Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
Podcast / conversationFrance Inter (sur YouTube)· 31 janvier 2024 14 minContradictoireActualité / polémiqueInstitutions & électionsEurope & internationalÉconomie & entreprisesSolidarités & famille

Patrice Duhamel, Nathalie Schuck et Vincent Martigny : retour sur le discours de Gabriel Attal

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 60 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 97 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:18OuverteRéponse directe

    A-t-il réussi l'examen de passage ? Parviendra-t-il à imposer un style qui lui est propre ?

  • 1:11OuverteRéponse directe

    L'examen de passage a-t-il été à vos yeux réussi ?

  • 2:23RelanceRéponse directe

    Et quel style ?

  • 2:57OuverteRéponse directe

    À qui vous a fait penser, vous qui avez fait ce livre ?

  • 3:35OuverteRéponse directe

    Alors, Vincent Martigny, sur le fond, la forme, votre lecture ?

  • 4:47OuverteRéponse directe

    Nathalie Chuc.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:23InvitéFait
    « Peu mieux faire, j'ai trouvé que le discours, 80 minutes, c'est très long, 56 pages, était verbeux pour tout dire. »
  • 1:38InvitéFait
    « on cherche la mesure, waouh, on cherche l'équivalent de l'interdiction de la baïa qu'on avait faite à l'éducation nationale et qui avait marqué les esprits. »
  • 1:59InvitéFait
    « Patrice Duhamel, je l'ai trouvé volontariste, énergique, très autoritaire, parfois martial, très libéral, très concret, un peu à la Rocard. »
  • 3:51InvitéFait
    « Un quinquennat complètement enlisé, un premier ministre dont on n'ordait finalement pas grand-chose, à part sa popularité personnelle. »
  • 3:56InvitéFait
    « les 15 premières minutes, il fait un bilan de tout ce qu'a fait Emmanuel Macron et les macronistes depuis 2017. »
  • 4:29InvitéFait
    « Beaucoup d'annonces, qu'importe parfois si ces annonces paraissent un catalogue. Parfois non financés. »
  • 5:40InvitéChiffre
    « il nous a annoncé que 30 000 logements allaient sortir de terre en 3 ans, donc 10 000 par an. »
  • 5:50InvitéChiffre
    « On estime aujourd'hui que les besoins, pour vous donner une idée, 2,5 millions de personnes en France sont en attente d'un logement social. »
  • 5:55InvitéChiffre
    « Le nombre de chantiers qui sont aujourd'hui mis en place, c'est moins de 300 000 quand il en faut 450 000. »
  • 6:06InvitéFait
    « le Premier ministre nous a annoncé qu'il voulait dire la vérité, il le dit 4 fois dans le discours, il faut dire la vérité aux Français. »
  • 6:16InvitéFait
    « Nous a-t-il dit la vérité sur le doublement des franchises médicales qui vont percuter le pouvoir d'achat des Français ? »
  • 6:24InvitéChiffre
    « Nous a-t-il dit la vérité sur les 12 milliards d'économies qu'il va falloir faire d'ici 2025 ? »
  • 8:37InvitéFait
    « Il dit « je suis contre l'écologie punitive, il faut mettre un lien entre écologie et croissance ». »
  • 8:50InvitéFait
    « « Je suis fier d'être à la tête d'un gouvernement pro-nucléaire soutenu par une majorité pro-nucléaire ». »
  • 9:00InvitéFait
    « C'est le seul groupe parlementaire dont il parle, nommément. Il cite le Rassemblement national. »

Temps de parole

  • Invité29 %
  • Invité 226 %
  • Invité 326 %
  • Présentateur11 %
  • Présentateur 28 %

6,4 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Débat sur le grand oral de Gabriel Attal. Hier, à l'Assemblée nationale, le nouveau Premier ministre a prononcé son discours de politique générale dans le double contexte tendu, un, de la fronte des agriculteurs et deux, de la censure massive du projet de loi immigration par le Conseil constitutionnel. A-t-il réussi l'examen de passage ? Parviendra-t-il à imposer un style qui lui est propre, différent de celui du Président de la République ? Sur le fond, le discours est-il de nature à rassembler le pays ? On en débat ce matin avec Patrice Duhamel, journaliste, ancien directeur de France Télévisions. Vous publiez Le Chat et le Renard, président et Premier ministre.

