Attaques du Hamas en Israël : Vincent Lindon évoque un "choc comme je n'en ai pas vécu depuis que je suis né"
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 2:36OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que ça vous a inspiré d'ailleurs que certains refusent d'employer ce mot ?
- 3:43OuverteRéponse directe
Et ça, ça vous inquiète la situation ?
- 4:19OuverteRéponse directe
Vous vous sentez vous-même en insécurité aujourd'hui, Marcel Landon ?
- 6:15OuverteRéponse directe
Vous auriez pu exprimer de la colère, par exemple ?
- 7:23FerméeÉludée
Il faut aller jusque-là ?
- 9:07OuverteRéponse directe
Comment se fait-il que ce qui se passe dans cette région du monde nous touche tous intimement ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:57Invité politiqueFait
« Un choc comme moi, je n'en ai pas vécu depuis que je suis né. »
- 2:03Invité politiqueFait
« On entend des mots qui sont les pires de la langue française, mais aussi les pires de toutes les langues du monde, comme égorger, décapiter, assassinat, massacre, horreur, meurtre. »
- 2:29Invité politiqueFait
« C'est du terrorisme. »
- 4:09Invité politiqueChiffre
« J'ai entendu l'autre jour qu'il y avait déjà 150 actes antisémites. »
- 5:02Invité politiqueFait
« J'ai l'impression qu'en réparant le monde, aujourd'hui, on détruit le monde. »
- 5:14Invité politiqueFait
« Ces réseaux sociaux qui sont un des cancers de la civilisation. »
- 9:19Invité politiqueFait
« Parce que c'est des êtres humains. Parce que c'est des enfants, des morts, des... »
- 15:54Invité politiqueFait
« Où les hôpitaux ne vont pas être fournis à l'électricité dans les heures qui suivent. »
- 16:33Invité politiqueFait
« On a remplacé la réflexion par la réaction. »
- 16:50Invité politiqueFait
« Les Israéliens qui sont connus pour être des gens qui répondent extrêmement fort, œil pour œil, dent pour dent. »
- 19:20Invité politiqueFait
« On vit dans un très, très, très, très beau pays. Un grand pays où il y a énormément d'aides. »
- 19:31Invité politiqueFait
« C'est un pays où l'hôpital marche bien, où la poste marche bien, c'est vraiment un grand pays, la France. »
- 20:07Invité politiqueFait
« On va passer des moments extrêmement difficiles, et psychologiques. »
- 21:20Invité politiqueFait
« Ma génération, c'est très bien qu'elle n'est pas vouée à refaire l'histoire et à refaire le monde, pourvu qu'on arrive à faire en sorte qu'il ne se défasse pas. »
- 22:28Invité politiqueFait
« Dans la vie, où on aide des gens, où on leur donne quelque chose, où sinon, ce n'est pas la peine d'être passé sur terre. »
Temps de parole
- Invité politique71 %
- Présentateur20 %
- Présentateur 24 %
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France Inter, Ali Badou, Marion Lourdes, le 6-9. Invité exceptionnel ce matin dans le grand entretien, c'est l'un de nos grands comédiens. Son personnage mène la traque dans la série événements d'argent et de sang réalisé par Xavier Genoli et qui débarque sur Canal+. L'histoire de l'arnaque du siècle, une escroquerie à la taxe carbone, des centaines de millions d'euros détournés, une oeuvre de fiction inspirée de faits réels. Une série qui se dévore d'une traite et avec Marion Lourdes, nous avons le bonheur d'accueillir Vincent Lindon. Bonjour ! Bonjour ! Et bienvenue ! Vous dialogerez, Vincent Lindon, dans une dizaine de minutes avec les auditeurs d'Inter.
Ils peuvent appeler au 01 45 24 7000 ou vous écrire sur l'application France Inter. Bravo ! C'est l'un de vos grands rôles, sans doute, l'un de vos plus grands rôles d'une carrière qui est déjà riche. Et on va y revenir sur ce personnage que vous incarnez et qui est extrêmement complexe, épais, dense. Cette série d'argent et de sang, elle est traversée par ce qu'on appelle le Ticoum Olam. Ticoum Olam, cette idée de réparer le monde. L'idée que certains sont là pour réparer un monde que d'autres ont abîmé. Et c'est tristement, tristement d'actualité, Vincent Lindon.
