Conférence de presse du Président Emmanuel Macron à l’issue du G20 à Rome.
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 85 %Attaque 5 %Défensif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 30:01RelanceRéponse directe
Le communiqué final ne fixe pas de calendrier pour l'abandon des centrales à charbon. Cet objectif de 1,5°C n'est-il pas inatteignable ?
- 33:20OuverteRéponse directe
Avez-vous décidé avec Boris Johnson une désescalade sur les tensions liées aux licences de pêche ?
- 36:40OuverteRéponse directe
La France est-elle suffisamment soutenue par l'UE sur les contentieux avec le Royaume-Uni ?
- 41:40RelanceRéponse directe
La balle est-elle dans le camp du Royaume-Uni ou de la France concernant l'ultimatum sur les licences de pêche ?
- 45:00OuverteRéponse directe
Peut-on parler d'un succès de la présidence italienne du G20 ?
- 48:20OuverteRéponse directe
Quelles sont les avancées de l'agenda Indo-Pacifique et le rôle du Japon ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 5:00Emmanuel MacronFait
« Nous avons d'abord tous convergé sur la nécessité d'avoir une coordination étroite entre pays producteurs et consommateurs sur les sujets d'énergie. »
- 7:30Emmanuel MacronChiffre
« C'est un résultat historique, celui qui permet une taxation juste, 15 % a minima, des multinationales et des grandes plateformes du numérique. »
- 12:30Emmanuel MacronChiffre
« La France a fixé l'étalon à 20 % de réallocation de nos propres droits de tirage spéciaux. »
- 17:30Emmanuel MacronChiffre
« L'Union européenne a produit deux milliards de doses. Elle en a produit la moitié pour elle-même, et exporté l'autre moitié. »
- 20:00Emmanuel MacronChiffre
« L'Afrique représente 20 % des besoins de vaccination, pour cette pandémie comme pour toute autre. Elle a aujourd'hui 2 % des capacités de production. »
- 25:00Emmanuel MacronFait
« Les États-Unis sont revenus dans le club et ont réadhéré aux Accords de Paris, et la Russie et la Turquie ont ratifié cet accord. »
- 27:30Emmanuel MacronChiffre
« Le rapport remis par l'OCDE montre que nous arriverons aux 100 milliards de finance climat en 2023. »
- 30:00Emmanuel MacronChiffre
« L'Europe est au rendez-vous de ses engagements. Avec plus de 25 milliards d'euros par an, nous sommes au rendez-vous des engagements que nous avions pris. »
- 33:20Emmanuel MacronChiffre
« La France est au rendez-vous de ses engagements avec 7 milliards de dollars par an. »
- 36:40Emmanuel MacronFait
« La France est un pays qui a une grande histoire avec le Royaume-Uni, et qui, à côté de cette histoire, a une géographie, nous sommes le pays le plus proche du Royaume-Uni. »
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Bonjour, Mesdames, Messieurs ! Je suis heureux de vous retrouver à l'issue de ce G20. Je veux avant toute chose remercier l'Italie pour son accueil et l'organisation de ce sommet, remercier Mario Draghi qui a présidé nos travaux, pour son efficacité et sa parfaite organisation, remercier aussi les habitants de Rome pour leur accueil si chaleureux à l'occasion de ce G20.
Rien n'était écrit d'avance, et je crois pouvoir dire que ce G20 a témoigné de son utilité malgré une sortie du Covid qui rendait une partie des débats difficiles, avec plusieurs de nos collègues à distance, malgré le contexte que nous connaissons et beaucoup de divisions ou de divergences qui étaient là. Ce G20 a permis d'obtenir véritablement des résultats et de marquer une étape que je crois structurante dans ce que j'ai voulu défendre et souvent appelé ce multilatéralisme efficace. Premièrement, sur le cœur du métier du G20, à savoir la relance de l'économie mondiale dans le contexte que nous connaissons, et une relance plus juste, plusieurs résultats ont été obtenus.
Nous avons d'abord tous convergé sur la nécessité d'avoir une coordination étroite entre pays producteurs et consommateurs sur les sujets d'énergie. Je crois que le consensus s'est établi sur le fait que, à la fois la forte augmentation et la volatilité des prix, qu'il s'agisse du gaz comme du pétrole, sont de nature aujourd'hui à fragiliser la reprise et la croissance mondiale. Donc il a été acté une nécessité de se coordonner entre États producteurs et États consommateurs à très court terme.
C'est un élément clé aujourd'hui pour éviter toute tension excessive. C'est la même chose que nous avons actée sur plusieurs composants dans le secteur industriel en particulier. Nous y travaillons ardemment.
En plus de ces initiatives, il y a évidemment tout ce que nous faisons au niveau européen et au niveau national. Deuxième élément, et c'est pour moi l'un des résultats les plus structurants de ce G20, nous avons confirmé l'accord qui avait été obtenu au niveau des ministres des Finances sur la fiscalité. En effet, c'est un résultat historique, celui qui permet une taxation juste, 15 % a minima, des multinationales et des grandes plateformes du numérique, ce qui, pour nos concitoyens, était une attente forte.
Et ici, je tiens vraiment à souligner ce résultat très concret. D'abord, parce qu'il est le fruit d'un travail et d'un combat que la France mène depuis quatre ans, d'un combat qui nous a parfois valu des rétorsions. Je pense en particulier aux viticulteurs français, qui ont eu à subir l'ire de la précédente administration américaine et des mesures de rétorsion à cause de cela.
