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Podcast / conversationfranceinfo — 8h30 franceinfo (sur Site radio)· 1 janvier 2021 25 minComplaisantActualité / polémiqueSantéÉconomie & entreprisesInstitutions & électionsSolidarités & famille

Vœux d'Emmanuel Macron : "Entre les lignes, il y avait clairement du 2022", selon le politologue Bruno Cautrès

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 10 %Défensif 60 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 96 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:11OuverteRéponse directe

    Meilleur vœu pour 2021 ?

  • 0:29OuverteRéponse directe

    Qu'avez-vous retenu de 2020 ?

  • 1:55OuverteRéponse directe

    Citer des Français dans les vœux : judicieux ?

  • 2:57OuverteRéponse directe

    Cette empathie est-elle nouvelle pour Macron ?

  • 4:04OuverteRéponse partielle

    La stratégie vaccinale est-elle précise ?

  • 9:51RelanceRéponse directe

    Faut-il accélérer la vaccination ?

Temps de parole

  • Invité64 %
  • Présentateur21 %
  • Locuteur non identifié9 %
  • Locuteur non identifié 24 %

2 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:04
Présentateur

C'est le 8.30 de France Info en ce 1er janvier avec Cyril Graziani et notre invité Bruno Cotteres, bonjour. Bonjour. Et meilleur vœu, qu'est-ce qu'on peut vous souhaiter d'abord pour l'année 2021 ?

0:14
Invité

Vous aussi, une année universitaire qui reprenne comme elle était avant.

0:19
Présentateur

C'est l'un des signes d'une année qui a été marquée par la crise sanitaire, par une activité empêchée, qu'elle soit économique, culturelle ou étudiante, vous en parliez. Qu'est-ce que vous retenez, vous tout simplement, de 2020, évidemment le Covid, mais derrière, est-ce qu'il y a une image peut-être qui vous a marquée, un signe ?

0:38
Invité

Je pense que ce qu'on peut retenir de 2020 avant tout, c'est effectivement cette solidarité qui s'est exprimée dans le pays. On a beaucoup dit qu'on était un pays d'individualistes. On n'en parle pas assez. Voilà, je trouve qu'on n'en parle pas assez. Il y a eu beaucoup de gestes de solidarité à la base, beaucoup de Français qui ont fait des choses pour d'autres Français. D'une personne qui faisait des masques pour un hôpital juste à côté à Français qui se sont occupés de leurs voisins de palier. Donc il y a eu beaucoup aussi de gestes de solidarité. Les Français n'ont pas forcément vécu cette crise sous le signe de l'optimisme. C'est le moins qu'on puisse dire.

Il y a quand même un climat qui est extrêmement difficile, beaucoup de soucis, beaucoup de préoccupations. Mais il faut retenir, je crois, effectivement, de 2020, bien que dans des situations de crise majeure, on revient un peu vers des fondamentaux. Beaucoup de Français ont vécu le confinement aussi avec, on va dire, toutes les ambiguïtés de ce confinement, tous ces paradoxes, à la fois être coupés de sa vie sociale, mais en même temps, revenir vers les siens aussi, pour beaucoup de Français, avec toutes les difficultés, mais aussi ces riches d'enseignements. Alors on disait, par exemple, sur la vie universitaire, sur les étudiants, très difficile l'enseignement à distance.

Mais il faut souhaiter qu'on retiendra aussi quelques leçons de l'enseignement à distance pour faire mieux, pour faire différemment.

1:55
Locuteur non identifié

Les Français, justement, hier soir, ils ont été mis à l'honneur par Emmanuel Macron lors de ses voeux présidentiels, Marie-Corentine, Mehdi. Ce choix de citer des Français dans des voeux, ça a été plutôt judicieux, selon vous ?

