Marine Le Pen inéligible…2027 c’est fini ? - C dans l’air - 31.03.2025
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Questions et réponses
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- 0:15OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui est reproché à M.Le Pen et que risque-t-elle en attendant la peine?
- 2:05OuverteRéponse directe
Pourquoi l'exécution provisoire était-elle indispensable au regard du droit?
- 4:00FerméeRéponse directe
Elle n'est plus disqualifiée pour 2027?
- 6:00OuverteRéponse partielle
Quelle est la stratégie du RN face à cette décision?
- 8:00OuverteRéponse directe
Que peuvent penser les Français de cette décision de justice?
- 10:00RelanceRéponse directe
Sous-entendu, c'est l'affaire du Parlement européen...
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:30D.RousseauFait
« Le point de départ, c'est le fait d'avoir utilisé de l'argent public pour payer des assistants parlementaires à Bruxelles pour faire autre chose que le travail parlementaire à Bruxelles. »
- 2:30D.RousseauFait
« La justice étant lente, on veut éviter que la décision de justice ne soit pas exécutée tant que l'appel n'a pas eu lieu. »
- 4:30D.RousseauFait
« C'est exécution immédiate, donc inéligibilité et exécution immédiate. »
- 7:00J.FourquetChiffre
« 25 % des Français considèrent que les hommes politiques sont honnêtes, contre 74 % qui pensent qu'ils sont corrompus. »
- 11:00C.BarbierFait
« Ce sont donc nos fonds publics qui se sont retrouvés mal utilisés par le RN. »
- 13:30D.RousseauFait
« Ce qui n'est pas sain, c'est de permettre l'élection de candidats qui ne sont pas intègres. »
- 15:30C.BarbierFait
« On voit la France aller vers cette contestation, qui n'est pas propre au RN. »
- 17:30P.-S.FortFait
« Le 25 mars, une association anticorruption, Ad lib, présidée par une députée écologiste, a déposé plainte auprès du procureur de Paris pour détournement de fonds publics contre J.Bardella. »
- 19:30C.BarbierChiffre
« Des amendes et des dédommagements qui pourraient dépasser les 5 millions d'euros, à exécution provisoire aussi. »
- 21:30C.BarbierFait
« La justice ne veut pas le déchoir de son mandat de maire. M.Le Pen, elle, perd son mandat de conseillère départementale. »
- 23:30C.BarbierFait
« Quand un syndicat de la magistrature procède ainsi, où il s'affiche dans des réunions politiques... »
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... ... - C.Roux: Bonsoir.
Bienvenue dans "C dans l'air". C'est un coup de tonnerre. Les juges ont tranché.
M.Le Pen est condamnée à 4 ans de prison, dont 2 ferme, 100 000 euros d'amende et 5 ans d'inéligibilité avec exécution provisoire dans le cadre du procès des assistants parlementaires européens du RN. Elle est rendue coupable.
La justice met en avant le rôle central de l'ex-patron du RN dans le système mis en place. M.Le Pen a fait appel de cette décision.
Depuis ce matin, son parti est en réunion pour caler la riposte. Les premiers mots de soutien sont venus de Moscou. Le Kremlin dénonce une "violation des normes démocratiques".
Le débat s'enflamme en France autour du rôle des juges, de leur pouvoir de disqualifier une candidate en tête dans les sondages. "La France est-elle encore une démocratie", se demande même E.Ciotti.
Qu'est-ce qui est reproché à M.Le Pen? Quelle sera sa contre-attaque?
Est-elle totalement empêchée de concourir pour 2027? Va-t-elle devoir passer le relais à J.Bardella plus tôt que prévu?
Avec nous pour en parler, C.Barbier, éditorialiste politique et conseiller de la rédaction de "Franc-Tireur". C.Cornudet, vous êtes éditorialiste politique aux "Echos".
Avec nous ce soir, D.Rousseau, professeur de droit constitutionnel à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Enfin, J.Fourquet est avec nous, directeur du département opinion de l'Ifop.
Bonjour à tous les 4. Merci de participer à ce "C dans l'air" en direct. Pour commencer, les images assez incroyables de M.Le Pen qui quitte le tribunal sans un mot pour la presse avant le prononcé du jugement.
Un commentaire sur cette image? Elle sait ce qui l'attend? - C.Barbier: Quand elle a entendu la présidente du tribunal dire qu'il y aurait une exécution provisoire, c'était fini.
Il n'y avait plus de suspense, si ce n'est la durée de l'inéligibilité. Elle a compris à ce moment que la présidente du tribunal allait la mettre hors-jeu pour un temps indéterminé. C'est pour ça qu'elle est partie.
La présidente n'a pas trop compris. Elle a demandé à son avocat si on devait l'attendre pour annoncer le jugement de la peine, alors qu'elle était partie pour des raisons politiques. - C.Roux: Elle parle de mise en scène. - C.Barbier: Il s'agit d'organiser au plus vite la riposte sur les réseaux sociaux, dans les médias et la riposte politique et juridique. - C.Roux: On va commenter le jugement prononcé.
On entend l'expression "exécution provisoire", "peine de prison avec 2 ans sous bracelet électronique". On entend qu'elle a fait appel. Qu'est-ce qui est reproché à M.Le Pen et que risque-t-elle en attendant la peine? - D.Rousseau: On va remettre les choses en ordre.
Le point de départ, c'est le fait d'avoir utilisé de l'argent public pour payer des assistants parlementaires à Bruxelles pour faire autre chose que le travail parlementaire à Bruxelles. - C.Roux: Pour faire tourner le parti à Paris. - D.Rousseau: Et pas 200 000, 300 000 euros, mais plusieurs millions.
Tout le monde parle d'inéligibilité. Mais remettons les choses en ordre. Il y a cette infraction lourde qui a été commise. 2e point: remettons les choses dans l'ordre, les juges ont fait appliquer la loi.
Avant la loi Sapin II, le prononcé de la peine d'inéligibilité et d'exécution provisoire était facultatif. C'est parce que les juges ne prononçaient pas cette peine que les élus ont voulu renforcer la sanction en disant que ce n'était pas facultatif mais obligatoire. Obligatoire ne veut pas dire automatique.
Ca veut dire que c'est dans la logique de prononcer cette peine complémentaire, mais principe de l'individualisation des peines, si le juge considère que la partialité ou les circonstances le nécessitent, on peut ne pas décider cette peine. Ce sont les élus qui ont renforcé... - C.Roux: S'il n'y a pas de traitement exceptionnel à l'endroit de la personnalité de la future candidate à la présidentielle M.Le Pen.
C'est ce que vous voulez dire avec ce préambule. - D.Rousseau: Exactement.
Les juges n'ont fait qu'appliquer la loi que les élus ont voulue. - C.Roux: C'est dit.
Sur l'exécution provisoire, la justice dit: "Vous êtes condamnée à 5 ans d'inéligibilité. Ca commence maintenant." C'est ça? - D.Rousseau: Oui.