Deux ou trois choses que je sais d'eux, c'est aux éditions de l'Observatoire. Vincent Martini, politologue, professeur de sciences politiques à l'Université de Nice et à l'École Polytechnique. Et Nathalie Chut, grand reporter politique au point. Bonjour à tous les trois, merci d'être là ce matin. Bulletin de notes de Gabriel Attal après le discours de politique générale. Le Premier ministre a parlé pendant 1h20, rythme de mitraillette, très vite. Il a annoncé une batterie de mesures, on va y revenir. Je ne vais pas vous demander une note à chacun, ce n'est pas le lieu. Mais l'examen de passage a-t-il été à vos yeux réussi ?

1:15
Invité

Nathalie Chut. Peu mieux faire, j'ai trouvé que le discours, 80 minutes, c'est très long, 56 pages, était verbeux pour tout dire. que c'était un empilement de mesures qui ne relevait pas nécessairement du niveau d'un Premier ministre. Et c'est Matignon qui s'était mis dans la seringue tout seul d'une certaine façon, puisque ces derniers jours, les conseillers du Premier ministre nous disaient, on cherche la mesure, waouh, on cherche l'équivalent de l'interdiction de la baïa qu'on avait faite à l'éducation nationale et qui avait marqué les esprits. Et vous ne l'avez pas entendu ? Et je ne l'ai pas entendu.

Sur des sujets fondamentaux, on y reviendra, comme le logement, comme la santé, comme le pouvoir d'achat, l'environnement, je trouvais qu'on était totalement en dessous de la main. Patrice Duhamel, je l'ai trouvé volontariste, énergique, très autoritaire, parfois martial, très libéral, très concret, un peu à la Rocard, mais quand Rocard a fait son discours de politique générale très réussi, il y avait aussi des grandes mesures, Rémi, RSA, etc., qui hier ne figuraient pas. Alors c'est aussi du réalisme politique, parce qu'il sait que les grandes lois un peu difficiles...

2:16
Présentateur

Il n'a pas la majorité.

2:17
Invité

Il n'a pas la majorité et il ne veut pas utiliser le 49-3. Moi, ce qui m'a frappé, c'est plus le style que le fond.

2:23
Présentateur

Et quel style ?

2:25
Invité

Je pense qu'il a trouvé une forme de style très jeune, c'est l'air idiot de dire ça, il a 34 ans, donc c'est forcément très jeune. Mais je dirais, il faisait un peu vieillir le président, je l'ai trouvé, dans son style.

2:36
Présentateur

Il a vieilli... Gabriel Attal a vieilli...

2:38
Invité

Il fait un peu vieillir Emmanuel Macron, oui, ça m'a frappé. Il est beaucoup plus compréhensible dans son discours, très concret, vraiment très concret. Voilà, je trouve sur le style, c'est intéressant. À qui vous êtes ? Différent du président, et c'est quand même ça, vous parliez de livres, c'est quand même ça qui fait qu'un couple fonctionne, c'est qu'il faut qu'il soit différent.

2:57
Présentateur

À qui vous a fait penser, vous qui avez fait ce livre, qui étudie les relations entre les présidents et les premiers ministres, de tous les premiers ministres que vous avez rencontrés ? On parlait avec Rachida Dati tout à l'heure, est-ce qu'il y a des accents dans le côté martial, autoritaire, énergique de Nicolas Sarkozy ? Ou Manuel Valls ?