Et là où nous avions d'abord voulu bâtir un accord européen, où nous avait été opposée la nécessité d'un accord au niveau de l'OCDE, cet accord est maintenant obtenu, le G20 l'a endossé. Ce qui nous permettra de le traduire concrètement, sur le premier pilier par une convention OCDE durant l'année 22 et une mise en œuvre à partir du 1er janvier 2023, et sur le deuxième pilier par une directive européenne qui sera soumise par la Commission européenne dans les prochaines semaines, dont nous ferons tout pour qu'elle puisse être parachevée sous la présidence française. Nous sommes donc bien au temps des avancées et du concret, ce ne sont plus des mots et des déclarations.
Nous avons réussi à convaincre tout le monde et à bâtir un accord sur cette taxation juste et minimale, ce qui est à mes yeux un très grand changement. De la même manière, nos travaux ont aussi permis de venir à bout de désaccords que nous avions sur en particulier l'acier et l'aluminium, et de démanteler les tarifs qui avaient été mis en place par les États-Unis d'Amérique sur l'Europe, ce qui est aussi un point important de la pacification des relations, de l'amélioration du lien transatlantique sur ce sujet. Enfin, sur ce premier volet qui est celui de l'économie mondiale, ce G20 a permis de mettre en œuvre ce qui était là aussi au cœur de l'agenda français pour une reprise économique plus juste : la question d'un financement solidaire de la relance mondiale et de la réallocation des droits de tirage spéciaux vers les pays les plus pauvres ou à revenu intermédiaire, et en particulier les pays africains.
Il y a un an presque jour pour jour, lors du Forum de Paris pour la Paix, la France, avec plusieurs autres États amis, avait, avec la directrice générale du FMI, lancé cette idée que nous puissions émettre des droits de tirage spéciaux pour pouvoir accroître le financement des pays qui en avaient le plus besoin. Ce sont donc 650 milliards. Cet accord s'est cristallisé avec la nouvelle administration américaine.
Le 18 mai dernier, à Paris, alors que ces 650 milliards étaient confirmés, nous avons plaidé pour qu'il y ait une réallocation des droits de tirage spéciaux permettant d'atteindre 100 milliards de droits de tirage spéciaux vers l'Afrique, parce que la clé de répartition normale ne donnait qu'une vingtaine de milliards après effort 33 milliards au continent africain. Là où nous étions, il faut bien le dire, quelques rares à le demander au mois de mai dernier, le travail de ces derniers mois a permis de consacrer aujourd'hui un accord des pays du G20 pour qu'il y ait plus de 100 milliards qui aillent vers l'Afrique grâce à cette réallocation. La France a fixé l'étalon à 20 % de réallocation de nos propres droits de tirage spéciaux, ainsi suivie par les Américains, les Britanniques, les Italiens et d'autres pays, qui se sont engagés à contribuer.
C'est une avancée majeure, parce que c'est un élément de contribution au financement des économies africaines dans le contexte que nous connaissons. Je rappelle que la Banque mondiale a établi le besoin de financement des économies africaines de 2020 à 2025 à environ 300 milliards de dollars. Nous faisons avec cela le tiers de l'effort.
Ce n'est donc pas pour solde de tout compte, mais c'est une contribution essentielle dans un paysage où nous n'étions pas au rendez-vous des résultats. Je tiens à dire ici que cette réallocation de nos droits de tirage spéciaux est additionnelle et supplémentaire à tout ce qui est fait par ailleurs en matière climatique. La deuxième grande priorité, et pour moi le sujet d'avancée de ce G20, est en matière de santé.
Nous savons que seule la coopération permet de vaincre véritablement la pandémie, et nous avons consolidé plusieurs avancées lors de ce G20, d'abord par un accord pour que les États partagent de manière transparente les informations sur le partage et la livraison de doses. La France plaide depuis plusieurs mois, vous le savez, pour que nous nous concentrions sur le nombre de doses livrées et son juste suivi en fonction des besoins, et ne pas substituer ce débat par l'accumulation de milliards dont on ne connait ni le rythme ni les finalités. C'est nécessaire pour tenir nos objectifs de vaccination à l'échelle internationale, et surtout pour être au rendez-vous des besoins de nos partenaires africains.
Sur ce volet, le G20 a acté ce mécanisme de transparence indispensable, et je veux ici dire que l'Europe est exemplaire, mais que la France est au rendez-vous de ses objectifs, qui ne sont donc pas que des mots. La France s'était engagée il y a six mois, je vous le rappelle, à donner 60 millions de doses. J'avais ensuite, il y a quelques mois, augmenté cet engagement en disant : Nous donnerons 60 millions de doses d'ici la fin de l'année 2021, et 120 millions de doses d'ici juin 2022.
Je peux vous dire qu'aujourd'hui, nous sommes au rendez-vous, et même en avance sur ces engagements, puisqu'au moment où je vous parle, la France a donné au mécanisme COVAX 67 millions de doses, ce qui signifie maintenant que pour certaines, un peu plus de 20 millions, ces doses soit ont déjà été distribuées et vaccinées, soit sont en cours d'acheminement. Pour tout le reste, c'est une discussion entre les laboratoires et COVAX. Mais le transfert, si je puis dire, de propriété a été acté entre la France et le mécanisme COVAX : 67 millions de doses.
Et nous le compléterons évidemment sur le début de l'année 2022 pour être au rendez-vous de nos autres objectifs. Si tous les pays du G20 font comme la France, c'est-à-dire qu'un habitant donne une dose au mécanisme COVAX, alors nous serons en capacité de tenir nos objectifs de vaccination pour la fin de l'année 2021. Le deuxième élément clé en matière de lutte contre la pandémie est évidemment la levée des restrictions à l'export.
En effet, durant toute la crise, nous avons vu que des mécanismes de restrictions à l'export avaient ou bloqué la production de certains États membres, ou bloqué la juste distribution vers des pays, en particulier des pays en voie de développement ou à revenu intermédiaire, qui en avaient besoin. Á cet égard, je veux également rappeler la fierté que nous pouvons avoir en tant qu'Européens. L'Europe est le seul continent au monde qui n'a jamais procédé à ces restrictions à l'export.
