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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 27 novembre 2025 25 minContradictoireActualité / polémiqueDéfenseEurope & internationalSécuritéInstitutions & élections

Guerre en Ukraine : "Les Russes ne feront la paix que sur leurs termes à eux"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:19OuverteRéponse directe

    Un accord de paix est-il à portée de main ?

  • 0:56OuverteRéponse directe

    Les Européens ont-ils réussi à amender le plan de paix américain ?

  • 1:15OuverteRéponse directe

    Est-ce que cette fois, on peut y croire pour la paix en Ukraine ?

  • 3:42OuverteRéponse directe

    Pierre Servan, partagez-vous l'avis de Sylvie Kaufman sur la prudence ?

  • 3:57RelanceRéponse directe

    Vous pensez que le plan de paix débouchera sur rien ?

  • 4:54OuverteRéponse directe

    Quand le Kremlin dit « processus sérieux », c'est quoi ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:03PrésentateurFait
    « Un plan de paix proposé par Donald Trump, écrit sous la dictée, ou presque, de Vladimir Poutine et assorti d'un ultimatum. »
  • 1:46InvitéFait
    « Les Américains, on le sait, Donald Trump veut le prix Nobel de la paix. »
  • 2:18InvitéFait
    « Les Ukrainiens, ils veulent la paix, bien sûr, puisque au bout de quatre ans, pratiquement quatre ans de guerre, ils sont vraiment, ils sont épuisés, ils en ont assez. »
  • 2:30InvitéFait
    « Volodymyr Zelensky, le président, est dans une situation politiquement difficile. »
  • 4:01PrésentateurFait
    « Je pense que ça débouchera sur rien. Ça débouchera sur rien parce que du côté de Moscou, Poutine ne fonctionne que selon un logiciel de rapport de force dominant-dominé. »
  • 4:10PrésentateurFait
    « Il est prêt à accepter une capitulation de l'Ukraine. Mais en dehors d'une capitulation, il n'acceptera rien. »
  • 4:27PrésentateurFait
    « Négocié par un personnage improbable, l'envoyé spécial de Trump, qui est un peu bibifricotin au pays des soviets. »
  • 4:41PrésentateurFait
    « Et surtout, pour Poutine, il est impossible qu'une approche de la paix puisse se traduire par la présence de forces étrangères en Ukraine, qui l'empêcherait de revenir à l'assaut là-dessus. »
  • 5:46PrésentateurFait
    « On a appris par Bloomberg que le document avait été directement fourni par la Russie à Steve Witkoff, le conseiller de Donald Trump. »
  • 5:54PrésentateurFait
    « On a donc une administration américaine qui se comporte comme le télégraphiste du Kremlin. »
  • 8:52InvitéChiffre
    « La version initiale du plan de paix prévoyait une armée ukrainienne réduite à 600 000 hommes, là aujourd'hui, il y en a 800 000, et finalement, ce point a été annulé. »
  • 12:17PrésentateurFait
    « La grande Russie, avec cette grande armée, la deuxième armée du monde, c'est un échec majeur, échec stratégique, puisque Vladimir Poutine est parvenu à élargir l'OTAN, à deux pays supplémentaires qui ont rejoint l'OTAN. »
  • 13:08InvitéChiffre
    « Les forces russes ont pris 1% cette année de territoire. Dans toute l'année, ils n'ont réussi à gagner qu'1% du territoire. »
  • 13:31PrésentateurFait
    « Il a mis en économie de guerre son pays, donc ça, c'est une réalité. »
  • 14:00PrésentateurFait
    « La Russie a été incapable de libérer, entre guillemets, son territoire de la présence ukrainienne et qu'il a fallu faire appel à des soldats nord-coréens pour y parvenir. »
  • 16:47PrésentateurChiffre
    « Vous avez 20% du territoire de ces pays qui sont déjà occupés par les Russes. »
  • 16:53PrésentateurFait
    « Ce sont les pays baltes qui appartiennent à l'OTAN mais compte tenu de la position américaine, du caractère un peu étrange de Donald Trump, la Russie dans une course à l'avant pourrait tenter quelque chose du côté des pays baltes. »
  • 17:35InvitéFait
    « Boris Pistorius dit c'est peut-être le dernier été en paix des Européens. »
  • 19:10InvitéFait
    « On approche de plus en plus de cette situation et c'est là qu'elle est la menace parce qu'elle est quotidienne en Europe. »
  • 20:46PrésentateurFait
    « Les Russes multiplient les intrusions d'avions de drones. »
  • 21:06PrésentateurFait
    « C'est un acte agressif qui ne détruit pas l'avion. »
  • 21:57PrésentateurChiffre
    « Il serait très progressif, ça ne concernerait que quelques milles jusqu'à 50 000 quand c'est pleinement déployé à l'horizon 2035. »
  • 24:06PrésentateurChiffre
    « L'armée professionnelle que nous avons consent au sacrifice du sang, il y a tous les ans des dizaines de soldats français qui sont tués ou blessés. »

