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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 10 mars 2026 7 minContradictoireActualité / polémiqueBudget & impôtsÉducation & recherche

"Nous sommes en déficit, nous atteignons un point de rupture", alerte la présidente de l'université Panthéon-Sorbonne

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 80 %Attaque 15 %Défensif 5 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:39Invité politiqueFait
    « Les présidents d'universités alertent sous le sous-financement chronique des universités depuis des mois. »
  • 1:02Invité politiqueFait
    « Nous sommes en déficit depuis deux ans maintenant. »
  • 1:42Invité politiqueChiffre
    « Sur Parcoursup, nous avons à peu près entre 130 et 140 000 demandes pour des places en première année de licence, pour 7 000 places. »
  • 4:04PrésentateurPromesse
    « Le ministère dit que cette année, les moyens sont renforcés, des crédits en hausse de 350 millions par rapport à 2025. »

Temps de parole

  • Invité politique76 %
  • Présentateur24 %

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0:00
Présentateur

Il est 6h21, les universités françaises sont-elles au bord de la faillite ? Quasiment toutes ont présenté un budget en déficit. D'où cette mobilisation intersyndicale aujourd'hui dans les facs pour réclamer davantage de moyens et dénoncer les suppressions de postes et le sous-financement chronique de la recherche. Bonjour Christine Noleduc. Bonjour. Vous êtes la présidente de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Est-ce que vous soutenez ce mouvement ? Est-ce que vous appelez vos enseignants et vos étudiants à se rassembler aujourd'hui plutôt que d'aller en cours ?

0:36
Invité politique

Écoutez, je tiens surtout à dire que les présidents d'universités alertent sous le sous-financement chronique des universités depuis des mois, que ce soit France Université, l'ensemble de nos collègues. Moi, déjà, il y a deux ans sur votre antenne, j'avais dit que les universités sont à l'os. Et donc, voilà, on partage ce diagnostic avec toutes les organisations qui appellent au rassemblement. Après, chacun a ses modes aussi d'action. Mais vraiment, le constat est complètement partagé. Donc, même une université aussi historique et prestigieuse que la vôtre, la Sorbonne, a des difficultés financières ? Oui, nous sommes en déficit depuis deux ans maintenant. Nous maintenons nos...

Enfin, il faut aussi à la fois comprendre ce paradoxe, c'est que nous arrivons à maintenir nos missions de service public, mais dans le même temps, nous sommes en déficit et nous atteignons un point de rupture. C'est clair. Ça veut dire quoi, un point de rupture ?

1:22
Présentateur

Ça bascule, il va se passer quoi si on bascule de l'autre côté ?

1:24
Invité politique

Alors, si on bascule de l'autre côté, c'est un vrai point d'interrogation. Ça veut dire accueillir moins d'étudiants, point d'interrogation. Ça veut dire réduire le nombre d'heures de cours, point d'interrogation. Ce n'est pas du tout ce que l'on souhaite. Je vais en parler peut-être d'attractivité des universités, du service public de l'enseignement supérieur à la recherche. Sur Parcoursup, nous avons à peu près entre 130 et 140 000 demandes pour des places en première année de licence, pour 7 000 places. Donc, il y a une vraie attractivité. Le service public d'enseignement supérieur à la recherche fait le job, je tiens à le dire.

Nous insérons professionnellement nos étudiants, nous les accueillons, nous les portons.

1:59
Présentateur

Et donc, le ministère va vous dire qu'il n'y a pas de problème, même en vous demandant de faire des économies, si vous y arrivez quand même, il n'y a pas de problème ?

2:05
Invité politique

Oui, mais bien entendu, je connais, et c'est ce que je vous disais, il y a ce paradoxe-là, parce qu'il y a un dévouement des personnels. Je veux dire, ça tient sur la bonne volonté, sur le dévouement des personnels. Et là, il y a un point de rupture, de fatigue. Il faut se rappeler, on a la mémoire courte, mais les années Covid ont été très difficiles. Il a fallu beaucoup d'investissements, de transformations sur nos enseignements aussi, à ces périodes-là. Et là, on est en bout de course.

2:29
Présentateur

On vous a demandé 13 millions d'économies l'an dernier, 7 cette année, c'est ça, pour la Sorbonne,

2:33
Invité politique

sur un budget de 280 ? Oui, mais attention, je tiens à le dire. 208 millions de subventions pour ces charges de services publics, et plus de 60 millions de ressources propres qu'on va chercher. Et où est-ce que vous les faites, les économies, alors ? Ah ben, on les fait, l'année dernière, ça a été un crève-cœur sur l'achat des livres, sur la recherche. On a annulé des colloques, on a annulé des missions de collègues, on a annulé des terrains, des fouilles pour nos étudiants, pour leur apprendre, nos archéologues, nos géographes, par exemple. On a dû faire ces économies à une échelle incroyable, même l'investissement. C'est-à-dire que nous n'avons plus fait un seul des travaux.

