Allocution de Jean-Luc Mélenchon - 5 mai 1789 : ouverture des États généaux
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« Il a lieu le 18 brumaire. »
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« « Périssent les colonies plutôt qu'un principe ». »
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« qui avait été aboli avec les privilèges le 4 août de l'année 1789 pendant la Grande Révolution. »
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« Eh bien, il y avait par exemple celui de la naissance de Karl Marx. »
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parce que c'est une manière, pour chacun d'entre nous, de nous approprier l'histoire de notre pays, la faire nôtre. Évidemment, c'est un œil critique que l'on porte sur ces événements du passé. C'est bien que ce soit comme ça. Au fond, l'histoire, il y en a de deux sortes. La première, c'est l'histoire scientifique. Elle, elle se préoccupe des faits, c'est le travail des historiens. Ils explorent les faits, ils analysent les contextes et ils nous permettent d'avoir une vue de plus en plus précise de ce qui s'est passé et des explications qui permettent de comprendre pourquoi ça s'est passé de telle ou telle manière. Ça, c'est l'histoire scientifique.
Elle est tout le temps en évolution, comme toutes les sciences. Le savoir est toujours provisoire, il est dépassé par des savoirs supplémentaires. Et puis, il y a l'histoire politique. L'histoire politique, eh bien, nous y entrons avec nos propres opinions, notre manière de voir la vie. Et l'histoire de France, à ce moment, nous permet de vérifier nos points de vue, nos analyses, de nous dire, ah bah oui, ça marche, ça marche pas, telle chose nous a appris, tel ou tel fait. Naturellement que le commentaire de l'histoire politique est engagé. Il ne peut pas y avoir de commentaire politique neutre, ça n'existe pas.
La neutralité, si jamais il y en a une, c'est celle des historiens qui analysent. Et parfois, ils ne sont pas d'accord entre eux sur les analyses à faire sur un sujet historique. Donc, il est normal que nous ayons un point de vue partisan. C'est une bonne chose. Chacun d'entre nous s'approprie l'histoire de France, d'après la lecture qu'il a de la France dont il rêve, de la France dont il veut, celle qu'il aime, celle qui l'aimerait connaître. Alors, à mon tour, j'entre dans cette date du 5 mai. Je pourrais faire la liste de l'épopée glorieuse de Napoléon Ier, telle qu'elle est racontée d'une manière générale. Et les Français aiment plutôt le récit des victoires.
Ce n'est pas rien que la victoire d'Austerlitz, par exemple. Alors, on se contente de ces victoires militaires, au point que souvent, elles effacent tout le reste. Et du point de vue politique, ce qui, à mon avis, a de l'importance et du sens pour la durée, c'est le reste. Car Napoléon Ier est d'abord devenu le premier consul, à la suite d'un putsch. Alors, le putsch lui-même est intéressant. Il a lieu le 18 brumaire. Et ce qui est intéressant, c'est de le voir arriver avec des hommes armés dans une assemblée pour la disperser. Mais il n'était pas si vaillant parce qu'il s'est évanoui en cours de route.
Et n'était son frère qui présidait la séance, Lucien Bonaparte, eh bien, le putsch aurait échoué parce que le grand général s'était évanoui. Mais le fait saillant, ce n'est pas tant le général qui s'évanouit, ni son frère qui préside et qui est complice. C'est tous les autres, ceux qui sont élus. Et qui, au lieu de se défendre, au lieu de défendre ceux qu'ils représentent, se sauvent de tous les côtés. Si bien que c'est une leçon pour les événements auxquels nous participons, la force des uns est souvent très largement faite de la faiblesse des autres. Et c'est une leçon qu'il ne faut pas oublier en matière de putsch.
Si vous laissez des militaires appelés à faire des putsch et que vous n'avez rien à dire sur le sujet, il ne faut pas vous étonner lorsque des événements de cette nature se produisent, qu'ils aillent à leur terme. Vous voyez, on peut toujours tirer de chaque circonstance historique des leçons et c'est profitable. Mais, après le putsch, Napoléon est celui qui a rétabli l'esclavage. Ce n'est pas rien qu'une telle décision. Ce n'est pas juste une cuillère de goudron qui gâche le baril de miel. C'est quelque chose qui indique quelle était sa vision des rapports humains.