C'est une exécution immédiate. - C.Roux: Pourquoi c'était indispensable au regard du droit? - D.Rousseau: La justice étant lente, on veut éviter que la décision de justice ne soit pas exécutée tant que l'appel n'a pas eu lieu.
C'est pour rendre effective la justice qu'on décide l'application immédiate. Elle va faire appel de cette décision. - C.Roux: Qu'est-ce que ça change?
Elle n'est plus disqualifiée pour 2027? - D.Rousseau: Non.
C'est exécution immédiate, donc inéligibilité et exécution immédiate. Elle fait appel. Tout va dépendre de 2 choses.
Premièrement, l'audiencement, c'est-à-dire à quelle date on va juger en appel. Est-ce que ce sera en octobre 2025, avec jugement rendu en 2026? A condition que la cour d'appel supprime ou réduise la peine d'inéligibilité? 2e possibilité, où les juristes ne sont pas tout à fait d'accord: il y a la possibilité pour la personne de demander au premier président de la cour d'appel de surseoir à l'exécution immédiate.
Ca existe en matière civile. La peine d'inéligibilité n'est pas une sanction pénale, mais une sanction complémentaire. Est-ce qu'on peut utiliser cette possibilité-là pour l'inéligibilité?
Il y a discussion. - C.Roux: Je résume...
J'essaie de comprendre. En droit, elle peut se donner encore du temps avant que, collectivement, les observateurs disent "c'en est fini pour M.Le Pen en 2027", ce qu'on a parfois entendu depuis ce matin. - D.Rousseau: On ne peut pas dire que c'en est fini.
Tout va dépendre de la date, de la décision... - C.Roux: Mais ce n'est pas elle qui décide. - D.Rousseau: C'est le procureur. - C.Roux: Vous avez été surpris par l'appel?
Il y avait un doute sur la stratégie qu'elle choisirait? - C.Cornudet: Sur le fait qu'elle soit combattante, non, surtout s'il y a un mince espoir qu'elle puisse se présenter en 2027.
Toute sa stratégie, ça va être de montrer qu'elle est combattante, de viser cette faible probabilité. Je rappelle que F.Bayrou a eu son appel pour la même histoire il y a plus d'un an.
On a toujours pas l'appel. Penser que l'appel pourrait intervenir en octobre ou même au début de 2026, ce n'est pas évident. - C.Roux: Ca veut dire qu'elle s'en remet au calendrier de la justice. - C.Cornudet: Ca pose un problème de stratégie.
Est-ce qu'elle met toutes ses forces en première ligne avec l'idée qu'elle peut encore être candidate ou est-ce qu'elle met tout de suite en place le plan B Bardella ou quelqu'un d'autre? Ca peut se télescoper. Elle va devoir batailler très fort pour essayer d'avoir cette chance d'appel qui se traduise.
En même temps, elle va devoir préparer une relève au cas où, pour ne pas se retrouver complètement démunie, pour que le RN ait un bon candidat. - C.Roux: On va en parler et évoquer sa stratégie, sa combativité.
Selon les premières informations, il y a une volonté... - C.Cornudet: Elle a fait une visio avec les députés quand elle est rentrée.
Elle a dit: "J'y crois. Il faut y aller." Elle était combattante. - C.Roux: Que peuvent penser les Français de tout cela?
On sait qu'ils ont parfois la dent dure, avec l'idée qu'ils se font de la justice...
De quel côté sont-ils, aujourd'hui? - J.Fourquet: Tout dépend de quels Français on parle.
On peut a minima faire 2 catégories. Ceux qui sont sympathisants ou électeurs du RN, qui vont considérer sans trop de surprise que "le système" a voulu abattre leur championne...
Ils étaient déjà dans l'idée qu'on leur avait "volé" l'élection législative. Leurs candidats étaient sortis très largement en tête du premier tour et le RN s'est retrouvé avec le 3e groupe seulement en nombre de députés à l'Assemblée nationale. Pour eux, c'est une réaction du système qui veut empêcher la marche inexorable du RN vers l'accession au pouvoir.
C'est là-dessus que l'état-major du RN va jouer en disant à sa base: "Vous voyez, on veut nous faire taire nous pour vous faire taire vous. Il faut que vous nous souteniez." Ca, c'est pour l'électorat du RN, un tiers de l'électorat français.
Certains vont être ravis de ce qui s'est passé, et d'autres voont considérer que c'est juste une décision de justice qui s'applique, et que la faute originelle incombe au RN, qui avait organisé de manière industrielle ce détournement d'argent public. Même si les Français n'ont pas forcément une bonne image de la justice, du Parlement européen, il y avait des règles. Manifestement, il y a eu des preuves tangibles et avérées, matérielles, de cette responsabilité.
En termes d'opinion, cette décision intervient quelques jours après une autre décision de justice qui vise un ancien président de la République, N.Sarkozy. On a une double finaliste à l'élection présidentielle condamnée à 2 ans de prison ferme avec bracelet électronique, un ancien président de la République qui porte déjà un bracelet électronique...
Tout ça renforce l'idée, toute catégorie d'électeurs confondue, que les hommes politiques ne sont pas dignes de confiance. D'après OpinionWay, 25 % des Français considèrent que les hommes politiques sont honnêtes, contre 74 % qui pensent qu'ils sont corrompus. Ca, c'est du détournement.
Ca va renforcer l'idée que la politique, c'est magouille et compagnie. - C.Roux: Dans le passé, ça renforçait le RN. "La tête haute et les mains propres." J.-M.Le Pen a souvent surfé sur l'idée qu'il fallait dénoncer le "tous pourris". - J.Fourquet: Encore une fois, leurs électeurs vont être convaincus que c'est un procès politique qui leur est fait. - C.Roux: Question.
Sous-entendu, c'est l'affaire du Parlement européen... - C.Barbier: Mais c'est l'argent des Etats, des contribuables de l'Europe.
Ce sont donc nos fonds publics qui se sont retrouvés mal utilisés par le RN. La justice française est tout à fait fondée à juger cette affaire. C'est une affaire juridico-juridique dans l'espace français, avec l'espoir d'un appel ou de faire sauter cette exécution provisoire.
Demander la grâce présidentielle...
Le RN, dans notre pays... - D.Rousseau: Ce n'est qu'après l'exécution définitive. - C.Barbier: Pourra-t-elle le solliciter? - D.Rousseau: Il y aura appel. - C.Barbier: Elle est dans la main de la justice qui doit fixer le cadre.
On peut s'étonner qu'une justice qui a elle-même interjeté l'appel dans l'affaire du MoDem tarde tant à donner un calendrier. - C.Roux: J.Bardella dit que c'est "la démocratie française qui est exécutée". - C.Cornudet: C'est le même mot, "exécution provisoire", "exécuter"... - C.Roux: E.Ciotti, allié du RN, évoque cela également.
Il y a également une réaction de W.de Saint-Just, condamné lui aussi, qui disait en entrant au RN "on est comme en Turquie", avec l'emprisonnement du maire d'Istanbul. Le jugement est tombé. 4 ans de prison dont 2 ferme.