Oui, aujourd'hui, c'est un peu difficile, ma position. Je fais partie de la confrérie du spectacle, donc est-ce que je suis légitime pour parler de ça ? Mais ce n'est plus la question que je me pose. Je suis obligé, de toute façon, on est obligé aujourd'hui, si on veut se conduire bien et d'une manière droite, de dire ce que ça nous fait à l'intérieur de nous, ce qu'on ressent. Il y a eu tous les commentaires, des commentaires de politologues, de rabbins, d'humanistes, de philosophes. Je n'ai pas la prétention d'amener un regard nouveau ou du moins plus affûté. Mais la première chose, c'est évidemment la désolation, une tristesse profonde, bouleversante.
Un choc comme moi, je n'en ai pas vécu depuis que je suis né. On entend des mots qui sont les pires de la langue française, mais aussi les pires de toutes les langues du monde, comme égorger, décapiter, assassinat, massacre, horreur, meurtre. Comment réfléchir rationnellement devant l'irrationnel ? Quand on massacre des civils désarmés sans autre raison que parce qu'ils sont juifs, ça s'appelle un acte terroriste. C'est du terrorisme. Je sais qu'ici et là, parfois, il y a des gens qui ont du mal à prononcer ce mot, qui font les fines bouches.
Qu'est-ce que ça vous a inspiré d'ailleurs que certains refusent d'employer ce mot ?
La France insoumise notamment ? Le dégoût, la bêtise, et puis c'est l'innommable. On ne peut pas, quand il se passe une chose comme ça sur la Terre, en revenir à un détail de savoir si on va prononcer un mot ou pas. Ça s'appelle du terrorisme. Après, le terrorisme, c'est un acte guerrier, un acte guerrier qui est le pire ou un des pires du monde. Mais on ne peut pas sans arrêt tergiverser sur les choses. Et surtout, je trouve ça irrespectueux par rapport à ce qui s'est passé. Mais il y a deux réflexions que je me fais et qui m'angoisse énormément. Moi et beaucoup d'autres gens, enfin tout le monde je pense.
C'est d'une part la douleur de voir qu'il y a une joie du monde arabe à certains endroits. Et je me demande comment on peut se réjouir d'un assassinat. Penser que le meurtre d'adolescent soit une victoire et fait avancer la cause. Et puis il y a aussi la répercussion de ce qui va se passer dans le monde, en Europe, dans notre pays, en France. Puisque je suis français, forcément je suis beaucoup plus près de ce qui se passe dans mon pays.
Et ça, ça vous inquiète la situation ?
Oui, il y a une communauté juillet musulmane. Et malheureusement, je donnerai tout ce que j'ai au monde pour avoir l'intelligence, le calme, le génie, j'en sais rien, comme tous, de faire en sorte d'appeler à la réflexion, au calme. Et je pense que c'est malheureusement le contraire qui est en train de se passer. J'ai entendu l'autre jour qu'il y avait déjà 150 actes antisémites. Mais qu'est-ce qui se passe dans la tête des humains ?
Pardon, vous vous sentez vous-même en insécurité aujourd'hui, Marcel Landon ?
Non, je ne me sens pas, je n'ai pas envie d'être égoïste comme ça. Non, je ne me sens pas en insécurité, je ne pense pas à moi. Je pense à tous les gens du monde, à tous les gens qui vivent en paix. Et je me dis que c'est... J'ai été élevé dans une vie où je pensais qu'avec la libération du langage, avec le modernisme, avec le monde qui avance, je pensais que tous ces mots, tous ces horribles pensées qui sont racisme, antisémitisme, homophobie, la violence faite aux femmes, aux enfants, je pensais que ça allait en diminuant, que la courbe viendrait presque à s'éteindre. Et c'est le contraire qui se passe.
