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interviewLCP (sur YouTube)· 11 avril 2026 13 min

Claire Lejeune, députée La France insoumise de l'Essonne | La politique et moi

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Avec elle, la politique c'est à la fois la tête et les jambes. Mon invitée a été doctorante en théorie politique et activiste écologiste sur le terrain. Elle siège au sein du groupe de La France Insoumise à l'Assemblée.

Générique --- Bonjour, Claire Lejeune. -Bonjour, merci pour l'invitation. -De rien, vous êtes la bienvenue.

On a commencé à vous connaître, à vous voir un petit peu dans le cadre des marches pour le climat. Mais si on remonte à votre tout premier engagement, je crois que c'est la crise migratoire syrienne de 2015 qui l'a déclenché, si l'on peut dire. Pas par un engagement dans un parti politique mais dans une association on va voir un extrait d'un reportage de 2017, tourné à Lyon, car à l'époque vous étiez étudiante à Lyon. -D'habitude invisibles, ces demandeurs d'asile s'apprêtent à sortir de l'anonymat.

A vélo, ils vont avaler les 400 kilomètres qui séparent Lyon de Paris. Leurs pilotes, des bénévoles de Terre d'Ancrages. -C'est montrer qu'en fait, on peut former une communauté forte et belle avec ces personnes-là.

Et que du coup, ce qui est possible à notre petite échelle, c'est possible à l'échelle nationale et c'est possible dans tous les pays. -Alors, juste par curiosité, les 400 kilomètres à vélo, vous les avez faits ? -Oui, oui, tout à fait.

On a fait une dizaine d'étapes, en fait, entre Lyon et Paris, avec, du coup, entre 20 et 30 cyclistes qui étaient à la fois des personnes avec des parcours de migration, des demandeurs d'asile, des personnes en voie de régularisation et puis des bénévoles de l'association. Et en fait, on a fait étape chaque nuit dans une ville ou un village où des initiatives fortes avaient été prises pour faciliter l'arrivée et l'accueil des personnes migrantes sur place. Qu'est-ce qui a déclenché cet engagement ?

Vous étiez étudiante à Normale Sup. Ca demande du temps, du travail. Et là, vous vous êtes mobilisée en plus de cela pour cette cause-là ? -Oui.

En fait, je pense que le déclic, pour moi, il est préalable. Donc, j'ai fait une classe préparatoire, je préparais justement l'entrée à l'ENS, et entre deux années de classe préparatoire, j'ai fait un voyage dans le sud de l'Italie, dans les Pouilles, où j'ai été bénévole dans un camp de migrants pendant l'été. Et c'était, du coup, des personnes qui étaient arrivées en Italie, qui étaient parfois bloquées à cause de ce qu'on appelle le règlement Dublin, qui les empêche de continuer.

Par exemple, s'ils ont de la famille en France, ils ne peuvent pas y aller, ils sont bloqués en Italie. Et tout ça a, du coup, je pense, réveillé plein de choses, plein de colères, aussi, sur les situations d'injustice qui peuvent être vécues par ces personnes-là. Et c'est à partir de ce moment-là que je me suis engagée. -Pendant cette crise des migrants, un maire s'est fait remarquer, l'écologiste Damien Carême, maire à l'époque de Grande-Synthe, dans le Nord, où un camp de migrants s'était installé.

Vous le citez souvent en modèle. Est-ce que c'est lui qui vous a convaincu de vous engager chez les écologistes à partir de 2017 ? -Oui, en fait, il a joué ce rôle un peu de modèle, même si à ce moment-là, je ne le connaissais pas du tout, on ne s'était pas rencontrés, parce qu'en fait, en regardant ce qu'il avait pu mettre en place dans sa ville, à Grande-Synthe, ça tenait tous les bouts, en fait.

C'est un maire qui était écologiste. Et dans une ville comme Grande-Synthe, où il y a un fort taux de pauvreté, de chômage, ce qu'il pouvait mettre en place, ça ne pouvait être qu'une écologie populaire, une écologie de justice sociale. Et à côté de ça, effectivement, sa ville était sur une route migratoire et s'était formé un camp, à ce moment-là, où les personnes vivaient dans des conditions tout à fait indignes.

Et il a bataillé avec la préfecture, a bataillé avec l'Etat pour qu'un camp aux normes du HCR, du Haut-Commissariat aux réfugiés, puisse être construit et que les gens soient accueillis dignement. -La justice sociale est très importante à vos yeux. Quand on regarde votre CV, on se dit que vous avez eu le parcours presque classique d'une fille bien née.

