Les bals traditionnels veulent "éviter toute récupération politique, notamment en termes de repli régional, identitaire"
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Questions et réponses
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De quoi parle-t-on ?
- 2:01OuverteRéponse directe
C'est quoi un bal trad ou un bal folk ?
- 3:00OuverteRéponse directe
On va y revenir sur cette modernisation.
- 3:46OuverteRéponse directe
Les musiques de France, un répertoire solide ?
- 5:08OuverteRéponse directe
Sur cette notion de collectage.
- 6:23OuverteRéponse directe
Le côté transgénérationnel des bals.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:33InvitéFait
« Alors un bal trad ou un bal folk, je dirais que c'est un bal populaire contemporain où on danse des musiques de tradition orale, joué en direct par des musiciens. »
- 2:38InvitéFait
« Et puis c'est surtout au milieu des années 70, au début des années 70, qu'il y a des collecteurs, des musiciens, des danseurs, des chercheurs. »
- 4:01InvitéFait
« Répertoire solide, oui et non, parce que parfois c'est très fragile tout ce qui est tradition orale. »
- 5:28InvitéFait
« Oui, c'est vraiment grâce au collectage qu'on peut quand même aujourd'hui avoir autant de sources et de traces des musiques, et aussi des danses. »
- 8:50InvitéFait
« L'idée, c'est évident qu'aujourd'hui, qu'est-ce qu'on appelle tradition ? »
- 10:13InvitéFait
« C'est sur l'ancienne ferme de mes grands-parents et c'est une aventure, on va dire, incroyable. »
- 10:24InvitéFait
« La création collective de nos rêves de danse. »
- 11:32InvitéFait
« Sur le fond, pas tellement. C'est-à-dire que ces rencontres, c'est arriver à, on va dire, à se connecter. »
- 18:21InvitéFait
« C'est un sujet important pour nous en tout cas d'éviter justement toute assignation et toute récupération politique notamment par rapport à ce qu'on peut voir monter en termes de replis régional, identitaires. »
- 19:03InvitéFait
« L'histoire du mouvement folk en France et l'histoire de notre fédération elle vient de l'éducation populaire, elle vient du patrimoine immatériel. »
- 19:38InvitéFait
« Certains de nos adhérents ont été approchés sans le savoir parce que c'est tellement insidieux que parfois on a du mal à savoir que derrière c'est en effet un milliardaire qui finance ou qui va venir financer en philanthropie ces fêtes populaires. »
- 22:10InvitéFait
« Bien évidemment, on a au centre des rencontres cinq grands chapiteaux qui sont montés sur lesquels on danse toutes les danses qu'on a évoquées tout à l'heure et on a ce qu'on appelle la roulotte du consentement. »
Temps de parole
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- Invité 315 %
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France Inter, Alexis Morel, le 6-9. En plein cœur de l'été, il y en a forcément un organisé près de chez vous.
Le premier mois de l'an, que donnerais-je à ma mille ? Le premier mois de l'an, que donnerais-je à ma mille ?
Et nous voilà directement plongés dans l'ambiance des baltrades, ces fêtes de danse et de musique traditionnelle. Ils foisonnent partout en France, de la Bretagne à l'Occitanie en passant par l'Auvergne, séduisent les nouvelles générations au son de l'accordéon, de la vielle, mais aussi désormais des bits électro. Bref, un vrai renouveau, un phénomène même qui méritait qu'on s'y arrête quand même. Ce matin, grâce à nos invités, vous allez tous avoir du quadrille occitan, de la bourrée auvergnate ou encore de la branle du Poitou. Avec nous ce matin, Aliette Delalleux, bonjour.
Bonjour.
Vous êtes journaliste à France Musique, productrice de l'émission Planète Okora et Alban Cogrel, bonjour à vous. Bonjour. Directeur de la Fédération des Danes et Musiques Traditionnelles. Et puis l'organisateur d'un festival nous rejoindra dans quelques minutes. Et chers auditeurs, chers auditrices, bien sûr, si vous êtes amateurs, pratiquants de baltrades, venez partager vos expériences à l'antenne au 01 45 24 7000 et via l'appli Radio France. Alors d'abord, Alban Cogrel, de quoi parle-t-on ? Alors j'ai peut-être un peu aligné les clichés dans mon introduction. C'est quoi un baltrade ou un bal folk ?
Alors un bal trad ou un bal folk, je dirais que c'est un bal populaire contemporain où on danse des musiques de tradition orale, joué en direct par des musiciens. Et puis on y retrouve en fait dans ces bales, des danses de cercle, en chaîne, en couple, en ronde. Voilà, il n'y a pas besoin de danser. On apprend en dansant, on apprend avec les autres. Et puis c'est des espaces de culture, de participation. On ne vient pas pour regarder un spectacle. On peut en tout cas regarder un spectacle. Mais on vient aussi pour fabriquer vraiment un moment collectif ensemble.