Je rappelle que quand l'esclavage a été aboli, en 1794, il y a eu une discussion terrible pour savoir si, oui ou non, on prendrait cette décision. Et les partisans de l'abolition avaient été d'une fermeté totale. On leur disait, mais économiquement, jamais la France ne pourra supporter une décision pareille. il y a la compétition sur le sucre des Anglais, etc., etc. Et tout est résumé par une phrase de Maximilien Robespierre, « Périssent les colonies plutôt qu'un principe ». C'est-à-dire que lui-même expliquait que si on reconnaissait qu'il y a quelque part des esclaves en France, alors tout le reste et la déclaration des droits de l'homme n'a aucun sens.
Le rétablissement de l'esclavage, le code civil dans lequel la femme, les femmes, la femme en tant que genre est définitivement déclarée subalterne par rapport à l'homme, qui en est en quelque sorte le propriétaire et la conscience et l'acteur qui seul a autorité pour prendre des décisions. Ça non plus, ce n'est pas rien par rapport à la période de la Révolution qui avait précédé et où avec l'innovation qu'a été le mariage civil, l'état civil non-religieux quand on déclarait les naissances, le droit au divorce pour la première fois, imaginez tout ça et d'abord une énorme régression.
Et puis comment oublier aussi que c'est lui qui rétablit la noblesse, qui avait été aboli avec les privilèges le 4 août de l'année 1789 pendant la Grande Révolution. Et puis enfin, il y a les guerres, alors toutes ne sont pas de même nature. D'abord, il y a les guerres qu'il a menées qui sont des guerres en quelque sorte défensives, car ce sont les Anglais qui organisaient d'une manière régulière et permanente des coalitions pour humilier les Français et faire en sorte que l'acquis de la Grande Révolution soit définitivement rayé de la carte. Mais dans ces guerres, il n'y a pas que des guerres défensives.
La guerre de Russie, qui est une leçon aussi pour nous, la guerre de Russie a été déclenchée par l'empereur Napoléon Ier, ainsi que l'invasion de ce pays, et il s'en est fallu de peu que cela ne tourne à une déroute totale sur ce front. De la même manière, l'invasion de l'Espagne n'a été provoquée par rien d'autre que la volonté de l'empereur d'y entrer et d'y installer son frère, Joseph Bonaparte, sur le trône d'Espagne, que les Espagnols appellent Pepe Bottega, parce qu'il avait une très vive inclination à boire. Mais tous ces événements, vous en ferez la part des choses.
Pour ma part, j'ai choisi, bien sûr, je suis sensible à ce qui brille dans notre histoire, mais je ne peux pas oublier à quel prix cela s'est fait. Et je vois qu'il y a quelque chose d'assez suspect à célébrer des gens qui font des coups d'État et organisent des régressions sociales et politiques comme celle-là. Bien sûr, de manière très contemporaine, je ne peux pas oublier qu'il a aussi inventé le concordat, c'est-à-dire l'accord avec l'Église catholique, puis ensuite l'organisation de force de la communauté juive de France, avec des mots extrêmement antisémites à l'époque, des méthodes extrêmement brutales, et que de ce concordat encore aujourd'hui, nous ne voulons pas.
En tout cas, les gens qui appartiennent à la famille laïque, pas ceux qui font semblant d'y être, mais ceux qui sont des partisans de la laïcité. Et comment oublier que quand ils décident du concordat, ils abrogent les lois qui, pour la première fois dans l'histoire de France, séparaient les Églises de l'État qui avait été adoptée l'année 1794. Par conséquent, le bilan politique, le bilan humain, le bilan social de Napoléon Ier, c'est moins à toutes les lignes. Mais c'est l'histoire de France. Nous la prenons comme elle est, nous l'interprétons, nous la disputons, nous la commentons.
