 7,5 pour cent de droite douane qui va être concédée dans le cadre de cet accord, on fait comme si on importait des carcasses entières de viande bovine. Ce n'est vraiment pas le cas. On importe certains morceaux. En ce qui concerne la volaille, c'est plutôt des filets. En ce qui concerne la viande bovine, c'est plutôt les morceaux qu'on fait griller, ce qu'on appelle la loyau. Donc déjà, il faut arriver à remettre les ordres de grandeur à leur place. Le marché de ces morceaux-là, il est évalué à environ 400 000 tonnes en ce qui concerne la viande bovine sur le marché européen.

Et surtout, surtout, là, on fait mine de découvrir ces importations de viande bovine. On fait comme si on n'en importait pas aujourd'hui. C'est complètement faux. L'Union européenne importe déjà 300 000 tonnes de viande bovine du Mercosur, un montant équivalent à ce qui concerne la viande de volaille. Donc ces viandes, elles arrivent déjà.

19:02
Présentateur

Qu'est-ce qui va changer avec le traité, alors ?

19:04
Invité

On aura un quota additionnel. Donc si on prend l'exemple de la volaille, on en importe aujourd'hui 300 000. En provenant du Mercosur, l'accord prévoit un quota de 180 000 tonnes à droite de doigt de nul. Donc on est sur une augmentation très importante et on sait que les capacités de production du Mercosur sont telles que ce quota va être rempli immédiatement. En ce qui concerne la viande bovine, c'est vrai, le quota est un petit peu plus faible. Mais là encore, le droit de douane est tellement attractif que dès demain, dès que le quota sera ouvert, on sait que les producteurs seront au rendez-vous.

Et encore une fois, il faut comprendre que cet accord, il arrive à un moment pour l'agriculture française. C'est pour ça aussi que sa charge symbolique est si forte. Il arrive au moment où on perd beaucoup de production. Il faut réaliser qu'en France, au pays de la charolaise, de l'aubrac, on importe déjà près de 30% de la viande bovine qu'on consomme justement parce qu'on perd des éleveurs chaque année et que les niveaux de consommation se tiennent. Ce n'est peut-être pas une bonne nouvelle pour les éleveurs qu'on mange autant de viande. Et donc, c'est le moment vraiment où on a besoin de définir ce qu'on veut.

Et là, le signal qui va être envoyé, c'est que ce qu'on veut, c'est rendre la viande du Mercosur toujours plus présente demain dans nos restaurants et nos rayons.

20:06
Présentateur

D'où l'inquiétude des agriculteurs en ce moment en France. C'est le thème du téléphone sonne. On en parle jusqu'à 20h.

20:11
Auditeur

France Inter, le téléphone sonne.

20:16
Présentateur

Luc nous appelle du Pays de Loire, je crois. Bonsoir, Luc, pardon.

20:22
Invité

Oui, bonsoir. Merci de France Inter et de toutes vos émissions. Il y a souvent une incohérence totale entre la COP, tout ça, etc. On doit réduire de 4 à 5 fois nos émissions de CO2 si on veut survivre sur la planète. Moins de 2 degrés sinon on va arrêter l'agriculture. Je ne sais pas si vous le savez, à 3 degrés on arrête l'agriculture sur la planète. Bon, et donc là, le Mercosur, je ne comprends pas qu'on continue à importer, exporter, même, d'ailleurs ça nous concerne aussi pour le reste du monde. Alors, dans le cas d'urgence pour les pays, etc., je comprends, mais ça n'a aucun sens.

Il y a quelque chose au niveau européen, parce que ça vient par bateau, ça fait des milliers de kilomètres et l'agriculture en France, sauf que je rends de ma part, c'est autour de 25 à 30% d'émissions de CO2, tout compris. Alors, je ne vais pas rentrer dans les détails, mais ça veut dire que tout ce secteur devra aussi décarboner.

