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interviewLe Média (sur YouTube)· 19 décembre 2025 34 min

BUDGET, VÈME RÉPUBLIQUE : "MACRON A TOUT FAIT POUR QU'ON SE RETROUVE DANS CETTE IMPASSE"

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Merci d'être resté avec nous pour cette dernière partie de Toujours debout. Depuis plusieurs mois, la vie politique française semble enfermée dans un triple brouillard, un brouillard budgétaire où les chiffres ne cessent de changer mais où le cap reste illisible, un brouillard institutionnel où l'exécutif gouverne de plus en plus seul et un brouillard démocratique où l'on ne sait plus qui décide, pour qui et au nom de quoi. Les nombreux débats sur le budget cristallisent aujourd'hui toutes les tensions, menaces de censure, bras de faire permanent avec le parlement, sentiment d'impuissance des élus comme des citoyens.

Derrière ce chaos apparent, une question plus profonde se pose "Sommes-nous face à une crise conjoncturelle, pardon, ou face à l'épuisement d'un mode de gouvernance ?" Pour en parler, nous recevons Jean-François Bayard, sociologue et directeur de recherche au CNRS, auteur en 2022 de l'énergie de l'État pour une sociologie historique et comparée du politique paru aux éditions La découverte. [musique] Bonsoir Jean-François Bayard, merci d'être avec nous ce soir.

Alors, on se rend compte que les débats autour du budget donnent le sentiment d'un désordre permanent. On a l'impression que le budget est voté contre le Parlement. Est-ce que c'est réellement une crise selon vous ou plutôt une forme de gouvernance qui est devenue un peu routinière ?

Pour parodier notre ancien président de la République euh Nicolas Sarkozy, euh personne n'y comprend plus rien. Euh a commencé vraisemblablement euh par les parlementaires qui se sont perdus dans un dédal, dans un labyrinthe de euh d'amendement de euh Alors, je je pense que c'est une crise politique indéiablement. peut-être une crise de régime qui remettait en qui remettrait en cause la Constitution de la 5e République.

Mais peut-être faut-il être prudent car cette constitution est assez souple et susceptible d'être lu de différentes manières. Mais plus fondamentalement, la crise est politique. Il me semble que dans ce labyrinthe parlementaire, plus personne ne soit en mesure de poser des questions claires sur la politique que nous devons mener ou que nous pouvons mener.

Il est évident que tout le monde n'a pas les mêmes réponses à cette question, mais encore faudrait-il que cette question soit posée. Il pourrait y avoir un point de consensus d'un extrême à l'autre de l'hémicycle, c'est que les politique que nous menons depuis 40 ans sous la houlette de gouvernement d'ailleurs tantôt de gauche, tantôt de droite ont mené à un échec et ça c'est un constat objectif. Je pense pas que ça soit le Nous sommes dans une crise de la dette conséquente.

Euh les politiques qui ont été menées n'ont pas véritablement, même si elles ont pu d'une certaine manière améliorer ici ou là la question de l'emploi, résolu la question du chômage parce que c'est une question fondamentale de redéfinition du travail notamment industriel. Euh nous sommes en pleine désindustrialisation. Donc de ce point de vue, l'échec est absolument flagrant.

Euh et plus rien de ce qui marchait euh dans ce pays ne marche plus. Euh les services publics comme on dit, mais les services public c'est quelque chose d'extrêmement concret. Euh c'est la poste, les trains, euh l'école euh le l'hôpital euh naturellement euh et tout français euh se rend compte que tout cela qui faisait un petit peu l'orgueil de la société française euh ne fonctionne plus.

Euh et nous sommes par ailleurs euh dans une société complètement à la dérive. pas simplement économique ou financière, mais dans la dérive morale quand nous voyons ce qui se passe dans nos établissements scolaires, dans nos éPADES en matière de de violence et maintenant on découvre que même dans les établissements réservés aux tout petits enfants, il y a des des des abus sexuels ou de de maltraitance. Tout cela ne venant pas de de n'importe où, de la malignité profonde de de l'être humain peut-être.