Sanction applicable immédiatement. C'est un coup de tonnerre. - Coupable de détournement de fonds publics et inéligible immédiatement.
M.Le Pen sort de la salle d'audience sans un regard à la presse et sans attendre la fin de son jugement. Quelques minutes plus tard, la peine tombe: 4 ans de prison, dont 2 ans ferme et 5 ans d'inéligibilité.
Sa candidature à l'élection présidentielle de 2027 s'est envolée. Au siège du RN, cet après-midi, l'heure est à la gestion de crise. - Monsieur Bardella...
Une réaction? - Pas de commentaire politique, ou presque, en attendant la prise de parole de M.Le Pen au JT de 20h ce soir. - L.Aliot: On a le temps de voir, de discuter entre nous de ce qu'il faut en penser. - L.Jacobelli: On veut enlever la voix à des millions de Français.
C'est un tournant historique. - L'épilogue d'une enquête ouverte 10 ans plus tôt et d'un procès de 2 mois. M.Le Pen et 8 autres cadres de son parti ont tous été reconnus coupables de détournement de 4,6 millions d'euros.
L'argent du Parlement européen destiné aux assistants parlementaires a servi aux dépenses du parti d'extrême droite. - M.Le Pen: Ce procès finit par être un procès à la politique.
Est-ce qu'on peut être responsable politique, y compris de premier plan, et avoir des assistants parlementaires? - Mais ce matin, c'est bien M.Le Pen que la présidente du tribunal correctionnel juge coupable. ...
Et notamment pour le contrat de son garde Du corps, T.Légier. ...
La justice a donc parlé. Alors qu'un sondage du "JDD" crédite M.Le Pen de 30 % au premier tour de la présidentielle, certains s'émeuvent de sa condamnation. - L.Wauquiez: Il n'est pas sain que dans une démocratie, une élue soit interdite de se présenter à une élection.
Je trouve que les débats politiques doivent être tranchés dans les urnes. Les Français doivent décider. C'est comme ça que ça doit se passer. - Chez certains ministres aussi, et même jusqu'à Matignon, l'inquiétude se faisait sentir avant le verdict. ... - O.Faure: Je regrette que plusieurs membres du gouvernement ait cherché à peser sur les décisions de justice.
Vous avez un principe très clair en France, celui de la séparation des pouvoirs. - A gauche, pour Les Ecologistes, on préfère saluer le travail des juges. ...
Rien de tel qu'une décision de justice pour savoir qui sont ses vrais amis. M.Le Pen a reçu cet après-midi les soutiens de V.Orban, M.Salvini et du Kremlin. - C.Roux: Nous allons revenir sur les réactions, la stratégie également De M.Le Pen et du clan Le Pen face à cette décision de justice.
Je voudrais vous faire réagir, D.Rousseau, à ce qu'on a entendu, par la voix de L.Wauquiez, qui dit que ce n'est pas sain que ce soit la justice qui choisisse ceux ou celles qui vont se présenter à la présidentielle.
On a entendu J.-L.Mélenchon, qui dit que c'est au peuple français de disqualifier ou non un candidat. - D.Rousseau: Ce qui n'est pas sain, c'est de permettre l'élection de candidats qui ne sont pas intègres, soit parce qu'ils ont été jugés pour violences sexistes, sexuelles, ou détournement de fonds.
Ils ont laissé élire Trump aux Etats-Unis, et on voit ce que ça donne. La démocratie, c'est le suffrage universel. Pour que les électeurs aient confiance en leurs élus, il faut que leurs élus soient intègres.
C'est tout le travail entrepris depuis plusieurs années de transparence, de moralisation de la vie politique. Ce qui met en cause la démocratie, c'est le "tous pourris". Il faut que le législateur intervienne pour que ceux qui vont représenter les Français soient des gens intègres.
C'est ça qui sauve la démocratie. Ce qui n'est pas sain pour la démocratie, c'est laisser élire des gens qui ont fraudé. Quant à l'accord entre les partis politiques de la gauche jusqu'à l'extrême droite...
C'est quand même bizarre. C'est un système qui se défend. M.Le Pen et Mélenchon disent qu'ils sont antisystèmes.
Ils ne sont pas antisystèmes. Ils sont dans le système et ils en profitent. Ils disent "pas tous". "Laissez-nous gérer nos assistants parlementaires." C'est comme ça que la coupure se fait avec le peuple. - C.Roux: On voit le débat qui prend, avec une justice qui est dénoncée.
Ils ont peut-être entendu les réactions de ce député, Frédéric Falcon, député RN, qui dit que c'est un coup d'Etat des juges. Certains évoquent "la dictature des juges". Un appel à la mobilisation a été lancé par le RN.
J.Bardella appelle à une mobilisation pacifiste face à la "dictature des juges". - D.Rousseau: Au départ, la peine d'inéligibilité est facultative.
Les juges ne la prononçaient jamais. - C.Roux: Ce sont les politiques qui l'ont décidé. - D.Rousseau: Ils l'ont rendue obligatoire. - C.Roux: Votre réaction, C.Barbier, sur le début de stratégie qu'on voit se mettre en place par le RN: mobilisations, pétitions? - C.Barbier: C'est un changement stratégique.
Le RN a toujours cherché la respectabilité légaliste. "L'extrême gauche manifeste, nous, non." On n'est pas dans l'appel populiste à la population face aux institutions.
C'est un changement. Il s'agit de s'en prendre à la justice et de sauver la démocratie. Est-ce que c'est le signe avant-coureur d'une autre stratégie, à l'Assemblée nationale, où il s'agirait de renverser le gouvernement?
Déjà, le 13 novembre, une partie des analystes considéraient que le durcissement du RN qui a mené à la chute du gouvernement Barnier, c'était une forme de vengeance. Est-ce que M.Le Pen va donner des consignes assez troubles de renverser le gouvernement Bayrou à la première occasion? "Vous voulez mettre le chaos chez moi, je mets le chaos chez vous avec des manifestations et des censures." - D.Rousseau: Si le gouvernement est renversé, il y a le risque qu'E.Macron retrouve son pouvoir de dissoudre en juin ou juillet et que M.Le Pen ne puisse pas se présenter à l'élection législative. - C.Cornudet: On voit comment évolue à l'américaine le débat public en attaquant ainsi frontalement les juges, comme le fait D.Trump.
Jusqu'à présent, M.Le Pen était plutôt prudente, distanciée vis-à-vis de D.Trump.
Elle l'était plus que certains de ses homologues en Europe. Là, c'est la "démocratie exécutée". Elle va aller à fond contre les juges.
Les premières actions européennes, c'est le Kremlin, Salvini, Orban...
Tous les populistes essaient de l'entraîner avec eux. Elle aura une pression de sa base pour aller dans ce sens. Ces derniers jours, au gouvernement, on sentait un vrai malaise vis-à-vis de cette décision des juges.
Personne n'avait envie qu'on aille jusqu'à l'exécution provisoire. On avait peur des conséquences sociales, dans la société. Aujourd'hui, ils font front pour dire qu'il faut respecter la décision des juges. - C.Roux: Vous parliez des réactions.
