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Podcast / conversationFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 13 juillet 2025 19 minContradictoirePortrait personnelCulture, médias & sport

Jean-Christophe Rufin : "Alexandre Dumas a commencé par vivre et il a mis la vie dans ses bouquins"

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 95 %Attaque 3 %Défensif 2 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:31OuverteRéponse directe

    Comment s'y prendre quand on est un petit provincial sans le sou pour découvrir le théâtre à Paris ?

  • 0:42OuverteRéponse directe

    Qu'avez-vous pensé de l'exercice de la chronique radio ?

  • 1:31OuverteRéponse directe

    Vous écoutez vos chroniques ?

  • 2:39OuverteRéponse directe

    Comment rendre Dumas accessible à tous les auditeurs ?

  • 3:16OuverteRéponse directe

    Est-ce que Dumas est simple à raconter parce qu'il est plein de vie ?

  • 5:19OuverteRéponse directe

    Quel est votre rapport à la radio et au son ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:32PrésentateurFait
    « Dumas, pour moi, le prototype de l'écrivain qui a commencé par vivre. »
  • 4:44PrésentateurFait
    « Il est mort, pratiquement, dans la misère. »
  • 9:11PrésentateurFait
    « Je conseille beaucoup de se porter vers les impressions de voyage. »
  • 11:41PrésentateurFait
    « Il va créer ces quatre personnages qui sont une espèce de figure universelle. »
  • 14:02PrésentateurChiffre
    « Les grands romans, Trois mousquetaires, Montecristo 20 ans après, etc., à Anne-Margot, c'est trois ans de sa vie. »

Temps de parole

  • Présentateur76 %
  • Invité24 %

0,5 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Invité

Il est 8h17 et cet été, chaque matin de la semaine, c'est lui qui vous accompagne sur France Inter juste avant 8h. En vous racontant l'un des plus grands auteurs français, son ami, comme il dit, Un été avec Alexandre Dumas. Bonjour Jean-Christophe Ruffin. Bonjour. Vous êtes membre de l'Académie française, vous êtes écrivain, romancier, vous avez été médecin, humanitaire, diplomate. Et aujourd'hui, vous voici donc aussi raconteur d'Alexandre Dumas.

0:26
Présentateur

Bonjour. Aujourd'hui, on va parler de l'arrivée de Dumas à Paris. Alexandre a découvert le théâtre, mais comment s'y prendre quand on est un petit provincial sans le souci ?

0:37
Invité

Un petit extrait d'une de ses chroniques, 4 minutes chaque matin sur Inter. Qu'est-ce que vous vous êtes dit en entendant la première fois cet exercice de la chronique radio que vous avez enregistré ?

0:50
Présentateur

Je me suis dit que c'était très beau. C'était autre chose que d'écrire dans son coin. Finalement, le travail des romanciers, c'est assez solitaire. Là, on s'expose, on s'expose, et puis on parle, et puis il y a une réalisation. C'est-à-dire qu'entre ce qu'on écrit et ce qu'il va être entendu, il y a la réalisation. Il y a un formidable travail de réalisation de Xavier Pestudjia, qui a fait un très très beau boulot, qui anime, qui fait vivre vraiment le texte. Donc voilà, je suis très heureux, très fier. Vous écoutez le matin ? Non. Alors, j'écoutais au début, mais d'une façon générale, je n'aime pas trop m'écouter. C'est souvent le cas. Non, mais on trouve toujours...

D'ailleurs, la première chronique, je me suis dit, mais ils ont ralenti ma voix. J'avais l'impression que ça avait été trafiqué. C'est vrai ? Oui. Je ne reconnaissais pas ma voix. C'est garanti sans trucage, vous le savez. Non, mais non, c'est ce que m'a dit le réalisateur. J'ai dit, mais vous avez changé ma voix, mais non, pas du tout. C'est vous. Non, il ne faut pas être trop narcissique. Ça existe. C'était formidable à faire. C'est une aventure. C'est une aventure de bout en bout. Parce que saisir d'un auteur comme ça, qui est énorme. J'allais dire, c'est un petit morceau, Alexandre Dumas. C'est un monstre. Donc, on ne peut pas tout relire, mais il faut en lire quand même beaucoup.