Donc vous me disiez, le tikkun olam, réparer le monde, j'ai l'impression qu'en réparant le monde, aujourd'hui, on détruit le monde. Et c'est vrai que ces réseaux sociaux qui sont un des cancers de la civilisation, font que les gens qui sont silencieux et cachés font plus de bruit et sont plus entendus que les gens qui parlent à découvert et qui se dévoilent. Qui ne parle pas ? Qui reste silencieux ?
Je vous dis, les gens qui sont sur les réseaux, qui ont des surnoms qu'on ne connaît pas, qui prolifèrent des insultes, des choses, une violence épouvantable, et qui font qu'aujourd'hui, la jeune génération qui passe leur vie sur ces appareils, moi je n'ai pas de réseaux sociaux bien en face, mais c'est vrai qu'à un moment, on est dans un monde de violence absolument incroyable. Mais bon, là je ne dis que des banalités. Je n'ai rien inventé dans cette interview. Juste, je suis bouleversé parce que c'est le déclin du monde.
Ce n'est pas des banalités, c'est fort de vous entendre dire votre émotion, votre chagrin, votre tristesse. Vous auriez pu exprimer de la colère, par exemple ?
Je viens d'essayer de dire que si j'avais un temps soit peu de pouvoir et de vision et un cap à proposer aux gens, je proposerais la paix et le calme. Donc je ne vais sûrement pas me mettre en colère. Et puis je ne suis... Non, ce n'est pas ça mon premier sentiment. C'est la tristesse, c'est être bouleversé. Mais comme tout le monde, je n'ai pas le monopole de la tristesse. Ce qu'on vit en ce moment est une chose absolument... C'est une déflagration, c'est bouleversant. Et de savoir qu'on a des enfants, tous, à qui on lance dans ce monde. Mais ce qui se passe en Israël... Moi, je crois que c'est la chose la plus violente que j'ai connue, puisque je n'étais pas né pendant la guerre.
Et le président de la République a fait un discours hier, que vous n'avez pas vu, mais il a invoqué l'unité de la nation face au risque d'importation du conflit, que vous semblez craindre aussi, Vincent Lindon. Il fait interdire aussi les manifestations pro-palestiniennes. Il faut aller jusque-là ?
Je ne suis pas politique, je ne suis pas d'un homme politique. Je ne sais pas ce qu'il faut faire ou pas faire. Je suis un acteur de cinéma au départ. Donc moi, je suis sur les sentiments et sur le ressenti de ce que j'ai. Et j'ai envie de dire à quel point j'apporte mon soutien à tous les parents, à toutes les familles des victimes. C'est un assassinat. On ne peut pas d'abord tuer des gens sans aucune raison en général. Mais quand il s'agit d'adolescents, d'enfants, de femmes enceintes, de kidnapping, c'est l'horreur à son dernier degré. Donc, je vous dis tout à l'heure, je disais, on ne peut pas réfléchir rationnellement devant l'irrationnel. Je ne suis pas plus fort que les autres.
Pour l'instant, je n'ai pas de... Non, ce n'est pas ma fonction et je n'ai pas de conseil à donner aux gens. Juste amener mon soutien, ma tristesse, ma désolation, mon angoisse du monde de demain et me dire que tout ça, il y a un avachissement général de toutes les pensées, de toutes les sociétés, de toutes les... Plus personne ne se tient droit. C'est terriblement pessimiste ce que... Oui, c'est très pessimiste. Ben oui, mais c'est... C'est désespéré. C'est désespéré avec de l'espoir, mais c'est difficile aujourd'hui, ce matin, d'avoir de l'espoir quand j'entends Pierre Aski qui raconte ce qu'il a raconté il y a deux minutes. Oui, bien sûr. C'est compliqué.
Alors, on peut dire d'un coup, non, mais j'ai beaucoup d'espoir, tout ça va s'arranger. Mais on me prendrait pour un fou.
Une question qui va vous paraître naïve. Comment se fait-il que ce qui se passe dans cette région du monde nous touche tous intimement ? Est-ce que cette tragédie nous touche, mais au plus profond d'entre nous ?