21:16
Présentateur

Merci de cette intervention, Luc, c'est tout le paradoxe du commerce mondialisé et ses conséquences écologiques. D'ailleurs, Marine Colly, pour répondre à la demande croissante de viande bovine des pays sud-américains, est-ce qu'il faudra irrémédiablement détruire là-bas encore des forêts riches en biodiversité, notamment en Amazonie ?

21:41
Invité

En tout cas, c'est ce que nous apprend le rapport d'Expert qui avait été commandé par le gouvernement dès 2019. La seule ouverture du quota de viande bovine pourrait provoquer une accélération du rythme de la déforestation en Amazonie de 5%. Et ce qu'on apprend aussi, c'est que malgré les lois anti-déforestation qui ont été vraiment remises à jour avec le retour du président Lula, on a un champion mondial de la viande bovine au Brésil, l'entreprise JBS, c'est une multinationale qui pèse 55 milliards d'euros de chiffre d'affaires, qui pratique de manière impunie de ce qu'on appelle de la déforestation illégale. Il y a du blanchiment de bétail.

En fait, il y a des élevages qui sont sur des zones déforestées qui ne devraient pas pouvoir vendre leur viande. Et le JBS se débrouille pour transférer les animaux vers des élevages qui sont sur des zones autorisées. Et donc, ces pratiques continuent et on a l'impression que le business prend vraiment à chaque fois le dessus sur tous ces enjeux environnementaux.

22:29
Présentateur

Et contre le business, il y a la mobilisation des syndicats agricoles. Beaucoup de questions ce soir, Romain Blanchard. L'Européenne Ursula von der Leyen et le Brésilien Lula pourraient signer l'accord lors du prochain sommet du Mercosur. Vous avez dit le 19 ou 20 décembre à Rio de Janeiro. Qu'allez-vous faire d'ici là à la FNSEA, Romain Blanchard ?

22:50
Auditeur

Nous sommes déjà mobilisés. Vous avez suivi la mobilisation à Toulouse mercredi. Il y en a eu d'autres plus au nord de la Loire. On continue à se mobiliser. Toute la semaine prochaine, il y a certains départements qui vont partir en action pour montrer leur détermination et leur mécontentement.

23:07
Présentateur

Ça va monter en puissance. Mobilisation des FDSEA demain, je crois, à Béziers, je crois, pour vous. Et il y aura d'autres départements qui sont prêts à se mobiliser avant la fin de l'année.

23:18
Auditeur

Oui, bien sûr, de partout. Par exemple, dans ma région au sud-est, il y a les Hautes-Alpes qui vont se mobiliser dès mercredi prochain parce que, malheureusement, le Mercosur n'est pas le seul problème de l'agriculture. C'est juste la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Et c'est vrai que ces déclarations malheureuses du président ont un peu mis le feu aux poudres. Mais le monde agricole ne se porte pas bien aujourd'hui. Vous parlez de la manifestation de demain, ça n'a pas grand-chose à voir avec le Mercosur, mais c'est le monde viticole qui traverse une crise sans précédent. Et donc, on vient crier notre colère et notre détresse.

23:46
Présentateur

À propos de vente de vin, ce traité Mercosur permettrait aussi d'exporter plus de vin français. Est-ce que ça compte dans la balance ? Et là, je m'adresse aux viticulteurs.

23:57
Auditeur

Non, pas vraiment. Dans le sens où l'agriculture française, c'est un tout. Les filières sont interdépendantes, sont reliées entre elles. Et en fait, dire qu'on va signer un accord qui va favoriser une filière plutôt qu'une autre, c'est juste déterminer qu'elle sera le dernier à mourir. Et ce n'est pas ce qu'on souhaite aujourd'hui.

24:14
Présentateur

Paul est en ligne. Bonsoir, Paul. Vous êtes à l'antenne.