Et puis, il faut se plonger dans son monde. Et rendre ça, vous savez, c'est comme la cuisine. C'est un énorme morceau de bœuf. Et à la sortie, vous avez un tout petit truc dans votre assiette. Mais c'est le meilleur. D'autant qu'il faut réussir à parler à tout le monde.

2:20
Invité

Puisque vous, vous le connaissez bien. Je le disais, vous parlez de votre ami en parlant d'Alexandre Dumas. Parce que c'est un compagnon de vie pour vous. Et donc, il faut réussir à le rendre accessible à tous ceux qui nous écoutent.

2:30
Présentateur

Voilà. Alors, il y a ceux qui l'ont lu et qui déjà connaissent les œuvres. Il faut pouvoir essayer de leur montrer autre chose. Et puis, il y a ceux qui le découvrent. Bon, je ne sais pas s'il y en a encore beaucoup. Parce que tout le monde le connaît. Mais quand même, tout le monde ne l'a pas forcément lu. En tout cas, récemment. Donc, voilà. Il faut s'adresser à des publics différents. Moi, j'étais toujours familier à Dumas. Parce qu'enfant, j'étais assez solitaire. Il n'y avait pas beaucoup de distractions. Et la lecture, c'était la principale. Et Dumas, c'était vraiment, j'allais dire, la planche de salut.

Parce que dans un monde qui n'était pas forcément très drôle, ni très ouvert, ni très varié, Dumas, c'était la fraternité. C'était l'aventure. C'était l'histoire. Mais l'histoire vivante. Donc, pas l'histoire merdante qu'on...

3:16
Invité

Est-ce que ce n'est pas pour ça qu'il est, peut-être finalement, assez simple à raconter ? Parce qu'il est plein de vie. Il dit, j'ai la gaieté persistante, Alexandre Dumas.

3:26
Présentateur

Oui, c'est Georges Sand qui disait, Dumas, c'est la vie. Et moi, je pense qu'il y a des catégories comme ça d'écrivains. Et Dumas, pour moi, le prototype de l'écrivain qui a commencé par vivre. Il n'a pas commencé par les bouquins. Il n'a pas commencé jusqu'à 20 ans. Il était presque très ignorant. Il avait vécu dans les bois. On peut dire. Donc, il a tout appris assez tard, finalement. Mais il a commencé par vivre. Et vivre, c'est l'essentiel. Et ce qu'il a mis dans ses bouquins, c'est la vie. Alors, Victor Hugo disait, il n'y a pas de ténèbres en lui. C'était très hugolien. En fait, c'est vrai pour son oeuvre. Il n'y a pas de ténèbres. C'est une oeuvre de clarté.

C'est une oeuvre ouverte, transparente. C'est moins vrai dans sa vie. C'est pour ça que j'ai raconté aussi beaucoup sa vie. Parce que sa vie, au contraire, est une vie assez dure. Dans lesquelles il a dû affronter des choses difficiles. A commencer par, dès sa naissance, finalement, la mort de son père, quand il a 4 ans, dans des conditions terribles. Parce qu'il va vivre dans la misère.

4:25
Invité

Oui, c'est ça, c'est une vie de misère. Vous disiez, il vit dans les bois. Mais c'est vrai, c'est l'enfant sauvage, en fait.

4:30
Présentateur

L'enfant sauvage, avec une mère pauvre. Si vous voulez, autant Hugo, la misère dont il a beaucoup parlé, il est allé la chercher assez loin. Dumas, il n'a eu qu'à ouvrir la fenêtre. Il était dedans. Et c'est toute sa vie aussi. Parce qu'il a gagné beaucoup d'argent. Mais à chaque fois, il s'est débrouillé pour le dépenser. Et pour se retrouver de nouveau dans la misère. Il est mort, pratiquement, dans la misère. Donc, il y a cette espèce de destin qui le colle, comme ça, à ce destin au fond du peuple, finalement, dont il ne s'est jamais éloigné. Et quand il dit qu'il est républicain, c'est ça. C'est une fraternité avec le peuple, avec les gens qui souffrent.

5:10
Invité

C'est pour toutes ces raisons que ça vous a parlé, l'idée d'intégrer cette grande collection, maintenant, d'Un été avec. Et surtout, de le raconter à la radio. Quel est votre rapport, vous, un peu à la radio, au son ? Est-ce que vous vous imaginiez bien raconter Dumas, comme ça, à l'oral, à la radio ?