Temps de parole

  • Présentateur41 %
  • Invité29 %
  • Invité 213 %
  • Présentateur 212 %
  • Présentateur 34 %
  • ?2 %

0,8 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Il est 8h24 sur France Inter. France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale. Et ce matin avec Benjamin Duhamel, nous consacrons ce grand entretien à la situation en Ukraine où l'histoire semble s'accélérer. On va tenter de comprendre ce qui se joue. Un accord de paix est-il à portée de main ? Vladimir Poutine est-il vraiment prêt à négocier pour nous éclairer ? Deux invités nous ont rejoints, Benjamin.

0:27
Invité

Sylvie Kaufmann, bonjour. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter, éditorialiste au journal Le Monde. Vous êtes spécialiste des questions internationales. Pierre Servan, bonjour. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin. Vous êtes expert en questions militaires, colonel de réserve et journaliste au groupe TF1-LCI.

0:45
Présentateur

Et n'hésitez pas, chers auditeurs, rappelez-nous au 01 45 24 7000 ou sur l'application Radio France. Pour commencer, il faut rappeler ce qui s'est passé ces derniers jours. Un plan de paix proposé par Donald Trump, écrit sous la dictée, ou presque, de Vladimir Poutine et assorti d'un ultimatum. Les Européens qui réussissent à l'amender, ce plan, pour qu'il soit plus favorable à Kiev et à l'Ukraine. Les pourparlers se poursuivent. Le Kremlin, hier, a parlé d'un processus sérieux. Alors, après bientôt quatre ans de guerre, Sylvie Kaufman, est-ce que cette fois, on peut y croire ?

1:20
Invité

Je crois qu'il faut rester très prudent. Pour l'instant, on ne voit pas exactement où cela va. Il y aura Steve Witkoff, l'émissaire de Donald Trump, qui doit aller à Moscou la semaine prochaine pour parler avec Poutine. Donc, on en saura peut-être plus à ce moment-là. Mais je crois qu'il faut regarder lucidement où sont les intérêts des uns et des autres dans cette négociation. C'est-à-dire, les Américains, on le sait, Donald Trump veut le prix Nobel de la paix. Il pense avoir réussi un plan de paix au Moyen-Orient, entre Israël et Gaza. Et sur sa lancée, il veut absolument essayer de trouver, de mettre fin à cette guerre, cette situation en Ukraine qui lui résiste depuis dix mois, en fait.

Puisqu'il avait dit déjà pendant la campagne électorale qu'il voulait résoudre ce conflit. Donc, ça, c'est l'intérêt des Américains d'aller vite. Les Ukrainiens, ils veulent la paix, bien sûr, puisque au bout de quatre ans, pratiquement quatre ans de guerre, ils sont vraiment, ils sont épuisés, ils en ont assez. Mais ils ne veulent pas la paix à n'importe quel prix. Et les sondages le montrent. Volodymyr Zelensky, le président, est dans une situation politiquement difficile. Il est fragilisé par une grosse affaire de corruption. Et sur le plan, sur le front militaire, les choses sont difficiles aussi. Mais il faut, je crois que les... Pierre Servan nous en dira certainement plus.