2:08
Invité

Oui, c'est assez bien vu dans la mesure où les voeux du 31 décembre, c'est un moment où le chef de l'État doit exprimer à la fois sa compassion, son empathie, sa proximité avec la vie des Français. C'est normalement une figure un peu classique des voeux du 31 décembre. Et puis là, Emmanuel Macron a voulu le jouer presque à l'anglo-saxote. Vous savez, on va citer les prénoms. Hier soir, il y a eu 7-8 minutes comme ça qui ont été très intéressantes. C'était vraiment le morceau de choix des voeux du président de la République hier. J'ai compté qu'il a cité 17 prénoms. 17 prénoms qui incarnaient chacun à son rôle, à son tour, une région, un métier.

Et Emmanuel Macron voulait mettre en avant des exemples, on va dire, de civisme, de solidarité, de générosité. Et ça, ça a été un moment, je crois, très important. On avait annoncé dans l'après-midi qu'il y aurait une innovation de ses voeux. C'était ça, en fait, l'innovation hier.

2:57
Locuteur non identifié

Ça signifie quoi ? Une empathie de la part du président ? Il a eu du mal jusqu'à présent à la montrer. Là, il fend la remure ? Vous savez que c'est son point faible, Emmanuel Macron.

3:06
Invité

Depuis qu'on mesure l'opinion des Français à l'égard d'Emmanuel Macron, nous avions commencé au Cevipov très tôt, pendant l'élection de 2017. Nous avions un très grand panel électoral où on a interviewé des dizaines de milliers de Français, 20 000 Français plus exactement, entre novembre 2015 et presque jusqu'à aujourd'hui. Et on avait vu, à partir du printemps de 2016, la figure d'Emmanuel Macron émergeait. Et tout de suite, on s'est intéressé à ce que les Français en pensaient.

Et on voyait que si les Français trouvaient tout de suite qu'Emmanuel Macron avait l'étoffe, on va dire, pour faire le job de président de la République, la question de l'empathie, de la proximité était le point faible, presque le portrait inverse de Marine Le Pen. Et puis on voit qu'Emmanuel Macron a essayé à de très nombreuses reprises, depuis deux ou trois ans, d'incarner cette proximité. Lui, que beaucoup de Français ressentent comme manquant d'humilité, un peu trop arrogant, il a essayé hier soir d'incarner une nouvelle facette de la proximité. De ce point de vue-là, du point de vue purement formel, c'était assez réussi.

4:04
Présentateur

Avec une difficulté, c'est qu'Emmanuel Macron, même si vous pointez cette difficulté à montrer de l'empathie, apprécie aller dans l'arène. On l'a vu lors du grand débat qui a suivi la crise des gilets jaunes. Il avait apprécié aller discuter, se tenir au milieu avec ses talents de communicant. Avec la crise, depuis presque un an maintenant, du coronavirus, il est impossible d'avoir ces bains de foule, ces échanges directs. Ça empêche aussi ces échanges-là. Ça donne peut-être parfois l'impression d'un isolement au château à l'Elysée, renforcé par ses conseils de défense sanitaire à l'ombre des regards.

4:43
Invité

C'est vrai qu'Emmanuel Macron a beaucoup expliqué aux Français qu'il aimait aller au contact. C'était une expression de la macronie, aller au contact. Ici, c'est être cas contact, d'aller au contact. Absolument. À hauteur d'homme, disait-il, pour justifier que de temps en temps, il y avait des images d'Emmanuel Macron qui donnaient le sentiment, presque qu'il allait à l'affrontement avec des Français. On se rappelle tous de la Seine, de traverser la rue, etc. Puis c'est vrai que la crise a mis le président de la République dans une situation qui est une situation de communication un peu classique, verticale. Beaucoup d'allocutions entre le 12 mars et le déconfinement.

Il y a eu cinq ou six allocutions officielles d'Emmanuel Macron. Donc on a eu beaucoup de communication du président de la République. Mais effectivement, avec ce... Peut-être beaucoup, en tout cas à un moment donné, pendant le premier confinement, il y a eu différentes allocutions qui ont voulu incarner le chef de guerre, après celui qui incarnait la mobilisation des services de l'État. Mais c'est vrai qu'il a beaucoup communiqué de manière très classique à ce moment-là.