On a vu passer celle du Kremlin. On a vu le soutien de V.Orban, qui dit: "Je suis Marine." Il a dit ça.
Il y a un appel à la mobilisation sur les réseaux sociaux. Sans doute que le RN aura un soutien de poids. Il y a eu une réaction d'un certain E.Musk à l'instant, dénonçant "un abus du système judiciaire".
Remarque. On est dans ce que disait C.Cornudet.
On est passé dans autre chose. - J.Fourquet: Ce sera intéressant de voir, si cet appel à la manifestation se confirme, combien de personnes y participeront.
Où sera-t-elle organisée? Est-ce que sera devant l'Assemblée, devant un symbole de la justice, comme le tribunal de Paris, ou ailleurs? Quelle sera l'ampleur du cortège?
Comment ça se tiendra? Est-ce que ça partira en violence? Quels seront les slogans? - C.Roux: Est-ce qu'ils veulent rejouer le Capitole? - J.Fourquet: On peut s'interroger.
Vous parliez d'une dérive à l'américaine. Il y a eu des morts à la sortie du Capitole. On passe dans autre chose.
Là où on a une différence avec ce qui s'est passé aux Etats-Unis, c'est que c'est immédiatement la dimension internationalisée de cette affaire, ce qui n'est pas forcément pour aller dans le sens de la défense de M.Le Pen, puisque beaucoup, dans le contexte actuel, vont dire que les masques tombent. E.Macron parlait d'une internationale réactionnaire.
Certains pouvaient se demander s'il exagérait. Quand on voit ce qui se passe...
On parlait du parti de l'étranger. Si les principaux soutiens viennent de l'extérieur, ça peut poser des questions. C'est pour ça que les prochaines semaines vont être décisives.
Regardez attentivement ce qui va se passer autour de cette mobilisation. - C.Roux: C.Barbier? - C.Barbier: La comparaison avec Trump est intéressante.
Il a été condamné. "On vous donnera votre peine dans quelques mois." Là, c'est l'inverse.
Elle connaît sa peine donc elle ne peut pas se présenter à l'élection. Quelle est la justice qui sert la démocratie? On voit la France aller vers cette contestation, qui n'est pas propre au RN.
Quand le Conseil constitutionnel a démonté la loi sur l'immigration, on a entendu chez LR "coup d'Etat juridique". Ca dure depuis quelques années. Les affaires de N.Sarkozy en ont été une illustration ces derniers mois.
Une bonne partie de l'opinion considère maintenant que les juges font de la politique sans l'assumer. - C.Roux: Vous pensez à l'affaire Fillon? - C.Barbier: L'appel pour Bayrou, 14 mois après, on ne sait toujours pas quand il aura lieu.
Ca a traîné de 2017 à 2024 et jusqu'à quand? Fillon, l'affaire commence en janvier et il est mis en examen en mars. Les électeurs se disent que la justice fait ce qu'elle veut, quand elle veut.
L'application provisoire, l'exécution provisoire, qui est une exécution de provision, est motivée par la juge dans son déroulé comme étant une prévention contre le risque de récidive. M.Le Pen n'est plus députée européenne.
Qu'est-ce que la récidive? Elle l'explique. Elle dit qu'ils se sont défendus pendant le procès en donnant l'impression qu'ils ne se rendaient pas compte de la gravité de ce qu'ils ont fait.
Ils peuvent donc recommencer. Comme si un assassin disait: "Tuer? Ce n'est pas grave." Critiquer le système de défense, c'est un peu gros.
Est-ce qu'on peut, parce que M.Le Pen a dit qu'on avait le droit de faire ça, penser qu'elle va récidiver? Il y a une fragilité dans l'argumentation, non pas de l'inéligibilité, mais de l'exécution provisoire. - C.Roux: C'est intéressant, ce que dit C.Barbier.
Tout va reposer désormais sur le calendrier, le choix du calendrier par la justice. Ca s'entend, ce que disait Christophe, sur la célérité de la justice dans l'affaire Fillon et l'extrême lenteur sur le procès du MoDem? - D.Rousseau: Ca s'entend.
C'est la responsabilité du procureur de fixer une date raisonnable pour l'appel. Qu'est-ce que c'est, une date raisonnable? - C.Roux: Ca donne l'impression que les juges font de la politique? - D.Rousseau: Je ne crois pas.
Les juges appliquent la loi. Le jugement du tribunal administratif, sur l'A69, qu'est-ce qu'ils ont fait? Ils ont appliqué le droit de l'environnement. - C.Roux: Ce ne sont pas les mêmes enjeux.
On parle d'une candidate à 37 %... - J.Fourquet: Ils appliquent la loi, mais ce qui est reproché par beaucoup de Français, notamment dans l'affaire Fillon, c'est la vitesse à laquelle vous rendez vos décisions. - C.Roux: Question.
Peuvent-ils profiter politiquement de ce qui se passe au RN? - C.Cornudet: Je ne sais pas dans quel sens ça va jouer, surtout si elle n'est pas candidate in fine et qu'on a un autre candidat, avec d'autres fragilités...
Ca peut être un carburant. L'électorat de M.Le Pen, ce n'est que 37 % de l'électorat, mais ce sont des gens persuadés qu'il y a un système politico-médiatico-judiciaire qui est là pour les mépriser.
Je pense que la base militante de M.Le Pen va être extrêmement remontée contre cette affaire. Que va-t-il se passer auprès des nouveaux électeurs, des électeurs de conquête de M.Le Pen?
Les CSP+, par exemple, les retraités...
Que vont-ils retenir de cette histoire? Qu'elle est corrompue comme les autres, puisqu'elle a été condamnée pour avoir utilisé de l'argent public à des fins de son propre parti? Ou vont-ils retenir que les juges ont outrepassé leurs droits?
C'est cette campagne de communication qu'elle lance dans son 20h. - C.Roux: On précise que ce n'est pas la seule condamnée. - C.Barbier: Oui.
Pratiquement tous les prévenus ont eu une condamnation avec de l'inéligibilité. Il y a une différence avec L.Aliot.
La justice ne veut pas le déchoir de son mandat de maire. M.Le Pen, elle, perd son mandat de conseillère départementale.
La justice aurait pu dire qu'on la laisserait faire. Il y a un 2 poids 2 mesures qui n'est pas simple à expliquer par la justice. Le RN veut en profiter politiquement, pas forcément électoralement.
Au moment de voter, il y a possibilité pour un candidat de droite très dure de dire aux électeurs RN: "Vous n'avez plus la candidate que vous vouliez. Vous avez à la place un jeune de moins de 30 ans. Venez vers moi." Ce candidat s'appelle B.Retailleau.
Un peu comme N.Sarkozy avait profité de l'affaiblissement de J.-M.Le Pen en 2007.
B.Retailleau peut aussi en profiter pour dire aux électeurs: "Vous aurez presque le même programme avec plus de compétence et d'expérience." - C.Roux: J.Fourquet? - J.Fourquet: On peut penser que la base électorale du RN va se sentir encore davantage méprisée, qu'elle va avoir envie d'exprimer un sentiment de revanche.