Si bien qu'aujourd'hui, je me suis dit, je ne vais pas laisser passer une aussi belle occasion de donner un avis sur l'histoire de France, puisque je suis candidat à l'élection présidentielle et en quelque sorte, quand on devient le président de la République française, eh bien, on devient l'héritier de toute son histoire. Et il faut l'assumer dans ces pages glorieuses et dans ces pages un peu plus sombres. Je propose un point de vue, comme vous le voyez, plus détendu et qui accepte que l'on se passionne pour l'histoire. Je n'en propose donc pas la version définitive. Je pense qu'il en existe, en toutes circonstances, plusieurs.
Et je me suis dit, comment vais-je pouvoir me moquer, avec le sourire, du discours que va faire tout à l'heure M. Macron, qui, paraît-il, va nous faire un discours équilibré ? Mais ça n'a pas de sens, encore une fois. Par rapport à un événement historique, on prend position. Le discours équilibré, c'est celui des scientifiques. M. Macron est déjà le premier virologue de France et maintenant, voici qu'il veut être aussi le premier historien. Ça me semble tout à fait excessif. Alors, comment faire ? J'ai regardé la date du 5 mai et je me suis dit, quel autre anniversaire pourrais-je célébrer qui soit le pendant de cette commémoration qui ressemble quand même à une pantalonnade.
Je me suis dit, peut-être pourrais-je prendre un exemple féminin. J'ai regardé les dates de naissance et de mort de Christine de Pizan, qui est la première femme qui écrit un texte sur l'égalité homme-femme. Ben non, ça ne tombe pas. J'aurais pu prendre un événement de sa vie ou j'aurais même pu l'inventer, puisqu'après tout, c'est tellement loin. Et puis, j'ai regardé Louise Michel. Ce n'était pas mieux. Il n'y a pas de date qui corresponde. Et je me suis dit, qu'est-ce qu'il y a de plus symbolique, de plus parlant que cet anniversaire bizarroïde ? Eh bien, il y avait par exemple celui de la naissance de Karl Marx.
J'avoue que c'eût été une plaisanterie, bon, assez, pour moi, qui me convenait bien, parce que Karl Marx a aidé des milliards d'êtres humains à penser le monde, à le faire avec une méthode matérialiste qui est assez au point. Et puis, des milliards d'êtres humains se sont réclamés de lui, de ses idées, pour en mettre en œuvre des applications qui, il faut bien le dire, n'ont pas été souvent très réussies. Mais il n'est pas responsable des applications. Il n'est responsable que de la pensée. Alors, non. Et finalement, évidemment, la vraie date que nous pouvons opposer à une commémoration béate de Napoléon Ier, empereur poutchiste, sexiste et bigot, c'est évidemment la date du 5 mai 1789.
Parce que là, c'est le peuple français. Il est convoqué pour les États généraux. Le roi Capet, Louis XVI, ne sait comment se sortir d'une situation qui, bien sûr, n'a rien à voir avec aujourd'hui. Il est le monarque et il a une dette énorme dont il ne sait comment se débarrasser. Il y arrive d'autant moins à s'en débarrasser que les privilégiés, les puissants, ne veulent pas payer d'impôts, en tout cas, ne veulent pas en payer en toute hypothèse à hauteur de leur fortune. Vous voyez, tout ça n'a rien à voir avec la situation d'aujourd'hui. Et le Capet, qui ne sait que faire, convoque les États généraux et on élit, un peu partout, dans tout le pays, des représentants.
Et ils sont élus par ordre. C'est-à-dire que les nobles élisent des nobles, le clergé élit des hommes du clergé, et il y a le tiers État, c'est-à-dire, le plus souvent, bien sûr, les bourgeois ou les intellectuels un peu aisés de tout le reste du pays. C'est le tiers État. Et cette réunion se tient pour la première fois le 5 mai 1789, à Versailles. À Versailles, parce que c'est le château du roi dans toute sa splendeur. Et cette confrontation qui va commencer à ce moment entre les représentants du peuple français, le monarque dans son palais, elle va en quelque sorte devenir ensuite une sorte de fil conducteur de notre histoire.