5:45
Présentateur

À l'heure du bilan, avant d'évoquer l'actualité brûlante et notamment la vaccination, est-ce que cette crise va permettre à Emmanuel Macron de sortir renforcée parce qu'elle est extrêmement difficile à gérer pour qui que ce soit et malgré les critiques politiques ? Ou est-ce qu'au contraire, elle lui renvoie en boomerang ces métiers qu'il a cités hier et qui sont pour beaucoup ceux qui se sont sentis méprisés depuis le début de son quinquennat ?

6:12
Invité

Les deux à la fois. Emmanuel Macron a évité ce qu'on pourrait appeler presque une forme de hollandisation. C'est-à-dire qu'il n'est pas sorti en lambeaux du point de vue de sa popularité. Sa popularité s'est même en partie restaurée. Si on la compare notamment à ce qu'elle était devenue à la sortie de la crise des Gilets jaunes, où là il était vraiment très bas en popularité, il a restauré sa popularité. Mais il reste dans l'opinion une sorte d'énigme à propos d'Emmanuel Macron.

Le sentiment que c'est un réformateur pour une partie de l'opinion est toujours là, que c'est un réformateur talentueux, celui qui essaye de faire, celui qui se retrousse les manches, celui qui ne renonce pas à une sorte de scisif au fond de la réforme à la française. Et puis une autre partie de l'opinion, plus majoritaire, qui considère qu'il y a une forme d'énigme. D'où sort-il ? Est-ce qu'il est en capacité de comprendre la vie des Français ? On voit que le chef de l'État essaye en permanence d'incarner cette proximité, mais beaucoup de Français trouvent qu'il est plutôt quelqu'un qui se retrouve de la technocratie, qu'il a du mal à incarner la proximité.

Et donc Emmanuel Macron ressort de cette crise avec une image, qui est une image, je dirais, un peu en reconstruction. Et on a vu hier des éléments de langage, déjà, qui commencent à être jalonnés, posés par le chef de l'État dans la perspective au-delà de 2021. Hier, entre les lignes, on avait clairement du 2022. On va y revenir.

7:34
Présentateur

Ça tombe bien, on va en parler dans un tout petit instant.

7:36
Invité

Donc on voit que c'est un peu en reconstruction, et notamment avec cette énigme, que reste-t-il de la narration de départ ?

7:42
Présentateur

2022, mais aussi 2021 et le vaccin. Voilà le programme des prochaines minutes avec vous. Bruno Cotteres, un passage par le Filinfo en ce 1er janvier, et à 8h40 avec Diane Ferschit.

7:52
Locuteur non identifié

L'espoir est là, grâce au vaccin et à la relance. Les voeux d'Emmanuel Macron aux Français pour 2021, alors que seulement 330 personnes ont été vaccinées en France, contre 130 000, par exemple en Allemagne, le président de la République prévient, il ne laissera pas une lenteur injustifiée s'installer dans la campagne de vaccination. Ainsi, dès lundi, les soignants de plus de 50 ans y auront accès. Initialement, ils ne devaient en bénéficier qu'à partir de février. Une personne tuée, quatre blessés dans le barin, par des tirs de mortier d'artifice, c'est un jeune homme de 25 ans qui a été mortellement touché à la tête par le tir, précise la préfecture.

Des médecins, des infectiologues, des épidémiologistes, décorés de la Légion d'honneur ce vendredi, récompensés pour leur lutte contre la pandémie. Dans cette promotion aussi, le chanteur Michel Sardou, le photographe Yann Arthus Bertrand, ou encore Esther Duflo, la prix Nobel d'économie. Le Royaume-Uni quitte définitivement le marché commun de l'Union Européenne. Nous avons en main notre liberté. Il nous appartient d'en tirer le meilleur, a déclaré le Premier ministre Boris Johnson. Plus de libre circulation des personnes, ni des marchandises ce matin, sauf entre l'Espagne et Gibraltar, ainsi qu'entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande.

