"Le film rentre étrangement en résonance avec ce qu'on est en train de vivre", selon le réalisateur Xavier Giannoli
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Questions et réponses
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Qu'est-ce qui vous a donné envie de vous intéresser à ce personnage et à sa fille, Corinne Luchère ?
- 2:11OuverteRéponse directe
Un rôle comme ça, on dit oui tout de suite ou on prend le temps de la réflexion ?
- 2:34RelanceRéponse directe
Pourquoi vous n'arriviez pas à trouver l'entrée ?
- 2:59OuverteRéponse directe
Vous avez donc le père et sa fille, Jean Luchère et Corinne. Expliquez ce triangle amical avec Otto Abetz.
- 4:32OuverteRéponse directe
Comment abordez-vous ce rôle de collabo avec cette forme de retenue ?
- 5:52OuverteRéponse directe
Ce film montre une certaine partie de la gauche française des pacifistes qui glissent vers l'abject. Pourquoi ce choix ?
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« Cet homme a vraiment existé. »
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« Il a fini fusillé à la libération. »
- 2:03PrésentateurFait
« Jean Dujardin, c'est vous qui jouez Jean Luchère, après avoir incarné l'officier qui tente de faire émerger la vérité dans J'accuse, sur l'affaire Dreyfus. »
- 3:05PrésentateurFait
« Corinne, on le rappelle, qui est une star qui explose au cinéma avant le début de la Seconde Guerre mondiale. »
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« Il était d'ailleurs, Jean Luchère était quelqu'un que les collaborationnistes, les idéologues, les pires méprisaient, parce qu'il le trouvait tiède. »
- 9:56InvitéFait
« Elle s'est laissée embarquée par ce père qu'elle aime et qu'elle admire et qui tronque son rapport à la réalité de ce qui est en train de se passer. »
- 10:10InvitéFait
« Elle a été, on dirait aujourd'hui, cancellée. »
Temps de parole
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C'est l'un des films événements de cette année 2026 sur une des pages les plus sombres de l'histoire de France. Les rayons et les ombres sortira la semaine prochaine. On y plonge dans la France des collabos sous l'occupation nazie, sujet extrêmement rare au cinéma depuis 80 ans. Ce film important, on le doit à l'un des plus grands réalisateurs français avec l'un de nos acteurs les plus populaires dans le rôle principal. Ils sont avec nous ce matin. Bonjour Xavier Giannoli. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter. Après le triomphe d'illusions perdues, après la série d'argent et de sang, vous réalisez donc les rayons et les ombres avec vous Jean Dujardin. Bonjour. Bonjour.
Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter. C'est donc vous qui jouez le collabos dans ce film qui fera date. Appelez-nous chers auditeurs, venez participer à la conversation au 01 45 24 7000 et sur l'appli Radio France. Ce film, c'est l'histoire de Jean Luchère, patron de presse de gauche, pacifiste, partisan de la réconciliation, du rapprochement entre la France et l'Allemagne après la première guerre mondiale. Cet homme a vraiment existé. Il est devenu l'une des incarnations de la collaboration avec les autorités nazies. Il a fini fusillé à la libération. Xavier Giannoli, qu'est-ce qui vous a donné envie ?
Comment est-ce que vous êtes arrivé à vous intéresser à ce personnage et à sa fille, Corinne Luchère ?
C'est une histoire qu'on n'avait jamais racontée au cinéma. J'ai découvert la biographie de Jean Luchère par Cédric Melletta et mon ami Jacques Fieschi, avec qui je travaille, me parlaient de Corinne. Et Corinne était une jeune star du cinéma d'avant-guerre et elle a été embarquée par son père dans cette page tumultueuse, noire de notre histoire. Et donc, je me suis dit qu'il y avait un terrain romanesque et cinématographique original qui est raconté par Corinne.
Jean Dujardin, c'est vous qui jouez Jean Luchère, après avoir incarné l'officier qui tente de faire émerger la vérité dans J'accuse, sur l'affaire Dreyfus. Cette fois, c'est un rôle de parfait salaud, un collabo qui ne recule devant rien pour faire tourner son journal et puis pour s'enrichir. Un rôle comme ça, on dit oui tout de suite ou on prend le temps de la réflexion ?