Je ne suis pas surpris que Mme Le Pen ait parlé de Napoléon comme de l'homme qui aurait mis fin à la déchirure terrible de la Révolution française. La Révolution française n'est une déchirure qu'avec l'Ancien Régime. Elle a un cours tumultueux, cela est certain. Mais enfin, mettre un terme à 1200 ou 1300 ans d'histoire et de tradition coutumières, ce n'est pas un geste simple. La plupart des gens qui sont là ce jour-là aux États généraux n'ont pas d'opinion politique particulière. Je parle du tiers-État. D'ailleurs, le tiers-État, on lui a tout de suite fait sentir qu'il était le tiers.
Alors, on le met au fond de la salle et puis, comme tout le monde a une tenue pour cette journée-là, eux, ils ont une tenue, ils sont habillés en noir avec un chapeau noir. Et quand tout le monde se rassemble, eh bien, tout le monde enlève son chapeau, sauf le roi qui les regarde et s'adresse à eux dans toute la splendeur de la monarchie. Cette scène est tellement symbolique que lorsque les Allemands nous ont envahis en 1870 et qu'ils ont vaincu l'empereur Napoléon III, ils ont voulu aller proclamer le Reich allemand là-bas, à Versailles. Eh bien, je ne suis pas surpris que cette même tradition continue. Pourquoi l'ont-ils fait à Versailles, les Allemands ?
Parce qu'ils voulaient, Bismarck l'avait dit, montrer que c'était le terme des événements qui avaient commencé dans cette salle avec la réunion des États généraux, c'est-à-dire le peuple souverain, la séparation des Églises et de l'État, mais surtout le peuple souverain et l'abolition de la monarchie. Si bien que c'est un fil conducteur de notre histoire que sans cesse, les uns essaient de rendre le pouvoir et la souveraineté au peuple et les autres essaient de rendre le pouvoir au monarque. C'est au point que Macron lui-même avait dit que les Français, il leur manquait la personne du roi qu'ils ont guillotinée il y a de cela quelques générations.
Naturellement, ni vous ni moi, n'avons jamais guillotiné personne et à l'époque, c'était un traitement qui paraissait presque civilisé par rapport à la manière de mettre à mort sous l'Ancien Régime. Mais enfin, cette question ne se pose plus autrement que par l'absence d'un roi. Nous sommes une république et le peuple est censé y être souverain. Alors là, à une fois qu'on a mis le peuple dans cette salle, les affaires ont commencé à très mal tourner pour le monarque, qui est tout puissant dans cette première image que vous voyez derrière moi, qui est tout puissant à cet instant, en quelques semaines, du fait de la détermination des élus du tiers-état, finit par être renversé.
Alors là, vous voyez, ce n'est pas la scène du coup d'état où les députés se sauvent en courant, ils ne font rien. Là, c'est le contraire. Ils se réunissent et ils décident qu'il n'y ait pas question que le peuple français soit partagé en trois ordres. Les nobles, le clergé et le tiers-état. Ils décident qu'il n'y a qu'une seule représentation du peuple français qui est possible. C'est-à-dire qu'on vote par tête et pas par ordre. Une personne, une voix. C'était déjà bien généreux de leur part d'accepter que le clergé et les nobles puissent voter alors qu'ils sont élus dans des conditions tout à fait différentes de celles du tiers-état.
Mais c'était une grande intelligence de leur part parce qu'ils faisaient prévaloir en principe La représentation du peuple est en tout. Elle ne se découpe pas en petits morceaux. Le peuple est un et indivisible comme la loi qu'il promulgue s'applique à tous puisqu'elle est décidée par tous et sur tout le territoire qui dès lors devient la communauté nationale parce que c'est la communauté légale et que sa source est dans la souveraineté du peuple et dans ses décisions. À ce moment-là, ils font donc vivre un principe. Ça peut paraître très abstrait. On peut dire, on fait bien des histoires après tout puisqu'ils sont là.