3:12
Invité

Oui, mais moins républicain, pur et dur, ce qui n'est pas une critique de ma part, mais ce n'est pas du Manuel Valls qui... En plus, Manuel Valls, évidemment, et ça a été un problème immédiat avec Hollande, il était potentiellement candidat à l'Elysée. Là, c'est un peu tôt, il le sera peut-être dans un an et demi ou deux ans, mais pas encore.

3:35
Présentateur

Alors, Vincent Martigny, sur le fond, la forme, votre lecture ?

3:38
Invité

Sur la forme, c'était, je trouve, dans l'exercice, un discours plutôt réussi, je trouve, parce qu'il faut quand même se rappeler du contexte. Un quinquennat complètement enlisé, un premier ministre dont on n'ordait finalement pas grand-chose, à part sa popularité personnelle. Et sur le fond, j'ai trouvé qu'il était un macroniste de la première heure. On voit d'ailleurs que le discours est long, pourquoi ? Parce que les 15 premières minutes, il fait un bilan de tout ce qu'a fait Emmanuel Macron et les macronistes depuis 2017. Ça, c'est étonnant.

D'habitude, un premier ministre, il parle de ce qu'il va faire, il parle éventuellement des mesures justes avant lui, il rend hommage à son prédécesseur. Là, c'est tous les prédécesseurs à qui il rend hommage. Et méthodiquement, il passe un quart d'heure pour rappeler ce que le macronisme, ou ce que la majorité a apporté au pays depuis 2017. Et là, donc, il y a un espèce d'éloge très fort. J'ai trouvé que c'était très optimisme de la volonté, pour se paraphraser Gramsci. Il a laissé de côté le pessimisme de l'intelligence, pour parler plutôt de la volonté. Beaucoup d'annonces, qu'importe parfois si ces annonces paraissent un catalogue. Parfois non financés. Oui, parfois non financés.

Mais en fait, l'important, je pense, c'est qu'il voulait montrer qu'il était extrêmement concret, qu'à ce titre-là, il se différenciait du président de la République. Il n'a d'ailleurs pas repris tout, parce que le président de la République avait parlé de ce réarmement de la fertilité. Ça, ça disparaît. Mais il y a d'autres mesures sur lesquelles, au contraire, il reprend et il développe.

4:45
Présentateur

C'est vrai qu'on n'a pas eu le réarmement démographique.

4:47
Invité

Nathalie Chuc. On a eu une demi-heure, pardon de le dire comme ça, de brosse à reluire du bilan du président de la République. C'est son but. C'était le but, mais ça sentait le discours extrêmement relu par l'Elysée, tout de même. Et ça m'a étonné, parce qu'on parlait de style, je n'ai pas retrouvé la méthode Attal. J'ai eu de nombreuses reprises l'occasion de discuter avec Gabriel Attal, et notamment de ce que c'était que sa méthode, notamment quand il était à l'Education nationale. Il expliquait ma méthode, c'est que je ne vais pas annoncer des choses tant que je n'ai pas du super concret. Est-ce qu'on a eu hier du super concret, à part des, pardon, des mesurettes ?

Patrice Duhamel dit oui, c'était très concret. Pouvoir d'achat, désmicardisé, ok, très bien. On renvoie, le Premier ministre nous renvoie au prochain budget. C'est quand le prochain budget ? A l'automne prochain, si c'est urgent de désmicardiser, pourquoi on ne s'y met pas tout de suite ? D'autant plus que Gérald Darmanin nous a quand même expliqué qu'on ne connaissait pas la durée de vie de ce gouvernement passé les élections européennes. Logement, qu'est-ce qu'il nous a annoncé ? Un choc d'offres, ok, choc d'offres, premier en 2017 par Emmanuel Macron, on l'attend toujours.