Non, on prend le temps. Il faut prendre le temps, oui. Puis il faut savoir comment on peut rentrer dans ce personnage. C'est un peu la question que je posais à Xavier. Le scénario est absolument incroyable. C'est notre histoire et comme à chaque fois, j'ai envie de raconter aussi notre histoire, un peu comme j'accuse. Mais c'est vrai que je n'arrivais pas à trouver l'entrée. Il a fallu la trouver.
Pourquoi vous n'arriviez pas à trouver l'entrée ?
Parce que c'est toujours très compliqué de se dire comment je peux m'immiscer dans la peau de cet homme. Et encore, ce n'est pas tellement lui qui m'intéressait. Pour le coup, je l'ai trouvé plus par le regard sur sa fille, par la relation père-fille et même par la relation, en tout cas, la relation avec Otto Abetz. C'est intéressant, cette espèce de triangle amical, émotionnel, amoureux presque.
Oui, justement, ce trouillot, il faut expliquer à nos auditeurs. Vous avez donc le père et sa fille, Jean-Luc Cher et Corinne. Corinne, on le rappelle, qui est une star qui explose au cinéma avant le début de la Seconde Guerre mondiale. Et vous avez Otto Abetz, qui initialement est l'ami allemand de Jean-Luc Cher, militant pacifiste, et qui va devenir ambassadeur du Reich à Paris. En fait, c'est une histoire d'amitié, Xavier Giannoli, qui va se transformer en histoire d'intérêt, au mépris absolu de toute morale et de tout principe.
Oui, c'est ce qui résonnait en plus en moi, et un thème auquel je m'intéresse beaucoup, c'est comment est-ce qu'on peut venir d'idéaux, évidemment, essentiels, comme le pacifisme, comme l'humanisme. Ces gens, dans les années 30, défendent des idées importantes, et on voit, en observant leur destin, un enchaînement de compromissions, qui vont faire qu'ils vont oublier leur responsabilité de journaliste pour Jean, et finir par se compromettre avec les idées les pires. Et ce glissement moral, quels sont les ressorts de cette compromission, c'est ça que Jean a génialement incarné.
Oui, parce que ce qui est frappant, Jean Dujardin, ce glissement, et ça nous a frappés avec Florence en voyant ce film, la prestation, elle est époustouflante, et elle est naturelle. C'est-à-dire qu'en réalité, ce glissement-là est naturel, attention, je... Non, mais peut-être en nous, c'est peut-être aussi ce que le film raconte. En fait, vous ne jouez quasiment pas, il y a une sorte de retenue dans votre prestation. Comment est-ce qu'on aborde ce rôle, et qu'est-ce qu'elle a été le travail pour jouer ce salaud avec cette forme de retenue qui apparaît à l'écran ?
D'écouter mon metteur en scène, qui a travaillé accessoirement 7 ans sur un projet, donc c'est quand même pas rien. Effectivement, d'écouter, de rencontrer Cédric Meleta, le biographe de Jean Luchère, d'encontrer aussi des historiens qui ont été là aussi pendant le tournage. Et comme disait Xavier, tout était en mouvement. Donc on apprend, on apprend tous les jours, en se posant toujours les bonnes questions. Non, on essaie de faire attention à tout, et surtout, c'est que l'histoire est plus grande que vous. L'histoire est beaucoup plus importante que ce personnage.
Finalement, c'est pas tant le personnage qu'on joue, lui ne m'intéressait pas plus que ça, c'est la complexité humaine qui était intéressante. Qu'est-ce que ça dit de nous, en fait, cette période ? Ce 40, 45, et puis 40 n'est pas 43, comment on a glissé ? Les Allemands disaient, c'est un peuple qui regarde au sol, c'est ça, c'est le peuple qui regarde en bas. Et puis 41, on commence à lever les yeux, puis 42, puis 43, et comment on s'habitue, comment on se laisse endormir ?
De la même manière, je pense qu'il faut être très disponible au cinéma en général, mais pour un rôle comme ça, il faut laisser passer l'histoire, il faut qu'elle rentre en vous, et donc ne rien forcer, évidemment, ne rien surjouer. Au début du tournage, avant le tournage, on a vu un historien à qui, moi, j'ai dit, vous savez, je veux pouvoir vous poser des questions tout le temps, puisqu'on ne pardonnera pas si je dis le moindre mensonge. Il m'avait répondu, vous avez raison, mais en plus, on ne vous pardonnera pas si vous dites la vérité.