9:00
Présentateur

Et notre invité, le politologue Bruno Cotteres, qui nous aide à tirer les leçons de 2020, qu'on pourrait qualifier d'année du pangolin, à regarder surtout ce qui nous attend en 2021, qui sera de toute évidence l'année du vaccin, que l'on soit pour ou contre Bruno Cotteres. Et dans ce domaine, la stratégie du gouvernement a évolué. Olivier Véran l'a dit hier soir, et Emmanuel Macron a insisté sur ce point dans ses voeux.

9:35
Locuteur non identifié

Je ne laisserai personne jouer avec la sûreté et les bonnes conditions, encadrées par nos scientifiques et nos médecins, dans lesquelles la vaccination doit se faire. Et je ne laisserai pas davantage, pour de mauvaises raisons, une lenteur injustifiée s'installer.

9:51
Présentateur

Ça fait trois jours, Bruno Cotteres, qu'on entendait le gouvernement dire qu'il avait une stratégie très précise sur le sujet. C'est balayé, il fallait absolument accélérer ?

10:02
Invité

Peut-être pas complètement balayé. Emmanuel Macron et Jean Castex ont nommé un monsieur vaccination, Alain Fischer, qui est en train de monter en puissance, on va dire. On ne le voit pas assez. Peut-être qu'on devrait le voir un peu davantage, effectivement, mais j'imagine que ça va être le cas dès le début de l'année 2021. Mais c'est vrai qu'il y avait urgence, parce qu'une critique commençait à monter progressivement, qui était qu'après avoir foiré sur les masques, sur les tests, sur l'isolement, on n'allait pas encore se louper sur la question des vaccins. C'est vrai que pour le chef de l'État et pour l'exécutif, il y a là un enjeu qui est absolument capital.

Emmanuel Macron en a appelé hier au génie humain à propos du vaccin. Il aurait peut-être aimé parler du génie français si on avait notre vaccin made in France. On ne l'a pas, mais en tout cas, il y a un vaccin et il y a une action de l'Union européenne aussi sur la question du vaccin. Mais c'est vrai qu'il y a là un enjeu qui est absolument fondamental, parce qu'il s'agit en France d'enclencher une dynamique de confiance autour de la question du vaccin. On voit que toutes les enquêtes d'opinion montrent que les Français doutent, en tout cas, sont dans l'interrogation. Est-ce qu'on a pris assez de recul sur ce vaccin ? Est-ce qu'il y a des risques ?

Donc il va falloir une très active campagne de communication, de pédagogie du gouvernement. J'imagine que des spots télé, des campagnes d'information vont avoir lieu pour essayer d'endiguer cette question de la défiance par rapport au vaccin. Vous savez qu'en France, on est un pays où la question du doute, de la défiance par rapport à la parole publique est très importante. Donc il faut vraiment s'occuper de ça et enclencher une dynamique vertueuse.

11:33
Locuteur non identifié

C'est à cause de ce doute qu'il y a cette exception française concernant les vaccins parce que nos voisins européens, eux, vaccinent en masse sans qu'il y ait pour autant une véritable défiance.

11:43
Invité

J'imagine que les spécialistes de santé publique trouveraient dans l'histoire des dernières décennies un certain nombre d'explications de ce qui s'est passé en France par rapport au vaccin, ou en tout cas par rapport à cette crainte. Je vais le déplacer, moi, sur le terrain, plus de l'analyse politique. La France, c'est un des pays européens où la défiance par rapport aux autorités est la plus élevée. Et j'ajouterai à ça quelque chose qui est beaucoup plus de court terme. Depuis plus de deux ans, la France est dans une crise presque sans fin. Les gilets jaunes, les retraites, la Covid...