Il nous a annoncé qu'on allait avoir, certes, il nous a annoncé que 30 000 logements allaient sortir de terre en 3 ans, donc 10 000 par an. On estime aujourd'hui que les besoins, pour vous donner une idée, 2,5 millions de personnes en France sont en attente d'un logement social. Le nombre de chantiers qui sont aujourd'hui mis en place, c'est moins de 300 000 quand il en faut 450 000. Avec 10 000 par an, on ne va pas aller loin. Pouvoir d'achat, on nous a annoncé quoi ? Pas grand chose. Je note quand même que le Premier ministre nous a annoncé qu'il voulait dire la vérité, il le dit 4 fois dans le discours, il faut dire la vérité aux Français.

Nous a-t-il dit la vérité sur le doublement des franchises médicales qui vont percuter le pouvoir d'achat des Français ? Nous a-t-il dit la vérité sur la hausse des tarifs de l'électricité que t'as annoncé par le ministre de l'économie, Bruno Le Maire, quelques jours avant, afin de déminer le discours ? Nous a-t-il dit la vérité sur les 12 milliards d'économies qu'il va falloir faire d'ici 2025 ? Le discours de vérité, il a été tenu ces derniers jours par Bruno Le Maire. Elle est trop sévère ? Elle est un peu sévère sur l'aspect concret.

Par exemple, le fait que les patients qui n'aillent pas à ce qu'on appelle la taxe lapin, les patients qui ne vont pas à un rendez-vous chez le médecin, et qui ne concernent d'ailleurs pas les généralistes qui connaissent leur clientèle, mais les médecins et les spécialistes, c'est quelque chose d'assez important. Il y a ça, le ménage dans les administrations. Vous voyez sur la santé, pas un mot des urgences. Aujourd'hui, il y a des gens qui meurent sur des brancards aux urgences. En concret, il y avait quand même des choses qui avaient frappé avec Rocard, par exemple, sur les cages d'escalier et les boîtes aux lettres. C'est un petit peu ça.

Mais moi, j'ai retenu juste deux choses rapidement.

7:09
Présentateur

Quelles sont les mesures que vous avez retenues ?

7:11
Invité

Non, c'est quand même le chef de la campagne européenne de la majorité. Ça, c'est clair et net. C'est lui. A la limite, on a le temps d'attendre la tête de liste. Et ça, c'est lui. D'un seul coup, c'est arrivé. C'était un peu comme ça, un peu bizarre, à la fin. Boum, quatre phrases bien senties sur le Rassemblement National. Et moi, j'ai été, je ne dirais pas impressionné. J'ai trouvé qu'il avait très bien dit à la fin sa situation personnelle, cette référence à l'homosexualité. J'ai trouvé que c'était très bien fait. Il n'en a pas rajouté. Il l'a dit. Sur ce que ça veut dire de la société française aujourd'hui ? Sur ce que ça veut dire, absolument, en 2024.

Voilà, il y a cinq ans ou dix ans, je pense qu'on n'aurait pas entendu ça à la tribune de l'Assemblée. Vincent Martini. Moi, je dirais, à quoi sert un discours de politique général dans le contexte dans lequel il était ? Le premier but, c'est de ressouder la majorité. Ça, je pense que c'était vraiment l'idée. Et c'est pour ça qu'il fait aussi le bilan positif du macronisme. On voit la standing ovation des députés de la majorité, qui, je crois, de manière non surjouée.

S'il fallait entendre ensuite ce que disait le responsable du groupe parlementaire du Modem, en disant « votre énergie », on sentait quand même une sorte d'enthousiasme dans les rangs de la majorité, devant l'énergie de ce Premier ministre. Et c'est la première chose. Le deuxième but, évidemment, c'était de reposer ce qu'était le dépassement du macronisme. Et on voit qu'il fait deux clivages dans le discours. Un premier clivage qu'il appuie, parce qu'on voit bien à l'image qu'il regarde les rangs de la gauche, c'est sur l'écologie. Il dit « je suis contre l'écologie punitive, il faut mettre un lien entre écologie et croissance ».