Vous avez fait Henri IV... -Oui. -...Normale Sup, Sciences Po.

Sauf qu'en fait, vous venez d'un milieu modeste. Et alors, vous expliquez que le métier de votre père a été, je cite, "un facteur de politisation très fort". -Donc, mon père, effectivement, il est ouvrier électricien, donc c'est quelqu'un qui a arrêté l'école très tôt, qui n'a pas choisi sa vie, qui n'a pas choisi son métier, qui l'a subi.

Et son métier avait une incidence physique, psychique sur lui très forte. C'était des très longs horaires. Au cours de la semaine, je ne voyais pas mon père parce qu'il partait très tôt, il rentrait relativement tard.

Et le week-end, il se reposait de sa semaine. Donc, effectivement, lui nous a aussi toujours dit que quel que soit ce qu'on faisait dans la vie, il voulait que ce soit notre choix. Et effectivement, je pense que voir ce que peut faire aussi le monde du travail, ce que ça fait au corps, la violence que ça peut charrier, tout ça, effectivement, ça a été très important pour moi.

Et puis forcément, comme vous l'avez dit, du coup, je suis arrivée à Henri IV, notamment par une voie qui était faite pour les élèves boursiers, Je pense que sans ça, je n'aurais pas forcément eu ce chemin-là. Et il y a forcément un peu un clash culturel de classe sociale qui se fait quand on arrive, qu'on ne vient pas de ces milieux-là et qu'on y entre. Donc forcément, ça a aussi joué un petit peu dans ma politisation. -Votre engagement pour l'écologie a pris plein de formes différentes, notamment une forme très intellectuelle.

Vous vous êtes lancé dans une thèse sur la planification écologique. Et en parallèle de cela, vous avez eu un engagement militant, actif, sur le terrain, je l'ai dit, dans les marches pour le climat. Et puis aussi, que vous avez participé à des actions d'Extinction Rebellion. -Oui, tout à fait. -Et on vous a vu décrocher un portrait d'Emmanuel Macron dans une mairie à Paris. -Oui. -Comment vous conciliez tout ça ?

Il y avait aussi une dimension de désobéissance civile ? -En fait, sur la question climatique, la question de la désobéissance civile s'est posée de manière très forte, effectivement, quand le mouvement Extinction Rebellion s'est structuré en France. Mais il y a la question de comment, lorsqu'on est dans une situation d'urgence absolue, qu'une classe politique a tendance à balayer, à ignorer, en reportant sans cesse le problème, comment, en fait, on fait en sorte de créer un électrochoc pour que les choses bougent ? -Et alors, il y a aussi eu l'engagement politique, je l'ai dit, chez les écologistes.

Vous êtes même devenu co-secrétaire fédérale des Jeunes, en 2019, je crois. Et puis alors, au moment de la primaire de 2021 des Ecologistes, vous avez soutenu Eric Piolle, puis Sandrine Rousseau. Et puis au moment où la campagne s'est lancée avec Yannick Jadot, vous êtes partie chez La France Insoumise.

Qu'est-ce qui s'est passé ? On était pas mal à souhaiter que pour l'échéance présidentielle de 2022, une union se fasse sur des bases politiques claires, clairement ancrées à gauche. Et la primaire chez les Ecologistes, elle venait de partager deux lignes qui étaient, finalement, très éloignées.

La ligne de Eric Piolle ou Sandrine Rousseau et la ligne de Yannick Jadot, qui sur les questions économiques ne sont pas du tout les mêmes, sur les questions sociétales, on va dire, ne sont pas du tout les mêmes aujourd'hui. -En gros, l'écologie ne peut pas s'accommoder de petits pas pour vous, c'est ça l'idée ? -Exactement, en fait, à mon sens, les petits pas aujourd'hui sont des pas en arrière, en réalité, parce que ça véhicule l'idée que la transition pourra se faire graduellement, petit à petit, étalée sur un siècle, alors que les échéances sont beaucoup plus courtes que ça.

On est déjà massivement en retard. Donc bien sûr que c'est des changements massifs qu'il faut mettre en place. Et à ce moment-là, la candidature, effectivement, qui incarne le mieux, finalement, cette écologie de rupture, cette gauche qui tient debout et qui est très claire sur son rapport au capitalisme par exemple, c'était la candidature de Jean-Luc Mélenchon. -Et donc vous rejoignez LFI et dans la foulée vous vous présentez aux législatives, vous échouez de peu, quelques centaines de voix près, mais vous expliquez que dès lors, pour vous, être députée était, je cite, "l'outil cohérent pour atteindre un objectif à un moment donné".