12:16
Présentateur

C'est l'état d'urgence permanent. Voilà, l'état d'urgence permanent.

12:19
Invité

Et donc on est dans une situation de l'opinion publique en France qui est une situation à la fois de doute, de crainte diffuse, d'incompréhension aussi un peu sur la situation, comment on en est là en France, pourquoi ça fait plus de deux ans qu'on est en crise. Et sans doute que ça, ça part à jouer dans l'explication de cette défiance par rapport au vaccin.

12:38
Présentateur

Est-ce qu'à l'inverse, cette défiance, elle n'agit pas aussi sur le discours politique ? C'est-à-dire qu'on a senti au sein des autorités une prudence presque trop extrême à présenter ce vaccin conscient des doutes d'une partie de la population et d'une certaine manière de donner un certain pouvoir aux sceptiques sur ce vaccin. On voit aussi dans les discours du reste de la classe politique et non pas seulement du gouvernement, une difficulté à appréhender justement l'opinion publique et à ne surtout pas se couper d'une partie d'entre elles.

13:12
Invité

C'est vrai qu'on s'est beaucoup interrogé sur les raisons qui ont fait qu'alors qu'on a vu des chefs de gouvernement, des ministres dans d'autres pays qui mettaient en scène leur propre vaccination, pas seulement le premier ministre israélien, mais aussi la reine d'Angleterre.

13:27
Locuteur non identifié

Kamala Harris.

13:28
Invité

Voilà, Kamala Harris. Donc on s'est demandé pourquoi le chef du gouvernement, les ministres français ne jouent pas ce jeu ? Alors ils s'en sont défendus en disant qu'il s'agissait de réserver les vaccins à ceux qui en avaient besoin en priorité. Mais c'est vrai qu'on ne comprend pas très très bien. On n'est pas à 40 ou 50 ou 60 vaccins près en France. Donc il y a là effectivement quelque chose qui est bizarre, le fait dont le gouvernement n'arrive pas véritablement à enclencher cette dynamique de communication et de confiance et son enjeu principal, me semble-t-il, au début de l'année 2021.

14:00
Locuteur non identifié

Un échec de cette campagne de vaccination pourrait peser lourd pour Emmanuel Macron ?

14:05
Invité

Il pourrait peser lourd pour tous les dirigeants, évidemment. L'échec de la campagne, ça serait surtout de voir que cette relative lenteur française se perpétuait au début de l'année 2021. Si on n'avait pas d'accélération très forte d'ici le mois de février, c'est vrai que là, beaucoup de gens poseraient une question assez forte. Comment sait-il que l'exécutif n'y arrive pas ?

14:28
Présentateur

Emmanuel Macron, certes, parce qu'il est aux responsabilités, mais quel impact de cette crise, de ces mois de crise et de cette question très précise de la vaccination et donc d'une possibilité de sortie de la crise sanitaire dans le reste de la classe politique ? Est-ce que ça joue ça sur les différentes positions ?

14:46
Invité

Oui, bien évidemment, on voit que sur cette question de la vaccination, qui est d'une certaine manière la dernière chance, parce que si on n'a pas été très bon sur les masques, pas été très bon sur l'isolement, qui est quand même un peu un échec national, la stratégie d'isolement des personnes atteintes du Covid, de la Covid-19, là, on a un peu une dernière chance avec la question de la vaccination. Si ça ne marchait pas, on verrait effectivement que cette question occuperait le terrain d'ici la présidentielle de 2022 et deviendrait véritablement un thème très important.

15:18
Présentateur

Et en même temps, l'opposition est enfermée dans cette critique sanitaire, parce qu'elle n'a pas vraiment d'autres sujets sous la main aujourd'hui et parce qu'elle n'est pas aux affaires, tout simplement, dans la gestion de cette logistique, de ces différents choix.