24:18
Auditeur

Merci. Bonsoir à tous. J'ai une question qui est complètement idiote. Mais je me dis, est-ce que ce que vient de faire la Chine avec Chine sur notre sol, va-t-il elle et Mercosur va-t-il partir à la même chose ? D'abord, on va avoir des magasins spécialement Mercosur. Et personne ne va ouvrir.

24:35
Présentateur

Je n'ai pas très bien saisi le parallèle mais je crois et je vais soumettre comme je peux la question à Marine Colly qui est spécialiste des politiques agricoles et des politiques de libre-échange. Les Français l'ont dit, en tout cas, une partie des Français l'ont dit, ils ne veulent pas des produits en provenance de Chine et du fabricant ou chez In. et cependant les produits arrivent. Est-ce que ce côté irrémédiable peut arriver également avec l'agriculture en France et des boutiques en provenance dont les produits viendraient trop nombreux de ces pays d'Amérique du Sud ? C'est ce qui se dessine.

25:17
Invité

C'est la direction qu'on semble prendre. Effectivement, on a une production qui ne cesse de diminuer. On maintient en plus des exportations. C'est aussi ça qu'il faut dire. C'est aussi l'occasion, cet accord avec le Mercosur, encore une fois, de questionner la cohérence de notre système agricole et alimentaire global. On parle beaucoup de souveraineté mais ce qu'il faut rappeler c'est que déjà on importe beaucoup pour produire français. Par exemple, on veut produire beaucoup plus de volailles demain. On sait que si on veut produire beaucoup plus de volailles et de la volaille d'entrée de gamme, c'est ce que semble dire le gouvernement.

On le fait avec du soja importé brésilien et par ailleurs on continue d'exporter beaucoup. On exporte par exemple de la poudre de lait alors même qu'on se met à importer des produits laitiers. Donc ça c'est une chose. En tout cas, effectivement, si on continue sur cette dynamique-là et qu'on ne change pas de projet politique, je ne vois pas ce qui pourrait empêcher demain cette agriculture du Mercosur d'être omniprésente sur le marché français.

26:09
Présentateur

Marine Collier, vous l'abordez aussi dans votre dernier livre intitulé Notre assiette mondialisée. Vous y dénoncez les multinationales de l'agroalimentaire accusées de ne jamais se préoccuper des enjeux environnementaux, sociaux ou de santé publique. Il n'y a pas de contre-exemple, pas de business à grande échelle, pas de business vertueux dans l'agriculture ? Ça n'existe pas à vos yeux ?

26:32
Invité

Il faut comprendre que le principe même du libre-échange c'est d'offrir des opportunités sur le marché mondial aux systèmes agricoles qui produisent le plus, le plus vite, au plus bas coût. Et en ignorant systématiquement la question des standards de production et des standards de durabilité. Donc dès lors qu'on ne fait pas rentrer dans le logiciel du libre-échange cette question des standards de production et c'est ça la question des mesures miroirs, non, on n'y arrivera pas et l'agro-industrie brésilienne sera encore et toujours la grande gagnante.

26:59
Présentateur

Dominique est en ligne. Bonsoir Dominique.

27:02
Auditeur

Oui, bonsoir. J'appelle de la région Nantais, je suis fils agriculteur, mon neveu va reprendre la suite. Oui, je n'arrive pas à comprendre que l'Europe n'impose pas les mêmes normes qu'elle impose à ses agriculteurs. Donc les normes, les mesures miroirs. Donc ça devrait être compréhensif. Je veux dire, la concurrence est déloyale dès lors qu'il n'y a pas les mêmes normes. Elle devrait imposer les mêmes normes qu'elle impose à ses propres agriculteurs. Sinon, ça ne va plus.

27:29
Présentateur

Merci de cette question évidente. Je la transmet à Marine Colly. C'est tellement évident d'avoir une réciprocité qui bloque en Europe pour refuser, qui bloque à Bruxelles pour refuser cet aspect miroir des mesures en disant qu'on accepte ce que l'on fabrique nous-mêmes et vice-versa.

