Crise alimentaire : "C'est une tempête qui va durer", estime Pascal Lamy, président de l’Institut Jacques Delors
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 65 %Attaque 20 %Défensif 15 %
Questions et réponses
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- 0:45OuverteRéponse directe
Faut-il craindre une crise alimentaire ?
- 3:21OuverteRéponse directe
Le gouvernement français prépare une loi sur le pouvoir d'achat pour aider les ménages. Est-ce la bonne réponse ?
- 4:25OuverteRéponse directe
Par exemple, en faisant un chèque alimentaire ?
- 6:12OuverteRéponse directe
Êtes-vous optimiste sur la façon de coordonner la réponse ? L'Europe va-t-elle faire face comme pour le plan de relance au moment du Covid ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:00Invité politiqueChiffre
« sur un certain nombre de denrées alimentaires, les prix ont augmenté de 30 à 40% »
- 2:12Invité politiqueFait
« ces deux pays sont des gros producteurs, notamment de céréales »
- 2:32Invité politiqueFait
« ils sont d'ailleurs en train de faire un espèce de chantage assez ignoble, franchement. Sur cette question alimentaire. Sur le thème, on bloque les ports ukrainiens. »
- 3:43Invité politiqueFait
« C'est une bonne réponse, à condition que les aides en question soient ciblées sur effectivement les gens qui en ont besoin. »
- 4:26Invité politiqueFait
« Par exemple, en faisant un chèque alimentaire. »
- 5:56Invité politiqueFait
« Il faut débrancher un peu la production qui va vers les biocarburants pour la rebrancher sur de l'alimentation. »
- 6:42Invité politiqueFait
« on a affaire à un cartel qui tient les prix et qui permet à M. Poutine de financer sa guerre. »
Temps de parole
- Invité politique72 %
- Présentateur28 %
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Bonsoir à tous. C'est le clap de fin de Davos, le forum économique mondial qui réunit le monde des affaires. Et il se réunissait pour la première fois depuis plus de deux ans sans les Russes, sans les Chinois cette année. Et un sujet est beaucoup revenu pendant cette édition, c'est celui de l'inflation, la hausse des prix, mais aussi la guerre en Ukraine, ainsi que la crainte d'une crise alimentaire mondiale. Alors pour en parler, Pascal Lamy, vous êtes aujourd'hui notre invité. Merci d'être là avec nous. Vous présidez le forum de Paris sur la paix, vous coordonnez les instituts Jacques Delors.
On vous connaît aussi parce que vous êtes ancien directeur de l'Organisation mondiale du commerce, ancien commissaire européen. Alors faut-il craindre une crise alimentaire ?
Oui.
Clairement.
Oui, clairement, le monde, l'Europe, la France traverse en ce moment une série de crises simultanées, concomitantes, une espèce de tempête qui va durer, dont d'ailleurs on a beaucoup parlé à l'édition de printemps du forum de Paris sur la paix, un peu avant Davos, là, cette semaine. Et les deux sujets que vous venez de mentionner sont les deux sujets sur lesquels nous nous sommes concentrés, à commencer par cette affaire de crise alimentaire. Alors comment faire ? C'est une affaire mondiale, c'était probable, c'est en train d'arriver et on est à la dernière limite de ce que l'on pourrait faire pour l'éviter. C'est possible.
D'accord.
Il y a dans le monde, globalement, suffisamment de nourriture pour nourrir ceux qui ont faim, à condition, un, qu'on les aide, en tout cas pour les plus pauvres d'entre eux, et c'est vrai au niveau global, comme au niveau de chacun de nos pays, à payer l'addition, parce qu'en gros, sur un certain nombre de denrées alimentaires, les prix ont augmenté de 30 à 40%, pour des raisons antérieures à l'invasion d'Ukraine par la Russie, mais aussi à cause des conséquences du fait que ces deux pays sont des gros producteurs, notamment de céréales.
Oui, on dit que c'est le grenier.
Il y a moyen de mieux matcher l'offre et la demande, à un certain nombre de conditions, aider à payer l'addition et surtout, favoriser les acheminements que les Russes ont bloqués. Et comme vous l'avez remarqué, ils sont d'ailleurs en train de faire un espèce de chantage assez ignoble, franchement. Sur cette question alimentaire. Sur le thème, on bloque les ports ukrainiens. Oui, d'accord, ça va créer de la faim dans le monde. Si vous levez les sanctions que vous nous avez collées, parce que nous avons un valet de l'Ukraine, quand je dis crise simultanée, une espèce de tempête géopolitique, géoéconomique, on est là.