Mais tout simplement parce qu'avant d'être religieux, c'est humain. Parce que c'est des êtres humains. Parce que c'est des enfants, des morts, des... Je ne vois pas qui ne serait pas touché par ça. C'est d'ailleurs ça que je dénonçais tout à l'heure. Je ne sais pas comment certaines personnes peuvent écrire des choses sur les réseaux sociaux ou même ne pas prononcer le mot terrorisme. C'est le béabat de l'humanité, de l'humanisme et du bon sens. Enfin, ça me paraît... Voilà, je ne sais pas comment on vous répond d'autrement. Non, non, mais c'est très clair.
L'ex-ambassadeur d'Israël en France, Eli Barnavi, a qualifié cette attaque terroriste du Hamas comme résultant de la conjonction d'une organisation islamiste fanatique et d'une politique israélienne imbécile. Vous partagez son analyse, même si vous êtes un acteur, malgré tout.
Je ne sais pas la partager, je viens de l'entendre pour la première fois, donc il faut me laisser deux minutes pour que ça incube. Et je vous dis, je n'ai pas les qualités pour prendre des risques et donner mon assentiment à une pensée que vous venez de me donner il y a une demi-seconde. Mais si je reviens un matin et j'ai le temps de me pencher sur le problème...
On ne reviendrait peut-être pas demain, mais bientôt.
Non, mais je veux dire, c'est plus compliqué que ça. Et malheureusement...
Oui, malheureusement. Pardon ? Malheureusement, je pense que c'est le mot.
Oui, malheureusement c'est...
C'est pour ça que je laissais en fait le silence, parce que c'était un mot très fort et qui disait avec beaucoup de justesse ce que vous ressentez. On va parler donc de cette série dans laquelle vous avez joué, dans laquelle vous avez magnifiquement joué avec... C'est la première fois que vous acceptez de jouer dans une série.
Oui, c'est la première fois.
Et c'est pourtant l'un des personnages les plus épais de votre filmographie. Avant de prendre des questions d'auditeurs d'Inter qui sont nombreux à vouloir dialoguer avec vous, Vincent Lindon. Ce qui est fascinant, c'est de voir que Xavier Djevenoli a fait un boulot époustouflant pour rendre accessible, compréhensible une arnaque, l'arnaque à la taxe carbone qui est très très compliquée, à travers votre personnage. Et ce personnage, il est dément, il a une épaisseur folle. C'est comme si, en regardant la série, on regardait un film de 12 heures. Aucun acteur, vous-même, vous n'arriveriez pas à transmettre toutes ces dimensions-là d'une personne dans un film de 12 heures ?
Alors, ce n'est pas la tarte, je vous le dis, de répondre aux questions à propos d'un film. Au départ, après ce qu'on vient de dire là, je me divise en deux. Et il y a un autre Vincent qui regarde tout ça et qui se dit « Mais mon pauvre vieux, sort du studio, ce n'est pas grave, ça n'est que du cinéma, ça n'est qu'un film. » Mais en même temps, je vais vous répondre. Oui, c'est un des plus beaux rôles qu'on m'ait offert. Mais ce qui m'a touché le plus, c'est que le metteur en scène, Xavier Giannoli, pense à moi pour interpréter ce rôle. Qui est un rôle d'une rectitude, c'est l'ordre et la morale, c'est le défenseur de la République.
C'est un enquêteur qui se bat pour faire jaillir la vérité.
Oui, qui est à la recherche de la vérité, qui traque le mensonge, qui traque l'escroquerie, et qui traque la fraude, les coupables. Et le fait que Xavier Giannoli pense à moi immédiatement, je me dis que c'est ce que je renvoie comme image, en tout cas un petit peu. Donc ça, ça m'a fait énormément plaisir.
Parce qu'il y a cette dimension, Vincent Landon, mais il y a aussi la dimension, un autre registre où vous êtes très émouvant, quand vous essayez de renouer le dialogue avec une fille dont vous êtes éloigné. Et puis il y a une question, une réflexion identitaire, la religion. Bien sûr. La religion, elle est présente dans la série. Elle est extrêmement présente. Et vous avez voulu vous emparer, justement, de cette question identitaire. Être juif, s'éloigner de la religion, et puis parler avec un rabbin, essayer d'être... de retrouver...