D'accord. Euh mais cela vient surtout euh de l'absence de personnel euh de de la perte des repères qui caractérisent ou devrait caractériser le service public. Tout cela est le résultat d'une part de politiques d'austérité qui ont asséché l'encadrement humain de ces différentes activités qui sont d'abord des activités reposant sur le travail humain et d'autre part tout cela est le fruit d'une politique systématique de transfert de du public au privé et et le la la privatisation des services publics plus ou moins rempante mais réelle aboutit à ce désastre humain qui compromet directement l'avenir de la nation, hein, parce que plus de chercheurs, plus de plus de enfin une population qui est moins soignée qu'auparavant, une baisse de la natalité, un président de la République qui s'interroge mais enfin qui peut encore aujourd'hui élever des enfants dans une des conditions normales dans les grandes villes du pays.

J'ajouterai également la désertification du territoire. Euh j'ai le le bonheur de de travailler dans un pays où il y a encore des trains, des hôpitaux, euh des carpostaux, un maillage de euh de du territoire qui fait que dans n'importe quel village, vous avez encore des auberges, euh éventuellement des des des usines et cetera. Tout cela a littéralement disparu la société française.

Donc le le conseil est accablant. Euh et ce qui est très préoccupant, c'est que le débat budgétaire à aucun moment ne permet de poser ces questions. Je ne veux pas nier euh l'importance de la question de la dette euh mais il faut déjà voir euh ce à quoi euh nous sommes arrivés.

Euh et de ce point de vue on ne voit pas véritablement de renouvellement de le de la pensée hein. Le bloc central la droite sont arquebouté euh à des recettes à de vieilles recettes. Il pas certain que disons la social-démocratie est véritablement renouvelé son logiciel économique.

Et je ne suis pas pardonnez ma franchise, mais je ne suis pas absolument certain que les fill soient véritablement en mesure sur un plan économique de répondre à des questions qui ne sont plus les questions que l'on pouvait se poser il y a 10, 20 ou 30 ans. Parce qu'évidemment nous sommes dans un contexte international qui a complètement changé. D'une part avec le retour, je ne dirais même pas, d'un protectionnisme mais d'une d'une politique de de domination pure et simple de la part des États-Unis. euh et d'autre part euh euh l'extraordinaire capacité, quels que soient ces problèmes intérieurs euh de la Chine à relever des défis qui nous laissent panto et justement selon vous à quoi est-ce que c'est lié ?

Est-ce que c'est parce que le gouvernement a décidé euh d'être entre guillemets aveugle, de pas avoir ces problèmes-là ou tout simplement parce qu'en fait le gouvernement se retrouve impuissant face on a l'impression à cet iceberg ? Non, je pense que malheureusement le mal est plus profond. Il est clair, on aura peut-être l'occasion d'en reparler que Macron a tout fait. euh pour que nous nous retrouvions dans cet impasse parce qu'il n'a pas voulu reconnaître euh deux fois sa défaite électorale, une défaite relative euh en 2022 et une défaite euh très claire euh en 2024.

Euh mais euh malheureusement, je pense que c'est la quasi-totalité euh de la classe politique française qui est en panne. Et par ailleurs, nous avons un système d'information qui est devenu complètement vicié. Euh et de ce fait, je ne suis pas certain que euh les citoyens français euh se posent les bonnes questions, euh envisagent les bonnes réponses.

On peut prendre un simple exemple et encore une fois, je ne veux pas euh euh j'essaie de le poser de la manière la plus objective qu'il soit. On va laisser le côté à propos de l'immigration. Euh la question fondamentale euh bien entendu d'un point de vue philosophique que vous souleviez euh euh lors de vos flashes au début de de ce journal qui est la question de la dignité euh et de la dignité des migrants euh de de leur survie ou de leur santé parfois tout simplement et également euh la la dignité de la France elle-même par rapport à son éos républicain.