Au moment où je vous parle, l'Union européenne a produit deux milliards de doses. Elle en a produit la moitié pour elle-même, et exporté l'autre moitié. Aucun autre ne peut plaider un tel bilan.
Il est donc absolument important de continuer sur cette voie et de lutter contre tous les mécanismes qui ont pu entraver la bonne avancée de notre lutte contre l'épidémie durant les mois précédents, et en particulier de renforcer le rôle de l'Organisation mondiale du commerce et de l'Organisation mondiale de la santé à ce titre. Le troisième élément clé en matière de vaccins, c'est évidemment de poursuivre notre impulsion pour aider à produire davantage de vaccins dans les pays à revenu intermédiaire et les pays les plus pauvres pour permettre une vaccination plus rapide et plus efficace. C'est complémentaire, c'est absolument nécessaire.
Ça ne se substitue pas, parce qu'on sait que, même si on accélère cette production, elle prendra plusieurs mois, parfois plusieurs années, et elle ne peut répondre à l'urgence de la politique vaccinale, sur le continent africain en particulier. Cette stratégie, c'est celle que nous avons lancée au printemps dernier au Rwanda et en Afrique du Sud, dans des déplacements que j'y avais effectués, et de manière très étroite avec plusieurs États membres de l'Union, en particulier l'Allemagne, mais évidemment avec également la Commission européenne et beaucoup d'autres partenaires. Nous avons d'ores et déjà avancé en signant des contrats au Rwanda, en Afrique du Sud, mais également au Sénégal, lesquels impliquent d'ailleurs très étroitement les Instituts Pasteur et plusieurs autres entreprises européennes et également internationales.
Je rappelle les chiffres : l'Afrique représente 20 % des besoins de vaccination, pour cette pandémie comme pour toute autre. Elle a aujourd'hui 2 % des capacités de production, ce qui veut dire que, face à une crise similaire, nous serions confrontés évidemment aux mêmes problèmes d'acheminement. Tout cela plaide pour continuer à avancer sur une meilleure coordination, et nos travaux ont permis aussi d'avancer dans notre conviction et notre volonté de financer justement des mécanismes de prévention et de suivi de telles crises, coordonnés de manière très étroite et sous supervision de l'Organisation mondiale de la santé, ce qui est absolument indispensable.
Je veux aussi ici rappeler l'importance d'avoir une politique cohérente et dans la durée pour renforcer les systèmes de soins primaires des pays les plus pauvres, en particulier les pays africains, ce que la France conduit à travers son aide bilatérale et le travail que fait l'Agence française de développement, et ce que nous souhaitons renforcer en particulier à travers nos partenariats avec l'UNICEF. Parce que, sans ce renforcement des mécanismes de santé primaires, les campagnes de vaccination ne peuvent être assurées sur le terrain, même quand les doses sont livrées. La troisième priorité après la croissance mondiale plus juste et la lutte contre la pandémie, c'est l'impulsion nécessaire à la COP 26 qui s'ouvre, et donc la contribution en matière de climat et biodiversité de ce G20.
Là-dessus, je veux le dire, ce G20, malgré les tensions et les divergences qui peuvent apparaître, et que les négociations des derniers jours, parfois des dernières heures, ont pu confirmer, a permis de recréer de la convergence en vue de Glasgow, ce qui montre qu'il n'y a pas de fatalité, et qu'au contraire, nous pouvons avoir des résultats concrets. J'entends tous les discours très alarmistes sur ces sujets. Je suis moi-même inquiet et nous sommes pleinement mobilisés, mais je voudrais qu'on prenne deux pas de recul et qu'on regarde la situation dans laquelle nous étions il y a quatre ans.
Il y a quatre ans, les États-Unis d'Amérique disaient : " Nous quittons l'Accord de Paris ". La Russie et la Turquie n'avaient toujours pas ratifié ces accords, et tout le monde doutait de nos capacités à être dans les clous. Au moment où je vous parle, l'Union européenne a pris toutes les décisions, et maintenant, c'est une question de mise en œuvre pour être dans les clous : rehausser nos engagements pour 2030, avoir un Green Deal qui nous permet d'être au rendez-vous de 2030, et endosser ensemble, en européens, l'objectif de neutralité carbone 2050.
Les États-Unis sont revenus dans le club et ont réadhéré aux Accords de Paris, et la Russie et la Turquie ont ratifié cet accord. Donc, nous avons reconvergé malgré toutes les difficultés. Le risque était, en cette sortie de Covid, d'avoir un doute et, au fond, une fracture Nord-Sud qui se recrée sur le sujet des financements et de la capacité à réussir.
Premièrement, nous avons tous acté et dit clairement que l'ambition de 1,5 degré d'augmentation devait être réitérée, et tous ceux qui voulaient oublier cet objectif, et sombraient en quelque sorte dans la fatalité des 2°, n'ont pas eu raison de nos débats, ce qui est en quelque sorte le premier élément duquel on décline ensuite la neutralité carbone 2050, le renforcement de nos objectifs 2030, et place tous les pays membres du G20 dans la même dynamique. Maintenant, tout le travail va être de continuer à obtenir des efforts supplémentaires de la Chine, d'autres émergents, et de la Russie en particulier, pour pouvoir tenir cet agenda. Mais d'ores et déjà, les derniers mois, et la stratégie nationale que la Chine a annoncée d'ailleurs ces derniers jours, montrent que des pas continuent à être faits dans la bonne direction.