Alors, précisément, ce qui est passionnant dans ce film, c'est que cette histoire de Jean Luchère, c'est l'histoire d'une certaine partie de la gauche française et des pacifistes de l'époque qui vont glisser vers l'abjecte. Lui, en l'occurrence, sans conviction, ce n'est pas un homme de conviction, on ne le sent pas particulièrement antisémite, particulièrement favorable aux idées du Reich, et pourtant, il y va jusqu'au bout.
Oui, il était d'ailleurs, Jean Luchère était quelqu'un que les collaborationnistes, les idéologues, les pires méprisaient, parce qu'il le trouvait tiède, parce qu'il trouvait qu'il n'avait pas de conviction antisémite, et pourtant, dans son journal, il va laisser paraître des choses scandaleuses. Et quand vous dites que c'est des gens qui viennent de la gauche, évidemment, une fois, si on n'a pas tombé dans les clichés de la gauche collaborationniste et tout ça, ce sont des gens qui ont renoncé à leurs idéaux de gauche par la force des choses. Et cette force des choses, c'est ce que propose de montrer le film.
Vous citez Xavier Giannoli, cette galaxie collaborationniste, qui reproche effectivement à Jean Luchère, ce patron de presse, de ne pas être suffisamment collabos, de ne pas être suffisamment antisémites. Il y a cette scène, Jean Dujardin, qui est stupéfiante, où vous êtes à l'ambassade du Reich à Paris, et là, on voit effectivement cette galerie de portraits de collabos, des écrivains, il y a Rebataid, Riola Rochette, des artistes, Louis Ferdinand Céline, et qui vous interpelle directement. Absolument, oui. Cette scène, elle est stupéfiante, parce qu'on voit dans le film-là la diversité des profils de cette France et de ce Paris-collabo.
Toutes les couleurs de l'infamie, voilà. C'était ça aussi notre projet, c'est que... Il peut y avoir des collaborateurs par opportunisme, des gens pour qui la trahison va être une aubaine, pour des raisons sociales, et puis on joue avec des idées très dangereuses, et voilà, et on glisse, et on finit par devenir complice des grandes catastrophes. C'était aussi l'idée de rendre l'histoire à une contingence humaine, ça veut dire ne pas dire que l'histoire est une grande vague et qu'on n'a pas de responsabilité et qu'on est emporté. Non, le film est le contraire de ça. On voit la responsabilité individuelle. Il y a une sorte de manipulation aussi d'Otto Abetz sur Jean-Luc Cher.
On voit bien que les relations sont quand même à ce moment-là en train de...
Qui, pour dire les choses, Otto Abetz finance le journal de Jean-Luc Cher et d'intérêt à la fin, il est totalement dans la main du régime nazi et par intérêt, par opportunisme, il se laisse glisser.
Oui, oui. Puis il y a aussi une notion, on n'a pas parlé, mais c'est aussi sur la maladie. C'est un tuberculeux, et on sait que la tuberculose dans les années 40, on en meurt. Donc, est-ce que ça accélère aussi quelque chose dans sa moralité ? Qu'est-ce qui fait que ça bouge aussi dans son esprit ? En tout cas, c'est intéressant de remettre de la maladie là-dedans.
Ce qui est étonnant avec ce personnage, c'est que sa famille ne lui ressemble pas. Sa belle-mère est juive, son père lui écrit une lettre terrible où il conspue sa trahison, une lettre qui est publiée dans le Figaro. Pour autant, ça n'enraye pas son hubris.
Pendant tout le film, il va rencontrer des contrepoints moraux qui lui mettent en face de lui les preuves de sa compromission. Mais on voit comment il n'y a pas de pire aveugle que celui qu'il ne veut pas voir. Et puis surtout, il arrive peut-être à continuer à vivre avec lui-même parce qu'il est regardé par sa fille, qu'il aime et qui est un personnage central du film.
Il faut parler de sa fille justement, Corinne Luchère, qui est formidablement jouée par Nastia Golubeva, c'est elle la narratrice du film. Il faut nous raconter à quel point c'était une vedette. Jean Cocteau voulait la faire jouer, c'est ça, au théâtre. Elle a fait énormément de films, en très peu de temps en tout cas, juste avant le début de la guerre. Et elle a fini aux oubliettes de l'histoire.