Je laisse tout cela de côté parce que manifestement ça n'intéresse plus grand monde à l'échelle du pays. Sinon effectivement des citoyens qui sont engagés dans ce combat et dans dans la solidarité. Mais d'un point de vue purement pragmatique, euh j'aimerais que les gens et maintenant ça représente quand même un spectre assez large de la classe politique française euh que les gens qui euh euh prétendent euh aboutir à une immigration zéro, qui prétendent euh plus ou moins zéro, qui prétendent renvoyer euh les indésirables et empêcher l'arrivée de de nouveaux migrants, j'aimerais qu'il nous explique très concrètement comment ils vont faire pour que eux éventuellement et en tout cas nous puissions continuer à être soignés, à aller au restaurant, à à mettre les enfants dans les crèches, à à avoir des écoles qui fonctionnent et cetera et cetera.

C'est c'est une question très pratique. Comment font-ils ? J'avais d'ailleurs publié un petit questionnaire au moment des dernières élections législatives.

Je posais 10 questions et je disais si si vous répondez d'une certaine manière et ben votez Front National ou Rassemblement national et et je crois qu'aujourd'hui ni le Rassemblement national ni de l'échiquier c'estàd ce qu'on appelle le bloc central et la droite et même d'une certaine manière peut-être une partie de la gauche ou du centre gauche ne répondent à cette question ni ne la pose. Donc cette politique est complètement déconnectée de la réalité et là c'est un signe un symptôme de de l'épuisement intellectuel d'une classe politique qui n'est même plus capable de comprendre le monde réel. Et justement, il y a le vote du en ce moment du budget du PLFS qui a été présenté donc par l'exécutif comme une preuve que le gouvernement entre guillemets tient encore.

Mais politiquement, est-ce que c'est vraiment une victoire selon vous pour Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu ou au contraire un vote qui durcit encore plus ses oppositions et rend le passage donc du PLF encore plus incertain ? Très honnêtement, je n'ai pas de réponse bien précise à apporter euh cette question. Euh on voit bien que monsieur le Cornu dans un exercice d'ailleurs assez fascinant, c'est peut-être la seule chose qui soit fascinant dans cette chose dans dans dans cet épisode arrive comme ça à faire évoluer son esquif dans dans les rapides.

Donc il une part de de de suspense va-t-il y arriver ? Ne va-t-il pas y arriver ? Mais on est dans une BD.

Bon, on n'est pas franchement dans dans un épisode politique digne des enjeux qui se posent à nous. La la la responsabilité de d'Emmanuel Macron euh elle est euh écrasante. On voit très bien que son principal objectif est d'essayer de finir son euh mandat euh présidentiel.

Peut-être a-t-il l'outre cuidance de rêver à un rebondissement. Il y a quelque chose d'assez fascinant dans la capacité d'aveuglement de de de cet homme, mais euh sa responsabilité est absolument écrasante à partir du moment où euh en 2022 quand il a échoué à obtenir la majorité absolue au Parlement, enfin l'Assemblée nationale, il s'est refusé à faire ce que n'importe quel responsable politique en Europe occidentale aurait fait, c'est-à-dire consulter et euh d'emblé amener la constitution de d'une coalition he que comme on le fait par exemple en Allemagne. En Allemagne, vous avez des élections et puis les partis mettent 3 semaines, 2 mois parfois à à à à définir un programme et à construire une coalition.

Emmanuel Macron s'est refusé à le faire. Donc il a commencé à faire du bricolage à grand coup de 493. Et puis euh ce geste insensé de la dissolution euh est une situation encore plus dégradée où il persiste dans l'erreur euh en ne pas euh un premier ministre issu de la coalition qui euh n'avait certes pas la majorité absolue, mais qui avait remporté le plus grand nombre de voix.

