E. MACRON : LA VIOLENCE SOCIALE PERMANENTE
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
La meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler. L’appel à la violence sociale, c’est un appel à la violence sociale. Je ne céderai rien.
Ni aux fainéants, ni aux cyniques. Je crois qu’il n’est pas crédible pour continuer à être un homme politique parce qu’il n’est pas responsable et digne dans ses propos. Vous savez, cet abattoir.
Il y a dans cette société majorité de femmes, il y en a qui sont pour beaucoup illettrées. C’est inacceptable. S’ils veulent un responsable, il est devant vous.
Qu’ils viennent le chercher. Je pense que c’est grave, et même je dirais même très grave. On est dans des propos factieux.
Très sincèrement comme disait un de mes prédécesseurs : Ça m'en touche une sans bouger l’autre. La gauche appelle à manifester le 16 octobre prochain contre la vie chère. La semaine dernière, Jean-Luc Mélenchon a évoqué cette manifestation dans un tweet où il a écrit : “Le 5 et le 6 octobre 1789 les femmes marchent sur Versailles contre la vie chère.
Elles ramènent le roi la reine et le dauphin de force à Paris sous contrôle populaire. Faites mieux le 16 octobre.” Ce tweet a provoqué un tollé, à gauche, où des élus écologistes et socialistes se sont désolidarisés de cette déclaration en faisant un peu vite comme s’il s’agissait d’un appel à couper des têtes, mais aussi et surtout à droite, où plusieurs représentants et représentantes de la majorité ont bruyamment fait part de leur indignation.
A faire mieux que d’arriver à emmener le roi et la reine, c’est quoi ? C’est soit la guillotine pour le président de la République. La liberté d’expression, d’accord, mais à condition de ne pas faire référence à la Révolution française.
Franck Riester, ministre chargé des relations avec le Parlement, a dénoncé des "propos factieux qui sont graves", sans bien sûr préciser en quoi ils seraient "factieux". Je pense que c’est grave, et même je dirais même très grave. On est dans des propos factieux.
Il appelle, d’une certaine façon, à utiliser la force contre le pouvoir. Tout simplement. Aurore Bergé, présidente du groupe présidentiel à l’Assemblée nationale, a déclaré de son côté que Mélenchon n’était "pas crédible pour continuer à être un homme politique parce qu’il n’est pas responsable et digne dans ses propos".
Je crois qu’il n’est pas crédible pour continuer à être un homme politique, parce qu’il n’est pas responsable et digne dans ses propos. Olivier Véran, porte-parole du gouvernement, a quant à lui dénoncé plusieurs fois ce qu’il a présenté comme un "appel à la violence", et en particulier à ce qu’il appelle "une forme de violence sociale". Non mais il est tout le temps dans l’outrance, dans l’appel à la violence sociale, c’est un appel à la violence sociale.
C’est un appel à la violence sociale ? C’est un appel à la violence sociale. Au passage, retenons cette dernière déclaration.
Elle est importante, car elle montre qu’Olivier Véran et ses amis sont sensibles à l’indignité, à la violence, et en particulier à la violence sociale : nous verrons que ça n’a pas toujours été complètement évident. Ah bon ? La presse a, sans surprise, donné un large écho à ces réactions outragées.
Mais ce traitement journalistique n’est pas neutre : il contribue à installer dans l’opinion l’idée que la gauche parlementaire, au sein de laquelle la formation de Jean-Luc Mélenchon est majoritaire, serait violente. Plus précisément : cela impose l’idée que dans la France d’Emmanuel Macron, la violence serait du côté de cette gauche. C’est bien sûr complètement faux.
Dans la France d’aujourd’hui, la violence – et principalement la violence sociale, qui n’est pas ce que prétend monsieur Véran – est du côté de la droite. Et plus particulièrement du côté de la droite gouvernementale. Et s’ils cherchent un responsable, dites leur, dites leur chaque jour : “Vous l’avez devant vous”.
Le seul responsable de cette affaire, c’est moi. S’il veulent un responsable, il est devant vous, qu’ils viennent le chercher ! Quand Emmanuel Macron diminue le montant des aides personnalisées au logement ?
Quand il durcit les contrôles imposés aux chômeurs et aux bénéficiaires du RSA en même temps qu’il supprime l’impôt de solidarité sur la fortune ? C’est très exactement ce qu’on appelle de la violence sociale. Quand Macron déclare que les salariées d’un abattoir en difficulté – majoritairement des femmes – sont "pour beaucoup illettrées" ?
Vous savez, cet abattoir, il y a dans cette société une majorité de femmes, il y en a qui sont pour beaucoup illettrées. Quand il explique à un gréviste vêtu d’un tee-shirt que "la meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler" ? La meilleure façon de se payer un costard c’est de travailler.
Quand il explique à un jeune chômeur qu’il lui suffirait de traverser la rue pour lui "trouver un travail" ? Je traverse la rue je vous en trouve. Ils veulent simplement des gens qui sont prêts à travailler.
Quand il oppose "ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien" ? Une gare, c’est un lieu où on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien. Ce sont des brutalités verbales, et ce sont des humiliations infligées publiquement à des gens en situation de détresse : c’est d’une très très grande violence.