Mais ce que j'entends, moi, c'est que le front n'est pas en train de s'effondrer. Donc, ils ne sont pas tenus dans une position où ils devraient capituler. Les Européens, c'est un moment crucial pour les Européens, parce qu'ils ont été tenus en dehors de la préparation de ce plan de paix entre Russes et Américains. Et ils ont réussi, comme vous l'avez dit, à s'imposer d'une certaine manière. Mais je dirais qu'ils sont quand même un peu sur un strapontin encore. Et enfin, les Russes, c'est là la grande question, je crois. Et ce qu'on voit, c'est vrai, c'est que pour l'instant, la Russie et Vladimir Poutine ne donnent aucun signe de vouloir négocier ou arriver parvenir à la paix.

Négocier, oui, mais vraiment faire la paix, ils le feront cisser sur leurs termes à eux. Et on va décortiquer tout au long de ce grand entretien les intérêts, les positions des uns et des autres. Pierre Servan, est-ce que vous partagez l'avis de Sylvie Kaufman ? C'est-à-dire, certes, une forme d'accélération des prises de position des uns et des autres de la Maison Blanche du Kremlin. Mais pour autant, une nécessité de prudence sur l'analyse que l'on fait de ces avancées.

3:56
Présentateur

Oui, grande prudence. Et je serai même un peu plus catégorique. Je pense que ça débouchera sur rien. Ça débouchera sur rien parce que du côté de Moscou, Poutine ne fonctionne que selon un logiciel de rapport de force dominant-dominé. Donc, il est prêt à accepter une capitulation de l'Ukraine. Mais en dehors d'une capitulation, il n'acceptera rien. Donc, c'était un peu ce qui était contenu dans le premier plan, dont on a beaucoup dit que, littéralement et psychologiquement, il était traduit du russe mal vers l'anglais, qui est une véritable réalité. Négocié par un personnage improbable, l'envoyé spécial de Trump, qui est un peu bibifricotin au pays des soviets.

C'est ce qu'ont révélé les dernières écoutes sur ces conversations avec un de ces homologues russes. Donc, ça ne bougera pas. Et surtout, pour Poutine, il est impossible qu'une approche de la paix puisse se traduire par la présence de forces étrangères en Ukraine,

4:51
Invité

qui l'empêcherait de revenir à l'assaut là-dessus. Juste quand le Kremlin dit « processus sérieux », c'est quoi ? C'est juste pour donner des gages à Donald Trump et ne pas le braquer ?

4:58
Présentateur

Exactement, puisque, à travers les échanges qui ont été révélés avec l'envoyé spécial américain, celui-ci a bien expliqué ce qui fait plaisir à Donald Trump. Donc, le Kremlin, ils ont la diplomatie soviétique, la diplomatie russe a une longue ancienneté. Ils savent très bien ce qu'il faut dire pour faire plaisir à Trump. Ça ne débouchera pas. Et je termine en disant, regardez, en quatre ans, et notamment presque une année de mandat de Trump, il a été impossible de déboucher sur un « cessez-le-feu ». C'est-à-dire que c'est vraiment le minimum, minimorum, qui avait été accepté par les Ukrainiens, le « cessez-le-feu » américain. Aucune acceptation, pas d'armistice.

Et donc, il y aura encore moins de traités de paix, qui représentent, si vous voulez, la marche la plus haute. Alors, on va revenir sur l'origine de ce plan en 28 points proposé par les États-Unis. On a appris par Bloomberg que le document avait été directement fourni par la Russie à Steve Witkoff, le conseiller de Donald Trump. On a donc une administration américaine qui se comporte comme le télégraphiste du Kremlin.

5:59
Invité

C'est un peu le doute qu'on a depuis le début dans cette affaire. Enfin, depuis que Trump est revenu à la Maison-Blanche, c'est que, et c'est ça la hantise des Européens, c'est de voir que Washington s'aligne sur Moscou et Donald Trump s'aligne sur les positions de Vladimir Poutine. Et le jeu des Européens est en permanence, depuis dix mois, d'aller à Washington ou d'aller vers les Américains et de les rattraper par le col, si je puis dire, pour essayer de les ramener vers leur position à eux et à celles de l'Ukraine. Donc, c'est ce à quoi on assiste aujourd'hui.