Il n'est pas certain que la gauche serait parvenu à constituer un gouvernement et une coalition et une majorité parlementaire viable. Mais au moins cette hypothèque aurait été levée euh alors que là nous vivons dans le déni euh démocratique euh depuis maintenant euh le plus d'un an. Et justement, est-ce que ce chaos hein, si on peut l'appeler comme ça, est-ce qu'il est inédit euh sous la 5e République ou est-ce que on retrouve justement des précédents euh historiques comparables ?

En tout cas, sous la 5e République, c'est clairement inédit. Euh c'est clairement inédit. euh on peut s'interroger sur les les raisons de de de de cet épuisement de de la classe politique et peut-être de la Constitution, mais euh cette constitution, on peut en avoir une lecture beaucoup plus parlementaire que que celle qui en a été faite par tout un concours de circonstan. la position complètement surplombante du général de Gaulle, le l'adoption de l'élection du président de la République au suffrage universel qui a déséquilibré euh la la Constitution telle qu'elle avait d'abord été définie.

Donc on on peut le une médiocrité croissante de nos présidents de la République, mais euh comment cela s'explique-t-il ? Euh pourquoi le casting est-il aussi au fond médiocre de depuis maintenant ? plusieurs mandats présidentiels.

Je pense également que le quinkena est une catastrophe. C'est une fausse bonne idée euh parce que ça a encore compressé comprimé le le temps politique et au fond aujourd'hui un président de la République d'une part n'a pas cette espèce de chambre de compensation que pouvait représenter le décalage entre le calendrier parlementaire et le calendrier présidentiel. Euh et d'autre part, un président de la République euh dans son premier mandat euh pense ne pense qu'à sa prochaine réélection.

Donc il est immédiatement empétré euh dans des jeux euh politiques qui sont pas forcément euh très glorieux. Et s'il parvient, et apparemment c'est pas toujours si facile que cela euh aujourd'hui, s'il parvient à obtenir un second mandat, euh plus personne ne l'écoute véritablement puisque l'on sait que de toute manière euh dans 5 ans, il aura disparu de la circulation et que lors du second mandat et bien chacun a fut de ses couteaux pour préparer la succession. Donc je je pense que la la la rythmique du quinquena a été complètement délétaire.

Mais ceux-là, ce sont ce sont un peu, pardonnez-moi, j'ai un féin dans le dans la bouche. Euh ce ce tout cela si vous voulez est relativement euh euh secondaire par rapport à des euh à à des euh des des des contradictions euh beaucoup plus structurelles de de la société euh française. Un un aspect qui naturellement vous tient à juste titre à cœur.

Le paysage médiatique en France est catastrophique. Il est catastrophique parce que nous avons une concentration extrême de médias dans la poignée de quelques milliardaires qui ne sont pas simplement des gens qui sont là pour faire des affaires ou parce qu'ils ont envie de s'offrir comme ça, une danseuse médiatique. Très bien.

Ils sont là véritablement pour faire passer des agendas politiques idéologiquement très marqués par exemple dans le cas de monsieur Boloré ou de monsieur Serrain. Et et de toute manière une orientation éditoriale qui précisément empêche le le renouvellement des idées. Et ça on l'a bien vu avec la taxe Zucman.

Moi, je suis absolument pas économiste, je suis incapable de vous dire si c'est une bonne ou une mauvaise idée, mais ce qui est extraordinaire, c'est que cette idée n'a pas véritablement été débattue dans les médias. C'est que vous avez des enfin mis à part évidemment certains titres ou certaines chaînes ou y compris d'ailleurs des chaînes du du service public, mais là aussi avec des biais parce qu'au fond tout a été réduit à une une question simple. Euh derrière cet axe Zucma, n'y a-t-il pas une simple machine à nier la richesse, à embêter les riches ?

Euh est-ce que c'est pas encore un complot euh de les fill ou de je ne sais qui ? Euh donc il n'y a pas véritablement eu de débat sur le fond euh et cela c'est un des effets pervers de l'extrême concentration euh des médias. Maintenant d'ailleurs, ce ne sont plus simplement les médias.