C'est un homme qui est en recherche sans arrêt. Il est confronté à trois énormes dimensions. L'une qui est l'enquête. Il est obsessionnel, obsédé. Il traque, mais vraiment, il traque la bête jusqu'au bout. Mais il a en face de lui sa jeune fille qui a des problèmes d'addiction colossaux. Et c'est très intéressant de voir cet homme qui est si puissant au travail et si démuni dans sa vie privée. Et il y a cette recherche identitaire. C'est un homme qui a une maman qui n'était pas juive et un père juif et qui veut comprendre l'histoire de sa famille, ses parents pendant la guerre et qui, donc, est très, très sujet à... Il va voir un rabbin à la Syllagoie et il est en recherche de ça.
Donc, il mène trois actions en même temps. Et c'est de là où vient, donc, il parle du Ticounolam. Ce personnage parle du Ticounolam qui est donc réparé le monde. Je trouve une phrase extrêmement belle. Je trouve que c'est très, très joli de dire réparer le monde. Et c'est une chose très importante dans la religion juive. Mais dans d'autres religions, ça s'appelle autrement. Mais c'est le but de tout le monde. Et c'est pour ça qu'aujourd'hui, c'est très bizarre d'être là pour parler de ce film où il est question de réparer le monde au moment où des gens... L'abîment. L'abîment et essayent même de le détruire. Donc, oui, c'est...
Vous-même, ça vous est arrivé de vous éloigner de votre culture ?
C'est-à-dire ?
De la religion, de la croyance, puisque c'est une thématique qui traverse aussi cette fiction.
Ah, j'ai un rapport très spécial avec la religion. Donc, je ne peux ni m'en rapprocher, ni m'éloigner. Parce que c'est une chose que je regarde avec beaucoup d'intérêt, mais plus intellectuellement que sensitivement. Donc, je n'ai jamais été quelqu'un de religieux et qui suit des règles et des rites. Et je suis quelqu'un qui aime m'intéresser aux religions, quelles qu'elles soient, mais plus que d'en faire partie ou de les épouser sans arrêt dans ma vie de tous les jours.
Question de l'auditeur d'Inter, et c'est le retour inévitable de cette question qui se pose depuis l'attaque terroriste du Hamas contre Israël. C'est la question des Palestiniens. Vous n'en avez pas parlé jusqu'à présent ?
Je vais en parler. Justement, voilà.
Êtes-vous sensible aussi, vous demande Ernaud ?
Évidemment. Comment voulez-vous que je ne sois pas sensible à d'autres enfants qui sont privés d'eau, privés de manger, où les hôpitaux ne vont pas être fournis à l'électricité dans les heures qui suivent, et qui, eux, n'ont rien demandé, et vont probablement périr d'une autre manière, mais d'une manière absolument monstrueuse. Oui, c'est l'horreur. C'est les mots que je disais tout à l'heure. C'est l'horreur. Il n'y a pas d'autres mots que...
Pardon, excusez-moi.
Je vous en prie.
Donc, le siège de la bande de Gaza par l'armée israélienne en réponse à cette attaque terroriste, ça n'est pas une bonne réponse.
Mais comment voulez-vous que... J'ai toujours, moi, pensé que la violence engendre la violence, et que malheureusement, de plus en plus, dans le monde aujourd'hui, on a remplacé la réflexion par la réaction. Mais je me mets aussi à la place des Israéliens. Quand on subit une telle attaque, une telle horreur, un acte si violent, comment ne pas avoir le réflexe instantané, surtout les Israéliens qui sont connus pour être des gens qui répondent extrêmement fort, œil pour œil, dent pour dent. On peut être deux parties, et les deux avoir raison. Oui. C'est ça, mais c'est ça l'irrationnel, c'est ça le paradoxe. C'est que, quand on se met à la place de l'un, évidemment, on est avec lui.
