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interviewC dans l'air (sur YouTube)· 12 novembre 2025 11 min

Mercosur : pourquoi les agriculteurs s'alarment

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Musique douce ... - C.Roux: Bonsoir.

Bienvenue. C'est une petite phrase lâchée par le président de la République à la COP30 au Brésil qui a mis le feu aux poudres...

E.Macron a dit qu'il était "plutôt positif" à la perspective de la signature d'un accord de libre-échange entre les 4 pays du Mercosur et l'UE. Un changement de pied inacceptable pour les agriculteurs, qui avaient prévu un comité d'accueil aujourd'hui lors d'un déplacement présidentiel à Toulouse.

Nous en parlons avec O.Détroyat. Bonsoir.

Vous êtes journaliste spécialiste des questions économiques et agricoles au "Figaro". La FNSEA notamment et les Jeunes Agriculteurs attendaient le président de la République à Toulouse. Ils se sont mobilisés immédiatement après la petite phrase du président.

Ils se sont rencontrés avec le chef de l'Etat cet après-midi. - O.Détroyat: Et avec la ministre de l'Agriculture pour discuter de cette petite phrase qui a été une véritable traînée de poudre depuis quelques jours sur la position de la France vis-à-vis du traité du Mercosur.

C'est un sujet crispant depuis beaucoup d'années. Ca fait 25 ans qu'on parle de ce traité. Ce n'est pas nouveau.

Ce qui a inquiété, c'était le côté affirmatif du président et le fait qu'il était jusque là très opposé à cet accord jusqu'au dernier Salon de l'agriculture, il aurait obtenu des garanties suffisantes de la part de Bruxelles pour le signer et le valider. On est en train de ratifier ce traité. - C.Roux: C'est un peu difficile à suivre, la position du président de la République.

Au dernier Salon de l'agriculture, il avait dit: "Nos agriculteurs ne peuvent pas être la variable d'ajustement du pouvoir d'achat et des accords commerciaux." Ce matin, il a plutôt rassuré les syndicats agricoles. - O.Détroyat: Il a dit qu'il aurait toujours une position ferme sur cet accord.

Au début de septembre, Bruxelles a réussi à négocier avec les pays du Mercosur un certain nombre de clauses de sauvegarde dans cet accord très complexe. Ces clauses étaient là pour rassurer les agriculteurs et les pays les plus opposés à cet accord, notamment la France, la Pologne...

L'idée était de dire: "Ne vous inquiétez pas, si on voit que les prix baissent et que les volumes montent trop fort, on suspend tout." - C.Roux: Le contenu de cet accord est monumental.

Il y a un enjeu économique pour les Européens. Nous allons écouter cet agriculteur dans l'Oise, vice-président de la FNSEA. - Un petit message à notre président de la République.

Signer le Mercosur, c'est inacceptable. C'est trahir les agriculteurs français. Est-ce qu'on peut faire un match France-Brésil avec des boulets aux pieds?

Ce n'est pas comme ça qu'on aurait gagné la Coupe du monde. - C.Roux: Voilà pour l'adresse à E.Macron.

Quelles garanties E.Macron semble donner depuis ce matin aux agriculteurs pour qu'ils suspendent leurs actions? - O.Détroyat: Il dit qu'il va aller négocier des accords miroir.

C'est la garantie que les produits qui entrent dans l'UE soient conformes aux normes environnementales, sanitaires et de bien-être animal qu'on a aujourd'hui en Europe. - C.Roux: Ce qui énerve les agriculteurs, c'est que c'est une forme de concurrence déloyale. - O.Détroyat: Il y a 2 modèles économiques très différents.

Il y a le modèle économique de la ferme France, parmi les mieux vus du point de vue environnemental. Et il y a ces pays sud-américains avec des fermes démesurées, des exigences sur les produits phytopharmaceutiques et le bien-être animal qui sont très différentes de la France. Quelqu'un expliquait que les pays d'Amérique du Sud étaient comme le Shein agricole.

Le parallèle est très bien fait. On met en concurrence 2 modèles économiques qui ne jouent pas à armes égales. En permettant des produits de façon moins disant entrant avec facilité et moins chers...

Le principe du Mercosur est faire entrer des produits à droits de douane nuls. - C.Roux: Quelles sont les filières les plus inquiètes de la signature de ce traité de libre-échange? - O.Détroyat: Les filières agricoles ont tenté de préserver une unité sur la prise de parole sur le Mercosur.

Dans les coulisses de certaines filières, en réalité, on se satisferait bien de cet accord, notamment dans les vins et spiritueux. Les 2 moteurs de la croissance et de l'export de ces filières, qui étaient la Chine et les Etats-Unis, sont aujourd'hui à l'arrêt. On serait contents de voir des pays comme le Brésil s'ouvrir...

Ca leur permettrait d'avoir de nouveaux marchés...

Les produits laitiers pourraient aussi voir leurs droits de douane baisser. - C.Roux: Ceux qui ont le plus à perdre, c'est la filière bovine? - O.Détroyat: Oui, la filière betteravière, le sucre, qui est une très grande filière En France, notamment dans le Nord...