5:27
Présentateur

Oui, je trouve que ça va très bien. que Dumas, c'est d'abord un auteur de théâtre. C'est-à-dire, c'est d'abord des répliques. C'est d'abord quelqu'un qui a... D'ailleurs, lui-même est venu à l'écriture par le théâtre. Il a été fasciné par le théâtre. Il vivait dans le monde de la restauration qui était... Donc, Louis-Philippe, etc., qui était... Enfin, d'abord, Louis XVIII, puis Louis-Philippe, qui était un monde assez terne, finalement. Et le théâtre, pour lui, c'était la vie. Voilà. Et donc, ça se prête très, très bien. Et en prenant à la fois sa vie et à travers sa vie son œuvre, si vous voulez, il y a matière à un conte, quoi. C'est un conte, la vie de Dumas.

Donc, je trouve qu'à la radio, c'est formidable. C'est qu'on prend les gens sur les genoux et on leur dit, voilà, on va vous raconter une belle histoire. Et cette histoire, c'est un roman d'Alexandre Dumas. C'est sa vie. Et on sent que vous avez pris plaisir à enregistrer tout ça, là. Ah oui, mais c'est très agréable. Alors, c'est très contraint. C'est-à-dire qu'il faut faire 4 minutes, alors à la radio... Ça, je peux vous dire, c'est très contraint. Voilà. Ça ne rigole pas. Si vous avez 15 secondes de trop, on fait couper, etc. D'ailleurs, ce qui fait que le livre... Parce qu'il y a un livre en même temps, il ne faut pas l'oublier. Oui, absolument.

Pour la première fois, d'ailleurs, il paraît en même temps. Il est même paru un petit peu avant. Et le texte du livre est différent. Il est plus long. Parce que le livre, c'est la version non dégraissée. Voilà. Ça avait pu la rallonger un petit peu. Voilà. Et donc, il est beaucoup plus complet. Donc, il reprend les chroniques, bien sûr. Mais il les reprend un peu dans toute leur ampleur. Que la radio ne permet pas, mais elle permet d'autres choses. Mais c'est vrai qu'elle oblige à concentrer le propos. Et ce n'est pas plus mal. Ce n'est pas plus mal.

7:04
Invité

Est-ce que vous avez déjà eu des messages, peut-être des questions, que ce soit d'auditeurs ou de vos amis qui disent « Ah, grâce à toi, j'ai redécouvert Dumas ? »

7:13
Présentateur

Oui, oui. J'ai beaucoup de messages à propos de ces chroniques et de ce livre. Ça me fait très plaisir. Parce que, bon, effectivement, en général, ce sont des amis. Donc, souvent, ils lisaient déjà mes livres. Mais là, ils me disent qu'ils vont relire Dumas. Et ça, ça me plaît. Parce que je trouve que c'était aussi une sorte de réhabilitation, cette affaire. Parce que Dumas, il avait disparu dans les bouquins, les livres d'école. Moi, j'ai fait mes études. Il y avait dans la gare des Michers, qui était le livre célèbre. Il n'y avait pas une ligne sur Alexandre Dumas. Pas une ligne. Il y avait son fils, oui, Dumas fils, mais il n'y avait pas le père.

Et c'est une injustice qu'il a fallu réparer. Parce que trop populaire ? Oui, je pense que c'est quelqu'un qui n'a pas géré, comme on dirait aujourd'hui, sa carrière, si vous voulez. Il n'avait pas d'agent. Il n'avait pas d'agent. Et lui-même faisait n'importe quoi. Et il s'amusait. Et en France, on ne vous pardonne pas. Surtout dans la littérature. Si vous vous amusez, si vous amusez les autres, par définition, c'est un peu suspect. Mais pas vraiment sérieux. Non, voilà. C'est André Moreau qui avait fait la biographie des Trois Dumas. Il disait, en France, pour être pris au sérieux, il faut porter sa tête comme le Saint-Sacrement. Et c'est vrai que Dumas s'est beaucoup amusé.

Il a beaucoup amusé les autres. Et il l'a payé. Il l'a payé. Vous voyez, son fils, par exemple, Alexandre Dumas, fils, il a eu un succès, la dame aux camélières. Bien sûr. Mais, du coup, une carrière très installée. Et le fils a été mieux traité que le père. Alors, c'est une manière de lui rendre justice.