27:51
Invité

Tous les gens qui voient encore leur avenir dans le commerce mondial puisque faire ça, c'est poser...

27:55
Présentateur

Mais il y a des pays qui s'y opposent très frontalement ?

27:58
Invité

Alors déjà, il y a la Commission européenne qui n'a vraiment pas envie que ce sujet avance et il y a des pays qui ne sont pas encore très familiers avec ce type de mécanisme. L'Allemagne, par exemple, ce qu'il faut comprendre, c'est que ce chantier-là, il s'oppose systématiquement au chantier du libre-échange. Là, si on reprend l'accord si vous voulez vendre des choses au Mercosur, vous n'allez pas pouvoir expliquer en même temps à leurs exportateurs que vous allez poser des conditions d'accès au marché qui vont les empêcher de profiter à plein d'opportunités commerciales sur notre marché.

Peut-être que pour compléter la question, c'est encore un petit peu plus grave que ça, ça va encore un petit peu plus loin que ça parce que dans la dernière version de l'accord telle qu'elle a été conclue en décembre 2024, le Mercosur a réussi à faire intégrer un nouveau mécanisme qu'on appelle le mécanisme de rééquilibrage et ce mécanisme, il dit que si l'Union Européenne avait cette drôle d'idée que celle d'adopter des mesures miroirs pour poser des conditions d'accès à notre marché en cohérence avec nos préférences collectives, alors les pays du Mercosur pourraient exiger des compensations, notamment des compensations financières, puisque, encore une fois...

28:57
Présentateur

Donc les mesures miroirs pourraient coûter cher à la France. En tout cas,

29:00
Invité

ça ouvre la possibilité pour le Mercosur effectivement d'exiger des compensations. Donc on est là, on a encore fait un pas en arrière par rapport à il y a quelques années.

29:09
Présentateur

Romain Blanchard à la FNSEA contre la concurrence déloyale qu'évoque notre auditeur concurrence déloyale des importations sud-américaines qui ne respecteraient pas nos normes. Bruxelles promet pourtant des garanties et elle promet notamment aussi de renforcer les contrôles aux frontières. Est-ce que c'est de nature à vous rassurer à la FNSEA ?

29:31
Auditeur

Non, pas du tout parce qu'on sait qu'aujourd'hui, on n'a malheureusement plus les moyens d'effectuer des contrôles systématiques. Aujourd'hui, je parle sous le contrôle de Mme Colly qui connaît mieux le dossier que moi, ce qu'on demande pour la viande bovine par exemple ce sont des attestations sur l'honneur des vétérinaires. Il y a une mission européenne qui est partie il y a un peu plus d'un an maintenant faire une enquête au Brésil qui a retrouvé des traces alors je ne veux pas dire de bêtises est-ce que c'est de l'hormone ou est-ce que c'est un antibiotique d'ostradiol dans des viandes alors qu'il y avait des déclarations qui disaient que ce n'était pas utilisé.

Donc des contrôles ce n'est pas fiable à vos yeux ? Alors les contrôles sur place en tout cas ce qui est demandé de la part des Brésiliens ce n'est pas fiable et je crois que tout le monde le comprend est-ce qu'aujourd'hui on est largement contrôlé en France et en Europe dans l'agriculture est-ce que nos concitoyens trouveraient normal qu'on se contente d'une attestation sur l'honneur de tous les exploitants comme quoi on respecte la législation et qu'il n'y ait plus aucun contrôle ? Je ne crois pas.

