Pour F. Leggeri, sa présence sur la liste RN est "la continuation" de son "engagement" à Frontex
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 0:34OuverteRéponse directe
Comment l'annonce de votre ralliement a-t-elle été perçue parmi vos anciens collègues ?
- 1:24OuverteRéponse directe
Vous pensez que vous allez créer des émules ?
- 1:52FerméeRéponse directe
Vous êtes un homme de droite, Fabrice Leggeri ?
- 2:16FerméeRéponse directe
Et la droite, aujourd'hui, c'est le Rassemblement National ?
- 2:35OuverteRéponse directe
Parce que vous étiez en discussion avec les Républicains.
- 3:40OuverteRéponse directe
Fabrice Leggeri, vous dites que le RN a changé de regard sur votre action.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:26PrésentateurFait
« Alors, afficher des opinions mieux, des engagements à l'extrême droite a longtemps été un tabou parmi la haute fonction publique. »
- 1:15PrésentateurFait
« Ils considèrent que le développement de l'Union européenne ne nous permet plus d'agir sur un certain nombre de leviers politiques. »
- 2:19PrésentateurFait
« Aujourd'hui, le Rassemblement National est en France le seul parti qui a le courage de faire un diagnostic lucide sur les questions d'immigration, mais pas seulement. »
- 2:28PrésentateurFait
« C'est le seul parti, le Rassemblement National, qui a la capacité de mettre en œuvre un projet pour les Français et pour la France. »
- 4:10PrésentateurChiffre
« L'agence a beaucoup changé. Parce qu'en 2015, lorsque je suis arrivé à sa tête, il y avait 300 employés. Il y en avait 2500 lorsque je suis parti en 2022. »
- 5:43PrésentateurFait
« Je dirais qu'il y a une instrumentalisation politique d'un certain nombre d'attaques. »
- 5:58PrésentateurFait
« Mais il y a des lobbies qui essaient de nous faire croire qu'on n'a pas le droit de contrôler les frontières. »
- 6:13PrésentateurFait
« Mais je suis désolé, le droit Schengen, c'est du droit européen, de la frontière extérieure, dit aux frontières extérieures de l'Union européenne, les États ont l'obligation d'empêcher les franchissements illégaux. »
- 7:30PrésentateurFait
« Il y a eu d'abord une enquête du conseil d'administration de Frontex, qui en février 2021 a conclu qu'il n'y avait pas de preuves par rapport à toutes ces accusations. »
- 7:40PrésentateurFait
« Et le Parlement européen lui-même, en juillet 2021, dans une formation où toutes les familles politiques étaient représentées, a conclu qu'on ne pouvait pas établir cela. »
- 8:53PrésentateurFait
« Il est faux de dire que je n'ai pas coopéré avec les moniteurs des droits fondamentaux. »
- 9:03PrésentateurFait
« Nous avons signé un accord en juin 2020 afin d'aider l'Agence Frontex à pouvoir s'assurer qu'il y aurait le respect d'un certain nombre de principes. »
Temps de parole
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Sonia De Villers, votre invitée ce matin, est ancien directeur de Frontex, l'agence de l'Union Européenne chargée du contrôle des frontières.
C'est la dernière recrue du Rassemblement National, la prise de guerre, ont même dit certains, énarque aux fonctionnaires depuis 33 ans, proposé par Bernard Cazeneuve en 2015 pour diriger Frontex. Le voici candidat aux élections européennes, en troisième position sur la liste de Jordan Bardella. Bonjour Fabrice Leggeri.
Bonjour, merci de m'inviter.
Alors, afficher des opinions mieux, des engagements à l'extrême droite a longtemps été un tabou parmi la haute fonction publique. Comment l'annonce de votre ralliement a-t-elle été perçue, selon vous, parmi vos anciens collègues, parmi les serviteurs de l'État ?
Mon entrée en politique sur la liste de Jordan Bardella a été plutôt bien perçue par un certain nombre de hauts fonctionnaires qui m'ont fait part, à titre personnel. D'une part, du fait qu'ils considéraient que c'était la bonne décision et le bon moment, parce qu'ils ont le sentiment que l'État est en train de s'effondrer, y compris en particulier dans ses missions régaliennes les plus importantes. Ils considèrent que le développement de l'Union européenne ne nous permet plus d'agir sur un certain nombre de leviers politiques.
Et donc, que ce soit par rapport aux problématiques migratoires de contrôle des frontières, où j'ai évidemment acquis comme directeur de Frontex une expérience de premier plan...
Vous pensez que vous allez créer des émules ?