8:46
Invité

Oui, on va parler un petit peu des succès, quand même, évidemment. Puisque les Trois Mousquetaires, le Comte de Monte Cristo, c'est un peu son année à Dumas, du fait des adaptations. Etc. Mais, quelle œuvre de Dumas gagnerait à être connue, selon vous, Jean-Christophe Ruffin ? Quelqu'un, voilà, qui ne sait pas quoi lire, qui a déjà lu les deux que je viens de citer, et qui se dit, ah tiens, je lirais bien un autre Dumas.

9:07
Présentateur

Ben, moi, je conseille beaucoup de se porter vers les impressions de voyage. Parce que je trouve que c'est un merveilleux écrivain de voyage. Alors, il y a, bien sûr, des romans. Il y en a plein qui sont méconnus. Moi, j'aime beaucoup La San Felice, qui est son dernier roman, enfin, un de ses derniers, sa dernière grande œuvre, qui évoque à la fois Naples, la ville de Naples, où il a vécu pendant plusieurs années, et son père, qui a été détenu là-bas quand il a quitté l'Égypte, parce que Napoléon l'avait banni. Et c'est un livre, alors, La San Felice est comme roman, c'est un roman, finalement, à mon avis, très important.

Les impressions de voyage, notamment, par exemple, le voyage au Caucase, ça, c'est merveilleux, parce que c'est un observateur incroyable. Les impressions de voyage, enfin, les livres de voyage avant lui, c'était un peu des guides, vous voyez, un peu, voilà, les monuments, les machin, etc. Lui, c'est pas ça qui l'intéresse. Comment il raconte ça, alors ? Ben, les gens, les gens, ce qui va rendre... Voilà, et toutes les anecdotes idiotes, par exemple, dans une autre impression de voyage, là, c'est plutôt sur le long du Rhin, il raconte les lits à l'Allemande, alors, il y a la couette, alors, elle tombe d'un...

Il n'y a pas habitué, en France, on n'a pas de couette, alors, lui, il passe son temps à avoir froid d'un côté, parce que la couette est tombée, ou il a trop chaud de l'autre côté, enfin, bon, des trucs tout bêtes, mais qui le rendent humain, et qui nous rendent tout ça extrêmement proche et vivant. Toujours la vie, en fait, chez Dumas.

10:38
Invité

Lire Les Trois Mousquetaires n'exige rien d'autre que de s'abandonner au plaisir du récit, écrivez-vous. Parce que Dumas, il a inventé, sans le savoir, les séries qu'on connaît aujourd'hui ?

10:49
Présentateur

Oui, c'est-à-dire que c'est un auteur de théâtre au départ, ensuite, il y a eu les impressions de voyage, après, quand il s'est mis au roman, très tard, parce que finalement, il a commencé à la quarantaine, finalement, les romans, il a mis les qualités de tout ça, c'est-à-dire à la fois la vivacité des répliques, etc., du théâtre, et puis ce talent d'observation et de description. Les Trois Mousquetaires, c'est un petit peu... En effet, c'est un peu un miracle, c'est-à-dire qu'il est tombé, par hasard, sur un livre, qu'il avait volé, d'ailleurs, à Marseille. Il s'était fait prêter un livre de Courtille de Sandrasse, qui racontait l'histoire du vrai d'Artagnan.

C'est vrai, on apprend que tout ça commence par un vol. Voilà, ça commence par un vol, alors il pique ce truc, il le lit, et il y a tout dedans. Il y a tout, mais il y a tout plat, dans le désordre, sans intérêt. Et lui, il va faire de ça une machine de guerre, on peut dire, parce que les trois frères, Athos, Portos, Aramis, dans le livre original, c'est trois frères. Lui, il va dire, non, ce ne sont pas des frères, c'est des frères d'armes, des frères de sang. Il va créer ces quatre personnages qui sont une espèce de figure universelle. C'est les quatre saisons, c'est les quatre couleurs du jeu de cartes, c'est les quatre points cardinaux.

Voilà, il les crée, et à partir de là, il crée une mécanique, c'est-à-dire qu'il peut décliner tout ça. C'est exactement ce que font les scénaristes aujourd'hui pour les séries. Ils font une bible, mettent le truc dedans, les principaux personnages, les lignes narratives. Et après, on en fait des épisodes. Et après, vous pourrez en faire dix saisons, si ça marche, etc. Dumas, c'est exactement ce qu'il invente avec les trois mousquetaires.