Elle est une jeune star, avant la guerre, dans les années 30, un film qui s'appelle Prisons sans barreaux, de Léonine Mogui. On voit tout ça dans le film. Et en fait, elle s'est laissée embarquée. Elle n'est pas non plus innocente. Elle avait 18 ans. Et elle s'est laissée embarquée par ce père qu'elle aime et qu'elle admire et qui tronque son rapport à la réalité de ce qui est en train de se passer. Et elle va se retrouver embarquée dans cette histoire. Et en fait, elle a terminé en étant jugée pour indignité nationale. Elle a été, on dirait aujourd'hui, cancellée. Moi, je trouve que c'est très injuste.
Et d'ailleurs, il y a un article qui a été essentiel pour écrire dans le journal Combat, qui était le journal d'Albert Camus, où au moment du procès de Corinne Luchère, un journaliste dit, on ne va pas reprocher à cette fille ce que la France a fait, en substance. Et voilà. Donc, elle est le cœur du film. Et on a eu la chance d'avoir, et Jean et moi, une rencontre avec cette jeune actrice qui est absolument stupéfiante.
Et Jean Dujardin, avec une relation très singulière entre Jean Luchère et sa fille, à des moments presque d'une relation incesteuse.
Oui, mais nous, on dirait plutôt moderne. Oui, mais incestueuse, non. Elle est fascinée. Il y a un audit très fort. On peut dire ça comme ça. Elle est fascinée par ce père.
Ce qu'il faut dire, et ce qui est très étonnant, ce qui est singulier même dans votre film Xavier Janoli, c'est qu'à aucun moment, vous ne montrez l'horreur de l'occupation. C'est-à-dire, ni les rafles, ni les privations, ni les déportations. Au contraire, en fait, on est dans des fêtes, on mange des petits fours, on boit du champagne. C'est un parti pris, j'imagine, déterminé de votre part. de dire que cette France-là, elle a existé.
Ces gens vivent dans un autre monde. C'était important pour moi de m'en prendre à une certaine élite culturelle, journalistique, qui s'est compromise. Je pense que les gens... Il y a une indécence folle. Moi, j'étais stupéfait d'apprendre, et c'était très exaltant et effrayant en même temps, de filmer ces soirées somptueuses à l'ambassade du Reich, rue de Lille, où venaient beaucoup d'artistes et d'intellectuels français. Et l'indécence dont vous parlez, elle a orienté notre regard à Jean et moi, qui était qu'on était à la fois fascinés par tout cela, et en même temps, on avait envie d'avoir un regard punitif, mais de le faire d'une façon complexe, non pas ambiguë, mais complexe et subtile.
Mais on parle de l'horreur de la guerre, sans arrêt.
Oui, mais on ne la voit pas.
Non, parce qu'eux ne vivent pas dans ce monde-là, et surtout, eux-mêmes ne la voient pas.
Ils ne veulent pas la voir. Oui, en fait, c'est la décadence d'une partie de la société que vous filmez. Jean Dujardin, est-ce que vous, bien sûr, il y a ce qu'on a appris quand on lit des livres d'histoire, quand on va à l'école, au collège, au lycée, est-ce que vous saviez à quel point toute une partie de cette élite-là, élite journalistique, littéraire, culturelle, artistique, c'était compromise pendant la Seconde Guerre mondiale ?
Non, évidemment, pas à ce point-là, non. C'est ça qui est intéressant, c'est que le film lève le voile, dit aussi tout ce qui n'a pas été dit. C'est intéressant d'aller chercher... Oui, c'est intéressant. En fait, c'est une petite convocation auprès du public qu'on fait là. On les invite à venir voir, effectivement.
Ce que beaucoup n'ont pas voulu voir.
Oui, ce que beaucoup n'ont pas voulu voir et puis tout ce qui n'est pas dit généralement pourri. Donc, ce film a aussi une utilité quand même. Et voir de quoi la France a été capable puisque le film, moi, j'y travaille depuis des années, mais il rentre étrangement en résonance avec tout ce qu'on est en train de vivre. En fait, moi, je ne pouvais pas imaginer quand j'ai commencé à travailler sur le film que des débats politiques s'articuleraient autour de l'antisémitisme, du nazisme et du fascisme. Et on voit comment il peut y avoir des relais d'opinions les plus insidieux et les plus dangereux.