15:30
Invité

C'est vrai qu'avoir à gérer une crise d'une telle ampleur est à la fois un point positif et négatif pour tout le monde, et en particulier pour l'exécutif, point négatif parce que ça souligne les difficultés, point positif, comme vous le rappelez, ça empêche l'opposition de déployer un programme d'alternance ou d'alternative à Emmanuel Macron. Et c'est vrai que ça, c'est une des particularités de la situation politique en France aujourd'hui.

On ne voit pas très très bien pour le moment, du point de vue des oppositions, à la fois le casting, les mots-clés, les thématiques fondamentales qui peuvent mobiliser dans une démocratie pluraliste, qui est mobiliser son électorat sur un programme alternatif. Donc c'est vrai que pour le moment, on a vu Jean-Luc Mélenchon sortir très clairement du bois dès la sortie de l'été, avec son discours aux universités d'été de la France insoumise. On voit qu'à gauche, il commence à se passer un certain nombre de choses. Mais c'est vrai qu'on a là un peu une particularité de la situation politique d'aujourd'hui, la difficulté des oppositions à faire monter en puissance des personnes et des thèmes.

16:29
Locuteur non identifié

Et juste si la campagne de vaccination marchait, est-ce que les Français oublieraient tous les ratés des mois précédents ?

16:39
Invité

En tout cas, il faut souhaiter que ça marche, cette campagne de vaccination, bien évidemment. Du point de vue de l'opinion publique et des logiques de l'opinion publique, je ne crois pas que ça effacera quand même totalement ce sentiment d'une difficulté au démarrage. On est tous quand même marqués par les discours, on va dire, compliqués, un peu contradictoires au début sur la question des masques. Évidemment, la réussite de la stratégie de vaccination serait un point absolument capital. Mais il restera, je crois, une trace dans l'opinion qui est une pas très bonne gestion de la communication au minimum au début du confinement.

17:16
Présentateur

Bruno Cotteres, on continue cette discussion jusqu'à 9h. Ensemble, on fait un passage par le Filinfo à 8h50 ce matin avec Diane Ferchit.

17:25
Locuteur non identifié

Le marché automobile français s'effondre de plus de 25%. En 2020, régression qui le fait revenir à son niveau de 1975. Le secteur victime de la fermeture des concessions et des usines pendant le premier confinement et de l'attentisme des consommateurs face à la crise économique. Les voeux d'Emmanuel Macron consternants pour Jean-Luc Mélenchon, surréaliste pour Nicolas Dupont-Aignan, loin des réalités des Français, selon le Rassemblement national. Emmanuel Macron qui espère au printemps 2021 un nouveau matin français avec l'espoir suscité par la vaccination face aux critiques.

Quant à la lenteur de cette campagne, le ministre de la Santé annonce un changement de stratégie avec dès lundi l'accès au vaccin pour les soignants de plus de 50 ans. Le réveillon du nouvel an tragiquement endeuillé en Alsace, un jeune homme de 25 ans tué par un tir de mortier d'artifice, un autre homme qui l'accompagnait et lui hospitalisé. Les changements ce 1er janvier. Les 2,2 millions d'employés au SMIC voient leur salaire légèrement revalorisé et toucheront 12 euros mensuels en plus à une rémunération de 1230 euros net par mois. Et à partir d'aujourd'hui, la fabrication des pailles couvertes ou encore confettis en plastique est intéressante.

France Info Le 8.30 France Info Cyril Graziani

18:38
Présentateur

Nicolas Teilhard Et Bruno Cotteres Politologue, notre invité jusqu'à 9h 2021 à toutes les allures d'un marche-pied vers 2022. Bruno Cotteres Politiquement au moins, il faut toujours se méfier de ces années dont on n'attend rien, si ce n'est la suivante. L'année 2011, nous en avons rappelé un souvenir cuisant quelques années en arrière. On parlait vaccin il y a quelques instants. On parle beaucoup de bon sens ces derniers mois. C'est un mot qui revient dans le champ politique. Est-ce qu'il peut y avoir pour Emmanuel Macron un effet bon sens avec cette crise sanitaire ? C'est-à-dire, vu la difficulté de la tâche, personne n'aurait fait mieux.