On voit que monsieur Boloré s'est emparé d'une part extravagante du paysage éditorial et je le sais d'ailleurs puisque moi-même mes premiers livres ont été publiés chez Fillard et je suis bien embarrassé de de voir des livres. D'ailleurs, je pense que Fayer est également assez embarrassé d'avoir par exemple dans son catalogue un livre dont le titre est l'illusion identitaire parce que ça fait désordre par rapport à l'idéologie qu'il promuve aujourd'hui hein. Je je il y a tout cet aspect à l'échelle nationale et puis et je vous rappelle de ce point de vue que le le les les grandes lois sur la presse notamment au moment de de la libération visait précisément à démanteler les situations monopolistiques qui avaient littéralement vicié le débat public avant la seconde guerre mondiale.

Mais il y a un autre aspect des choses qui est beaucoup plus ancien. nous sommes, j'ai pas mal travaillé sur les les régimes africains, notamment les régimes africains de Parti unique, mais il est quand même assez navrant de voir que la France, en tout cas les régions françaises vivent dans un régime sinon de parti unique mais en tout cas de presse unique. C'estàd que vous avez un titre qui a une position de de monopole pour pour ainsi dire et la plupart de ces journaux avec toute la considération que je puisse avoir que que je peux avoir pour leur passés, pour leurs journalistes et cetera.

Mais on voit très bien que ces titres ne contribuent pas à la richesse du débat public sur les grandes questions politiques, hein. Ce sont des des et même sur les enjeux même sur les enjeux locaux. Vous avez des investissements par exemple locaux ou des des décisions prises par le conseil général, par tel maire et cetera qui ne font pas l'objet dans un dans dans la presse locale parce que la presse locale est complètement contrôlée très souvent par des intérêts politiques.

Je pas cité de de région ou de titres et vous avez de grands titres qui euh même parmi les les les plus importants qui essayent de contribuer à ce débat public notamment dans l'ouest de la France. Euh mais pour autant il n'y a pas de pluralisme, c'est-à-dire qu'on peut avoir des titres en situation monopolistique qui sont plus sympathique que d'autres dans d'autres régions, mais nous n'avons pas véritablement de pluralisme de la presse et ça c'est quand même extraordinairement préoccupant d'un point de vue démocratique et et je crois que ça contribue à sécher le le le débat, la qualité du débat public. Et c'est le cas aussi au sein du gouvernement.

On parle beaucoup de personnes aussi parlent de cette méthode, la méthode Macron. Emmanuel Macron gouverne donc avec une majorité relative depuis 2022, vous l'avez dit. Est-ce que c'est compatible du coup aussi avec sa façon de faire sa façon de gouverner qui entre guillemets peut à la fois selon lui produire de la stabilité et de l'autre côté on a l'impression qu'elle produit aussi beaucoup de colère chez certains élus, chez certains députés et tout simplement en fait au sein de la population.

Je vous rappelle que l'un des slogans de Emmanuel Macron lors de sa première campagne, c'était de d'apaiser la France. Oui. Euh le le résultat, on l'a vite vu avec les gilets jaunes.

C'estàd que depuis le début euh la méthode de gouvernement de Macron est une machine à produire de la colère et à produire également de l'isolement du pouvoir. Macron a préfit a prétendu se passer des corps intermédiaires. Euh donc il au fond il déteste tout le monde dans cette République.

Il détestent les élus, il détestent les diplomates, il détestent naturellement les grandes institutions sociales que peuvent être les les hôpitaux ou plus exactement les soignants, les les enseignants et cetera. Donc et cette marginalisation, pardon, de vous coupez, selon vous, est-ce que c'est un choix aussi politique ? Je pense que c'est c'est un choix politique et là je crois qu'il faut quand même approfondir le le le questionnement et la la réflexion.