Quand on se met à la place des civils, je dis bien des civils, des gens qui ne sont pour rien dans cette attaque, forcément que je suis obligé d'avoir de la compassion, et me dire que c'est épouvantable ce qu'on va leur faire subir. Donc, je ne sais pas si j'ai répondu à la question, mais quand on est quelqu'un de pacifiste et qu'on a envie de paix et de calme et d'entente entre les êtres humains, on ne peut que déplorer tout ce qui va faire du mal aux humains. Donc là, maintenant, on va assister à une autre chose qui va être épouvantable à regarder sans pouvoir intervenir. Parce qu'en plus, nous ne pouvons pas intervenir.
Même si le président de la République a fait un discours que tout le monde qualifie de formidable hier, et c'est le maximum qu'il puisse faire. Ce sont des paroles. Et c'est très bien d'appeler son peuple, les Français, à l'unité, évidemment. Mais ce n'est pas la première fois qu'on appellera un peuple à l'unité et qu'il ne respectera pas l'appel qu'on lui a fait.
On est en ligne avec Pascal. Bonjour, Pascal. Bonjour. Et bienvenue sur France Inter. Vincent Lindon est avec nous. Il vous écoute. Bonjour. Bonjour. Merci de prendre mon interrogation plus qu'une question. Je suis assez émue. de vous entendre ce matin. De toute façon, je suis assez émue depuis lundi. Donc, perso, moi, j'étais au rassemblement lundi, à l'appel du Christ. Je suis non-juif. Mais mon fils vit en Israël et est en train de se convertir. Donc, lui est en Israël. Et moi, la question que j'avais pour Vincent Lindon, c'était de lui demander s'il pensait que la vie en France, moi, je n'ai pas d'autre pays, donc moi, je suis... ce serait encore possible.
Moi, je suis très, très pessimiste par ce que j'ai entendu, par ce que j'ai vu. Au rassemblement, il y avait peu de non-juifs. Et sur ce que dit la gauche, je vote à gauche, enfin, je votais à gauche. Et je suis très pessimiste. Et je voulais savoir quel était son état d'esprit. Alors, je l'ai un peu compris, là, mais quel était son état d'esprit ?
Eh bien, mon état d'esprit, avant tout, j'entends depuis longtemps, depuis ma jeunesse, des gens se plaindre tout le temps en France. On vit dans un très, très, très, très beau pays. Un grand pays où il y a énormément d'aides. Il peut toujours y en avoir plus, évidemment, mais il y a beaucoup d'aides pour les démunis. Il y a beaucoup d'aides à plein de choses. C'est un pays où l'hôpital marche bien, où la poste marche bien, c'est vraiment un grand pays, la France.
Vous l'aimez, la France ?
Bien sûr que j'aime la France. Mais on est touché, comme tout le monde. Je pense que si vous posez la question à un Anglais ce matin, il sera aussi démuni que nous dans ce studio. À un Allemand aussi, à un Espagnol aussi, à un Italien aussi. Donc, oui, on est inquiet pour l'Europe, mais c'est difficile que je vous réponde à cette question. En effet, j'ai commencé tout à l'heure en disant que j'étais très inquiet. Mais je n'aime pas dire que je suis inquiet, parce que l'inquiétude amène de l'inquiétude. Donc, on va passer des moments extrêmement difficiles, et psychologiques, et j'espère pas plus que psychologiques, mais ça va être très tendu.
Mais comment est-ce qu'on va faire ?
Mais je ne sais pas, je ne suis pas... Non, non, mais... Je ne suis pas ni ministre de l'Intérieur, ni président de la République, ni philosophe, ni un homme qui est très, très doué en géopolitique. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Pour l'instant, je n'ai pas plus de solution que de dire qu'il faut écouter ce qu'a dit le président de la République, c'est-à-dire l'Union. Parce que l'Union fait la force, mais...