Deuxième point, pour moi, de progression de ce G20, c'est notre accord sur le financement solidaire de cette stratégie Climat, les fameux 100 milliards, le fonds de 100 milliards pour financer la transition climatique et énergétique des pays en voie de développement et des pays les plus pauvres. Sur ce sujet, quelle est notre difficulté ? Notre difficulté a été la disparition des États-Unis d'Amérique pendant quatre ans.
C'est ça, la réalité : c'est que là où nous avons accumulé des financements durant plusieurs années qui permettaient d'être au rendez-vous pour 2020, il y a eu un retard américain. Et je veux saluer vraiment le réengagement de l'administration du président Biden et sa volonté de rattraper ce retard. Le rapport remis par l'OCDE montre que nous arriverons aux 100 milliards de finance climat en 2023, et que nous atteindrons près de 600 milliards sur la période 2020-2025.
Ce qui veut dire que, oui, nous serons au rendez-vous des 100 milliards par an sur 2020-2025. On peut le dire à la lumière de ce rapport et des engagements confirmés. Deuxièmement, la question clé, c'est : est-ce que nous sommes dès maintenant à 100 milliards par an ?
Et les quelques milliards qui nous manquent sont dus à un effort additionnel qui doit passer ou pas au Congrès américain. Sur ce sujet, je veux dire très clairement que, là aussi, l'Europe est au rendez-vous de ses engagements. Avec plus de 25 milliards d'euros par an, nous sommes au rendez-vous des engagements que nous avions pris, et nous irons plus loin encore.
Et la France est au rendez-vous de ses engagements avec 7 milliards de dollars par an. Donc, sur ce point, nous sommes véritablement au rendez-vous de ce que nous devions faire et des engagements que nous avions pris. Ce dont nous avons discuté entre États membres et avec le FMI, et ce qui doit pour moi être parachevé dans les prochains jours, c'est comment mieux mobiliser la solidarité internationale et nos financements pour permettre de couvrir l'écart éventuel qu'il y aurait dès l'année 2021 avec une réallocation encore supplémentaire des droits de tirage spéciaux, ou un accord additionnel du Congrès, conformément à ce que propose l'administration américaine.
La troisième avancée en matière de climat, c'est sur le charbon. Le G20, comme vous le savez, réunit les plus grands émetteurs de la planète. Ensemble, ils représentent 80 % des émissions de gaz à effet de serre.
Il était donc très important qu'ils s'engagent, et nous avons pris ensemble un engagement très concret que nous apporterons sur la table de la COP, celui d'arrêter tout financement international du charbon à l'étranger d'ici la fin de cette année, et d'engager la transition de toutes les économies du G20 vers une énergie décarbonée. Là aussi, rien n'était écrit en la matière, et je veux saluer les efforts faits, dès le G7, par la Corée du Sud et le Japon, et ces dernières semaines par la Chine, qui ont permis, puisque c'étaient les trois principaux financeurs, d'aller dans cette direction et d'obtenir ce résultat très concret lors de ce G20. C'est pour moi un élément clé de la transformation de nos économies.
Á ce titre, l'ensemble de ces efforts, à la fois le financement solidaire et la sortie du charbon, montrent que les transitions sont bien possibles. Et, si besoin était de donner un exemple à cet égard, l'Afrique du Sud suffit à l'illustrer. Elle est un exemple très concret de ce que nous pouvons faire.
L'Afrique du sud, à travers une stratégie nationale très ambitieuse, est en train de finaliser un accord permettant de réduire très fortement sa dépendance au charbon, et est accompagnée par l'Allemagne, la France, le Royaume-Uni, les États-Unis, la Commission européenne, pour accompagner sa transition et passer d'une économie très dépendante du charbon à une économie décarbonée. Au-delà de cet agenda très ambitieux en matière de climat, nous avons aussi acté en G20 le lien extrêmement structurant qui existe entre l'agenda climatique et l'agenda pour la biodiversité, puisque nous aurons encore demain à Glasgow plusieurs éléments qui acteront celui-ci, et nous l'avons montré en début d'année avec le One Planet Summit à Paris, mais ces agendas se renforcent mutuellement : la France, comme vous le savez, a pris plusieurs engagements réitérés à l'UICN à Marseille il y a quelques mois, et des initiatives comme la Grande Muraille verte actent la complémentarité de ces deux agendas. Enfin, plus largement, ce G20 a permis également de revenir sur l'Agenda transatlantique, j'ai eu l'occasion de m'exprimer avec le président Biden vendredi après-midi sur ce sujet et d'y revenir ensuite, et d'avancer sur l'Agenda Indo-Pacifique.
Je pourrai y revenir si vous le souhaitez dans le cadre des questions, mais à travers les différentes bilatérales que j'ai pu mener avec l'Indonésie, l'Inde, la Corée du Sud ou Singapour, nous avons là aussi avancé sur notre vision et les concrétisations qui sont les nôtres sur l'Agenda Indo-Pacifique. Nous avons pu aussi avancer sur l'Agenda euro-africain, puisque nous avons organisé hier, en marge de ce G20, une réunion entre les principaux dirigeants africains présents et quelques autres en visioconférence, et les dirigeants européens présents, pour bâtir l'agenda et la substance de ce qui sera le Sommet entre l'Union africaine et l'Union européenne, qui se tiendra les 17 et 18 février prochains. Ce sommet a été aussi l'occasion de plusieurs échanges bilatéraux sur lesquels je pense que nous ne manquerons pas de revenir dans le cadre des questions, en particulier avec nos amis et voisins britanniques.
Enfin, je pense que ce G20 doit nous conduire à sortir également plus forts, en soutien à nos organisations multilatérales. Je l'évoquais, nous devons, dans le contexte qui est le nôtre, continuer, ou plutôt réactiver les travaux pour la modernisation de l'Organisation mondiale du commerce, et bâtir un agenda commercial cohérent avec nos objectifs climatiques et sociaux. Deuxièmement, nous devons absolument défendre l'indépendance de l'Organisation Mondiale de la Santé et sa place dans la coordination de toutes les initiatives prises en la matière.