Mais est-ce que cette affaire est de nature à faire arriver dans l'escarcelle du RN de nouveaux électeurs? Ce n'est pas évident. Ils disent qu'ils sont antisystème.
Les gens qui votent Mélenchon vont-ils se dire d'un coup que pour être antisystème, il faut voter pour le parti qui a été ostracisé? C.Barbier parlait de la concurrence externe.
Il faut regarder ce qu'il se passe aussi en interne. - C.Roux: On va en parler.
On va parler de J.Bardella. Je vous ai coupée pour la bonne cause.
On n'a pas parlé d'un autre sujet, le sujet financier. Dans la condamnation, il y a des amendes très lourds contre le parti. - C.Cornudet: Des amendes et des dédommagements qui pourraient dépasser les 5 millions d'euros, à exécution provisoire aussi.
Il y a l'envie d'assécher financièrement le parti, de lui compliquer le financement d'une campagne présidentielle. Le RN, avec les dernières élections, avait réussi à se constituer un magot pour financer la prochaine campagne. Il a toujours eu du mal à obtenir des prêts auprès des banques. - C.Roux: Merci, D.Rousseau, d'être venu pour cette clarification nécessaire.
On a un peu tout entendu depuis ce matin. A votre place, on accueille dans un instant P.-S.Fort, qui a travaillé sur J.Bardella.
Pour la première fois hier, dans un entretien, M.Le Pen a affirmé ceci. Le président du RN est plus populaire qu'elle auprès des sympathisants du RN et a depuis longtemps endossé le costume de plan B.
Il s'est rendu la semaine dernière en Israël. Une première dans l'histoire du RN. - A la fin... - J.Bardella: Ce qu'on entend, c'est les opérations de Tsahal? - Ultime acte de la stratégie de dédiabolisation du RN, cette visite de J.Bardella en Israël la semaine dernière.
La première pour un dirigeant du parti. - J.Bardella: On est à combien de mètres de la bande de Gaza? - 800 m. - Un voyage polémique, vu l'héritage du RN et le passé antisémite de J.-M.Le Pen.
Mais le jeune président du parti balaye les critiques. - J.Bardella: Je ne fais pas de la politique dans le rétroviseur.
A ce jeu-là, on pourrait trouver à redire sur beaucoup de partis politiques français. - Chose impensable il y a encore quelques temps, le chef du RN s'exprime à la même tribune que le dirigeant israélien. - J.Bardella: Face à la menace en France, le RN, aux côtés de M.Le Pen, est aujourd'hui le meilleur bouclier pour nos compatriotes de confession juive. - Pour J.Bardella, l'heure est venue de faire ses preuves: transformer sa popularité sur le terrain en stature d'homme d'Etat. - J.Bardella: C'est gentil, madame.
On ne compte pas s'arrêter. - Son livre, vendu à plus de 200 000 exemplaires, est un succès commercial qui le conforte dans sa place de numéro 2 et peut-être bientôt de numéro 1. Lui qui a exprimé il y a quelques jours encore sa confiance en M.Le Pen... - J.Bardella: Je suis convaincu de son innocence. - Il trace sa route vers le pouvoir, quitte à prendre ses distances.
Dans son livre, J.Bardella dit clairement vouloir l'union des droites, à rebours de la stratégie de M.Le Pen. ...
Libéral, pro-business, un style qui flirte avec celui d'un influenceur, l'élève pourrait bien dépasser le maître, mais ne l'assume pas encore. Ce jour-là, la question lui est posée sous les yeux de M.Le Pen. - Un récent baromètre vous a placé en tête des sondages, devant M.Le Pen, chez des sympathisants du RN.
Comment expliquez-vous cette popularité grandissante? - J.Bardella: Vous avez pris le sondage qui vous arrange pour la question.
Il faut demander à M.Le Pen. C'est à elle que je dois cette popularité. - Une popularité pour l'instant à l'épreuve Des couacs.
Comme ce voyage avorté aux Etats-Unis il y a un mois après le salut nazi d'un ancien conseiller de D.Trump devant un parterre de conservateurs. Bardella annule son discours et se fait insulter. - S.Bannon: C'est une chochotte!
J'ai fait le même geste à un meeting du FN il y a 7 ans. Si c'est un peureux qui se comporte comme une petite fille, il ne dirigera jamais la France et Le Pen a choisi le mauvais gars. - Critiques aussi en interne.
D'après la tribune d'hier, le scénario Bardella en candidat de substitution à la présidentielle fait grincer quelques dents au RN. Son manque d'expérience est pointé du doigt. Pas un problème, selon M.Le Pen, qui évoque pour la première fois l'hypothèse Bardella à l'Elysée dans une interview diffusée hier. - M.Le Pen: Je pense Que quand on atteint le niveau de J.Bardella à l'âge qu'il a, il n'y a aucune raison de se priver d'une ambition qui pourrait dépasser celle qui est la sienne aujourd'hui.
Bien sûr qu'il a la capacité d'être président de la République. - Adoubé, J.Bardella sera-t-il le visage de son parti en 2027?
Il n'aura encore que 31 ans au moment de l'élection présidentielle. - C.Roux: Nous allons revenir sur ce reportage avec vous également, P.-S.Fort.
Vous êtes journaliste d'investigation, auteur de "Le grand remplaçant: la face cachée de Jordan Bardella". Je vous livre la 1re réaction à ce reportage. Est-ce que ça s'est décidé à 2, ce matin, l'idée de faire appel, l'idée de la stratégie entre M.Le Pen et J.Bardella?
Ils sont alignés? - P.-S.Fort: Oui.
J'entendais que J.Bardella avait annulé son TGV au dernier moment...
Je n'y crois pas trop. Je pense que la possibilité de l'exécution provisoire avait été envisagée par le duo. Ce n'est pas vraiment une surprise.
Il y a plus d'un an, j'avais interrogé M.Le Pen sur ce sujet. "Si vous êtes empêchée d'y aller en 2027, est-ce un soulagement d'imaginer que J.Bardella puisse se présenter à votre place?" Elle m'avait dit qu'elle ne serait pas condamnée, mais elle m'avait aussi confié son soulagement qu'une autre figure, au sein du parti, soit en mesure d'incarner un présidentiable potentiel. - C.Roux: C.Barbier, depuis ce matin, les regards sont tournés vers J.Bardella.
On s'est dit qu'elle ferait appel. Elle n'a pas jeté les gants. - C.Barbier: Il ne veut pas apparaître en Brutus.
Pour lui, c'est toujours M.Le Pen, la candidate. Il continue à être le grand remplaçant.
Il est passé à l'échauffement, mais n'est pas encore sur le terrain de la présidentielle. Bardella a été échaudé par sa campagne législative. Quand c'était l'élection européenne, avec beaucoup d'idéologie, on a voté pour Bardella.
Quand les Français se sont vus voter pour Bardella pour qu'il aille à Matignon s'occuper de leurs impôts, leur sécurité, la retraite...