Je crois en tout cas que ça peut attirer de nombreux hauts fonctionnaires et d'autres fonctionnaires qui se disent qu'il faut relever la France, que les Français valent bien cela, que la France le vaut bien, et que c'est le sens de leur engagement. Et d'ailleurs, le sens de mon entrée en politique, c'est simplement la continuation d'un service public et de rendre, en tout cas, service à l'intérêt général, et en l'occurrence les Français, au Parlement européen.
Vous êtes un homme de droite, Fabrice Légeri ?
Lorsque j'étais haut fonctionnaire, j'avais un devoir de neutralité. Je crois ne jamais être sorti de mon devoir de neutralité dans l'exercice de mes fonctions. Mais à titre personnel, j'avais évidemment toujours des sensibilités de droite, si, je dirais, être pour l'autorité, l'application de la loi, une certaine...
Et la droite, aujourd'hui, c'est le Rassemblement National ?
Aujourd'hui, le Rassemblement National est en France le seul parti qui a le courage de faire un diagnostic lucide sur les questions d'immigration, mais pas seulement. C'est le seul parti, le Rassemblement National, qui a la capacité de mettre en œuvre un projet pour les Français et pour la France.
Parce que vous étiez en discussion avec les Républicains. Vous avez longuement parlé avec Bruno Retailleau, vous avez parlé avec Michel Barnier, vous avez parlé avec François-Xavier Bellamy. Ils se sont sentis trahis par ce ralliement surprise.
Mon attitude, en particulier lorsque j'exerçais les fonctions de directeur de Frontex, était de parler à tous les responsables politiques français et ailleurs en Europe.
Oui, enfin là, on parlait d'une entrée en politique pour les élections européennes.
Mais mon attitude était de parler à tous les responsables politiques qui souhaitaient que je leur explique mes fonctions. Et donc des liens se sont tissés avec les uns et les autres, des discussions politiques avec les uns et les autres. Mais mon choix pour le Rassemblement National, outre le fait que c'est le seul parti en France qui aujourd'hui et demain a la capacité de gouverner la France, c'est aussi le seul parti qui, par exemple au Parlement européen, se trouve dans l'opposition à l'Europe de Mme von der Leyen, qui est l'Europe du président Macron. Parce qu'en réalité, ce que j'ai vu dans mes fonctions européennes est trop grave et m'oblige à intervenir en politique et à m'engager.
Fabrice Légeri, vous dites que, très hostile à Frontex en 2015, quand vous êtes arrivé, le RN a changé petit à petit de regard sur votre action, qu'ils ont pris acte de votre engagement volontaire à lutter contre la submersion migratoire. Alors comment expliquez-vous que le RN est voté contre toutes les augmentations de budget que vous avez demandé pour Frontex ces dernières années ? Toutes. Vous avez décuplé les effectifs, vous avez armé les agents. Le RN s'y est opposé et maintenant vous allez travailler main dans la main ?
L'agence a beaucoup changé. Parce qu'en 2015, lorsque je suis arrivé à sa tête, il y avait 300 employés. Il y en avait 2500 lorsque je suis parti en 2022. Le budget a été multiplié par 10 et surtout, comme vous l'avez souligné, il y a effectivement une force opérationnelle que j'ai mise en œuvre, que j'ai créée, avec les moyens supplémentaires de l'agence, afin de déployer sur le terrain des femmes et des hommes en uniforme, avec une arme, je dirais, pour patrouiller comme le fait une police, au service des États. Le RN a bloqué toutes vos demandes de financement ? L'identité de l'agence, lorsque je suis arrivé en 2011...
Non, non, mais je parle là. Non, non, mais je vous explique.
Je vous explique.
Ma question, c'est comment vous allez travailler ensemble, maintenant ?
Nous parvenons au diagnostic que, d'abord, moi j'ai fait la démonstration, et nous en avons beaucoup parlé avec Jordan Bardella, depuis que nous avons eu des discussions politiques vraiment suivies sur ces questions-là en particulier. Et le RN a pu mesurer, à partir de ces discussions, dans les deux dernières années, je vais dire, qu'à sa tête, lorsque j'étais directeur de Frontex, il y avait quelqu'un qui voulait vraiment prendre au mot le mandat et aider à contrôler les frontières au service des États.
Et qui en a été empêché. C'est ce que vous dites aujourd'hui, Fabrice Leggeri, qui en a été empêché. Vous dites que vous avez démissionné en avril 2022 face aux pressions pour vous empêcher d'exercer votre mission. Vous seriez donc victime d'une cabale politique ?
Je dirais qu'il y a une instrumentalisation politique d'un certain nombre d'attaques.
Lesquelles ?