Non, ils font prévaloir ce principe et ils tiennent bon contre le roi qui bien sûr ne veut pas en entendre parler et une bonne partie de la noblesse. Pourquoi ? Et du clergé bien sûr. Pourquoi font-ils ça ? Parce qu'ils font un pari sur la suite. Ils se disent, une fois qu'on va être réunis tous ensemble pour délibérer du bien commun, et bien on verra que ce qui va nous séparer, nous différencier les uns des autres, ce ne sera pas l'ordre dont nous venons, le clergé, la noblesse ou le tiers état, mais les idées qu'il faudra mettre en oeuvre. Autrement dit, ce qui va fédérer une majorité, ce qui va représenter l'intérêt du peuple français, et bien c'est le programme qui va être mis en oeuvre.
Je crois que c'est une leçon qui vaut pour la durée des siècles et encore pour la période dans laquelle nous sommes en train de vivre. Évidemment, quand le roi entend parler de ça, pas question pour lui. Mais ce qui se produit aussitôt est intéressant, parce que la division arrive chez les nobles. Certains disent, mais c'est vrai, on n'a qu'à se réunir tous ensemble. Dans le clergé, ce qu'on appelle le bas-clergé, c'est-à-dire les curés des petites paroisses qui sont avec le peuple, une partie d'entre eux, évidemment, dans cette assemblée, ils disent, ah ben nous allons nous réunir avec les autres. Pas de problème, c'est mieux comme ça.
D'ailleurs, nous vivons dans le peuple, nous sommes une composante du peuple français. Et c'est évidemment cette dynamique-là qui va l'emporter. Alors le roi ne sait plus quoi faire et il commence par dire, ah ben il faut qu'on répare la salle, donc il faut que vous partiez de là. Et puis quand même, comme c'est un peu gros, il finit par leur envoyer son représentant et ça donne lieu à ce moment que vous connaissez tous, qui est ce qu'on a appelé le serment du jeu de paume. Ça se passe dans la salle du jeu de paume, qui existe toujours, et l'homme qui l'envoie, c'est le marquis de Drebresé.
D'abord le roi dit, bon maintenant ça suffit, je vous ordonne, dit-il, d'aller chacun dans votre salle et de partir d'ici. Et bon, le roi s'est exprimé, et bon, personne ne bouge. Alors le marquis de Drebresé, bien, il dit, mais vous avez entendu ce qu'a dit le roi. Et c'est Mirabeau qui lui répond, et qui lui dit, oui, on a très bien entendu ce que vous avez fait dire au roi. Mirabeau est un malin, il ne veut pas trop faire frontal contre le roi. Alors il dit, ce que vous avez fait dire au roi. Mais qui, dit-il en s'adressant à ses collègues députés, mais qui vient vous dire ce que vous devez faire ? Celui qui est votre mandataire.
Et c'est évidemment la première fois qu'on entendra une chose pareille. Le roi considéré comme mandataire du peuple, et non pas comme le roi de droit divin, qui est là par la grâce de Dieu, mais qui est là par la volonté du peuple. C'est ce qui est sous-entendu dans la phrase de Mirabeau. Mais ça renverse complètement l'ordre politique de l'époque. Et il dit au marquis de Drebresé, il lui dit, écoutez, je résume, il lui dit, écoutez-vous, vous n'avez rien à faire ici, ce n'est pas vous qui venez nous donner des ordres, vous n'avez pas à parler, vous n'êtes mandaté par personne.
Et c'est là qu'il dit, de toute façon, nous sommes ici par la volonté du peuple, et nous ne m'en sortirons que par la force des baïonnettes. Et c'est évidemment toute la salle qui crie son enthousiasme et son adhésion à cette formule. Le même jour, ces états généraux, qui se sont transformés en assemblée nationale, ils se sont déclarés assemblée nationale, eh bien, ce jour-là, ils déclarent l'inviolabilité des députés. Et Mirabeau leur rappelle que leur condition de député est comme un sacerdoce, c'est-à-dire que leur personne est sacrée.