Ils ont dit non. Il a perdu sur cette jeunesse, un problème d'entourage et de programme. La présidentialité de Bardella est à construire, là où M.Le Pen apparaît comme lestée, expérimentée, solide.
De ce côté-là, Bardella a encore un chemin à faire. - C.Roux: Mais quand on regarde les enquêtes d'opinion, on a le sentiment qu'auprès de l'électorat du RN, le chemin est plus que fait. - J.Fourquet: Dans ces 2 scrutins, on a vu des niveaux jamais atteints pour le RN, avec des campagnes menées par Bardella.
Là où je rejoins C.Barbier, c'est sur sa dimension présidentielle On se souvient que ça avait coûté à M.Le Pen, son impréparation lors du premier débat avec E.Macron en 2017.
On a eu un remake de cette situation une génération plus tard, quand on avait eu un débat télévisé entre G.Attal et J.Bardella, qui avait tourné à l'avantage de G.Attal.
Du côté du RN, on nous dit qu'on travaille, qu'on se prépare, mais quand on étudie depuis longtemps le Front national puis le RN, on sait qu'il y a un certain amateurisme au sein de ce parti, que le travail intellectuel, de fond, n'est pas ce qui est le plus partagé. C'est aussi pour ça qu'il y a eu ces affaires. Autant J.Bardella excelle, comme pas mal de jeunes de sa génération, sur les réseaux sociaux...
Il a plus de 2,1 millions de followers sur TikTok. Il est très loin devant beaucoup d'autres. Il a vendu énormément de livres.
Quand on va rentrer sur une présidentielle, sur une campagne plus longue, quand il sera face à vous ou d'autres, quand vous allez le pousser dans ses retranchements sur les dossiers...
Il faut avoir fait du fond. - C.Roux: C'est une stratégie qui lui réussit plutôt dans les sondages.
Un sondage...
Il a un côté plus populaire et plus rassembleur que M.Le Pen. - J.Fourquet: Il y a sa jeunesse, sa présence sur les réseaux sociaux.
Attention, c'était une européenne, une législative. Ce n'est pas une présidentielle. Si on a la poursuite d'un soutien international en direction de M.Le Pen, qu'on parle d'ingérence...
Si vous êtes le parti soutenu par des forces politiques étrangères, c'est compliqué sur une présidentielle. - C.Cornudet: Peut-être car on ne sait pas qui il est.
Quand vous lisez son livre, il y a une belle photo, il est très vendu, mais il n'y a rien dans son livre. Je l'ai lu de A à Z, je ne sais pas si vous êtes d'accord, mais les idées, comment il s'est forgé, à part qu'il a eu une mention très bien au bac, il en parle 3 fois...
Il n'était pas content car il n'a pas eu de bourse. Il n'y a rien. Elle-même a l'air d'exprimer un doute. 3 jours avant son interview, elle en a fait une au "Figaro" où elle dit qu'en 2032, il aura 36 ans, sous-entendu que ce serait le bon âge.
Le fait qu'elle ait choisi de faire appel, qu'elle choisisse de se battre... - C.Roux: Elle considère qu'elle est encore la candidate naturelle du RN.
On verra ce qu'elle dit ce soir. Ce sera sa première réaction. Question.
On parle de J.Bardella ce soir. Si elle devait, pour des raisons judiciaires, ne pas pouvoir être candidate, est-ce que cette période d'instabilité peut ouvrir une guerre interne et pousser M.Maréchal? - P.-S.Fort: C'est possible.
L'entourage le plus proche de M.Le Pen, je pense à P.Olivier, n'ont pas beaucoup d'affection pour J.Bardella.
Il y a eu des tensions au niveau des chefs du RN. Ce n'est pas impossible que l'entourage de M.Le Pen pousse une candidature de M.Maréchal.
Ce serait dévastateur pour J.Bardella. Au sein du parti, s'attaquer à la famille Le Pen, c'est compliqué.
Il y a 2 ans avant la présidentielle. Elle a le temps de revenir. C'est une des plus grandes menaces pour J.Bardella en vue de 2027.
Il y a l'entourage de M.Le Pen...
S.Chenu ou J.-P.Tanguy ont parfois savonné la planche de J.Bardella, qui ont diffusé du off un peu piquant auprès des journalistes.
Vont-ils accepter la férule de J.Bardella? C'est loin d'être gagné. - C.Roux: Ca ouvre une période d'instabilité au sein du parti?
Elle le sait, M.Le Pen? - P.-S.Fort: M.Le Pen a tout fait pour mettre en orbite J.Bardella.
Pour moi, son plan B, c'est J.Bardella. Ca fait 10 ans que l'instruction est ouverte dans le dossier.
Elle a eu le temps de se préparer. - C.Roux: Et lui, il n'a pas un risque dans les affaires liées au Parlement européen?
Il y a eu une plainte déposée contre lui, à l'époque où il a commencé à être député européen. - P.-S.Fort: Le 25 mars, une association anticorruption, Ad lib, présidée par une députée écologiste, a déposé plainte auprès du procureur de Paris pour détournement de fonds publics contre J.Bardella, faux et usage de faux et tentative d'escroquerie. - C.Roux: On lui reproche de ne pas avoir vraiment travaillé. - P.-S.Fort: En 2015, il a travaillé quelques mois pour J.-F.Jalkh comme assistant parlementaire. 1200 euros de salaire pour un mi-temps.
Ce n'est pas mal, à 20 ans. "Libération" a révélé récemment que les preuves de travail fournies par J.Bardella aurait été antidatées, fabriquées bien après l'emploi qu'il occupait.
Il les a attaqués en diffamation et a perdu. L'épée de Damoclès plane aussi au-dessus de la tête de J.Bardella. - C.Roux: Ca peut jouer!
On entend très peu de réactions de la part des membres du gouvernement. Finalement, c'est calme plat... - C.Cornudet: Ils ont décidé de calmer le jeu pour ne pas rentrer dans ce clivage dont on parlait, un peu populiste...
S'il y a des critiques en interne contre J.Bardella, ce n'est pas pour autant que ça ouvre la voie à M.Maréchal-Le Pen, qui est, sur le fond, très différente, sur la ligne, avec sa tante.
Du point de vue économique, elle est libérale, pro-entreprises. M.Le Pen est beaucoup plus étatiste et sociale.
J.Bardella est un peu au milieu. Il a essayé de faire évoluer la ligne du RN mais n'est pas au niveau de M.Maréchal, qui en plus avait rejoint E.Zemmour, l'adversaire honni.
Avant que M.Le Pen accepte que la candidate soit Marion... - C.Roux: Il y a de la friture sur la ligne entre J.Bardella et M.Le Pen sur la stratégie... - C.Cornudet: Ou un partage des rôles. - C.Roux: Il assumerait une ligne "union des droites" là où le RN a toujours joué le "ni droite ni gauche". - P.-S.Fort: Sur M.Maréchal-Le Pen, à de très nombreuses reprises, je lui ai proposé de me rencontrer pour qu'on parle de J.Bardella.