Alors, justement, il faut parler du rôle de la presse qui est fondamental dans le film puisque Jean-Luc Cher, il est patron de presse. Son journal financé par les Allemands, par le régime nazi, ce sont les nouveaux temps. Et, Xavier Giannoli, vous aviez déjà montré la presse vendue dans Illusion Perdue. C'est un sujet, ça, qui vous passionne, le rôle de la presse ?
Écoutez, je suis fils de journaliste, donc je pense que je dois batailler avec quelque chose de très intime. Mais, ce qui m'intéresse, c'est la responsabilité morale d'une certaine presse qui peut être entre les mains de gens qui ont un intérêt à mentir et à tricher. Et, je voulais surtout aussi montrer qu'une dictature n'a pas besoin que de miliciens et de gens le couteau entre les dents, mais aussi de gens qui présentent bien. Et, c'est là où les gens comme Jean Luchère et Otto Abetz, qui est une sorte de Machiavel très, très inquiétant et intéressant, ce sont des gens qui présentent bien. Si vous rencontriez Jean Luchère, c'était l'homme avec qui on pouvait parler.
On trouvait toujours, d'ailleurs, même ses adversaires disaient, mais c'est impossible de s'engueuler avec ce type-là tellement il est intelligent, tellement il a une plasticité, il écoute. Et, voilà, ce sont ce type de personnages qui peuvent finir par devenir très, très dangereux.
Vous faites dire à l'avocat général au procès de Jean Luchère les mots des salauds arment le bras des imbéciles.
Oui, c'est une phrase essentielle. C'est le réquisitoire à la fin qui est l'horizon moral de notre film qui est finalement intraitable puisque, en fait, ce sont en grande partie les vraies phrases qu'a dit le procureur au moment de la condamnation à mort de Jean Luchère. Et, oui, les mots des salauds arment les bras des imbéciles, c'est une phrase essentielle.
Mais qui est une phrase qui résonne et je rebondis sur ce que vous disiez il y a un instant, Xavier Giannulli, sur le message de ce film aujourd'hui. Les mots des salauds arment les bras des imbéciles. Il faut toujours se méfier avec les parallèles qu'on fait avec la Seconde Guerre mondiale puisque les situations sont bien sûr extrêmement distinctes. Mais vous disiez, je ne pouvais pas me douter que ce film allait arriver dans un moment comme celui-là. Vous voyez des parallèles, des leçons qui ne sont pas suffisamment retenues ?
Oui, en tout cas, c'est ce qu'on me renvoie parce qu'on a commencé à montrer le film possible dans la limite de ce qu'un film permet. Mais oui, il est vrai que je ne m'attendais pas à ce que... Qu'est-ce qu'on vous dit pour ceux qui l'ont vu ? Si vous voulez, à un moment, j'ai fait une scène où on voit Jacques Doriot. Cette idée qu'on fasse des jeux de mots avec les noms des gens, c'est des choses qui, moi, me heurtent beaucoup.
Faites référence aux jeux de mots faits par notamment Jean-Luc Mélenchon sur Epstein, Raphaël Glucksmann. Quand vous avez vu ça, vous vous êtes dit qu'il y a un antisémitisme qui revient.
On voit dans le film comment l'antisémitisme a pu être, en tout cas à une certaine époque, une arme de conquête électorale ou dans l'opinion. Et je pense que ces éléments-là sont extraordinairement dangereux et toxiques. Et qu'il y a une responsabilité morale des journalistes et des politiques à ne pas réactiver ces choses effrayantes. Jean Dujardin, sur les parallèles
avec la situation aujourd'hui, vous en avez vu aussi, vous, avec le regard que vous pouvez avoir sur les... Oui, Xavier,
C'est ce qu'on nous dit. Il y a eu comme une espèce d'ombre projetée sur 2026, forcément. Mais je pense que les gens la verront, oui, la devideront. Sur le regain de l'antisémitisme ? Oui, bien sûr. Sur le regain de plein de choses. D'ailleurs, on peut faire référence à la terreur. On peut faire référence à beaucoup de choses. Oui, et puis il y a cette idée de on s'arrange, on ne veut pas voir, ce n'est pas si grave, ça va se calmer. Pendant la montée de l'hitlérisme, quelqu'un comme Jean Luchère, parce qu'il est aveuglé par son projet pacifiste et puis aussi par un arrivisme discutable, il y a cette idée de, écoutez, ce n'est pas si grave.