Et depuis le premier jour de la première assemblée de notre patrie, les députés sont réputés inviolables et leur personne est sacrée, comme elle l'était dans la Rome antique et profonde, où le fait d'attenter à la liberté et naturellement à la vie d'un député était considéré comme un sacrilège que les dieux punissaient de mort. Eh bien, voilà à quel moment remonte dans notre histoire cette affaire. Et l'inviolabilité des députés, pourquoi ? Parce que tout le monde se disait, si nous ne le décidons pas, à la sortie, il pourrait être légitime de nous en bastiller. C'est en ce tenant. L'histoire, à partir de là, comme vous le savez, va s'emballer.
Mais vous connaissez la scène et le tableau, il est là derrière moi. Vous voyez les députés qui lèvent le bras, c'est le serment. Et puis, au premier rang ici, vous voyez, il y a trois personnages. Eh bien, l'un est un prêtre catholique, l'autre est un pasteur protestant, et le troisième s'appelle Rabot Saint-Étienne. C'est le fils d'un avocat célèbre qui avait obtenu la libération des femmes camisardes, c'est-à-dire protestantes, qui avaient été embastillées, pour certaines d'entre elles, on disait, emmurées dans une tour où il n'y avait pas d'escalier pour arriver à leur étage, mais un trou de lumière par lequel on passait par une échelle. Et ces femmes sont restées là pendant 40 ans.
Et c'est Rabot Saint-Étienne le Père qui avait obtenu du roi Louis XV qu'enfin, on relâche ces pauvres femmes. Et le fait que dans le tableau, on le mette au premier plan, c'est une manière de rappeler que la première des résultats, des acquis, des bénéfices, des fruits de la grande révolution de 1789, c'est la paix civile. C'est-à-dire que la religion cesse d'être un motif d'arrestation, de torture, d'emprisonnement et de guerre civile.
La tolérance s'impose et elle va culminer avec la séparation des Églises et de l'État qui est un au-delà de la tolérance qui est enfin l'instauration d'une société purement civile soumise aux lois humaines, c'est-à-dire aux lois qui, en définitive, peuvent être continuellement changées par d'autres délibérations. Alors tout ça, ça se termine le 27 juin. Le roi finit par céder parce que le moyen de faire autrement. Il ne peut quand même pas envoyer la troupe tirer sur ses députés. Et puis, vous savez, quelque part dans l'histoire profonde, chemine des messages qui parfois courent d'une génération à l'autre.
Il se trouve qu'à la sortie d'une de ces réunions, le roi avait interpellé quelqu'un qui en sortait et qui lui avait dit « Mon bonhomme ». Le bonhomme était du tiers État. Jacques Bonhomme, c'est le personnage emblématique des grandes émeutes populaires qui avaient eu lieu dans le Moyen-Âge et notamment sous la période d'Étienne Marcel où il y avait eu une insurrection des bourgeois, des villes, des ouvriers, il y en avait, des villes, et en particulier à Paris, des abattoirs, notamment, des corporations. Et puis, à la fin, il y avait eu une immense émeute paysanne qui a formal terminé par une répression générale.
Et quelque part, on retrouve, dans le fil de la Révolution, ce Jacques Bonhomme. Il est curieux que le roi ait pensé à ce nom-là pour appeler quelqu'un qu'il ne connaissait pas. De la même manière, je vous dirais volontiers que les premiers États généraux qui ont été convoqués en France l'ont été par le roi Philippe le Bel, qui voulait donner une décision avec des grosses guillemets « communes », « démocratiques », ça ne se disait pas comme ça à l'époque, mais du peuple pour résister au pape qui prétendait commander en France puisqu'il commandait au spirituel.