Elle a toujours refusé, même en off. M.Maréchal n'insulte pas l'avenir.
On peut imaginer un ticket avec M.Maréchal dans les années à venir. - C.Roux: Ils ont joué la respectabilité, les députés en cravate, depuis la dissolution.
Vous les imaginez jouer le chaos? Ils appellent à une mobilisation, une pétition sur X...
Quelle stratégie peuvent-ils jouer? Vous les voyez du côté du désordre? - P.-S.Fort: Ce serait en contradiction avec ce qu'ils ont essayé de faire depuis 2 ans.
Encore faut-il que ça prenne au sein de la population...
On se souvient du hashtag "JeSoutiensMarine" au moment du procès, ça n'avait pas pris. Au bout de quelques jours, ils avaient arrêté de diffuser ça. Peut-on imaginer des manifestations monstres dans les rues de France en soutien de M.Le Pen?
Ce n'est pas ce que l'on voit. - C.Roux: Est-ce que le RN, c'est Marine?
Est-ce que Marine, c'est le RN? Elle a fait appel, je le rappelle. Est-ce que le RN peut survivre à M.Le Pen? - P.-S.Fort: M.Le Pen ne va pas disparaître du RN.
Elle est condamnée, elle sera toujours là. Aujourd'hui, c'est elle, la patronne du parti. L'ensemble du parti est fidèle à la famille Le Pen.
Un putsch de J.Bardella n'aurait aucun intérêt. La justice vient de lui offrir sur un plateau la présidentielle en 2027.
Il ne fera pas de putsch. M.Le Pen sera toujours là. - C.Barbier: Certains suggéraient l'idée d'un ticket Bardella, et M.Le Pen à Matignon. - C.Roux: C'était peut-être une façon d'anticiper le jugement d'aujourd'hui.
La semaine dernière, le RN a multiplié les sorties pour dénoncer la violence du réquisitoire dans l'affaire du financement libyen dans la campagne de N.Sarkozy. Le Parquet national financier a réclamé 7 ans d'emprisonnement et 300 000 euros d'amende, 5 ans d'inéligibilité à l'encontre de l'ancien président, déjà sous bracelet électronique après une condamnation définitive dans un autre dossier, l'affaire Bismuth. - 10 ans d'enquête, 3 mois de procès et un coup de tonnerre. *-Le Parquet national financier n'a pas tremblé dans ses réquisitions contre N.Sarkozy. *-L'ancien président était le véritable décisionnaire.
Un pacte de corruption. - Le Parquet national financier a requis contre l'ancien chef de l'Etat 7 ans de prison ferme, 300 000 euros d'amende et 5 ans d'inéligibilité. Sans un mot ni un regard à la presse, N.Sarkozy quitte le tribunal correctionnel de Paris et clame son innocence sur les réseaux sociaux. ...
N.Sarkozy et ses avocats crient au procès politique. - Ce qui nous a marqués, c'est la volonté de salir, à l'audience, N.Sarkozy, d'essayer de le faire condamner.
On sentait vraiment la détestation contre N.Sarkozy. - Le Parquet national financier A pourtant des arguments.
L'ex-président aurait noué un "pacte de corruption inconcevable, inouï, indécent" avec l'ancien dictateur libyen M.Kadhafi. Pour l'accusation, tout commence à l'automne 2005, lorsque N.Sarkozy est reçu à Tripoli sous la tente du dictateur.
Il aurait touché de l'argent libyen pour financer sa campagne victorieuse de 2007. - N.Sarkozy: La France, je veux la construire avec vous. - En échange, l'ex-président aurait oeuvré à la réhabilitation du dictateur avec la signature de gros contrats et des gestes diplomatiques.
Kadhafi triomphant ira même jusqu'à planter sa tente dans une annexe de l'Elysée lors d'une visite en France. Selon le parquet, un faisceau d'indices prouve l'existence d'un soutien financier, même si l'instruction n'a pas pu établir son montant. Une faille dans laquelle s'engouffrent les avocats de N.Sarkozy. - Le parquet a demandé des peines très lourdes, pourquoi?
Pour essayer de compenser la faiblesse de sa démonstration. - A côté de l'ex-chef de l'Etat, sur le banc des accusés, son ancienne garde rapprochée: E.Woerth, B.Hortefeux et C.Guéant.
Jusqu'à 6 ans de prison ont été requis contre eux. Des peines moins élevées que pour N.Sarkozy. - En réalité, c'est le premier à avoir bénéficié de ce pacte corruption.
Bénéficié à des fins politiques, bénéficié car on peut penser qu'il a été le cerveau et qu'il a embarqué B.Hortefeux et C.Guéant. - Dans la classe politique, la droite s'offusque. - Il y a une forme d'acharnement.
On a le sentiment que les juges combattent moins le crime que N.Sarkozy. Je le dis en tant que simple citoyen, je trouve ça exagéré. - Quant à ses adversaires, les réactions sont contrastées. - M.Bompard: C'est légitime que la justice passe dessus et vienne dire que ça, ce n'est pas possible.
Après, il ne faut pas s'étonner que les gens se disent "les politiques sont tous pourris", si on a l'impression que jamais la justice ne vient prendre des décisions. - S.Chenu: C'est un réquisitoire d'une violence absolue avec une dimension d'humiliation.
Le Parquet national financier est dans une dérive. Je pense qu'aujourd'hui, il y a la volonté, chez un certain nombre de juges, de se payer des puissants. - L'extrême droite, alliée de circonstance.
N.Sarkozy affronte là son 5e procès en 5 ans. Ses avocats plaideront pour sa défense le 8 avril.
Le jugement sera ensuite mis en délibéré plusieurs mois avant le verdict final. - C.Roux: Question. - C.Barbier: C'est un peu la même chose. vous avez cette idée que quand on a été condamné à l'inéligibilité, quand on a un casier judiciaire chargé, ça peut être compliqué.
Il y a eu des années de pratique. Des lois sont passées, plus récentes, qui disent que l'inéligibilité est automatique dans certains cas. Le juge ne décide que le temps imparti.
On peut décider qu'il y a de l'inéligibilité à vie, à partir du moment où vous avez été condamné à certains faits, très liés à votre mandat. Du détournement de fonds publics...
Il faut refaire une loi. Attention à ne pas faire fuir de la politique tous ceux qui se diraient qu'il n'y a que des ennuis à prendre. On ne peut pas se plaindre d'avoir de mauvais élus, incompétents, et détourner de la politique tous ceux qui ont envie d'en faire. - C.Roux: On a entendu la réaction de N.Sarkozy...
On va retrouver, dans ce même combat pour dénoncer la "République des juges", N.Sarkozy, jadis F.Fillon et M.Le Pen. - C.Cornudet: Les 2 utilisent les mêmes arguments.
La juge Reproche à M.Le Pen exactement ce qui a été reproché à N.Sarkozy dans son procès: de ne rien avoir concédé.
Ils ont eu les mêmes défenses: "On n'est coupables de rien, on n'a eu tort sur rien." C'est utilisé beaucoup contre eux dans la justification de l'exécution provisoire. "Comme elle n'a rien reconnu, il y a un risque de récidive.