Mais là, effectivement, cette conversation entre Witkoff et Ushakov, le conseiller diplomatique de Poutine, qui a été révélé par Bloomberg, est terrible. Enfin, on voit bien à quel point, là, l'émissaire de Trump, se met au service de Poutine, finalement.

6:46
Présentateur

Alors, vous parliez des Européens précisément grâce aux Européens. C'est une autre version qui est négociée. Kiev accepte les principes de ce nouveau plan de paix. Mais on ne sait pas bien ce qu'il y a dedans. Qu'est-ce qu'on sait du contenu des discussions aujourd'hui ?

7:03
Invité

Alors, ce qu'on sait, c'est ce qu'ont obtenu la coalition des volontaires dans cette réunion qui a eu mardi en visio. Donc, coalition des volontaires, 35 pays, dirigés par la France et la Grande-Bretagne, en soutien de l'Ukraine. Et à cette réunion, ce qui est intéressant, c'est qu'ont participé Marco Rubio, donc les Etats-Unis étaient représentés, et Volodymyr Zelensky. Marco Rubio, qui est considéré comme étant sans doute le plus amène vis-à-vis des Ukrainiens dans toute l'administration. Oui, l'adulte dans la salle. L'adulte dans la pièce, oui, voilà. Il y en a encore un, apparemment. Le problème étant, évidemment, qui parle pour qui à Washington ?

Parce que vous avez Rubio, vous avez Witkoff, vous avez J. Divin.

7:45
Présentateur

Alors, Rubio qui est le secrétaire d'État,

7:47
Invité

et conseiller à la Sécurité Nationale, et qui représente un peu les républicains classiques, c'est-à-dire qui sont conscients de ce que représente la Russie, de la menace russe, voilà. Mais dont le rôle est supplanté par les conseillers spéciaux de Donald Trump ? Voilà, quel est son pouvoir auprès de Witkoff ? Finalement, c'est le dernier qui parle dans le bureau ovale, et c'est Trump qui tranchera. Donc, vous vous souvenez de la formule de Kissinger sur l'Europe ? Quel est le numéro de téléphone pour l'Europe ? On pourrait presque retourner le compliment aujourd'hui aux États-Unis, et dire, mais quel est le numéro de téléphone pour Washington ?

Pierre Servant, toujours pour essayer de comprendre le contenu d'un éventuel plan de paix. En fait, ce qui continue de poser problème, les deux éléments principaux, c'est la question des concessions territoriales, et la question de ce qu'on appelle, effectivement, vous en parliez il y a quelques instants, des garanties de sécurité, c'est-à-dire, quel trou pour maintenir une éventuelle paix après un éventuel cessez-le-feu ? Et là-dessus, on a du mal à voir comment il pourrait y avoir la moindre jonction.

Il y a eu un débat sur le nombre des troupes ukrainiennes, la version initiale du plan de paix prévoyait une armée ukrainienne réduite à 600 000 hommes, là aujourd'hui, il y en a 800 000, et finalement, ce point a été annulé. Mais sur ces deux éléments, concession territoriale et garantie de sécurité, il n'y a pas de jonction possible entre les parties ukrainiennes et les parties russes.

9:04
Présentateur

Vous avez complètement raison, c'est pour ça que je pense qu'on va encore avoir une déception totale derrière, les Russes vont trouver un artifice pour essayer de faire porter le chapeau de l'échec sur les Ukrainiens, mais il y a une incompatibilité totale. Il faut redire, encore une fois, quel est le projet de Vladimir Poutine. Ce n'est pas un projet territorial. Le Donbass, il s'en fout. D'abord, ce sont des ruines, la partie qui n'est pas détruite, ce sont des industries extrêmement anciennes avec des populations âgées qui sont shootées à la télévision russe.