C'est pour ça que les trois mousquetaires, c'est à la fois très très simple, d'ailleurs, il faut que ça soit simple, parce que le lecteur n'a pas besoin de savoir tout ça, il entre directement dedans, mais la mécanique que j'essaie de démontrer, d'écarcasser un petit peu, de mettre un jour, elle est très complexe, très subtile et très actuelle.

12:43
Invité

Le père d'Alexandre Dumas est né à Saint-Domingue, en actuel Haïti, d'une mère esclave. Alexandre Dumas, vous l'avez dit, avait quatre ans quand il est mort. Il était donc créole. Il écrit, Alexandre Dumas, mon père était créole, c'est-à-dire plein de nonchalance, d'impétuosité et d'inconstance. Il n'était pas spécialement tendre avec ses origines. Je me suis demandé, est-ce qu'il y a quand même quelque chose de créole dans la langue d'Alexandre Dumas, où il est pleinement français de France, si j'allais dire, dans son écriture ?

13:14
Présentateur

Dans la langue, c'est difficile à dire. Dans son caractère, certainement. C'est-à-dire qu'il y a quelque chose auquel il s'est toujours un peu référé, son père, il admirait ça. Son père, c'était Portos. C'était un personnage extrêmement puissant, très fort. On disait qu'il soulevait un cheval entre ses deux jambes, c'est franchement une poutre. C'était vraiment un gaillard. Mais en même temps, c'était comme ça qu'il le décrivait. Il faisait des siestes interminables pendant la campagne d'Égypte. Il pionçait, il était tranquille. Puis tout d'un coup, il y avait le clairon qui sonnait. Alors là, il prenait son sabre et il se levait et tirait dans le tas. C'était devenu vraiment un guerrier.

Et Dumas, il y a un petit côté comme ça. C'est-à-dire que c'est à la fois un bourreau de travail, il a cette espèce de puissance quand il avait... Imaginez-vous que les grands romans, Trois mousquetaires, Montecristo 20 ans après, etc., à Anne-Margot, c'est trois ans de sa vie. Il écrit ça en trois ans. C'est des masses de travail inimaginables. Et en même temps, le reste du temps, la cuisine, le plaisir, les aventures féminines. Voilà. Il y a cette vie un peu nonchalante quand même.

14:26
Invité

Est-ce qu'Alexandre Dumas parle au-delà de nos frontières, notamment dans la francophonie, vous qui avez été ambassadeur au Sénégal ? Est-ce que vous avez constaté, et dans vos voyages aussi, qu'Alexandre Dumas est élu ?

14:38
Présentateur

Oui, il est élu. Et puis, on le voit avec le succès des adaptations aussi. C'est-à-dire qu'il y a des adaptations américaines, il y a des adaptations un peu partout. Et quand la dernière adaptation de Montecristo, qui a fait évidemment un immense succès en France, est aussi évidemment rayonnée dans le monde. C'est ça qui est très particulier, c'est qu'il a, en tout cas, ces deux chefs-d'œuvre-là, Les Trois mousquetaires et Le Conte de Montecristo, sont des œuvres universelles, vraiment universelles. Et ça va au-delà de la francophonie, parce qu'elles sont traduites, elles fonctionnent pas uniquement sur la langue, c'est l'histoire qui fonctionne. Et deux sont vivants déjà.

C'est d'ailleurs, par exemple, il est élu en Russie. C'est comme ça qu'il est allé en Russie, d'ailleurs, parce qu'il a trouvé dans un hôtel à Paris des aristocrates russes qui faisaient une tournée, etc., qui le connaissaient, et qui l'ont amené avec eux. Il avait déjà ce rayonnement universel, et il l'a toujours.

15:32
Invité

Un tout autre sujet, une minute, Jean-Christophe Ruffin, pour parler de Boalem Sansal. Vous faites partie de son comité de soutien. L'écrivain franco-algérien, je le rappelle, en prison en Algérie depuis novembre dernier, condamné à 5 ans de prison pour des propos sur le Sahara occidental qui n'ont pas plu au pouvoir algérien. Il y a eu cette semaine des lectures au Festival d'Avignon pour Boalem Sansal. Ce genre d'initiative, ça vous rassure ? Si j'ose dire, vous disiez à ce micro, il y a quelques mois, ce qu'il menace le plus aujourd'hui, c'est l'oubli.