On va en parler, on va s'asseoir, attendez, on va trouver des points d'entente.
Oui, et ces réunions de gens qui disent on peut discuter avec Hitler et on va discuter et il faut discuter au nom de la réconciliation entre la France et la France. Exactement,
plus jamais la guerre. Mais vous savez, en même temps, le film s'appelle Les rayons et les ondes parce qu'il est aussi un appel à une forme de distance et j'espère d'élévation. Il faut comprendre que dans les années 30, beaucoup de pays parlaient avec Hitler. Il y a eu des esprits clairvoyants mais il y en a aussi beaucoup qui ont voulu s'accrocher à l'idée que leurs enfants ne retourneraient plus jamais dans les tranchées. Donc, il va bien falloir parler et Otto Abetz et Jean Luchère, au départ, ils veulent discuter avec cette Allemagne qui est l'ennemi d'hier et on va trouver des terrains d'entente et on va éviter le pire.
Et en fait, il y a tout un enchaînement, j'ai presque envie de dire, satanique qui fait que cet élan pacifiste va se perdre dans l'abjection.
Alors, on continue la conversation en passant par le standard de France Inter. On accueille Jean-Louis. Bonjour Jean-Louis. Bienvenue.
Bonjour Florence. Bonjour Benjamin. Bonjour messieurs.
Vous avez une question à poser à nos invités.
Oui, une question très courte. Le film montre comment des gens ordinaires glissent, pour prendre votre terme, peu à peu vers la collaboration. Un de vos buts était-il que le spectateur s'interroge ? Par exemple, qu'aurais-je fait à leur place ? Merci. Oui, d'ailleurs, c'est ce qu'il y a dans le... On entend cela, ce que vous venez de dire, monsieur, dans le réquisitoire à la fin, mais il balaille ça. Il dit le fameux émoi, qu'aurais-je fait à sa place ?
Il parle de la morale des petits services, le procureur, en disant que tous ces gens qui font des choses, qui finissent par faire des choses dégueulasses, parce que Jean-Luc cher a fini par avoir une vie de salaud sans en être un, en fait, sans en être tout à fait un. Et cette morale des petits services qui permet de décompresser sur la culpabilité, ah ben oui, mais il a fait ce qu'il pouvait. Non, ça je ne suis absolument pas d'accord dans ce que vous dites, s'il y a un appel à la responsabilité du spectateur qui voit comment est-ce qu'on peut trahir ses idées, ses idéaux.
Même si parfois le paradoxe c'est que ce sont des salauds, mais compte tenu du parti pris du film, on se perd parfois à avoir presque un peu d'empathie pour les personnages. D'autant qu'ils sont très malades, ils toulent tout le temps, ils vont en sanatorium, il y a l'intimité d'une relation entre un père et sa fille. Ça comment, Jean Dujardin, on gère le fait d'avoir parfois un peu d'empathie pour des salauds absolus qui se sont votrés dans la collaboration ?
Je n'ai jamais eu d'empathie, moi, véritablement, pour lui, mais en tout cas c'était le meilleur moyen pour que le film résonne et que le film soit entendu, qu'on passe par l'humain et qu'on passe une fois de plus par la relation d'un père et d'une fille et d'une amitié dans un système absolument intolérable. C'était le meilleur moyen, je pense, aussi pour que les gens finalement entendent cette histoire. Et vous parlez d'empathie, mais il y a différentes qualités d'empathie. L'empathie, ce n'est pas la complaisance. Ces gens sont des êtres humains. Il aime sa fille, il est sincère, il est aimé par sa fille.
D'ailleurs, je pense que c'est ça qu'il arrive en grande partie à rester debout parce qu'il se sent aimé, par sa fille. Mais le film n'a absolument aucune complaisance. Et s'il y a une empathie, c'est pour ça que je fais référence à Victor Hugo dans le titre, dans ce poème auquel je fais allusion. Il dit blâmer tous et ne comprendre rien. Mais comprendre, ce n'est pas excuser.