Vladimir Poutine a un projet promettéen qui est idéologique, qui est religieux, qui est de réunir les trois icônes saintes de la Russie, la Biélorussie, la Russie et l'Ukraine. Donc c'est le projet de sa vie, c'est pour ça qu'il espère bien, avec Xi Jinping, atteindre l'immortalité par quelques transformations pour atteindre son objectif. Donc il faut bien voir ça. Il faut arrêter, nous en Occident, de nous gratter le nombril en projetant nos envies démocratiques, en disant, mais c'est horrible cette guerre, il faut la paix. Non, il faut bien prendre la conscience du projet de Vladimir Poutine pour ne pas gamberger sur des hypothèses fallacieuses.

10:12
Invité

Vous parlez, Pierre Savant, des Occidentaux, des Européens. Il faut dire que celui qui est plutôt pas optimiste sur la situation, c'est le président de la République parce qu'au moment où la Maison-Blanche disait qu'il y a des progrès qui sont faits, où les uns et les autres considéraient qu'il y avait un certain nombre d'avancées, lui, Emmanuel Macron, continue de dire, de toute façon, Vladimir Poutine ne veut pas la paix, n'est pas favorable à un cessez-le-feu. C'est lui qui, parmi les Européens, est sur une ligne de lucidité vis-à-vis de la situation ? Oui, il est lucide et très réaliste et c'est vrai qu'il le répète en permanence maintenant mais il est suivi en ça par...

Enfin, il est suivi, il est sur la même ligne que Friedrich Merz, le chancelier allemand, et Kirst Armer, le premier ministre britannique. Il y a quand même ce trio européen, Allemagne, France, Grande-Bretagne, qui mène les pourparlers, qui mène aussi la coalition des volontaires et qui est alignée sur cette position et très très lucide sur les ambitions russes et le projet que vient de décrire Pierre.

11:16
Présentateur

Il faut qu'on fasse un point sur l'état du front, sur l'état de difficulté des troupes ukrainiennes, sur la Russie qui pourrait prendre la ville stratégique de Pokrovsk. Comment ça se passe, Pierre Servan ? On en est où ? Est-ce que l'Ukraine est si en difficulté qu'on le dit ? Alors, elle est en difficulté, ça rappelle un peu ce qui s'était passé pour la ville de Barmout, il y a déjà un certain temps. À l'époque, Evgeny Prigogine, le patron de Wagner, avait promis à Vladimir Poutine de lui apporter la ville sur un plateau au bout d'un mois, un mois et demi. Ça a mis plus d'un an.

On a un peu la répétition à Pokrovsk, avec des pertes russes considérables, une adaptation des russes au terrain, avec des infiltrations de troupes dispersées, montées sur motos, sur quads, etc. Donc, la ville est quasiment encerclée. En même temps, les Ukrainiens arrivent arrivent à frapper dans la profondeur russe, c'est-à-dire sur les arrières du dispositif, mais c'est une vraie difficulté.

Maintenant, quand on élargit la focale sur quatre ans de guerre, la grande Russie, avec cette grande armée, la deuxième armée du monde, c'est un échec majeur, échec stratégique, puisque Vladimir Poutine est parvenu à élargir l'OTAN, à deux pays supplémentaires qui ont rejoint l'OTAN, et échec tactique sur le terrain, notamment parce que vous voyez bien la politique de Poutine pour compenser ses faiblesses territoriales, cette difficulté militaire, consiste à nous faire peur avec le nucléaire et annoncer des armements nouveaux tous les quinze jours, tous les quatre matins. Or, on ne voit pas du tout d'effet sur le terrain de dévastation de la ligne de front ukrainienne.

Les Ukrainiens encaissent, c'est difficile, il y a des pertes, mais encore une fois, il y a une divergence entre le discours et la réalité du terrain qui n'est pas catastrophique, même si les Ukrainiens, je veux dire, subissent des coups difficiles.

13:07
Invité

Les Russes ont pris, les forces russes ont pris 1% cette année de territoire. Dans toute l'année, ils n'ont réussi à gagner qu'1% du territoire.