Troisièmement, nous devons renforcer le rôle de l'OCDE, qui va avoir un rôle d'exécution absolument clé dans la mise en œuvre de notre taxation minimale, mais qui est aussi un acteur clé de la politique de responsabilité et de suivi des résultats en termes climatiques. Ça a été un souhait de la France et une initiative portée il y a quelques mois. Et enfin, une politique de soutien aussi à l'égard de plusieurs agences des Nations unies comme le Programme alimentaire mondial, puisque nous aurons en la matière une initiative, que nous portons aussi, pour lancer une coalition pour l'alimentation de nos enfants, et en particulier la bonne alimentation à l'école de nos enfants, qui est clé compte tenu de tous les objectifs qui sont les nôtres en matière de lutte contre la faim.
Je ne serai pas plus long, mais voilà quelques uns des résultats et des initiatives. Tout cela pour vous dire que beaucoup de sujets que nous poursuivons depuis plusieurs années ou depuis plusieurs mois, et qui étaient au cœur de l'agenda français, ont trouvé au moment de ce G20 un point d'aboutissement et de concrétisation très important pour nous, et que ce G20 acte une étape importante dans ce multilatéralisme efficace, et des résultats auxquels pour ma part je crois. Je vais maintenant répondre à vos questions.
La première question sera posée par Sylvie Corbet, de AP. Bonjour, Monsieur le Président. Vous avez souligné l'objectif de maintenir le réchauffement climatique en dessous de 1,5 degré Celsius, mais le communiqué final ne fixe pas de calendrier pour l'abandon des centrales à charbon au niveau national, et reste assez vague concernant la neutralité carbone.
Est-ce que vous n'y voyez pas une contradiction, et dans ces conditions, cet objectif de 1,5 degré n'est-il pas simplement inatteignable ? Vous avez totalement raison sur le fait que nous n'avons pas tout ce qu'il faut pour l'obtenir, c'est ce que je disais. Mais il faut regarder les choses en dynamique : nous partions d'une copie où cet objectif ne figurait plus comme un élément d'accord entre les États membres, et la discussion a permis de le consolider.
Si nous voulons tenir cet objectif, c'est ce que je vous disais moi-même, alors oui, il faut que nous allions tous vers la neutralité carbone 2050. Mais en l'actant, les États membres se remettent dans cette perspective. L'Union européenne y est, nous l'avons confirmé en décembre de l'année dernière.
Les États-Unis d'Amérique le sont, ils l'ont reconfirmé. Il y a maintenant un travail à faire avec les autres grands émetteurs, qui ont avancé ces derniers temps, puisque la Chine a fait beaucoup de progrès que je ne veux pas sous-estimer. Elle a dit qu'elle y serait en 2060.
Après, elle a dit qu'elle y serait au plus tard en 2060. La Russie aussi. Donc on voit bien qu'il y a tout un travail, sur cette décade 2050- 2060, pour faire avancer ces objectifs.
Pour y arriver à plus court terme, c'est la sortie du charbon, c'est ce que j'évoquais. Le grand acquis de ce G20, qui n'existait pas avant, c'est l'arrêt des financements export des centrales à charbon. Il y avait trois grands financeurs export : la Corée du Sud, le Japon et la Chine, et plusieurs autres, mais c'étaient les trois principaux.
Tout le monde a acté la fin de ces financements pour cette fin d'année. C'est une vraie révolution, je pense qu'il ne faut pas du tout la sous-estimer. C'est une révolution, et elle n'était pas acquise il y a encore quelques mois.
C'est un effort qui est fait par ces pays, et je veux les en remercier. D'ailleurs, il nous faut plutôt maintenant, nous, nous concentrer sur le travail que nous devons faire vis à vis des pays africains. Aujourd'hui, trois-quarts de la production électrique africaine dépend de ce charbon, et nous devons donc plutôt nous mettre en situation d'œuvrer rapidement pour leur offrir d'autres solutions.
Car le risque que nous courons en ne nous consacrant qu'à ces grands objectifs, c'est que certains pays soient forcés d'aller par exemple vers des centrales à diesel, ce qui serait totalement fou. Donc il nous faut plutôt, nous tous, nous concentrer pour financer des opérations ambitieuses pour aller vers du renouvelable, vers du nucléaire, vers des solutions multiples sur le continent africain, sur le mode de ce qu'on fait avec l'Afrique du Sud, qui d'ailleurs produit aujourd'hui un mix dans sa stratégie nucléaire-renouvelable. Donc ça, c'est un acquis du G20, il n'y était pas avant.
Maintenant, en effet, nous devons obtenir que les économies du G20 aillent plus loin sur la part de production de l'électricité dépendante du charbon dans leurs pays. C'est la prochaine étape. On ne l'a pas obtenue là.
Objectivement, ça ne faisait d'ailleurs même pas partie des résultats qui étaient visés, car ça n'était pas réaliste. Nous ne l'avons même pas tout à fait en tant qu'Européens, ça fait partie des discussions du Green Deal. Il nous faut rester lucides.
Mais maintenant, il va falloir mettre la pression sur ce sujet au sein du G20. Sami Sfaxi, de CNews. Bonjour, Monsieur le Président.
Sami Sfaxi pour Canal Plus-CNEWS. Lors de votre échange avec Boris Johnson, l'Élysée affirme que vous vous êtes accordés pour être dans une démarche de désescalade dans ces tensions qui agitent nos deux pays sur la question des licences de pêche. Or, le 10 Downing Street a communiqué, et n'est pas vraiment sur cette ligne-là.