Mais cela n’a jamais fait réagir monsieur Véran et jamais madame Bergé n’a considéré que le chef de l’État : Je crois qu’il n’est pas crédible pour continuer à être un homme politique parce qu’il n’est pas responsable et digne dans ses propos. On continue ? Il y a quelques jours, c’était le 8 octobre, Éric Zemmour était sur CNews, la chaîne où il travaillait avant de se porter candidat à l’élection présidentielle, et où il est toujours reçu à bras ouverts.
Voici ce qu’il a déclaré, c’est intéressant : J’ai été condamné il y a dix ans pour avoir dit que la plupart des trafiquants de drogue étaient arabes et noirs. Je ne crois pas que la réalité me démente. Le ministre de l’Intérieur lui-même, monsieur Darmanin, fait maintenant le lien entre délinquance et immigration.
Et de fait, Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur d’Emmanuel Macron, déclarait récemment, dans Le Journal du dimanche : "Il y a une part importante de la délinquance qui vient de personnes immigrées. 48 % des gens interpellés pour des actes de délinquance à Paris, 55 % à Marseille et 39 % à Lyon sont des étrangers. En France, les étrangers représentent 7,4 % de la population et 19 % des actes de délinquance." C’est le même monsieur Darmanin qui avait dit, un an auparavant, qu’il trouvait Marine Le Pen "un peu molle".
C’est le même qui avait lancé à la présidente d’un parti d’extrême droite : "Il vous faut prendre des vitamines, je ne vous trouve pas assez dure, là." Madame Le Pen dans sa stratégie de dédiabolisation, revient à être quasiment un peu dans la mollesse. Je vous trouve… Faut vous reprendre des vitamines.
Et c’est encore lui qui avait inséré dans son dernier livre, paru au mois de février 2021, des considérations un peu étonnantes sur, je cite : "Les difficultés liées à la présence de dizaines de milliers de Juifs en France" à l’époque napoléonienne. Mais ni Madame Bergé ni Monsieur Véran n’ont considéré que ces déclarations de l’un de leurs plus éminents collègues étaient indignes, ou irresponsables, ou violentes, ou peut-être même, pourquoi pas, tout cela à la fois. On continue encore un peu ?
Au moment où j’écris cette chronique, les grévistes de TotalÉnergies annoncent qu’ils reconduisent leur mouvement de grève pour les salaires, lancé à l’appel de la CGT. On peut avoir ici une pensée émue pour l’excellent monsieur Sarkozy, qui nous expliquait, content de lui : Quand il y a une grève en France, personne ne s’en aperçoit. Là, ça se voit.
Et ça énerve beaucoup le ministre de l’Économie d’Emmanuel Macron, Bruno Le Maire, qui vient de déclarer : Car, ajoute-t-il : Ce vocabulaire est intéressant : en général, quand on parle de "victimes collatérales", c’est à propos des civils tués dans des guerres, par des bombardements prétendument chirurgicaux. Bruno Le Maire suggère donc assez nettement que les salariés de TotalÉnergies, qui exercent leur droit de grève le plus élémentaire, sont en guerre contre la population française. C’est une accusation qui pourrait presque paraître extraordinairement violente ou indigne.
Car, insistons : la grève est un droit. Mais ces propos ne choquent ni Madame Bergé, ni Monsieur Véran, ni la presse, ni les médias. Bruno Le Maire poursuit sa démonstration : Nous sommes priés de comprendre que ces grévistes sont décidément des gens irresponsables et violents, dont la grève nous met tous en danger et presque en danger de mort.
Et c’est inacceptable. “Beaucoup de nos compatriotes sont révoltés, et je les comprends.” Naturellement, quand il s’agit de fermer des milliers de lits d’hôpitaux, et quand ces fermetures, additionnées à des conditions de travail extrêmement éprouvantes, provoquent l’épuisement et la révolte du personnel hospitalier : Bruno Le Maire est beaucoup moins soucieux de notre santé.
Et c’est inacceptable. Il ne crie pas du tout que ces mauvais traitements infligés aux soignants et aux soignés doivent cesser immédiatement. Cet abandon des hôpitaux, cette violence sociale bien réelle, le dérange infiniment moins que la violence imaginaire qu’il impute aux grévistes du secteur pétrolier lorsqu’il suggère avec insistance que leur grève menace des vies.
Ces déclarations du ministre sont inquiétantes. Car elles laissent présager que le gouvernement va recourir à la force pour récupérer les dépôts et les raffineries bloqués par des grévistes qui sont donc présentés comme des ennemis en guerre. Or, s’il y a une chose que nous savons, c’est qu’en France, l’usage de la force, depuis l’élection d’Emmanuel Macron, est d’une extrême brutalité et d’une extrême régularité.
Les innombrables manifestants et manifestantes qui ont été blessés et mutilés dans la répression du mouvement des gilets jaunes sont là, parmi d’autres, pour en témoigner, même si ces violences policières, politiques et sociales n’ont jamais fait réagir madame Bergé. Ni d’ailleurs le bon docteur Véran.
Emmanuel Macron