13:14
Présentateur

Alors, pour autant, les pertes sont nombreuses, on est à bientôt quatre ans de guerre, il y a des sanctions économiques, et on a l'impression que ça pourrait durer comme ça éternellement. Vladimir Poutine, il a les moyens encore de faire durer cette guerre très longtemps ? Alors, il essaie de se mettre en... Il a mis en économie de guerre son pays, donc ça, c'est une réalité. Mais vous voyez bien à travers des détails que le recrutement pose problème, puisqu'il y a une loi, un décret qui vient de passer qui oblige des étrangers qui viendraient en Russie demander un permis de séjour ou a fortiori la nationalité russe.

Ils vont être obligés, même ceux qui demandent un permis de séjour, eh bien, de faire un temps dans l'armée. Voilà, donc vous avez également les Nord-Coréens. Rappelez-vous quand même que la Russie a été incapable de libérer, entre guillemets, son territoire de la présence ukrainienne et qu'il a fallu faire appel à des soldats nord-coréens pour y parvenir. Donc, quand on rentre dans le détail, vous voyez que c'est un pays qui est engagé. Le régime de Poutine se nourrit de la guerre. L'économie est totalement tournée vers l'effort de guerre. Ça ne veut pas dire qu'année après année, il ne va pas accumuler une masse.

C'est pour ça, d'ailleurs, que les Européens essayent de se mettre en ordre de bataille. Mais, encore une fois, les résultats ne sont pas là sur le terrain.

14:31
Invité

Sylvie Kofman, un mot et on parlera dans un instant, bien sûr, de la menace russe pour l'Europe. En France, les débats qu'il y a autour des déclarations du chef d'état-major des armées, également de la volonté d'Emmanuel Macron de mettre en place un service militaire volontaire. On a parlé de la Russie, de cette économie de guerre, la situation en Ukraine et les accusations de corruption qu'il y a autour du gouvernement de Volodymyr Zelensky. Ça, c'est un élément de fragilisation pour le président ukrainien qui est, si ce n'est une nouvelle donne, du moins une donne plus aiguë qu'elle n'était il y a quelques mois. Oui, bien sûr, ça le met en situation difficile.

Il faut voir aussi que l'Ukraine, finalement, est une démocratie. Contrairement à la Russie, c'est une démocratie et c'est un pays où la mentalité démocratique est très bien implantée maintenant. Et donc, on a une situation où, à cause de la guerre, on ne peut pas organiser d'élections. Et je crois qu'il y a un consensus en Ukraine là-dessus sur le fait que c'est impossible dans la situation actuelle d'organiser des élections qui seraient légitimes. Et donc, le président et le parlement auraient dû être soumis à une réélection il y a déjà plus d'un an. Donc, on est un peu à la fin d'un cycle politique et ça, ça pèse.

Ça pèse pour l'opinion publique, ça pèse pour le président et son entourage. Et donc, ces affaires de corruption, en effet, l'Ukraine n'a pas réussi à vaincre cette corruption endémique depuis longtemps. Et donc, tout ça place Volodymyr Zelensky dans une situation assez compliquée vis-à-vis de ses concitoyens. En même temps, il n'y a pas d'alternative évidente pour l'instant. Donc, il faut qu'il fasse avec.

16:08
Présentateur

Alors, on essaie de comprendre ce qui se passe ce matin et on a une question de Michel sur l'appli Radio France qui nous dit la chose suivante. Je voudrais qu'on nous explique quelles sont exactement les menaces de la Russie sur la France et pourquoi l'Europe est en danger si l'Ukraine plie. Qui veut répondre ? Moi, je veux bien essayer de répondre.

Ça fait déjà plusieurs mois que les services de renseignement occidentaux, allemands, français, j'étais en contact avec la DGSE là-dessus, disent Poutine, s'il parvient à vaincre l'Ukraine, pourrait être tenté, d'ailleurs, même avant de vaincre l'Ukraine, de pousser ses pions en Georgie, en Moldavie, vous avez 20% du territoire de ces pays qui sont déjà occupés par les Russes et ce que les Russes analysent comme point faible, ce sont les pays baltes qui appartiennent à l'OTAN mais compte tenu de la position américaine, du caractère un peu étrange de Donald Trump, la Russie dans une course à l'avant pourrait tenter quelque chose du côté des pays baltes. Donc, Etuanie, Estonie, Létonie.