Notre budget de travaux, notamment pour nos bâtiments, a été considérablement réduit, au strict minimum. Est-ce que ça veut dire que les étudiants sont moins bien formés aujourd'hui, et que la recherche est de moins bonne qualité ? Dans notre université à Paris, un Panthéon-Sorbonne, à l'instant T, non. Parce que ce qu'on a souhaité préserver le plus, c'est justement les enveloppes, ce qu'on appelle les enveloppes formation, c'est-à-dire l'argent qui permet de donner les cours. On a maintenu les nombres de postes que l'on avait déjà, on n'était pas cette année. Cette année, on n'a pas pu, et on a dû geler des postes beaucoup plus que l'année dernière.

Donc là, c'est là aussi, je vous dis, au fur et à mesure, il y a un glissement qui fait que nous n'aurons plus d'enseignants-chercheurs devant nos étudiants, ou en tout cas moins. Donc là, il y a un vrai glissement. Mais pour l'instant, on a maintenu les cours, on a maintenu les capacités d'accueil, c'est-à-dire qu'on accueille toujours autant d'étudiants. Paris 1 s'est passé en 10 ans de 35 000 à 45 000 étudiants, avec un budget qui n'a pas proportionnellement augmenté.

4:00
Présentateur

Le ministère dit que cette année, les moyens sont renforcés, des crédits en hausse de 350 millions par rapport à 2025. Et le ministre de l'Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, dit même, c'est écrit un noir sur blanc sur le site internet du ministère, le budget 2026 concrétise la priorité donnée par le gouvernement à l'enseignement supérieur et à la recherche.

4:20
Invité politique

Il n'a pas tort, c'est vrai. Vous trouvez que c'est une priorité ? Je pense qu'il faut être aussi réaliste. Je veux dire, les universitaires ne sont pas hors sol. Le mouvement d'aujourd'hui n'est pas un mouvement corporatiste de personnes qui veulent conserver leurs privilèges. Pas du tout. On n'est pas du tout hors sol, on est insérés dans la société et on sait aussi les difficultés budgétaires de l'État. C'est clair. Donc c'est vrai que le budget qui a été voté il y a quelques semaines est en amélioration par rapport à celui de l'automne. On a eu des compensations de charges qui n'étaient pas compensées, qui l'ont été. Mais il n'est pas à l'échelle du défi qui est le nôtre.

4:57
Présentateur

Il y a eu pas mal de lois quand même ces dernières années sur l'université. Je me rappelle de la loi de programmation pluriannuelle de la recherche. Ça, c'était en 2020. Tout devait aller mieux grâce à cette loi. Le gouvernement parlait même d'un investissement historique. Et puis, il y a 20 ans déjà, il y a eu la loi Pécret sur l'autonomie des universités. Ça aussi, ça devait être formidable pour vous. Quels ont été les effets à la Sorbonne ? Qu'est-ce que ça a changé pour vous ?

5:16
Invité politique

Alors, pour nous, ça a changé. En fait, ça a permis d'améliorer un tout petit peu l'attractivité des postes d'enseignants-chercheurs puisqu'on a une vraie question d'attractivité. Ce qu'il faut que nos concitoyens comprennent, c'est que la compétition, elle n'est pas française. Elle est vis-à-vis de l'étranger. On a un vrai problème d'attractivité en France. On a un vrai problème de budget en France par rapport à ce qui se passe dans d'autres pays. Notre budget s'améliore ou se maintient. En fait, si vous prenez l'inflation, si vous prenez les évolutions sur 10 ans, on ne fait que maintenir. Et quand on maintient dans le monde actuel, on régresse. Donc, il en faut plus.

C'est ce que vous dites à votre ministre. Il en faut plus, mais ce n'est pas du plus pour du plus. Ce n'est pas du plus pour des privilèges. C'est du plus pour nos étudiants, pour les générations à venir, pour la jeunesse. Il faut investir dans la jeunesse. Il faut investir dans la jeunesse qui le mérite. Elle mérite un avenir. Je veux dire, il faut faire attention. Nos jeunes ont peur dans l'avenir. Il y a la guerre à nos portes. Il y a la question du changement climatique, des transitions. Et aussi investir dans la recherche. Si nous n'avons pas une recherche qui nous permet de garantir notre souveraineté face aux grandes transitions à venir, on n'a pas d'avenir.

6:27
Présentateur

Merci, Christine Noleduc, présidente de l'Université Paris-Impantée en Sorbonne. Vous étiez avec nous ce matin et l'invité du 5-7.