Macron au fond, il est l'héritier d'une vieille tradition de réformisme autoritaire française qui remonte à ce que l'on nommait l'extrême centre et ce que l'on continue d'ailleurs lui-même s'est qualifié comme qualifié sa position d'extrême centre. Je ne sais pas vraiment s'il se rendait compte de ce qu'il disait hein, mais l'extrême centre, ce sont les Termidoriens qui pour sortir de l'épisode paroxistique de la de de de la terreur après avoir coupé la tête de Saint-Juste et et de Robespierre décide de se perpétuer au pouvoir. Donc on les appelait d'ailleurs ironiquement, on les appelait les perpétuels.

Les termidor que nous associons volontiers à un épisode de modération, un épisode de presque de retour à la démocratie était tout le contraire de de cela puisque le conventionnels se sont très largement renouvelés en bloquant une une part des sièges qu'ils occupaient et en les soumettant pas à la concurrence électorale. Donc, il s'agissait de transformer une élite révolutionnaire en classe politique professionnelle. Et puis, il s'agissait également, on l'a oublié, de mettre main basse sur les biens nationaux.

Donc ça été une une gigantesque opération d'accumulation primitive. Et et ce ce positionnement d'extrême centre euh s'est euh reproduit avec le Premier Empire, avec les Saint-Simoniens, avec Napoléon I euh a poursuivi euh son cheminement avec un certain nombre de de ministres comme par exemple Tardieux et cetera pendant la 3e République. D'une certaine manière, l'État français de de de Pétin, donc Vichi a a reproduit cette ce ce mode de de gouvernement et la la 5e République l'a également fait.

Le l'historien Johann Chapoutu rappelle que deux des constituants de la mouvance gauliste, René Capitan et Michel Debré avait dans les années 30 étudié très précisément les recettes constitutionnelles de ce qu'on appelait en Allemagne le Nouvel état que portait par exemple le chancelier Bruning et que saluait Carl Schmidth Carl Schmidth que Macron cite lui-même. Donc vous avez toute une tradition de réformisme autoritaire dont Emmanuel Macron est le dernier avatar et qui a toujours été une orientation antidémocratique et dont les résultats n'ont pas toujours été catastrophiques, mais ils ont quand même mené le pays à plusieurs reprises dans des impasses. Mais il y a plus grave chez Macron, c'est la manière dont il recycle le les vieilles thématiques de la révolution conservatrice à la française avec n'oublions pas que dès avant sa sa campagne sa première campagne électorale, il va célébrer commémorer la pucelle de d'Orléan. il va au puit du fou et ce que l'on pouvait croire au début ce que l'on pouvait prendre au début pour des grosses ficelles électoraliste au fur et à mesure que c'est qui qu'il a progressé si je puis dire dans ces quinquen on s'est aperçu qu'au fond ça correspondait à une à une part au moins de sa vision des des choses.

Vous avez eu la réhabilitation sournoise de Moras de Pétin. D'une certaine manière, Macron a repris à son compte toute une série d'idées porté par Vichi ou par la révolution conservatrice en France entre les deux guerres que d'une certaine manière la guerre d'Algérie avait permis de convoyer tout en les discréditant du fait des attentats et la violence de l' Mais tout ça a continué à circuler dans les eaues souterraines de la République française avec des personnages qui étaient quand même qui qui n'est pas des clandestins. Tic Vigancour, Jean-Marie Le Pen qui a été le donc Tix Vigancour qui est un ancien camelot du roi et qui a été défenseur de de Pétin quand Tixi Vignancour pose sa candidature à la présidentielle de 1965, il a comme directeur de cabinet un certain Jean-Marie Le Pen, Patrick Buisson qui en 1968 écrivait dans minute et qui s'offreur de ma part a été le premier à traiter Daniel Conbendit de juif allemand et cetera et cetera.

Donc tous ces gens on ont convoyé le le mouvement du Grèce he qui est créé à la fin des années 1970 dans la mouvance d'Alain de Benoît. Et bien d'une certaine manière Macron a a permis à ses idées et à ses hommes de de s'inscrire dans le débat public et aujourd'hui alors il faut reconnaître qu'il avait été précédé par Sarkozy. Le recyclage de Patrick Buisson c'est c'est Sarkozy.