On repasse par le standard parce qu'on a Thomas qui nous appelle de Tourcoing qui est sur l'autoroute, je crois, dans sa voiture. Donc soyez prudents, Thomas. Votre question vous la destine à Jean Dujardin.
Bonjour, exactement. Merci de l'apprendre. Moi, j'ai une question effectivement sur les parcours. En l'occurrence, le parcours de Jean Dujardin dans le début de ma trentaine. Je l'ai connu évidemment avec un gamme fille, avec Brice Denis, des choses assez légères, assez drôles. Et aujourd'hui, on est plutôt sur des rôles assez durs, assez dramatiques. on parlait tout à l'heure de la terre de Réthus, c'est un film dont on parle. Et je faisais le parallèle avec, par exemple, Nouriel Robin, une comédienne qu'on a connue aussi dans des choses beaucoup plus drôles il y a quelques années et qui aujourd'hui, c'est des...
dont on a pu voir dans des productions plusieurs, avec la clune sauvage, par exemple. Je voulais savoir ce que ça disait de vous en tant que personne, ce que ça disait de vous en tant que comédien au pluriel. Et voilà. Merci à vous et bonne journée. Merci Thomas. Merci Thomas. Non, en fait, je crois que je suis assez cohérent. C'est ce que je fais depuis le début. Alors, on a l'impression, effectivement, les étiquettes comiques, forcément, les films comme OSS ou Brice collent toujours un petit peu plus à la peau et tant mieux d'ailleurs. J'adore ça, mais j'ai toujours alterné finalement. Si vous regardez un petit peu le début, mes deuxièmes films, c'était Le Convoyeur.
Très rapidement, j'ai rencontré Nicole Garcia et Bertrand Blier. Donc, j'ai toujours alterné la comédie et les films plus graves. Et c'est vrai que les films comme j'accuse, enfin, notre grande histoire nationale, notre grande histoire, elle me plaît aussi, elle m'intéresse et elle fait souvent du bien d'ailleurs au public. Elle renseigne, elle amène de la lumière aussi à ces histoires un peu troubles.
Un dernier mot, Xavier Giannoli, puisqu'il nous reste peu de temps, c'est passionnant. On redit vraiment à tous nos auditeurs, il faut aller voir ce film qui est formidable, sérieux, qui apprend et qui apprend surtout dans la mesure où le cinéma français depuis 80 ans a beaucoup filmé la résistance, beaucoup filmé la guerre, mais a peu filmé la collaboration. On faisait le compte avec Florence, il y a Lacombe Lucien, bien sûr, de Louis Mal sur la milice, mais à part ça, il n'y en a pas beaucoup d'autres. Ça, vous resterez aussi comme un grand cinéaste qui a filmé des grands films et qui a ouvert la porte de la collaboration au cinéma.
Oui, mais ça, c'était déjà dans Illusion perdue, c'est Balzac parler de littérature du dévoilement, c'est de proposer, de filmer, enfin, c'est de filmer des choses qui n'ont pas été filmées, c'est de vivre le cinéma comme une aventure et d'aller se brûler, de prendre un risque, c'est très risqué de traiter ce sujet, de trouver l'équilibre, de ne pas être dans la complaisance, de ne pas être dans l'émotion immorale, essayer de trouver quelque chose qui fasse que ce soit une expérience singulière et moi, ce qui est très important pour moi de vous dire et ce monsieur qui parlait de la carrière de Jean et je ne veux pas le faire bougir, Jean, c'est un très grand acteur et la façon dont il a habité toutes les nuances de ce personnage, il m'a dit emmène-moi au bout de l'infamie, n'aie aucune peur, je te suivrai et ce qu'il fait dans le film est pour moi extraordinaire et cette jeune actrice Nastia et quelle chance quand on est metteur en scène de rencontrer ces acteurs et August Dill, l'allemand qui joue au Tourette, fascinant.
Merci, merci beaucoup pour ce film important Les rayons et les ombres, ça sort la semaine prochaine au cinéma, merci infiniment d'avoir été au micro d'Inter. Sous-titrage Société Radio-Canada
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