Exactement, et là, c'est l'Europe, l'Union Européenne, les pays d'OTAN qui seraient directement menacés. Alors, la France ne le serait pas directement, on a une puissance nucléaire ce qui pose un problème à Poutine mais dans ce cas de figure-là, les Européens pourraient être amenés à se porter vers l'Est pour apporter du secours

17:28
Invité

à ces pays-là. Avec des phrases qui ont frappé quand le ministre de la Défense allemand Sylvie Kaufmann qui s'appelle Boris Pistorius dit c'est peut-être le dernier été en paix des Européens. Est-ce que c'est un propos excessif pour alerter ou est-ce que c'est sincèrement quelque chose d'envisageable se dire que nous avons passé nous Européens le dernier été en paix ? Si vous voulez, ça dépend de ce qu'on appelle la paix et ce qu'on appelle la guerre. J'étais la semaine dernière en Lituanie. Je peux vous dire que là-bas, l'atmosphère est totalement différente. La perception de la menace elle est réelle c'est-à-dire qu'il y a sans arrêt ce qu'on appelle la guerre hybride.

C'est compliqué peut-être en France de comprendre exactement ce que c'est que la guerre hybride. Quand vous êtes dans les Pays-Baltes ou même en Pologne vous vous rendez compte qu'il y a sans arrêt des histoires de drones des histoires de sabotage des attaques cyber mais c'est permanent. Ils sont obligés de s'organiser avec des centres de management de crise avec des gens de l'OTAN qui viennent les aider. Et c'est l'Europe c'est l'Union Européenne et c'est l'OTAN.

Donc à quel moment la question va se poser assez rapidement parce que des cyberattaques on en a aussi beaucoup des sabotages on en voit de plus en plus les câbles sous-marins en mer la manipulation des élections les campagnes de désinformation et donc à un moment la question va se poser à partir de quand un incident de guerre hybride est une véritable attaque contre un pays de l'OTAN à partir de quel stade de gravité est-ce que c'est quand il y a des victimes humaines est-ce que c'est quand un appareil entier administratif est empêché de fonctionner parce que des hôpitaux voilà je crois qu'on approche de plus en plus de cette situation et c'est là qu'elle est la menace parce qu'elle est quotidienne en Europe.

19:14
Présentateur

Alors nous avons au standard Noël bonjour bienvenue Noël vous avez une question à poser sur le conflit la Russie et les Européens Oui bonjour l'équipe de France Inter bonjour aux invités ma question concerne l'OTAN qui joue la montre et surtout à qui sert la montre d'un côté ce que je comprends ce que je vois c'est que les Russes misent sur l'usure l'épuisement des Ukrainiens au bout de bientôt 4 ans de guerre et de l'autre les Européens qui eux ont un défi c'est de pouvoir supplé au désengagement plus ou moins plus ou moins réel de la part des USA et donc ils ont besoin de temps les Européens pour pouvoir s'organiser pour pouvoir être en mesure de soutenir les Ukrainiens militaires économiquement de se mettre en ordre de marche merci merci Noël Pierre Perdon oui effectivement il y a une course contre la montre et en fait il faut que les Européens se préparent à remplacer les Américains car c'est une option qui est possible Trump peut avoir des sautes d'humeur il a déjà interrompu les livraisons d'armes à certains moments donc c'est le grand défi des Européens de se préparer à cela et il faut rappeler Sylvie a très bien résumé la situation sur les menaces hybrides les attaques et depuis plusieurs mois les Russes multiplient les intrusions d'avions de drones vous avez également les Britanniques qui ont eu des incidents avec un bateau espion russe ce bateau espion russe qui a été survolé par des avions de la Rueur des Air Force ces avions ont été illuminés par un faisceau laser c'est à dire c'est un acte agressif qui ne détruit pas l'avion donc vous avez une multiplication des activités d'espionnage