Euh et aujourd'hui, nous sommes dans une situation où effectivement euh nous avons un ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, qui en appelle publiquement euh euh du fond de de son calvaire pénitentiaire euh euh qui en appelle publiquement euh à l'Union des droites, euh c'est-à-dire fondamentalement à la fusion acquisition euh de la droite et de l'extrême droite au profit euh de l'extrême droite. Hm. Et justement dans tout ce paysage là, il y a aussi la question de la 6e République qui revient aussi régulièrement d'ailleurs à chaque crise.

Est-ce que selon vous c'est un slogan politique ou plutôt une vraie nécessité institutionnelle ? Vous l'avez vous en avez pas un peu parlé au début ? Oui.

Alors je ne suis pas constitutionnaliste. Encore une fois, je pense que nous n'avons pas épuisé tous les charmes et toutes les potentialités de de la 5e République. Et par ailleurs, je me méfie un petit peu de la propension des Français.

Je suis moi-même français donc je peux le dire. de de la propension des Français euh à régler euh des crises politiques ou des difficultés politiques, économiques et cetera euh euh par euh l'édiction de nouveaux textes. Euh je je pense qu'en France, nous sommes très forts euh dans dans l'écriture de de texte, de constitution, de règlement de loi et cetera.

Euh et je ne pense pas que ça soit la bonne solution. Encore une fois, le vrai problème n'est pas un problème constitutionnel, c'est un problème beaucoup plus grave. Euh c'est également un problème euh on en a pas parlé euh jusqu'à présent mais il est un des plus dramatiques.

Euh le euh c'est ces ces politiques néolibérales qui sont suivies depuis 40 ans euh ont mise en panne euh l'ascenseur social. Euh et l'ascenseur sociale euh c'est pas simplement euh euh une considération euh solidariste abstraite, sympathique et cetera. C'est c'est la censure sociale, c'est c'est ce qui donne du 109 euh à à un système politique ou un système économique.

Si nous ne sommes pas capables, si nous ne sommes plus capables, avant, nous nous pouvions le faire avec évidemment des euh de de grandes asymétries, de grandes inégalités. de la République. Enfin, liberté, égalité, fraternité.

On sait très bien que de la coupe aux lèvres il y a loin, mais il y avait quand même un ascenseur social qui permettait à des enfants ou ou à des adolescents particulièrement doués, travailleurs et cetera de de de s'intégrer au système scolaire. Euh aujourd'hui notre ascenseur social, il est complètement bloqué et nous sommes absolument euh incapables, mis à part quelques initiatives euh euh sur lesquelles d'ailleurs enfin qui faudrait d'ailleurs évoluer, mais nous sommes absolument euh incapables de de d'aller euh de d'accompagner euh par exemple les enfants des quartiers euh défavorisés ou les enfants des migrants que l'on voit comme une espèce de de menace de de pollution et cetera sans se poser une 30 secondes l'extraordinaire richesse humaine. de gens qui ont traversé des conditions aussi difficiles que celles qu'ils ont subi. ce sont des des des gens exceptionnels humainement et nous sommes absolument incapables de d'ouvrir nos institution, notre système d'enseignement, notre système culturel à ces personnes qui seraient susceptible précisément de renouveler le débat de de de confronter la société française à ses réalités actuelles.

Et la société française, c'est de plus en plus une société, je j'ai l'âge qui me permet de le dire et vous me pardonnerez peut-être l'expression trop familière, mais une société de de vieux cons qui sont pas contents parce qu'il y a des gamins qui viennent jouer au ballon sur leur dans dans leur jardin. C'est ça une espèce de de de crainte de l'extraordinaire potentiel qu'il y a dans dans la société. Et ça c'est beaucoup plus important, me semble-t-il que de rédiger une 6e constitution.