C'est rare, je me souviens d'ailleurs de votre discours quand vous étiez président du jury au Festival de Cannes, et que vous disiez justement, je n'ai pas la réponse. Je n'ai pas la réponse, à part celle d'être acteur, ou de jouer dans des films, de faire mon métier, et de m'y engager. Je pensais malheureusement,
j'avais fait une métaphore, mais bon, qui était la mienne, que le monde était un navire qui prenait l'eau et qui se remplissait par litre et par litre, et que nous, on colmatait par des petites rustines. Et que donc, en fait, comme disait Albert Camus, ma génération, c'est très bien qu'elle n'est pas vouée à refaire l'histoire et à refaire le monde, pourvu qu'on arrive à faire en sorte qu'il ne se défasse pas. Mais ça va de plus en plus vite, et avec nos petits bras, c'est de plus en plus compliqué.
Bonjour Florence. Bienvenue sur Inter. Bonjour. Oui, vous avez la parole. Vincent Lindon est avec nous en studio, il vous écoute.
Bonjour Vincent Lindon. Merci de votre intervention, parce que ça m'a énormément touchée sur les événements en Israël. Est-ce que vous avez qualifié de terrorisme ? En fait, ça répond à des questions que d'autres ne se posent pas vraiment. Ma question est portée aussi sur votre rôle en tant qu'acteur. Je vois que vous jouez dans de plus en plus de films engagés, voire politiques, et je voulais savoir ce qui motivait vos choix et si c'était votre façon à vous de faire de la politique en passant par la fiction.
Alors, c'est une très bonne question. Oui. Je ne sais pas, c'est probablement ça, puisque vous le ressentez comme ça, mais donc c'est inconscient. Mais ce qui est inconscient, à la fin, devient inconscient. J'ai toujours voulu faire un métier, j'ai été élevé par un père qui me disait, dans la vie, on est médecin ou rien. Mais c'était une métaphore. Il voulait dire... Qu'est-ce que ça voulait dire ? Ça voulait dire, dans la vie, où on aide des gens, où on leur donne quelque chose, où sinon, ce n'est pas la peine d'être passé sur terre. Alors, où on est avocat et on défend une cause perdue et on évite à quelqu'un qui devait prendre 20 ans et finalement, il n'en prend que 5.
Où on est médecin et on sauve des gens, on les sauve avec la santé. Où on est acteur ou actrice et on essaie d'amener un tout petit peu de rêve aux gens. C'est ce que je fais. Ou alors, on essaye aussi de faire des films où les personnages vous parlent et où vous avez une identification et vous pouvez vous dire, tiens, lui, eh bien, c'est moi. Ou en tout cas, il me représente. Donc, c'est cette voie-là que j'ai choisie, mais pas tout le temps. Je fais d'autres films que ça, mais c'est vrai que dans ce film, dans la série d'Argent et de sang,
c'est ce que vous faites.
C'est ce que je fais. Je suis cet homme qui va traquer l'escroquerie pour ramener de la justice et je pense que c'est un vecteur qui va servir pour que les gens se disent moi, je ferai comme lui. Voilà. Si je pouvais faire comme lui, je ferai comme lui.
Et ça pourrait aller jusqu'à faire de la politique pour de vrai s'engager ?
J'en sais rien. C'est pas l'heure ce matin de... J'en sais rien. Tout le monde peut faire de la politique visiblement aujourd'hui et malheureusement. Non mais c'est vrai qu'on aurait demandé à un acteur il y a 35 ans est-ce que vous voulez faire de la politique ?
Il y en a eu aux Etats-Unis.
Oui, non mais je parle en France. Personne n'aurait posé la question. J'en sais rien. Non. J'en suis pas là.
Les seuls engagements incontestables d'un artiste sont les oeuvres auxquelles il prête son concours. C'est du Vincent Lindon. Fermez les guillemets. En tout cas, merci infiniment d'avoir été notre invité sur France Inter ce matin. D'argent et de sang, la série, elle est formidable, réalisée par Xavier Giannoli. Elle nous interroge aussi sur le monde dans lequel nous vivons et sur d'autres problématiques auxquelles nous devons faire face. Et c'est à voir sur Canal+, à partir de lundi, à partir du 16 octobre. Merci infiniment d'avoir accepté notre invitation.
Merci infiniment de m'avoir invité. Merci.
Merci.