Avez-vous bien décidé ensemble de prendre des mesures concrètes et opérationnelles pour calmer le jeu d'ici à l'ultimatum qui est fixé à mardi. Et concernant justement cet ultimatum, le Premier ministre britannique vous demande de le lever. Est-ce que vous êtes prêt à faire ce geste pour avancer ?
Merci beaucoup. Pouvez-vous me préciser sur quelle ligne est le 10 Downing Street ? Il parle de quoi ?
Il ne parle pas de désescalade, il parle d'une position qui pourrait évoluer si vous retirez cet ultimatum que vous avez fixé. Est-ce qu'il y a d'autres questions sur le sujet relations britanniques-Brexit, peut-être, pour être efficace ? Philippe Ricard, Le Monde.
Bonsoir, Philippe Ricard, Le Monde. Pour élargir un peu dans cette affaire de pêche, il faut commencer par ce point de départ : est-ce que vous vous sentez suffisamment soutenu par les Européens, par l'Union européenne, par les Vingt-Sept, d'une part ? Et d'autre part, comment se fait-il que la France soit la seule à multiplier les sujets de contentieux avec le Royaume-Uni, dix mois après le Brexit ?
Est-ce que c'est lié à une relation personnelle dégradée ? Est-ce que c'est lié au simple voisinage ou à une rivalité ancestrale ? Et, à propos de monsieur Johnson, avez-vous parlé du sujet Aukus, puisque je crois que c'était la première fois que vous le voyiez depuis cette annonce du Pacte de défense au détriment de la France ?
Si oui, que lui avez-vous dit ? Si non, pourquoi ne lui en avez-vous pas parlé ? Est-ce qu'il y a d'autres questions ?
Sur ce volet, je vous rassure ! D'autres questions sur le Brexit ? Je vais peut-être remettre en contexte tout ce qui se passe.
Notre relation avec le Royaume-Uni est une relation qui, d'abord, a des composantes bilatérales. Certaines de ces composantes ne sont pas affectées par le Brexit. La relation militaire : elle est régie par des accords bilatéraux.
Le fait que nous soyons alliés tous deux au sein de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord. Dans ce cadre-là, en effet, ce qu'on appelle l'opération, ou l'accord dit Aukus, a manifesté un comportement qui n'était pas tout à fait celui d'un allié, qui n'était pas celui d'un allié de confiance. Je l'ai acté, je l'ai dit au Premier ministre britannique, qui l'a d'ailleurs parfaitement reconnu.
Je crois qu'il est difficile de reconnaître le contraire, entre vous et moi. Oui, bien sûr, nous en avons parlé aujourd'hui, mais nous avions eu l'occasion d'échanger téléphoniquement aussi. Ça, c'est le premier élément, qui n'est pas à l'initiative de la France, qui est à l'initiative de deux alliés de cette Organisation du traité de l'Atlantique nord, de l'Australie, qui n'est pas une bonne manière faite à la France, de manière très claire, évidente.
Le deuxième élément qui nous lie aux Britanniques et qui est indépendant du Brexit, ce sont les questions migratoires. Sur ce sujet, nous sommes tous confrontés à des phénomènes extrêmement préoccupants, mais nous avons tous à la fois un devoir d'efficacité et d'humanité. La France a beaucoup fait ces dernières années, sous le mandat de mon prédécesseur et sous le mien, pour éviter des situations terribles.
Vous savez l'émotion qu'il y a encore aujourd'hui sur plusieurs situations qui existent à Calais, de personnes qui sont dans des situations de grande détresse, mais qui ne veulent pas demander l'asile en France, qui veulent absolument rejoindre le terrain Britannique. Sur ce sujet, il y a eu une montée des tensions qui a fait l'objet de beaucoup de débats internes aux Britanniques, des débats politiques, avec des pratiques et des choix que nous ne pouvons pas accepter, qui consistent à refouler en pleine mer des populations, ce qui ne correspond pas au droit humanitaire international. Nous nous sommes expliqués plusieurs fois sur ce sujet avec Boris Johnson.
Nous coopérons très fortement dans le cadre des accords qui sont là aussi les nôtres, les accords du Touquet, et nous tenons nos accords avec beaucoup d'exigence. Nous souhaitons améliorer la coopération avec d'autres États européens, mais ça, c'est un deuxième sujet. Et puis il y a un troisième sujet que sont les sujets liés au Brexit.
Et ça, ce n'est pas bilatéral, ce n'est pas personnel. Je veux ici le redire, et c'est ce que j'ai dit tout à l'heure au Premier ministre : il n'y a rien de personnel. La France est un pays qui a une grande histoire avec le Royaume-Uni, et qui, à côté de cette histoire, a une géographie, nous sommes le pays le plus proche du Royaume-Uni.
Et donc nous voulons coopérer, vous voulons faire des choses ensemble. Nous avons ces relations bilatérales. Moi-même, c'est un pays que je connais bien et que j'aime, comme d'ailleurs, je le crois, le Premier ministre britannique Boris Johnson aime la France.
Nous parlons nos langues réciproques. Le peuple britannique, de manière souveraine, a décidé de quitter l'Union européenne. Nous avons, pendant quatre ans, discuté d'un accord, accord de retrait, puis accord sur les relations futures.
Dix mois après la discussion de cet accord, plusieurs points ne sont toujours pas appliqués du fait de la partie britannique. Nous ne pouvons pas ne rien dire, c'est juste une question de confiance et de crédibilité. Et les deux points qui, aujourd'hui, font en effet l'objet de tensions sont la pêche et le sujet du protocole nord-irlandais.