Je reviens juste si vous permettez sur la question de votre auditeur qui était intéressante parce qu'on aborde beaucoup cet accord sous le prisme de l'agriculture il faut bien comprendre que c'est un échange en fait on est en train de vendre de l'industrie en l'occurrence des voitures et des avions à l'Amérique du Sud et contre ça on est en train de brader notre agriculture c'est pour ça qu'il y a un terror européen

30:44
Présentateur

On l'appelle d'ailleurs le traité viande contre voiture pour schématiser et symboliser cet accord Catherine est en ligne bonsoir Catherine

30:54
Auditeur

Oui bonsoir

30:55
Présentateur

On vous écoute

30:56
Auditeur

Moi je reconnais franchement je suis dans ma cuisine je vous écoute j'ai l'impression que j'entends des joueurs d'un grand monopoli agricole j'entends qu'on fait venir des morceaux de bidoche j'entends des trucs ahurissants c'est vrai que moi je viens d'une famille d'agriculteurs du massif central mais c'était pas des agriculteurs intensifs c'était des paysans qui étaient heureux de l'être et qui en vivaient et là la seule chose qui m'a bouleversée une fois de plus c'est de moins en moins d'éleveurs en France donc j'ai l'impression qu'il y a plusieurs styles d'agriculteurs il y a plusieurs types de revenus aussi plusieurs types d'exploitation et là je me dis qu'est-ce qu'il n'y a pas quelque chose qui déconne quoi

31:33
Présentateur

et bien écoutez on va essayer de répondre à cette question est-ce qu'il y a quelque chose qui déconne dans l'agriculture et dans en tout cas sur ce que vous évoquiez tout à l'heure Marine Collis c'est-à-dire que cette viande en provenance qui viendrait et qui arrive déjà en provenance des pays d'Amérique du Sud elle arrive dans quel état c'est parfois déjà conditionné souvent conditionné

31:55
Invité

c'est même souvent c'est ce que disait tout à l'heure Roma Blanchard à très juste titre souvent le consommateur en fait n'a pas le choix que de consommer cette viande il ne fait pas le choix de l'acheter dans les rayons on trouve très peu de viande du Brésil en barquette des morceaux entiers de la viande fraîche dans les supermarchés elle arrive un petit peu en restauration et ça il y a un petit manque de transparence de la part des acteurs de la restauration mais surtout en fait les grands gagnants de cette affaire ce sont les industriels qui peuvent acheter à bas coût cette viande qu'ils incorporent dans des produits élaborés les nuggets dont raffolent nos enfants les cordons bleus et là où on est doublement perdant nous les consommateurs c'est qu'en plus on n'a pas l'accès à l'information sur l'origine de la viande qui est incorporée dans ces produits élaborés ou plutôt je devrais dire on ne l'a plus parce qu'on l'a eu entre 2016 et 2021 cette règle était imposée et malheureusement une autre multinationale Lactalis pour le coup avait dénoncé cette démarche de transparence vers le consommateur en soulignant le fait que c'était une entrave à la fameuse libre circulation des marchandises à la libre concurrence au sein du marché de l'Union Européenne et Lactalis a eu gain de cause donc le Conseil d'Etat a annulé le décret qui nous permettait à nous consommateurs de choisir en connaissance de cause

33:02
Présentateur

Romain Blanchard voilà de longs mois de longues années que les agriculteurs se mobilisent pour ne pas disparaître pas mal de questions sur votre dernière fronde agricole l'an dernier promesse vous avez été faite aux agriculteurs d'avoir moins de normes moins de paperasses moins de tracasseries administratives pour passer plus de temps sur l'exploitation et moins derrière le bureau est-ce que ces promesses ont été tenues ou en voie de lettres ?

33:31
Auditeur

malheureusement non en voie de lettres c'est pas entre mes mains les promesses n'engagent que ceux qui les croient non malheureusement la charge administrative ne fait que s'accroître alors c'est pas tellement les normes c'est le principe de traçabilité qui certes il est nécessaire mais aujourd'hui c'est poussé à l'extrême on a une administration en face de nous on a l'impression qu'on est nourrie à base de papier si vous voyez une exploitation comme la mienne qui est plutôt de taille modérée moi je suis en dessous de la moyenne régionale dans une région où les exploitations sont plutôt petites la quantité de papier et de documents que je dois fournir c'est ubuesque et comme vous l'avez bien dit c'est du temps que je passe pas sur mon exploitation donc du temps que je passe pas à produire donc ça augmente le coût puis j'ai pas choisi ce métier parce que j'ai m'aide derrière un bureau en plus

34:14
Présentateur

Romain Blanchard vous vous revendiquiez il y a 4 ans peut-être vous le faites encore d'une agroécologie pragmatique c'est quoi ce concept ?

