«LA SUPPRESSION DE L'ISF EST CHOQUANTE POUR LA JUSTICE SOCIALE» - Mélenchon
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Chapitres
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Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:00MélenchonChiffre
« Dans les années '70, nous étions à 20 milliards de dollars par jour d'échanges financiers ; nous en sommes à 5000 milliards de dollars par jour : 115 fois le montant annuel du commerce international réel. »
- 1:45MélenchonChiffre
« La capitalisation boursière qui était en '75 de 1400 milliards est aujourd'hui de 65 000 milliards. »
- 2:30MélenchonChiffre
« La valeur boursière a été multipliée par 45 en 30 ans quand les PIB n'étaient multipliés que par trois et demi. »
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Naturellement, ça va être le vote qui va marquer non seulement la législature mais, j'en suis certain, le quinquennat. La suppression de l'impôt sur la fortune, dans la formulation que vous venez d'en proposer, c'est-à-dire : retrait de la partie financière des patrimoines, est d'abord choquante sur le plan de la justice sociale, cela a été tellement dit ici que je répugnerais presque à le répéter, mais quand on met les chiffres en regard les uns avec les autres, vous n'empêcherez jamais nos compatriotes -- surtout que nous allons les aider à le faire -- à prendre la mesure de l'offense que cela représente. Car la suppression de l'ISF comme la flat tax, les deux, c'est l'équivalent, si l'on voulait, de 60 000 postes créés dans l'enseignement ou de 75 000 logements sociaux ou de 40 000 places en crèche ou de 30 000 postes de personnel soignant à l'hôpital public -- j'ai pris volontairement les secteurs dans lesquels la douleur sociale est la plus grande -- mais, au delà même de la discussion sur l'injustice sociale que cela représente, je voudrais une fois de plus revenir sur le fond.
Je pense, Monsieur le ministre, que vous avez une vision du capitalisme qui est totalement dépassée : vous vivez à l'heure du capitalisme rhénan, patrimonial, où chacun ayant son petit tas de sous allait le placer personnellement ici ou là. Ce n'est pas vrai, ça ne se passe pas comme ça. Les sommes dont vous parlez ne seront pas réinvesties dans l'économie réelle.
J'en veux pour preuve ce qui se passe aujourd'hui, c'est-à-dire que là où autrefois on donnait 33 % pour les dividendes, on donne 57 %. Ce n'est pas monsieur Bidule ni madame Machin qui va placer son argent. Il va voir le conseiller à la banque et le conseiller à la banque place des produits financiers.
Parce que c'est la réalité du capitalisme de notre époque et je veux en rappeler au moins un ou deux chiffres qui vous permettent de visualiser la violence du choc que subit la civilisation humaine du fait même de cette bulle financière. Dans les années '70, nous étions à 20 milliards de dollars par jour d'échanges financiers ; nous en sommes à 5000 milliards de dollars par jour : 115 fois le montant annuel du commerce international réel. 115 fois la valeur réelle de ce qui s'échange est échangé chaque jour en milliards de dollars.
Voilà la réalité du capitalisme de notre temps. C'est la raison pour laquelle on voit se former des bulles gigantesques et vous savez comme moi, M. le ministre -- vous avez fait état de votre inquiétude il y a un instant, je l'ai entendue -- et naturellement, ce n'est pas à vous d'en dire davantage parce que ce que nous disons pourrait contribuer à des catastrophes que nous ne souhaitons pas.
Mais en attendant, nous sommes bien obligés de nous dire que la capitalisation boursière qui était en '75 de 1400 milliards est aujourd'hui de 65 000 milliards. Autrement dit, il y à un écart entre la capitalisation et la production réelle qui est maintenant plus grand qu'il n'a jamais été à aucune autre époque du capitalisme après la seconde guerre mondiale. La valeur boursière a été multipliée par 45 en 30 ans quand les PIB n'étaient multipliés que par trois et demi (3 ½) parce que l'activité humaine, même en nombre plus considérable -- nous sommes 7 milliards -- a une limite physique.
Heureusement d'ailleurs, sinon la planète serait déjà détruite. Mais tous ces faits convergent pour montrer la réalité d'un capitalisme qu'on ne peut pas domestiquer en comptant sur ce que vous nous avez dit Monsieur le ministre -- pardon d'y revenir -- le bon sens de ceux qui placent leur argent. Ce bon sens n'existe pas !
Il est résiduel ! Aujourd'hui, nous avons une durée de détention des actions qui est la plus brève qu'on n'ait jamais connue ! Dans les années '45 - '75, c'était six ans ; dans les années '85 - 2000, c'était deux ans et maintenant, avec le trading à haute fréquence, nous en sommes à 20 secondes !
Monsieur Lemaire, le capitalisme dont vous nous parlez, celui du bon sens, n'existe plus. Et quand vous faites état des capitalisations monstrueuses des grandes entreprises, nous ne pourrons jamais lutter contre de telles formes de capitalisation. C'est pourquoi, tout à l'heure, j'ai dit que c'était le communisme des oligarques que ces sommes rassemblées là-dedans.
Non, nous ne pouvons pas rivaliser. Nous pouvons rivaliser si nous mettons des clôtures. Un organisme entièrement ouvert en biologie est un organisme mort ; il en va de même des régions.
La région mondiale Europe doit s'entourer d'un protectionnisme qui empêche que l'on détruise son économie en injectant comme ça, d'une façon soudaine, des marchandises produites à vil prix. Ce sont donc deux modèles économiques -- j'achève là-dessus -- vous croyez à la génération spontanée de la convergence des intérêts particuliers en direction d'un intérêt général. Je crois à la prévisibilité, aux plans, qui étaient des vertus françaises -- le plan, c'était une invention du général de Gaulle, « l'ardente obligation » -- ça n'est pas que l'Union soviétique enfin !
Le plan, la planification écologique qui montre dans quelle direction on oriente le capital. Et si vous en cherchez du capital, je vais vous dire un mot ou un chiffre : Où est-ce que vous en trouverez : allez dans l'assurance-vie : un euro sur deux part à l'étranger...
Jean-Luc Mélenchon