Le premier point est un point qui paraît technique, qui peut paraître mineur pour beaucoup de gens, mais enfin, on parle de la vie de femmes et d'hommes qui dépendent de leur travail, qui passent des jours et des nuits en mer pour pouvoir nourrir leur famille. Et d'un seul coup, parce qu'on ne respecte pas un accord, on dit : vous, vous ne pouvez plus vivre de votre travail, c'est terminé. Donc là-dessus, il faut être sérieux.
Je ne veux aucune escalade, mais il faut être sérieux. Cela fait dix mois que nous travaillons. Des licences ont été octroyées, et je m'en félicite, à certains de nos pêcheurs.
Beaucoup d'autres licences n'ont pas été octroyées, pour des raisons qui ne sont toujours pas comprises. Il y a, sur certaines licences, des méthodologies qui ne sont toujours pas fixées. Le Gouvernement français et l'Union européenne, à bon droit, ont commencé à dire : si vous restez dans cette approche, il y aura des mesures de rétorsion.
Mon souhait, ce n'est pas qu'on aille vers des mesures de rétorsion, parce que ça n'apporte rien aux pêcheurs, c'est plutôt qu'on trouve un accord pour que nos pêcheurs puissent vivre de leur travail. C'est ce à quoi ils aspirent. Donc, ce que nous avons acté avec le Premier ministre Johnson, c'est que nous allions faire une proposition de méthode : qu'est-ce qu'on peut, à très court terme, régler comme preuve de bonne volonté réciproque ?
Et ensuite, qu'est-ce qu'on va mettre peut-être plusieurs semaines à régler pour pouvoir avancer ? C'est ce que j'appelle la désescalade, et c'est ce que nous nous sommes dit en tête à tête tout à l'heure. Nous avons remis aux équipes du Premier ministre Johnson le document actant cette méthode.
Maintenant, la balle est dans leur camp. Si les Britanniques ne font aucun mouvement, les mesures qui sont prévues à partir du 2 novembre devront se mettre en place de manière évidente, parce que ce sera une fin de non-recevoir. La balle est dans le camp des Britanniques, nous leur avons remis une proposition.
Et si les Britanniques continuent à agir comme s'ils ne voulaient pas mettre en œuvre un accord qui a été signé, ou commencer à bouger, je le regretterai, mais nous ne pouvons pas ne pas répondre et ne pas défendre nos pêcheurs. Ceci ne concerne pas que la France. Les pêcheurs belges, par exemple, sur beaucoup de navires, sont très concernés, et aussi beaucoup d'autres pays européens : les Danois, les Allemands, les Néerlandais, etc.
D'autres sujets relevant de la pêche prendront peut-être un peu plus de temps. Deuxièmement, sur le protocole nord-irlandais, le Premier ministre Johnson m'a fait part des difficultés politiques qui étaient les siennes à mettre en œuvre ce qu'il avait tout de même lui-même signé. Je respecte cette situation, et quand on parle du protocole nord-irlandais, on parle d'une situation qui est éminemment inflammable et dangereuse.
Et on parle d'un sujet qui, je vous le rappelle, il y a quelques décennies, était un sujet de guerre ou de paix sur notre continent. En cette matière, c'est la Commission européenne qui négocie, mais j'ai proposé au Premier ministre Johnson qu'il soumette de manière très concrète ce qu'il proposait comme amendement ou comme évolution pour que nous puissions avancer. Voilà où nous en sommes aujourd'hui.
La discussion a été une discussion franche, apaisée, exigeante parce que des accords ont été signés, qui doivent être respectés, et respectueuse des contraintes et de la souveraineté de chacun. Mais je pense qu'il nous faut pouvoir avancer, parce que beaucoup de nos compatriotes, de part et d'autre du Channel, et plus largement en Europe, nous attendent. Mais j'insiste sur un point : quand on parle de la pêche, quand on parle du protocole nord-irlandais, ce n'est pas une question bilatérale, c'est une question entre le Royaume-Uni et l'Union européenne, et c'est une question de respect des accords qui ont été signés.
À ce titre, la Commission européenne est à nos côtés, comme d'ailleurs l'ensemble des États européens, et nous sommes toujours solidaires, comme la France l'a d'ailleurs toujours été aux côtés de l'Irlande quand il s'agissait du protocole nord-irlandais. Question de Jacques Seret, Europe 1. Bonjour, Monsieur le Président.
Pouvez-vous vous lever ? Merci ! La balle est dans le camp du Royaume-Uni, c'est ce que vous dites.
Pourtant, ce que nous disait ce midi Boris Johnson, c'était que la balle était dans le camp de la France. Sans doute parce qu'il parlait du document que j'évoquais, qui lui a été remis, comme je le lui avais dit, deux heures après notre rendez-vous. Je vous remercie.
La balle a changé de camp. Pour ce qui est du protocole nord-irlandais, la balle est dans le camp des Britanniques, soyons clairs, parce que le protocole nord-irlandais, c'est celui qu'il a signé en décembre dernier. Donc, l'ultimatum reste d'actualité jusqu'à mardi ?
Je suis cohérent, c'est-à-dire que je souhaite réengager. Pour réengager, j'ai fait une proposition qui n'est pas la totalité de nos demandes, mais qui est de dire : donnez des gestes à court terme montrant un réengagement de la discussion, pour qu'on puisse à ce moment-là reprendre une discussion apaisée. Mais on ne peut pas en rester là.
Le statu quo n'est pas un réengagement. Nous, nous avons proposé une évolution progressive qui permette peut-être d'avoir progressivement des résultats ensemble. Maintenant, la balle est dans le camp des Britanniques.
J'espère qu'il y aura demain une réponse positive. Je vous propose de coupler les deux dernières questions. On va prendre une question de Laurence Figà-Talamanca, de ANSA.