19:17
Invité

C'est vrai qu'hier soir, il y a eu plusieurs moments où on avait le sentiment qu'Emmanuel Macron disait « adieu à 2020 » et « bonjour à 2022 ». Et notamment, j'ai trouvé entre la troisième et la cinquième minute de son allocution, de ses voeux hier, il y a un bombardement, au fond, sur cette question. Emmanuel Macron va entamer cette séquence en disant que le quoi qu'il en coûte, il l'assumait, il le revendiquait totalement. Et c'est le quoi qu'il arrive maintenant. Voilà, ça c'est très important.

Derrière, il a rappelé huit ou neuf mesures qui ont été soit décidées, mises en œuvre, évoquées par le chef de l'État, non seulement par rapport à la crise, mais un petit peu au-delà même de la crise. Il a terminé ces deux minutes, qui étaient très très très importantes, en disant qu'aucun autre pays n'avait fait aussi bien que la France, n'en avait fait autant, n'avait distribué autant. N'avait distribué autant. Donc là, on était très clairement dans la perspective de 2022. Et effectivement, Emmanuel Macron a évoqué les solutions de bon sens. Il faut se rappeler que dans la rhétorique d'Emmanuel Macron, dans le logiciel d'Emmanuel Macron, la question de l'efficacité est très importante.

Dès le début, dès 2016, c'est juste parce que c'est efficace, c'est efficace parce que c'est juste. Donc l'idée de l'efficacité dans l'action publique, le bon sens, qu'est-ce qui marche, quelles sont les solutions que les autres essayaient de mettre en œuvre, mais auxquelles ils ne parvenaient pas parce qu'ils étaient prisonniers de leur idéologie. Mais lui, c'est le pragmatisme, l'efficacité, le bon sens.

20:44
Présentateur

Parfois, c'est dépend. Le pognon de dingue, c'était ça.

20:46
Invité

Voilà, tout à fait. Et donc, on verra sans aucun doute cet aspect s'affirmer progressivement au fur et à mesure qu'on se rapprocherait de 2022.

20:53
Locuteur non identifié

Au-delà de la crise sanitaire, la crise économique et sociale qui commence à pointer le bout de son nez, véritablement, ça va se passer en 2021. Est-ce qu'il n'a pas un peu occulté, ça, hier ? Justement, dans la perspective de 2022 et de ne pas dire aux Français « Attention, l'année 2021 va être très très dure ceci. »

21:08
Invité

Alors, il a annoncé que jusqu'au printemps de 2021, on pouvait s'attendre à une période très difficile. Mais c'est vrai qu'il n'a pas décliné hier un certain nombre d'étapes ou de mesures qui sont soit dans le domaine sanitaire, soit dans le domaine économique pour permettre aux Français les plus touchés de passer le mieux possible l'année 2021. Ça va sans aucun doute venir. Hier soir, c'était des vœux présidentiels. Donc, on va dire que les vœux présidentiels, ce n'est pas le moment où on fait du programmatique. On fait du politique différemment, mais pas du programmatique.

Donc, c'est vrai qu'hier, la dimension très pratique sur ce qui se passe entre aujourd'hui et l'été 2021 n'était pas évoquée.

21:46
Présentateur

Est-ce que vous trouvez que le casting politique est complet aujourd'hui en prévision des prochains mois et de 2022 ?

21:53
Invité

Alors, on a beaucoup souligné qu'Emmanuel Macron aurait pris une orientation, on va dire, centre-droit et qu'il lui fallait renforcer la dimension centre-gauche dans la perspective de 2022. Au moment du remaniement de la nomination de Jean Castex, plusieurs membres de l'équipe d'Emmanuel Macron avaient fait les décomptes et disaient, mais non, regardez, il y a pratiquement autant de personnes qui viennent du centre-gauche que du centre-droit dans l'équipe.