Donc, en fait, il tourne le dos à l'idée d'un dépassement du modèle. Il est dans un modèle plus conservateur. C'est-à-dire, on va faire de l'écologie sans changer le modèle. Défendant le nucléaire. « Je suis fier d'être à la tête d'un gouvernement pro-nucléaire soutenu par une majorité pro-nucléaire ». On ne peut pas faire plus clivant. Et il regarde les députés écologistes et la gauche. Et puis, à la fin, évidemment, il clive sur l'Europe avec l'extrême droite. C'est le seul groupe parlementaire dont il parle, nommément. Il cite le Rassemblement national. Donc, double clivage. Ça, c'est dans le cadre des élections européennes.

Ce que j'ai trouvé intéressant, si on le trouve sur le fond, au-delà des mesures, c'est qu'il y a vraiment deux mots d'ordre. Le premier, c'est l'ordre. Et le deuxième, c'est le progrès. Et qu'est-ce que c'est que l'ordre et le progrès ? Si ce n'est l'idéologie des Trente Glorieuses. On est vraiment en pleine nostalgie pour des Trente Glorieuses. Ils surfent sur ce qu'a dit le président de la République.

9:22
Présentateur

On n'a pas la croissance des Trente Glorieuses.

9:24
Invité

Oui, mais il dit qu'il faut la croissance. Il n'y a pas d'écologie sans croissance. C'est pour ça que je défends la croissance avec l'ordre. Ce qui est un peu dommage, c'est qu'il s'est un petit peu dilué, Gabriel Attal. C'est-à-dire qu'on se demandait ce que c'était que le attalisme. Et on a eu l'impression, il y a un soir, que c'était une sorte de macrono-sarkosisme. C'est-à-dire que très libéral sur le plan de l'économie. Sur ça, vous êtes d'accord sur les droits ? Sur le conservateur. Et vous vous disiez, il nous a dit que je suis né en 1989. Pour quelqu'un de cet âge-là, on s'attendait à peut-être plus de modernité dans le discours. On n'a pas vu beaucoup de modernité.

9:52
Présentateur

Sur l'homosexualité, il y a eu une forme de modernité.

9:54
Invité

Oui, voilà. C'est peut-être la seule chose qu'il y avait dans le discours d'assez moderne. Parce que vous l'avez dit, sur l'écologie, c'est quand même quelqu'un... Donc quand vous êtes né en 1989, que vous êtes inquiet pour l'avenir de la planète, on attend des mesures assez fortes. On attend que ce soit une partie assez large du discours. Non, ce n'est pas le cas du tout. Donc on a eu très peu de choses sur l'écologie, par exemple. Ça a pris du Hamel.

Ce qui est difficile dans cet exercice, quand on voit tous ceux qui ont existé dans le passé, c'est à la fois d'être dans la loyauté au président de la République, je parle bien sûr hors cohabitation, et en même temps de se distinguer du président. Je trouve que sur le style, je répète, il a bien réussi à se distinguer du président. Sur la loyauté, c'est évident. Alors c'était un petit peu long au début. Mais je ne dirais pas que c'était lui, c'est lui, moi, c'est moi. Mais comme les trois premières semaines, c'était lui, c'est moi et moi, c'est lui, c'est quand même déjà, il y a un début de distinction.

10:44
Présentateur

Mais Patrice Duhamel, dans votre livre, vous décrivez les rapports difficiles, voire orageux entre président et premier ministre, des moments insolites, historiques, parfois comiques d'ailleurs. Vous parlez des tensions entre Elisabeth Borne et Emmanuel Macron dans le livre. Elles vont être forcément différentes, les relations d'Emmanuel Macron avec Gabriel Attal ?

11:03
Invité

À partir du moment où il a dit, dès le début, je lui dois tout, et à partir du moment où le président n'est pas renouvelable, ce qui est inédit et absolument essentiel dans la situation des trois ans à venir, je pense que la loyauté l'emportera. Après, s'il reste un niveau de popularité très supérieur à celui du président, là, ça peut commencer à tanguer. D'ailleurs, il va falloir qu'il s'émancite...