Et donc, quand je vous montre cette scène de réconciliation qui a lieu là, qui est en fait une scène d'unité nationale, il faut se rappeler que l'unité nationale, l'unité du peuple, s'est toujours constituée par la séparation stricte de la religion et de l'État. La religion chez elle, l'État chez lui. Pas de religion en politique, pas de politique en religion. Chaque homme, chaque femme, décide par lui-même d'après les principes qui moralement lui paraissent les plus utiles quand il est confronté au devoir de prendre une décision concrète.
Et il le fait au nom de ce que sa conscience lui dit comme étant ce qui est bien, non pas pour lui, non pas pour ceux qui pensent comme lui, mais pour tous.
Les règles fondamentales de l'idéal républicain tel qu'il est né dans la révolution et tel qu'il n'a pu survivre que par la révolution, je veux dire par là qu'on ne comprend pas le cycle de l'histoire de France à partir de cet événement immense si on ne le met pas ensuite en rapport avec le putsch de Napoléon Ier, le rétablissement des rois derrière, puis deux révolutions, celle de 1830, celle de 1848 et évidemment la commune de Paris dont on célèbre aussi cette année l'anniversaire mais sur lequel le chef de l'État ne s'est pas exprimé et en effet il n'y aurait pas eu sa place parce qu'il représente ceux qui ont signé la capitulation.
Il n'est pas dans l'esprit de résistance qui nécessite l'unité sociale que la commune a fait apparaître. Vous voyez qu'une chose peut en entraîner une autre et que le discours sur l'histoire nous permet de réfléchir à ce que nous vivons. J'imagine que d'autres tireraient des leçons exactement inverses aux miennes à cet instant. Mais ce que je vous propose c'est le discours au fond qui a organisé la pensée de la famille politique, philosophique, culturelle à laquelle j'appartiens et pour laquelle j'ai l'honneur aujourd'hui de marcher en première ligne en portant son discours. Je le porte en face de M.
Macron, je le porte en face de Mme Le Pen et le souverain c'est vous qui tranchez et qui dites qui dans cette histoire a raison et de qui vous vous sentez le plus proche pour lire l'histoire de votre patrie. qu'il me suffise de vous dire qu'après que le roi ait cédé ne sachant que faire et parce qu'on lui avait tenu tête et parce qu'on avait résisté jusqu'au bout et bien l'Assemblée qui est là décide qu'elle devient constituante. c'est-à-dire qu'elle va elle représentante du peuple fonder les nouvelles institutions qui vont créer l'État qui va devenir ensuite l'État républicain après que le roi ait trahi la patrie et essayé de fuir et appelé l'ennemi étranger à envahir la France.
Et c'est à ce moment-là bien sûr qu'elle va devenir la République en 1792 après la victoire populaire à Valmy contre les armées prussiennes déjà. C'est vous dire que tout dans ces quelques semaines c'est-à-dire celle qui commence le 5 mai et qui s'achève le 27 juin est un concentré politique des aspirations dont nous continuons ou pour ma part je continue à être le porteur.
Évidemment peu après vous aurez la prise de la Bastille qui est l'acte qui effondre le système autoritaire du roi qui montre que c'est fini ces façons de faire qui est mené par les ouvriers du quartier Saint-Antoine pour l'essentiel qui vont prendre d'assaut la Bastille avec les femmes et les hommes du quartier il est assez lamentable que dans la liste à la fin on ne retienne qu'une femme mais il faut dire que c'était un sacré caractère parce que c'était elle qui animait les vagues d'assaut qu'il y a pu y avoir ce jour-là.