Et alors ça puise dans quelle racine, dans quelle origine plutôt rurale, de fête de village ?
Alors on pourrait avoir cette idée que les baltrades viennent plutôt, on va dire, d'espaces ruraux. Mais ce n'est pas forcément le cas. D'ailleurs, il y a une super émission sur LSD, la série documentaire sur le Denflor en ce moment. La première émission requalifie justement ces moments d'histoire. Et on ne peut pas forcément les qualifier que d'espaces ruraux. Disons que c'est des danses populaires qui existent depuis des siècles. Chaque territoire possédait ses danses, ses chants, ses instruments, manière de faire la fête. Et puis c'est surtout au milieu des années 70, au début des années 70, qu'il y a des collecteurs, des musiciens, des danseurs, des chercheurs.
Et puis un certain nombre d'associations qui sont regroupées au sein de notre fédération, qui ont enregistré les anciens, qui ont réappris ces répertoires, recréé ces bales et qui ont reconstruit en fait à partir de ces héritages, une pratique éminemment contemporaine aujourd'hui. Donc on n'est pas forcément sur la reconstitution, on est bien sur des traditions très vivantes.
Et on va y revenir justement sur cette modernisation aussi. Vous le disiez, ce sont des danses de groupe qui sont assez codifiées. On ne fait pas n'importe quoi, il y a des rythmes, il y a des tempos différents.
Exactement, il y a des rythmes, il y a des tempos en fonction des différentes danses qui sont proposées au sein de ces bales. Donc on ne va pas forcément retrouver les mêmes danses et les mêmes rythmes qu'on soit en Bretagne ou qu'on soit sur l'ère culturelle occitane ou qu'on soit en Auvergne. En effet, on va retrouver plutôt la bourrée en Auvergne. Enfin même si aujourd'hui, même si les répertoires circulent et les groupes bougent, on retrouve quand même des typologies ou des spécificités en fonction des différents patrimoines des musiques de France, on va dire ça comme ça.
Alors justement, les musiques de France, les musiques régionales, je ne sais pas comment vous les appelez, Aliette de Lalleux, à l'origine, tout ça s'appuie quand même sur un répertoire solide. C'est ces musiques traditionnelles partout en France, un répertoire qui a pu traverser les générations ?
Répertoire solide, oui et non, parce que parfois c'est très fragile tout ce qui est tradition orale. En fait, il y a très peu de partitions qui ont été écrites sur ces musiques-là, ces chants, ces danses. Donc il y a aussi beaucoup de musiciens, un peu à toutes les époques et encore aujourd'hui, qui parfois vont juste utiliser un poème et écrire une mélodie. Donc en fait, parfois dans les baltrades et la plupart du temps, on a des musiques très contemporaines en fait, qui sont écrites par des gens qui sont sur scène. C'est ça aussi qui est intéressant, c'est qu'en fait, on n'a pas non plus un grand répertoire figé dans le passé qu'on est en train de jouer.
Mais il y a aussi ça, il y a aussi plein d'artistes qui vont s'intéresser à des très anciens textes et très anciens collectages, notamment je pense dans le Niver-Némorvant à Achille Millien, qui était un grand collecteur qui notait absolument tout, y compris les partitions, les notes, les textes, toutes les versions. Et ce qui fait qu'en fait, ça donne à la fois une source immense pour les artistes de recréation, parce que ce n'est pas toujours intéressant de jouer ce qui existe depuis 200 ans, même si c'est génial.
Mais c'est ça aussi le côté renouveau, c'est qu'on s'en empare, les artistes s'en emparent, et puis ensuite peuvent en faire ce qu'ils veulent et pouvoir vraiment redonner vie et un sens à toutes ces musiques-là.
Alors vous avez utilisé le terme tous les deux à deux reprises, alors il faut peut-être qu'on s'arrête là-dessus, sur cette notion de collectage ou de collecteur, parce que c'est grâce à ça qu'on a réussi aussi, à traverser les générations, à perpétuer cette tradition. C'est ça, Aliette Delalleux, c'est-à-dire des gens, des associations à maillage très fin qui ont préservé ces musiques.
Oui, c'est vraiment grâce au collectage qu'on peut quand même aujourd'hui avoir autant de sources et de traces des musiques, et aussi des danses, parce qu'il y a eu des collectages vidéo faits, alors évidemment il n'y a pas si longtemps que ça. Et le collectage, ça a plutôt commencé en Bretagne, au début du 19e siècle environ, après c'est toujours difficile de retrouver les traces exactes, et ça continue en fait. Il y a encore aujourd'hui des associations comme d'Astume en Bretagne qui continuent en fait d'aller collecter les plus anciens, les plus anciennes, qui se souviennent peut-être d'une mélodie, du grand-père, de la grand-mère.