En tout cas, cette crise est à nos portes, mais il y a moyen, avec une bonne coordination internationale, de traiter cette question. La question, c'est de savoir si les organisations internationales, les grands pays, comme la France, comme l'Allemagne, qui ont chacune d'ailleurs des plans pour les mois qui viennent, est-ce qu'il y aura la coordination nécessaire ? Nous l'espérons. Et en tout cas, on y a à travailler au forum de Paris sur la paix.
Alors justement, vous en parliez, cette hausse des prix, le gouvernement français tente d'y répondre. Il prépare une loi sur le pouvoir d'achat pour justement aider les ménages à payer l'addition. Est-ce que c'est la bonne réponse ? Est-ce que c'est suffisant ? Et est-ce que justement, tous les pays européens le font, mettre des mesures d'aide pour les ménages ? Est-ce que c'est suffisamment coordonné en Europe ?
Alors, c'est une bonne réponse, à condition que les aides en question soient ciblées sur effectivement les gens qui en ont besoin. Et d'ailleurs, il y a un parallèle qu'on vient de citer, extrêmement frappant, entre ce qu'il faut faire dans le monde et ce qu'il faut faire dans chacun de nos pays. Ce sont les plus faibles qui dérouillent et c'est eux qu'il faut aider provisoirement en espérant qu'on fête aussi ce qu'il faut pour que cette hausse des prix de 30 à 40% de l'alimentation dans le monde ne dure pas. Donc, il faut à la fois du court terme et du moyen terme et du long terme, du court terme en aidant à payer la facture.
Par exemple, en faisant un chèque alimentaire ?
Par exemple, en faisant un chèque alimentaire. À condition de ne pas monter une usine à gaz pour savoir qui a droit à un chèque alimentaire et qui n'a pas droit à un chèque alimentaire, c'est forcément très compliqué. Mais il faut aussi penser à l'avenir et se dire que, comme les crises sanitaires, ce type de crise peut se reproduire dans l'avenir. Et donc, il faut investir davantage dans les productions, faire de l'innovation, sans pour autant, et c'est un débat qui est assez vif en Europe pour l'instant, sans pour autant abandonner le verdissement de notre modèle agroalimentaire.
On ne va pas, parce qu'on a des problèmes à court terme, abandonner les objectifs de verdissement, de décarbonation de notre agriculture. Il y a des compromis de court terme à trouver, mais il ne faut pas lâcher, si je puis dire, il ne faut pas lâcher l'objectif central. Et c'est une discussion qui a lieu, et que d'ailleurs, on a eu récemment à l'Institut Jacques Delors à Bruxelles, avec les syndicats agricoles français et allemands, séparément. Ça suscite des tensions. Et c'est assez étrange de voir qu'ils réagissent de manière différente. Les syndicats agricoles français nous disent « Oh, il faut laisser tomber le verdissement, il faut produire plus.
» Et les syndicats allemandes, « Oh, non, non, non, on est engagés dans un chemin de verdissement. Bien sûr qu'on peut peut-être bouger un peu, mais il ne faut pas lâcher. »
Ce n'est pas la même composition politique, ce n'est pas la même culture.
C'est vrai, et ce n'est pas la même méthode. À court terme, en tout cas, il y a un point sur lequel je crois que tout le monde est à peu près d'accord. Il faut débrancher un peu la production qui va vers les biocarburants pour la rebrancher sur de l'alimentation. Ce sont les mêmes protéines, ce sont les mêmes produits qu'on utilise pour faire des biocarburants et pour nourrir les animaux ou les humains. Là, franchement, on peut faire quelque chose à court terme.
Et vous êtes optimiste sur la façon de coordonner la réponse ? L'Europe va faire face comme elle a fait face pour le plan de relance au moment du Covid ?
Je crois qu'elle s'avance dans cette direction. On a acheté, par exemple, ce qui n'était jamais arrivé, on a acheté, c'est la Commission européenne qui achète du gaz américain maintenant pour négocier correctement les prix. comme on l'a fait d'ailleurs au moment du Covid.
Ça évite la concurrence et ça permet de baisser les prix.
Absolument. Et reconnaissons que on a, en tout cas en matière énergétique, et c'est aussi une partie du problème, comme on sait, on a affaire à un cartel qui tient les prix et qui permet à M. Poutine de financer sa guerre. Les Saoudiens aident beaucoup M. Poutine à financer sa guerre en n'augmentant pas leur production de pétrole. Et donc, il faut tenir compte de ça.
L'Europe peut peut-être infléchir.
Et si l'Europe achète du pétrole ensemble comme elle achète du gaz ou des vaccins, alors je pense qu'elle démontre son utilité.
Alors c'est sur ces paroles d'optimiste qu'on va rester ce soir. Merci beaucoup, Pascal Lamy. Vous étiez l'invité éco de France Info. Merci à vous. Sous-titrage Société Radio-Canada