Il y a la prise de la Bastille et il se trouve que c'est le moment où l'assemblée des représentants du peuple français parce qu'ils ont décidé de s'appeler comme ça eux-mêmes c'est le jour où elles décident qu'il sera annexé à la Constitution une déclaration des droits de l'homme et du citoyen si bien que la révolution française prend alors toute sa signification unique au monde celle qui va éclairer l'histoire Goethe dira après la bataille de Valmy de ce jour date l'ère moderne et bien elle est dans la déclaration des droits de l'homme c'est la première fois qu'un peuple fait une révolution au nom de principes qui ne sont pas destinés qu'à lui-même qui ne sont pas des principes pour les français mais qui sont des principes pour tout être humain et c'est pourquoi il y a une corrélation si forte entre l'idée de la révolution de 1789 l'idée républicaine et l'abolition de l'esclavage ce n'est plus le même régime que celui où il y a des esclaves c'est pourquoi l'esclavage restera la tâche fondamentale qui touche l'Empire et Napoléon Ier parce que en aucun cas à partir de là ce qui s'est fait ne peut être confondu avec l'oeuvre de la révolution c'est autre chose mais ça ne peut pas être confondu on nous dit ah ben les autres en faisaient autant tu parles d'une raison bien sûr si on part de cette raison il fallait et c'est ce qu'a fait à sa manière Napoléon rétablir la noblesse et rétablir la monarchie il l'a fait au compte d'un empire le sien qui n'aura duré que le temps de sa propre vie voilà ce qui me paraît être nécessaire de mettre sur le devant de la scène c'est le 5 mai anniversaire de la mort dramatique de Napoléon 1er à Saint-Hélène exilé par l'ennemi retenu prisonnier maltraité vraisemblablement empoisonné et toute cette histoire bien sûr éclaire notre mémoire historique individuelle mais elle ne nous fait pas perdre de vue l'essentiel l'essentiel ce sont les droits que le peuple français s'est acquis et qu'il doit refuser d'aliéner à quelque commémoration que ce soit de quelque personnage que ce soit si vous voulez vous distraire historiquement pour terminer la journée si vous ne la consacrez pas à la mémoire de Karl Marx et que vous décidez de la consacrer à cet épisode et bien lisez le discours de Lamartine lorsqu'il a été décidé lorsqu'il a été décidé que les cendres de l'empereur Napoléon 1er seraient établies dans un lieu de culte particulier que vous connaissez qui est à l'arrière des Invalides sous un magnifique dôme et Lamartine lui dit ben moi je prends le risque de discuter votre enthousiasme à tous il dit bien sûr je suis sensible à la légende du grand homme bien sûr je suis sensible à ce sentiment un peu bizarre qu'on a du mal à interpréter qui est la fierté des victoires militaires parce que du point de vue de la science militaire en effet Napoléon 1er est un génie mais on ne saurait résumer l'idéal de la patrie républicaine à son art militaire bien sûr vous le devinez mais Lamartine dit je n'aimerais pas qu'on confonde le souvenir de la gloire je résume d'un homme avec la commémoration du régime qu'il a imposé et bien nous en sommes au même point j'espère que le 5 mai dorénavant quand vous y penserez vous aurez une pensée émue pour les 570 ou je ne sais combien députés du tiers état qui étaient sans doute les représentants de vos parents grands-parents arrière-grands-parents arrière-arrière-arrière bien sûr mais qui vous représentez et qui est là dans cette salle pour la première fois de leur vie à Versailles le chapeau à la main la tenue noire qu'on leur avait dit de mettre pour être humble à côté des nobles qui étaient là et des grands du clergé et qui en entrant dans la salle alors que tout est fait pour les impressionner se sentent dans l'intérieur fort d'une chose ils sont les représentants du peuple français et il n'y a pas de plus grande force il n'y a pas de plus grand honneur il n'y a pas de plus grande joie intérieure personnelle que celle d'être les représentants du peuple français d'en être les personnes sacrées d'en être ceux qui incarnent leur communauté voilà pourquoi aujourd'hui je ne pense pas à Napoléon Ier je pense à eux et je m'identifie à eux je me vois si j'avais été là ce jour-là comme d'autres comme Robespierre comme quelques autres un peu hésitant un peu impressionné et cherchant à ramasser en moi-même la force de la certitude d'être le peuple français merci de m'avoir écouté j'espère que ça vous aura intéressé et peut-être que du coup les plus jeunes parmi nous vont y trouver des raisons supplémentaires de s'intéresser et d'aimer l'histoire de France merci de m'avoir regardé
Jean-Luc Mélenchon