Il faut l'empêcher d'être candidate." Chez N.Sarkozy, c'est la même chose.
Sans doute que M.Le Pen, pour son appel, va complètement changer de défense. Elle y a intérêt.
Sur N.Sarkozy, ce n'est que les réquisitions. La décision Aura lieu sans doute en septembre ou octobre.
Ce qui est troublant, c'est que dans l'expression, on a l'impression parfois que les juges vont au-delà du droit. Quand S.Chenu parle d'humiliation, c'est vrai qu'il y avait des termes comme "il a une ambition effrénée", "il est obsédé par l'argent".
Ce sont des jugements de valeur sur un homme. C'est ça qui abîme la parole des juges. - C.Roux: Le procureur a estimé que c'est un tableau très sombre de notre République qui se dessinait, mettant en avant la cupidité, la soif de pouvoir des politiques.
Il faisait un réquisitoire contre l'ensemble de la classe politique. - C.Barbier: Avec des mots de l'ordre du jugement de valeur.
Un politique qui n'a pas soif de pouvoir n'est pas un politique. On ne peut pas reprocher une ambition qui est la nature même de cette action politique. Pourquoi les juges rêvent de cette politique-là?
C'est comme si on disait que les juges voulaient faire carrière et que tous leurs jugements étaient marqués par le carriérisme. Dans cette affaire libyenne, N.Sarkozy était sous écoute téléphonique car ça ne donnait rien.
Un jour, en écoutant, ils se disent qu'il doit avoir un autre téléphone. C'est comme ça qu'ils trouvent le téléphone qui va aboutir à l'affaire de Paul Bismuth. La justice s'est autorisé des méthodes qu'elle ne supporte pas qu'on conteste.
Attention, la justice, qui n'est pas un pouvoir de notre Constitution mais une autorité, se comporte parfois comme un pouvoir. "La bonne politique, c'est ça. La politique vertueuse, c'est ça." Ca peut créer des tensions dans la société.
Vendredi, le Conseil constitutionnel a dit qu'il fallait que les juges pensent à la manière proportionnée de rendre leur verdict pour ne pas créer de troubles à l'ordre public. La présidente du tribunal dit "dans la recherche de consensus, nous allons prononcer ces peines". C'est quoi, le consensus?
Eviter qu'il y ait des gens qui manifestent contre la justice. - C.Roux: On se souvient du "Mur des cons". - C.Barbier: Quand un syndicat de la magistrature procède ainsi, où il s'affiche dans des réunions politiques...
On lui reproche d'être allé à la Fête de l'Humanité. - J.Fourquet: Dans l'électorat de droite et du RN, vous avez un discours qui va monter: "c'est une justice à 2 vitesses entre les racailles de banlieue qui ne sont pas punies"... "Il y a X faits divers où on voit un pedigree d'un individu condamné long comme le bras, et on se demande pourquoi il est dehors...
Et en revanche, des responsables politiques sévèrement punis." Ce discours va être servi à satiété. - C.Roux: A gauche, on va entendre "on a une droite qui réclame plus de fermeté de la justice, la voici et vous la contestez quand elle s'applique à vous." Nous revenons à vos questions.
Question. - C.Cornudet: Il y a une différence entre la condamnation, même sévère, et la décision qui aboutit à enlever un candidat d'une élection majeure.
C'est autant cette différence...
Tout le monde s'attendait à ce qu'elle soit condamnée. Mais là, cette exécution provisoire, inéligible tout de suite sans appel suspensif possible, ça crée pour beaucoup une incursion du juge dans la carte électorale. - C.Roux: Question. - C.Barbier: Il ne faut pas opposer les deux.
Le droit des juges est issu de la loi. La loi est issue de ces élections et des urnes. C'est le même cycle démocratique.
Il ne faut pas que la justice prête le flanc à cela. Kim Jong-un parasitant les élections...
Quand H.Emmanuelli avait été condamné dans une affaire, il avait démissionné de ses mandats pour provoquer une élection. Ce n'est pas une bonne attitude.
On ne peut pas opposer les 2, sinon on rentre dans un conflit qui n'est pas possible. Montesquieu ne parle pas de séparation des pouvoirs, mais d'équilibre des pouvoirs. C'est cet équilibre qui est perturbé.
Est-ce que la justice n'a pas eu la main trop forte? Quand des élus Condamnés se font réélire pour montrer qu'ils sont plus forts que les juges, l'équilibre est faussé dans l'autre sens. - C.Roux: Question. - P.-S.Fort: Ca ne va rien changer.
Elle ira en appel et on verra si la peine est confirmée. Comme elle a été condamnée avec exécution provisoire, le verdict restera inchangé. - C.Roux: Si elle concourt à de nouvelles élections, elle ne pourrait pas se représenter. - C.Barbier: L'appel est suspensif pour la peine de prison.
Elle ne portera pas de bracelet électronique la semaine prochaine. - C.Roux: Elle a fait appel pour se donner du temps...
On attend sa première réaction. Question. On en parlait à l'instant.
Question. - C.Barbier: C'est une vraie possibilité.
Déposer une motion de censure, c'est compliqué. La gauche ne vote que rarement les motions de censure déposées par le RN, même jamais. Si LFI dépose une motion de censure dans les semaines qui viennent sur le conclave sur les retraites...
Le RN pourrait dire qu'ils ont réfléchi...
Ils ont fait monter la pression sur une censure possible sur des thèmes variés, comme le plan pluriannuel sur l'énergie. Est-ce une menace préalable à une censure de Bayrou? - J.Fourquet: Ce qu'on avait dit au moment de la censure du gouvernement Barnier, c'était que le RN voulait provoquer le chaos politique pour être dans une course de vitesse pour provoquer des élections...
Un scénario à la Trump...
Une fois que M.Le Pen serait élue, ils mettraient les juges devant leurs responsabilités. A partir du moment où la décision est tombée, la décision de provoquer le chaos en s'associant à une motion de censure... - C.Cornudet: Il y a plus d'intérêt à une élection présidentielle... - C.Roux: Question. - C.Barbier: La grâce, c'est quand il y a une condamnation définitive.
Il fallut pour cela qu'elle ne fit pas appel aujourd'hui. "J'accepte ma condamnation. Je vais aller en prison, mais je demande la grâce au président." C'était passer la patate chaude à l'Elysée.
Je ne sais pas ce qu'il aurait fait. - C.Roux: Question. - C.Cornudet: C'est le grand risque de ce débat polarisé qui risque de s'installer en France comme aux Etats-Unis.
En plus, comme maintenant on n'est plus sûrs qu'il y a forcément un candidat RN au second tour de la présidentielle, ça peut ouvrir le jeu pour la présidentielle. Beaucoup se disent qu'ils peuvent y aller. - C.Roux: Bonsoir, A.-E.Lemoine. - A.-E.Lemoine: Edition spéciale de "C à vous" consacrée à la sanction pour M.Le Pen.
Marine Le Pen