Les attaques contre le fait que, si vous voulez, il y a des ONG et la Commission européenne, au moins la commissaire Johansson, chargée de ces politiques-là, mais il y a des lobbies qui essaient de nous faire croire qu'on n'a pas le droit de contrôler les frontières. C'est extrêmement grave, parce que toute cette problématique nous disant « Ah, attention, moi on me disait, mais attention, à telle portion de frontières, vous êtes en train d'aider à empêcher de rentrer les migrants illégaux.
» Mais je suis désolé, le droit Schengen, c'est du droit européen, de la frontière extérieure, dit aux frontières extérieures de l'Union européenne, les États ont l'obligation d'empêcher les franchissements illégaux. Et les personnes qui franchissent illégalement la frontière ont le devoir d'être sanctionnées. Donc ça, c'est aussi la partie du droit que l'on voulait m'empêcher d'appliquer. Et c'est précisément celle que les États, les autorités nationales, les États, voulaient faire appliquer, et c'est pour cela qu'elles voulaient le soutien.
Est-ce que les pressions dont vous parlez, Fabrice Légeri, ce n'est pas pour vous empêcher de contrôler les frontières, mais plutôt pour vous enjoindre à respecter le droit européen, et à respecter ce qu'on appelle le droit fondamental ? Au moment de votre démission, vous alliez être l'objet d'une procédure disciplinaire, suite à un rapport accablant de l'Office européen de la lutte anti-fraude, qui vous reprochait d'avoir couvert des refoulements illégaux de migrants en Grèce, et même d'en avoir cofinancé. On appelle ça des pushbacks. Le magazine allemand Der Spiegel a eu accès à l'enquête, je le cite.
Au lieu d'empêcher les pushbacks, l'ancien patron Fabrice Légeri et ses collaborateurs les ont dissimulés. Ils ont menti au Parlement européen, et ils ont masqué le fait que l'agence a soutenu certains refoulements avec l'argent du contribuable européen.
Alors moi je réponds à ça qu'il y a eu deux autres enquêtes préalables. Il y a eu d'abord une enquête du conseil d'administration de Frontex, qui en février 2021 a conclu qu'il n'y avait pas de preuves par rapport à toutes ces accusations. Et le Parlement européen lui-même, en juillet 2021, dans une formation où toutes les familles politiques étaient représentées, a conclu qu'on ne pouvait pas établir cela.
Alors, M. Légeri, ce rapport de 2021, je l'ai lu hier. Vous avez démissionné suite à la remise de ce rapport. Vous avez raison, cette instance n'a pas trouvé de preuves concluantes quant à l'exécution directe de refoulements ou d'expulsions collectives par Frontex. En revanche, le rapport est très clair. Vous avez eu des preuves chez Frontex qu'il y a des États membres de l'Union européenne qui commettent des exactions et qui vont contre les droits fondamentaux. Vous n'avez rien fait contre et même vous les avez couverts.
Le rapport est très préoccupé par le manque de coopération, je le cite, du directeur exécutif pour assurer le respect de certaines dispositions de la Convention, notamment ceux qui concernent les droits fondamentaux. Le groupe de travail regrette que son refus récurrent d'appliquer les recommandations de la Commission. C'est quand même un rapport très dur à votre rencontre.
C'est une instrumentalisation politique et je rappellerai que précisément vous accréditez l'idée qu'on ne peut pas contrôler les frontières parce que toute cette théorie sur les push-back, on ne va pas faire un cours de droit ici, mais si vous m'invitez une autre fois, on pourra vous expliquer ce que sont des interceptions maritimes. Donc ça c'est le premier point.
Le deuxième point, il est faux de dire que je n'ai pas coopéré avec les moniteurs des droits fondamentaux et pour les droits fondamentaux, j'ai même signé avec l'Agence européenne des droits fondamentaux en présence du commissaire Renders, le commissaire européen Renders chargé de la tutelle politique de l'Agence des droits fondamentaux, nous avons signé un accord en juin 2020 afin d'aider l'Agence Frontex à pouvoir s'assurer qu'il y aurait le respect d'un certain nombre de principes.
Ce qui n'était pas possible pour des raisons que je pourrais vous expliquer une autre fois, c'était de recruter aussi rapidement tous ces moniteurs des droits fondamentaux qui, encore une fois, sont des militants à l'intérieur de l'Agence. Et je crois que si vraiment l'Union européenne veut de la maturité politique et de la responsabilité politique, il faut arrêter de mettre des militants au sein des agences qui sont chargées de garder les frontières.
Merci Fabrice Légeri.
Merci beaucoup.
Fabrice Leggeri