C'est un peu une obsession pour vous ? Vous retrouvez là où vous vous sentez la plus utile à un moment donné ? Que ce soit avec une thèse, avec Extinction Rebellion ou en tant que députée ? -En fait, je pense qu'entre ces trois exemples-là que vous avez donnés, il y a une complémentarité.

Et ce que j'essaie de dire dans cette phrase que vous citez, c'est que le mandat, c'est un outil parmi d'autres, en fait, quand on est militant, quand on veut changer la société, et que c'est jamais, jamais une fin en soi. Et c'est là aussi où moi, je me retrouve y compris sur le plan éthique dans ce qu'on fait à La France Insoumise, c'est que je milite avec des personnes pour lesquelles la politique n'est pas une carrière, le mandat n'est pas une fin en soi, c'est à chaque fois des outils pour atteindre des objectifs législatifs, politiques, de bataille culturelle. Effectivement, le mandat nous donne une voix, le mandat nous donne un poids sur les décisions politiques.

Mais il y a plein d'autres manières, l'engagement à l'échelle plus locale, etc., de peser sur les décisions politiques. -Sauf que là, vous êtes un peu passé de l'autre côté.

Vous êtes passé du côté de ceux et celles qui font la loi, qui jouent le jeu des institutions, après avoir prôné la désobéissance civile. Les deux sont compatibles pour vous ? -Alors, effectivement, pour moi, il n'y a pas d'incohérence entre les deux.

Nous, de toute façon, on bataille pour que les lois changent profondément. Je suis une députée qui siège dans l'opposition, l'opposition au macronisme qui s'applique dans notre pays depuis trop longtemps, et en opposition frontale, également, à l'extrême droite, qui a une influence de plus en plus grande sur les lois qui sont votées et débattues dans notre Assemblée. Donc cette opposition, elle est cohérente avec le fait de dire qu'aujourd'hui, ce qu'il faut arriver à obtenir, que ce soit par la mobilisation de la société civile ou par la mobilisation au sein des institutions, c'est un changement très profond. -Mais justement, quand vous voyez les reculs qu'il y a eu en matière d'écologie ces derniers mois, vous ne vous dites pas que vous seriez peut-être utile ailleurs qu'à l'Assemblée, sous une forme d'engagement différent ? -Alors, encore une fois, je pense que la voix qu'on peut porter à l'Assemblée, elle est aussi le porte-voix de tout ce qui se passe en dehors de l'Assemblée.

Quand on a vu, par exemple...

La loi Duplomb est un très bon exemple de ça. On a, nous, mené la bataille parlementaire, législative, mais on savait qu'on avait une caisse de résonance avec nous parce que dans la société, c'était une question qui était devenue très importante, il y a eu cette fameuse pétition qui a circulé très vite et qui a atteint les deux millions de signatures. Donc il y a une porosité, finalement, entre ce qu'on fait, nous, sur les sièges de l'hémicycle à l'Assemblée et puis ce qui se passe dans les mobilisations populaires à l'extérieur de l'hémicycle. -On va passer à notre quiz pour conclure l'émission.

Vous devez compléter des phrases. Quand je cours un semi-marathon...

Qu'est-ce que vous y trouvez ? Parce que je crois que vous en avez fait un encore récemment. -Oui, tout à fait.

J'écoute de la musique, voilà. J'ai toujours de la musique avec moi quand je cours. C'est une manière pour moi, effectivement, de me vider la tête.

C'est une question aussi de santé mentale, je pense. C'était beaucoup ça. J'ai toujours fait pas mal de sport et j'essaie de ne pas arrêter pendant le mandat.

Voilà. Ce qu'il y a de plus britannique en moi...

Vous êtes franco-britannique par votre mère. -Oui, tout à fait. Je bois pas mal de thé, voilà.

Ca, je le garde aussi. Je pense que ce qu'il y a de plus britannique en moi, c'est mon rapport à la langue anglaise, qui est celle avec laquelle j'ai grandi quand j'étais enfant, parce qu'on parlait anglais à la maison, et qui est... ma langue maternelle et ma langue de coeur, on va dire.

Voilà. -La dernière fois que j'ai pris l'avion...

C'était quand ? -C'était il y a un moment, parce que je réduis au maximum, au maximum, l'utilisation de l'avion par cohérence avec ce que je pense politiquement. Mais il se trouve que j'ai deux soeurs qui habitent aux Etats-Unis. -Ah. -Vous ne prenez pas le bateau pour y aller. -C'est un peu long. -Merci, Claire Lejeune, d'être venue dans "La politique et moi". -Merci à vous.

Générique de fin