La volaille, aussi, qui voit ses importations ne cesser d'augmenter, et le maïs. - C.Roux: Que faut-il retenir de ce que disent à la fois la ministre de l'Agriculture et le président de la République?

Lorsqu'ils disent aux agriculteurs qu'il ne faut pas s'inquiéter, qu'ils vont négocier des clauses miroir...

La ministre de l'Agriculture a dit: "Ne vous inquiétez pas. Si ça se passe mal, on pourra mettre des freins aux importations qui seraient en train de déstabiliser la filière." Est-ce que c'est de la politique ou est-ce qu'on peut imposer dans un texte ce genre de mesures? - O.Détroyat: Ca va être compliqué de réouvrir l'accord, qui a déjà été validé par la Commission européenne.

Réouvrir l'accord pour négocier des clauses miroir, dans l'accord, c'est impossible. Mais des mesures miroir, qui viendraient à côté pour essayer de garantir que des contrôles puissent être faits, c'est possible. Quel est le poids juridique de ce genre de passe-passe?

C'est ce qu'il faut encore étudier. Il y a aussi la question des contrôles. Il faut vérifier sur place, dans les frontières, à l'intérieur de l'UE...

C'est très compliqué. - C.Roux: Ce sujet est éminemment politique.

Il y a une forme d'unanimité au sein des syndicats agricoles. C'est un mouvement qui aurait pu prendre de l'ampleur sans cette rencontre ce matin avec le président de la République. M.Le Pen a appelé à rejeter l'accord "finalisé dans l'opacité", selon elle.

B.Retailleau estime que le président va brader notre agriculture après avoir fait la même chose avec l'industrie. C'est très contesté aussi par Les Ecologistes. - O.Détroyat: Il y a une unanimité.

La question est de voir quelle sera la marge de manoeuvre de la France à Bruxelles... - C.Roux: A vous écouter, j'ai l'impression que très peu. - O.Détroyat: L'accord a été validé par la Commission européenne.

Il doit être ratifié par les 27. La capacité de la France à négocier une minorité de blocage est très limitée. - C.Roux: Est-ce qu'on n'est pas en train de voir aussi une forme d'affaiblissement de la position de la France vis-à-vis des 27 sur un sujet très concret comme celui-ci?

On a entendu pendant des mois le gouvernement mettre des distances avec le Mercosur. Les choses ont un peu évolué. Est-ce que ce n'est pas ça que ça raconte? - O.Détroyat: Si, très clairement.

Depuis la dissolution ratée d'il y a un peu plus d'un an, on a une capacité de la France sur les grands sujets agricoles qui s'est considérablement affaiblie. On va aussi renégocier la PAC dans un an-un an et demi, avec une architecture qui a été considérablement modifiée. Pour l'instant, la capacité de la France à peser dans les débats budgétaires européens est considérablement amoindrie.

La ministre de l'Agriculture a gardé, je pense, la confiance du monde agricole. Elle est allée faire le job en essayant de négocier, avec d'autres pays à forte dominante agricole, une opposition... - C.Roux: Mais la France a échoué à bloquer ce texte.

Il y avait quelques pays opposés au Mercosur, dont la France. Ceux qui étaient pour, comme l'Allemagne, qui voudra exporter des voitures, des produits chimiques ou pharmaceutiques...

Les pays du Nord pourront vendre leur bois...

L'Espagne pourra exporter son huile d'olive et son vin. C'est des millions de consommateurs entre l'Europe et l'Amérique latine. C'est donc un réel enjeu. - O.Détroyat: Ce qui cause la colère de ce monde agricole, c'est d'être constamment la variable d'ajustement.

Le Mercosur, on appelle ça "voitures contre vaches". C'est vrai qu'ils font souvent partie de cette variable d'ajustement dans les discussions pour le commerce international. C'est ce qui frustre. - C.Roux: J'ai l'impression que ça fait des années qu'on parle du Mercosur.

Est-ce qu'on est au terme de cette discussion? J'ai lu que ça se jouerait soit avant Noël, soit ça ne se jouerait pas. Il y aura un dernier vote sur la saisie de la Cour de justice de l'UE. - O.Détroyat: On n'a jamais été aussi proches de la signature.

On était déjà proches de la fin il y a 10 ans...

Il y a effectivement une possibilité de saisir la Cour de justice de l'UE pour déclarer ce traité contraire aux traités européens en cours. A ce stade, on ne sait pas si les parlementaires européens vont pouvoir aller au bout de cette procédure, qui est la seule en mesure d'arrêter le traité. - C.Roux: Est-ce que vous diriez qu'il y a Une relation apaisée, équilibrée entre E.Macron et les agriculteurs, après un mandat et demi? - O.Détroyat: Pas tout à fait.

Ca avait bien commencé. Il avait mis l'agriculture en haut de ses priorités politiques en 2017. La loi EGalim était censée protéger les revenus agricoles.

Ca avait enthousiasmé un certain nombre de filières. Depuis la sortie du covid et le sujet du Mercosur, il a perdu leur confiance, notamment sur ses revirements récents qui ont été très mal compris du monde agricole. - C.Roux: En tout cas, il a sans doute craint un embrasement du monde agricole.