Allez-y, et après, on prend une autre question de Magda. Bonsoir, Monsieur le Président. Á la fin de ce sommet, est-ce qu'on peut parler d'un succès de la présidence italienne et de la médiation du Président Draghi, ou est-ce que, sur le climat et sur la date de 2050 dont on parlait tout à l'heure, on aurait pu faire plus ?
Je vous pose la question même en vue de la COP 26, dont l'Italie a la co-présidence avec le Royaume-Uni. Merci. Et puis une question de Magda Brestakova de NHK.
Bonsoir, Monsieur le Président. Tout à l'heure, vous avez mentionné vos discussions avec certains de vos partenaires du G20 sur l'Indo-Pacifique. Je voulais savoir quelles sont les avancées dans cet agenda, et, d'autre part, quel est le rôle du Japon dans ce vaste partenariat que vous souhaitez développer ?
Sur votre première question, je veux vraiment ici redire d'abord mes remerciements au Président Mattarella, qui nous a accueillis hier soir et qui a eu des paroles très fortes en défense du multilatéralisme, remercier, comme je le disais, la population de Rome pour son accueil chaleureux, et pour avoir aussi accepté de supporter toutes les contraintes qui vont avec un G20, et enfin, et surtout, remercier évidemment le Président du Conseil, Mario Draghi, pour son travail. Moi, je pense vraiment que ce G20 est un succès. D'abord, parce qu'il a permis d'obtenir des résultats très concrets sur beaucoup de points qui étaient attendus : la taxation internationale, les droits de tirage spéciaux, le climat, les vaccins.
Ensuite, parce qu'on peut toujours dire : oui, il fallait avoir mieux. C'est la clarification que j'essayais d'apporter en réponse à votre confrère pour la première question. Néanmoins, ça aurait pu être bien pire, et beaucoup de signaux allaient dans la mauvaise direction ces dernières semaines et ces derniers mois.
Donc, je pense que ce G20 est un G20 utile parce qu'il cristallise une avancée, qu'il nous permet d'arriver beaucoup plus armés pacifiquement et beaucoup plus préparés pour cette COP 26, et que maintenant, nous sommes en situation de faire de Glasgow un succès si nous parachevons les 100 milliards de financement du Fonds vert, et si nous arrivons à convaincre encore davantage quelques uns. Donc, oui, je pense que c'est un succès, et c'est vraiment une étape d'avancée importante sur ce sujet du climat. Sur la question de l'Indo-Pacifique, j'ai pu l'évoquer avec plusieurs de mes collègues.
Je l'avais évoquée avec le Premier ministre japonais au téléphone quand nous nous étions parlé. Je ne l'ai pas vu ici puisqu'il n'était pas physiquement présent, mais représenté par le Ministre. Vous savez, depuis que la France a présenté sa stratégie Indo-Pacifique au printemps 2018, laquelle a fait ensuite l'objet d'un travail entre Européens, et a été si je puis dire traduite, ou augmentée, à travers une stratégie Indo-Pacifique de l'Union européenne qui a été actée en septembre 2021, nous avons toujours la même vision, celle de participer à une stratégie géopolitique où l'Indo-Pacifique doit être un espace d'abord de liberté, de mouvement et de respect des souverainetés, et donc être une puissance coopérative d'équilibre, respectueuse des souverainetés de chacun.
C'est pourquoi la France, qui est une puissance Indo-Pacifique par plus d'un million de compatriotes qui vivent dans cette zone, plus de 8 000 soldats déployés et plusieurs opérations complexes chaque année, seuls ou en partenariat, la France continuera de jouer ce rôle, avec des partenariats multiples et des opérations structurantes dans la région. Deuxième point : nous pensons que l'Indo-Pacifique doit être un espace de commerce libre, de déploiement d'activités et de technologies libres, continuant à promouvoir les valeurs démocratiques. C'est pourquoi nous développons des partenariats en matière de 5G, d'échanges de câbles sous-marins et autres avec toutes les puissances de la région.
Troisièmement, l'Indo-Pacifique doit être un espace de défense de la biodiversité de notre agenda climatique. C'est exactement ce que nous faisons avec nos territoires, ce sont les partenariats que nous avons voulu construire autour de la Polynésie française et de la Nouvelle-Calédonie, mais également à La Réunion et à Mayotte, avec les États voisins, et on l'a tout particulièrement fait avec les États du Pacifique Sud, pour réussir à déployer des stratégies actives de préservation et de restauration de la biodiversité, et de la lutte contre les dérèglements climatiques. Cet agenda complet, c'est celui que nous voulons déployer avec tous les partenaires de la région.
Où sont nos lignes rouges ? Nous ne voulons pas qu'il y ait en quelque sorte de vassalisation de l'un ou de l'autre dans la région, et nous ne voulons pas qu'il y ait de l'autre côté de confrontations. Donc le rôle de la France, dans cette région, est d'être là aussi cette puissance d'équilibre qui cherche à construire un agenda pacifique, cohérente avec notre agenda climatique et de biodiversité, et cohérente avec un agenda de développement économique dans la région.
Á ce titre, les accords que nous avons avec le Japon nous permettent évidemment de développer un partenariat tout à fait privilégié sur beaucoup de ces points. Nous l'avons aussi avec l'Inde, et nous cherchons à le renforcer avec Singapour et avec l'Indonésie. Nous avons aussi des discussions et, comme vous le savez, une relation qui est multiple et multifactorielle avec la Chine.
Et même si nous avons des désaccords de valeurs, nous souhaitons aussi pouvoir trouver les équilibres qui sont nécessaires à la région. Voilà la ligne qui est la nôtre, sur ce sujet. Très bien, la conférence de presse est maintenant terminée.
Je vous remercie tous, et on vous souhaite une très bonne soirée. Merci beaucoup, Mesdames, Messieurs, et bon courage !
Emmanuel Macron