11:25
Présentateur

La conférence de presse d'Emmanuel Macron, au même moment que le discours de politique générale, Patrice Duhamel...

11:30
Invité

Ça, c'est absolument pas normal. Les proches de Gabriel Attal savent très bien qu'à un moment, il va falloir s'émanciper de la tutelle de l'Elysée du président. Il voit bien, effectivement, comme vous l'avez dit, toutes ces petites choses-trappes qui sont en train de se mettre en place avec le président qui parle en même temps que lui, le président qui fait des annonces à sa place, parce qu'au fond, le discours de politique générale, on l'avait eu avec la conférence de presse d'Emmanuel Macron hier soir, c'était un peu un discours de généralité, puisqu'un discours de politique générale, pardon. Quand Mitterrand avait nommé Fabius, il s'était tué pendant six mois.

Il s'était mis d'accord là-dessus. Et Fabius avait obtenu que Mitterrand ne s'exprime pas pendant six mois. D'où le fait que l'annonce de tout un catalogue de mesures hier n'était en fait qu'un déroulé de ce qu'était la conférence de presse. Vous avez raison de le rappeler. Finalement, la véritable déclaration de politique générale, moi je suis allé regarder les déclarations de politique générale d'Edouard Philippe, d'Elisabeth Borne, de Jean Castex, c'est les grands principes. Sauf que les grands principes, ils ont été énoncés par le président de la République il y a 15 jours.

Donc lui, évidemment, il était obligé pour se distinguer d'essayer de montrer comment ces différentes mesures allaient se mettre en place.

12:31
Présentateur

Allez, un dernier petit tour de table rapide. Le gouvernement compte en une majorité de ministres venus de la droite LR. La nomination attendue des secrétaires d'Etat va-t-elle changer les choses, selon vous, cet équilibre-là ? Patrice Duhamel, pour commencer.

12:44
Invité

Ça va sans doute rééquilibrer vers le Bodem et vers Horizon, le mouvement d'Edouard Philippe, qui était assez mécontent tous les deux de la formation du gouvernement resserrée. Voilà, pour le reste, ça ne changera pas fondamentalement les choses. Le centre de la réalité. L'impression rétinienne va rester de droite. Ce ne sont pas des secrétaires d'Etat qui vont changer la donne. Oui, ça c'est sûr. Mais ce qui est assez étonnant, c'est qu'à ma connaissance, c'est une des premières fois dans la 5ème République, je parle sous votre contrôle, que le gouvernement n'est pas annoncé et il y a un discours de politique général avant.

En principe, vous annoncez l'intégralité du gouvernement, puis vous faites un discours de politique général. Là, c'est quand même assez étonnant. Alors, on ne demande pas la confiance dans ce cas-là, parce qu'en fait, évidemment, on ne l'obtiendrait peut-être pas forcément, même s'il y a une motion de censure qui a été déposée. Mais, à priori, ça donne l'idée que l'administration du gouvernement n'a pas d'importance. Tout est déjà posé avant. Et finalement, plus que jamais, ces ministres sont un peu des personnages secondaires dans une mécanique qui va s'écrire sans eux.

13:36
Présentateur

La Dottier.

13:37
Invité

Saufra Chilet, si bien sûr. Qui ne peut pas être secondaire. Qui est intéressant, parce que justement, elle se pose en liberté, y compris vis-à-vis du président. Vous avez rappelé, quand elle parle de Paris, c'est une façon de dire, je ne vous dois rien à personne.

13:47
Présentateur

Merci à tous les trois. Vincent Martin, Nathalie Chou, Patrice Duhamel, je rappelle le titre de votre livre, Le Chat et le Renard, Président et Premier Ministre, deux ou trois choses que je sais d'eux. C'est aux éditions de l'Observatoire.