34:24
Auditeur

c'est le principe de réalité on va prendre ce qui était très simple dans le Green Deal où on nous oblige grosso modo on avait un objectif de passer en bio parce que c'est le grand truc alors moi je suis en bio en plus donc c'est vraiment le mauvais exemple de la FNSA puisque si on tombe dans les archétypes qui sont suivis par certains auditeurs les stéréotypes

34:41
Présentateur

on est bien là quand même

34:42
Auditeur

c'est terrible c'est terrible on est nombreux en plus comme ça aujourd'hui on nous demande de passer 20 à 30% des surfaces en bio il se trouve que le bio ça fait l'heure de ma part c'est entre 5 et 6% du marché aujourd'hui en France vous comprenez bien qu'il y a un truc qui ne peut pas marcher c'est là où on parle de pragmatisme en fait on produit pour fournir un marché pour nourrir des gens qui sont capables d'acheter notre production

35:05
Présentateur

et vous travaillez aussi en coopérative il faut en parler de mots de cette coopérative ça vous apporte quels avantages au quotidien ?

35:13
Auditeur

alors moi je suis un coopérateur dans l'âme effectivement toutes mes productions en plus sont commercialisées en coopérative ça permet de mutualiser les outils par exemple on va parler de la viticulture moi aujourd'hui je n'ai pas besoin de financer une cave je n'ai pas besoin de me pencher au quotidien sur la commercialisation puisqu'on s'est regroupé à plusieurs agriculteurs d'abord pour financer l'outil aussi pour faire rentrer de la compétence et du savoir-faire avec un maître de chez des cavistes et puis un directeur commercial qui va vendre notre production après c'est-à-dire qu'au lieu d'avoir 17 cas de skate dans lesquels je suis obligé d'être performant pour équilibrer moi je me concentre sur ma production qui est le métier qui me plaît et il y en a d'autres qui peuvent faire une autre facette de notre profession qui est nécessaire pour arriver à gagner notre vie et donc c'est du travail d'équipe

35:57
Présentateur

travail d'équipe Marine Collier il nous reste quelques secondes mais je voudrais dire un mot de votre association Les Voix Agricoles parce que vous êtes en soutien à la profession quelle sorte de soutien vous apportez à ces agriculteurs qui viennent vous voir ?

36:12
Invité

Les Voix Agricoles c'est une jeune association qui s'est créée à partir d'un constat ce qu'on a appris d'une consultation menée par le Shift Project en 2024 c'est que 85% des agriculteurs considèrent que leur point de vue n'est pas représenté dans le débat public tel qu'il se tient aujourd'hui sur l'agriculture parce que ce débat il est très détérioré très polarisé donc nous on vient aider des agriculteurs à prendre la parole dans le débat public pour y porter non pas une parole idéologique une parole d'organisation mais tout simplement un témoignage très connecté à la réalité de terrain c'est une manière pour nous de dépolariser ce débat et donc d'aller vers un nouveau projet politique

36:42
Présentateur

Merci d'être venu le dire ce soir sur l'antenne de France Inter Merci à vous deux le téléphone sonne c'est terminé à suivre l'heure philo de Patricia Martin avec une émission spéciale Masterclass ce soir autour des sujets de philo qui pourraient bien tomber au bac à propos ce soir de la liberté sur France Inter et Patricia sera avec une classe de terminale leur professeur de philo et la philosophe Céline Spector invitée de l'émission l'heure philo ce sera après le flash de 20h Céline Spector

37:11
Locuteur

Céline Spector

Le traité du Mercosur, le bras de fer des agriculteurs français · Pourquijevote