22:17
Présentateur

Certains ont trouvé que la ligne médiane s'était très largement déplacée.

22:20
Invité

Mais c'est vrai qu'aux positions les plus fondamentales, ça vient du centre-droit, dans les enquêtes d'opinion, on demande régulièrement aux Français de placer Emmanuel Macron sur la dimension gauche-droite, sur une échelle qui va de 0 à 10, où il est à 6, les Français le placent à peu près au centre-droit, à 6, comme une sorte de nouvelle, pratiquement de nouvelle figure, peut-être giscardienne serait exagérée, mais en tout cas comme quelqu'un qui incarne ce que le président Giscard d'Estaing avait voulu incarner, c'est-à-dire la réunion de deux Français sur trois, des majorités de projets également.

Il y a aussi beaucoup de différences entre les deux présidents, mais c'est vrai que du point de vue de son positionnement politique, Emmanuel Macron est plus clairement positionné par les Français centre-droit que centre-gauche.

23:02
Locuteur non identifié

Est-ce qu'il laisse de l'espace à droite ?

23:05
Invité

C'est la grande question électorale et politique des mois qui arrivent. Il y a un espace qui existe, évidemment. Emmanuel Macron a essayé de le couvrir, en prenant complètement en compte la dimension sécuritaire, régalienne, qu'il a beaucoup, beaucoup couverte. En particulier, il a beaucoup fait monter au créneau Gérald Darmanin, de ce point de vue-là. Mais il reste sans aucun doute un espace à droite, parce que viendra un moment donné où la question, les questions qui tiennent à cœur d'un électeur de droite, c'est-à-dire la question des dépenses, la question de l'argent magique, qui va payer ? Emmanuel Macron est venu sur ce terrain hier.

Il a rappelé très brièvement qu'il faudra s'occuper de savoir comment les générations futures ne vont pas avoir le fardeau des lettres.

23:53
Présentateur

Il nous reste une minute, Bruno Cotteres, au-delà de ses observations politiques. Est-ce que l'observateur que vous êtes, justement, est inquiet pour la société française, après ces années de tensions dont vous parliez, le terrorisme, les gilets jaunes, cette crise sanitaire, est un avenir qui est très incertain, même avec l'arrivée du vaccin ?

24:12
Invité

Oui, clairement, il y a des éléments inquiétants dans la société française. Il y a à la fois, bien sûr, l'ampleur des fractures, des inégalités territoriales, sociales, qui continuent d'exister. Emmanuel Macron a fait avancer un certain nombre de dossiers. Quand on regarde la question du pouvoir d'achat, c'est vrai qu'en moyenne, il y a eu des augmentations de pouvoir d'achat. Par contre, beaucoup de Français, au niveau individuel, ne le voient pas. Donc, il reste que la promesse, on va dire, d'émancipation, de libération des énergies, n'est pas complètement tenue.

Il y a des inégalités sociales majeures en France qui sont inexplicables d'un pays riche, d'un pays très développé comme le nôtre. On n'arrive pas toujours à régler un certain nombre de grandes questions. Il y a un pessimisme socio-économique en France et un sentiment de défiance et d'absence de compréhension du monde qui est en train de se transformer, qui est inquiétante en France.

25:02
Présentateur

Et qu'on observera de près en 2021, une année qu'on a été ravis de commencer avec vous. Bruno Coptrez, du Centre d'études de la vie politique française, Cyril Graziani, pour ce 8h30 de France Info. On vous souhaite de nouveau nos meilleurs voeux, la réouverture et le retour dans les universités, bien sûr. Et nos meilleurs voeux, évidemment, à tous ceux qui sont debout, déjà, et devant France Info ce matin. Merci.

25:25
Locuteur

Merci. Merci. Merci. Merci. Merci.