Justement, il y a aussi beaucoup de Français qui ont le sentiment de ne plus peser politiquement. Est-ce que selon vous, on est face à une crise de confiance, de représentation ou de légitimité pour conclure ? Bien sûr, il y a juste titre de 2005, on en paye encore le prix, c'est-à-dire que le le le refus de prendre en considération le vote des Français.

Et là aussi, je le dis d'autant plus librement que personnellement, j'avais voté oui, mais le refus de prendre en considération le non au référendum constitutionnel de euh européen, euh c'est un scandale absolu. Après, il faut pas s'étonner que les gens ne euh ne n'aillent pas voter. Je il faut à nouveau rappeler que plusieurs de nos présidents de la République de droite ont été élus grâce au vote de gauche et à peine ont-ils été élus, ils ont fait un bras d'honneur aux électeurs de gauche grâce auquels ils sont arrivés au pouvoir.

Et ça ça a été le cas de Chirak face à à Le Pen. Ça a été le cas de de de Macron qui deux fois a été élu par des électeur de gauche et à aucun moment ces électeurs de gauche n'ont été pris en considération. Euh je comprends très bien, il s'agissait pas forcément de de de faire un gouvernement d'union nationale, mais si par exemple la réforme sur les retraites avait été discuté en profondeur selon de de vrais processus de concertation et il y avait des des des syndicats qui étaient prêts à jouer ce jeu euh comme en quelque sorte reconnaissance pas au sens moral du terme mais que que comme signal que l'on avait bien compris que l'on était arrivé au pouvoir grâce en partie à des électeurs de gauche, je crois que nous n'en serions ser ons pas là aujourd'hui.

Cela étant, je pense que les électeurs et singulièrement les jeunes électeurs potentiels qui restent chez eux ont bien tort parce que il est assez facile de de faire le constat effectivement d'une crise de représentation, d'une incapacité de la classe politique à prendre en considération les besoins et même les votes, les suffrages d'une bonne partie du peuple. Mais il faut quand même que tout un euh que tout un chacun et chacune se rendent compte euh qu'un euh billet euh Rassemblement national, c'est un billet sans retour. Je veux pas dire que ça va être l'instauration d'une dictature à la Pinoch et mais les Polonais ont voté à plusieurs reprises en faveur d'un parti qui moutantiste moutandise est assez comparable à celui du Rassemblement national lorsqu'ils ont décidé de rendre la majorité à des partis libéraux ou socialdémocrates, ceux-ci ont eu et continuent d'avoir les plus grandes difficultés à défaire ce que le parti de droite nation nationaliste avait tissé pendant plusieurs mandats et il est clair que si madame Le Pen ou monsieur Bardella arrive au pouvoir immédiat d'abord ils disposeront d'un nombre considérable de lois liberticides qui ont été votées ces dernières années sous prétexte de lutte contre le terrorisme contre le contre l'immigration clandestine maintenant c'est contre l'antisémitisme et cetera donc on a un dispositif de de lois liberticide qui épargneront au front nationaux au rassemblement national le vote d'une nouvelle législation, ils vont être très confortables de ce point de vue et et naturellement ils ne perdront pas de temps pour transformer la société politique française et la société française tout court et là il sera beaucoup plus difficile de de défaire de détricoter ce que nous ce que nous avons déjà énormément de peine à à remettre en question aujourd'hui notamment en terme de liberté publique.

Donc si vraiment j'ai une supplique à faire, c'est que les électeurs et notamment les jeunes électeurs euh cesse de dire ça ne sert à rien de voter parce que ça ça ne sert peut-être pas à grand-chose de voter mais ça peut quand même peut-être servir à avoir une politique une police moins biaisée en terme de de respect du du citoyen. Cela peut servir peut-être à desserrer les taux médiatiques et cetera et cetera. Cela peut aussi servir d'avoir des commissions d'enquête qui peuvent s'avérer utiles en cas d'un certain nombre d'abus.

Merci beaucoup Jean-François Bayer pour toutes ces ces analyses et ces explications. C'est beaucoup trop court à chaque fois. Ah.

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