21:12
Invité

avec encore hier des mises en examen d'espions présumés en France

21:15
Présentateur

des assassinats ciblés également conduits par des services russes et donc tout ça signe une réalité qu'il faut dire nous ne sommes pas en guerre avec la Russie avec le peuple russe mais je considère que les Européens et la France notamment parce que nous sommes en pointe nous sommes dans une situation d'état de guerre avec le régime du Kremlin c'est ça la réalité et c'est dans ce contexte qu'Emmanuel Macron va préciser aujourd'hui les contours de ce nouveau service militaire volontaire qu'est-ce que vous en dites de ça c'est vraiment utile oui je pense que ça va dans le bon sens il serait très progressif ça ne concernerait que quelques milles jusqu'à 50 000 quand c'est pleinement déployé à l'horizon 2035 vous savez il y a une phrase célèbre de Thucydide on savait toujours bien de placer Thucydide stratège athénien au 5ème siècle avant Jésus-Christ qui dit la force d'une cité ne réside pas dans ses remparts ou ses vaisseaux mais dans le caractère du peuple et donc l'idée du président Macron qui est ancienne moi je l'avais déjà entendu comme candidat en 2016 évoquer la possibilité d'offrir un engagement militaire ou civico-militaire qui vient aussi après l'échec du service national universel voilà exactement donc il continue dans cette idée et c'est ce que le président Macron appelle la force d'âme c'est-à-dire que dans la stratégie de Poutine il évalue en permanence nos divisions le nombre de somnambules en France de gens qui ne veulent pas voir la réalité on en a eu d'une palanquée après les déclarations du général Mandon et donc le service militaire pourrait volontaire pourrait apporter donc une masse de jeunes qui veulent s'engager dans ce sens-là et qui pourrait soulager l'armée d'actifs

23:02
Invité

sur le territoire national le général Mandon chef d'état-major des armées qui pour rappel avait dit devant les maires de France qu'il fallait que la France accepte de perdre des enfants Pierre Servant comment est-ce que vous avez jugé cette polémique ce débat ? Il y avait hier à ce micro l'ex-présidente de Géorgie Salomé Zourabijvili qui disait il a raison parce que oui il faut de la lucidité quand on est effectivement dans cet état de risque conflictuel à horizon de quelques années face à la Russie

23:30
Présentateur

oui je pense que la France est un pays formidable plein de qualité plein de talent on a un très gros défaut c'est l'insouciance ça nous a coûté très très cher en 1870 en 1914 en 1940 l'insouciance et donc il y a en France une forme d'insouciance que je trouve assez coupable de la part d'un certain nombre de responsables politiques qui jouent des jeux tactiques plutôt que de voir la réalité et donc les propos du général Mandon étaient tout à fait cohérents pertinents et il rappelait aussi une réalité c'est que l'armée professionnelle que nous avons consent au sacrifice du sang il y a tous les ans des dizaines de soldats français qui sont tués ou blessés et ce sont des enfants de France ne sont pas des personnes étrangères parce qu'elles appartiennent à une armée professionnelle et c'est cela que le général Mandon voulait rappeler donc c'est assez cohérent pour moi avec l'annonce que pourrait faire le président de la République fera le président de la République cet après-midi sur un service militaire volontaire qui montera en gamme progressivement il s'agit comment dirais-je pour ne pas céder à la peur à toutes les actions indirectes du régime poutinien justement de se renforcer d'être lucide et de redonner à la citoyenneté un élément fondamental qui est l'engagement alors militaire pour certains derrière le service militaire volontaire moi je vois surtout moi qui étais colonel de réserve pendant longtemps dans la réserve opérationnelle la réserve opérationnelle permettre aussi que cet apprentissage militaire pour dix mois puisse déboucher sur la réserve opérationnelle merci merci Pierre Servan merci Sylvie Kaufman d'avoir été dans notre studio ce matin pour nous aider à comprendre ce qui est en train de se passer merci

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Locuteur

Sous-titrage ST' 501