16:02
Présentateur

Oui, ben oui. Non, mais il ne faut pas s'exagérer. L'efficacité de ce genre d'événements, bien sûr. C'est symbolique. Oui, les murailles de Géricault ne vont pas tomber parce qu'on joue de la trompette autour. Ce n'est pas comme ça que ça marche. Mais il y a cette présence, et surtout cette présence culturelle, cette présence dans le monde qui est celui de Boalem, qui n'est pas un monde de la politique. Ce n'est pas un homme politique. C'est un créateur, c'est un romancier, c'est un intellectuel, et c'est ce monde des intellectuels, c'est-à-dire le nôtre, qui doit vraiment persister à penser à lui et à faire penser à lui. C'est malheureusement tout ce qu'on peut faire pour le moment.

Et en attendant,

16:45
Invité

peut-être la grâce présidentielle qui ne peut être décidée que par le président algérien.

16:49
Présentateur

Oui, mais là-dessus, ça a été quand même

16:52
Invité

une douche froide récemment. Lors de la fête nationale algérienne, effectivement, où tout le monde attendait une éventuelle libération. Je reviens rapidement, il nous reste deux minutes, à la lecture et à Alexandre Dumas. J'allais vous demander quel lecteur estival vous étiez, Jean-Christophe Ruffin, vous qui vivez à la montagne et qui allez marcher, parfois, souvent, je crois. Est-ce que vous avez toujours un livre dans la poche ? Est-ce que vous lisez l'été ? Qu'est-ce que vous lisez ?

17:18
Présentateur

Non, alors je lis l'été, mais pas en marchant. Je regarde où je marche, c'est mieux. Non, non, c'est... Moi, je suis un lecteur très, très éclectique. Malheureusement, aujourd'hui, je fais partie de jury, etc., donc j'ai des lectures contraintes. Alors ça, c'est quelque chose de terrible parce que parfois, c'est de grands plaisirs. J'allais dire, vous y trouvez du plaisir parfois quand même. Oui, oui, mais pas toujours, si vous voyez ce que je veux dire. Voilà, il faut... Et c'est vrai que j'ai moins de temps pour lire, j'allais dire, de mon propre chef. En plus, quand ça ajoute, évidemment, un travail comme la préparation de Dumas, je peux vous dire que...

Là, j'en ai lu du Dumas ces derniers temps. Je l'imagine. Mais ça, c'était un plaisir aussi.

18:03
Invité

Et j'allais dire, ça se lit bien en été, Alexandre Dumas, parce que vous allez me gronder, Jean-Christophe Ruffin, je n'ai jamais lu une ligne d'Alexandre Dumas au-delà des textes que j'ai étudiés au lycée. Est-ce que c'est l'été ?

18:15
Présentateur

Je vais vous encourager.

18:16
Invité

Ça va s'arranger, ne vous inquiétez pas. Il faut que je prenne les trois mousquetaires avec moi en vacances, c'est une bonne idée.

18:21
Présentateur

Oui, ou le conte de Montecristo, et vous allez vous rendre compte, si vous avez vu le film, que le livre est très différent. Et on peut voir le film, il trouvait beaucoup de plaisir parce que le scénario est très bon, et se rendre compte qu'il n'a presque rien à voir avec le livre. Parce qu'ils ont gardé vraiment le centre de l'intrigue, mais pour tout le reste, ils ont pris de grandes libertés, tant mieux, mais justement, ça donne encore plus de plaisir de revenir vers le livre. Bon, je vous promets d'essayer cet été, en tout cas.

18:44
Invité

Un été avec Dumas, c'est donc du lundi au vendredi sur Inter, tout l'été, 8h-5, à écouter bien sûr quand vous voulez sur franceinter.fr. C'est aussi à lire avec ce petit livre, le recueil des chroniques un peu augmenté, vous le disiez, c'est aux éditions des Équateurs. Je signale également le revenant d'Albanie, dernier opus des énigmes d'Aurel Le Consul, aux éditions Kalman Levy. Merci Jean-Christophe Ruffin, on passe l'été avec vous et Dumas. A bientôt. Merci.

Jean-Christophe Rufin : "Alexandre Dumas a commencé par vivre et il a mis la vie dans ses bouquins" · Pourquijevote