Et je pense que ce qui est intéressant, c'est à la fois tous ces objets collectés, des récits, des contes, des légendes, des musiques, des danses, et c'est aussi le lien qui se fait de transmission, parce que c'est aussi quand même de la transmission orale, de génération en génération, et des plus jeunes qui vont aller voir des plus anciens. Donc il y a un acte dans le collectage qui est très beau, de partage et de transmission.
Alors là, on en vient justement à un des points forts, si je puis dire, de la pratique, à le Banco-Grêle, les plus jeunes et les plus anciens. C'est ce qui frappe quand on va à un baltrade, quand on regarde un baltrade, on est frappé par le côté transgénérationnel. On a vraiment des grands-parents qui dansent avec les plus jeunes. Vous êtes finalement l'un des rares espaces à pouvoir encore faire ça aujourd'hui.
En effet, c'est un des rares espaces. On retrouve en effet une dimension très intergénérationnelle, avec en effet des familles, des étudiants, des plus anciens, parfois qui n'ont jamais pratiqué, mais qui arrivent dans la pratique, et des plus jeunes qui n'ont jamais pratiqué, qui arrivent à travers un premier bal et qui en reviennent. Et en effet, on trouve ça de manière très vif et très fort dans l'expérience que propose le bal. Et ça, c'est très puissant. Et je pense que c'est ce que, dans les imaginaires et les représentations, en tout cas dans le fait que les gens viennent pour la première fois, c'est ça qui saute aux yeux.
Et un endroit, ou des endroits en tout cas, qui sont liés aussi à... Je ne sais pas si c'est un système de valeurs, mais en tout cas, à des manières aussi de penser l'hospitalité, l'accueil, le rôle du collectif, la question de permettre à chacun de participer à cette vie culturelle, à travers la pratique de la danse, et puis à des espaces aussi de qualité de relation, j'ai envie de dire. Donc on retrouve un peu tout ce bouillonnement-là, qui est très très fort en fait dans les baltrades, et qui s'est affirmé, consolidé ces dernières années.
Et vous le disiez, c'est aussi un terrain d'expérimentation musicale. On ne reste pas bloqué sur des musiques des siècles derniers. Il y a de l'électro, il y a des mélanges avec des musiques actuelles. On va en écouter un exemple avec le groupe Turfu. Ça, c'est un exemple parmi d'autres. Alban Cogrel, on parle plus seulement de musique régionale. Vous vous ouvrez aussi aux musiques du monde, aux musiques des diasporas. C'est aussi ça l'idée ?
L'idée, c'est évident qu'aujourd'hui, qu'est-ce qu'on appelle tradition ? Et derrière tradition, il y a justement des questions d'identité, de relation, comme le dit Édouard Glissant. Et donc, du coup, l'idée, ce n'est pas forcément de s'enfermer dans des répertoires qu'on peut parfois essentialiser pour souligner, en effet, la vitalité de ce que disent et ce que racontent les héritages de la France qu'on connaît aujourd'hui.
Donc, c'est vrai que le travail qu'on fait, nous, et qu'on porte à la Fédération, est bien de pouvoir encastrer à la fois de ce que disent et ce que racontent les musiques dans France, des musiques, des traditions de France, historiquement, et ce qui a pu pouvoir construire le mouvement folk à travers ces répertoires, ces traditions et ce collectage. Et puis, en même temps, les musiques de l'exil, des migrations qui disent et qui racontent aussi à travers leurs traditions beaucoup de choses de ce que sont nos héritages de cette France du divers qu'on connaît. Et donc, ça, c'est important pour nous.
Oui, je crois que vous avez plus de 200 adhérents au sein de la Fédération aujourd'hui. Il y a un vrai maillage partout en France. Exemple ce matin avec le Grand Bal de l'Europe qui est organisé dans un petit village de l'Allier Gentine. Depuis, je crois, plus de 35 ans, il a lieu en ce moment et jusqu'à vendredi. Et vous en êtes le fondateur, Bernard Coquelet. Bonjour. Oui, bonjour. Alors, racontez-nous cette aventure. C'est une aventure née au début des années 90, je crois, sur votre terrain agricole, dans votre propriété.
C'est sur l'ancienne ferme de mes grands-parents et c'est une aventure, on va dire, incroyable. La création collective de nos rêves de danse. Et là, on a aujourd'hui plus de 50 pays qui viennent danser à Gentine. Je dirais de la Russie à l'Ukraine, de la Chine aux Etats-Unis, d'Australie, de Nouvelle-Zélande. Et j'aime imaginer que les Russes ont dansé avec les Ukrainiens et que les Américains ont dansé avec les Chinois. La danse représente plus que la danse pour nous. C'est un espace où il y a de l'écoute, il y a de l'attention, il y a de la considération pour l'autre. La danse, en fait, la danse, c'est jamais jeu. La danse, c'est nous.
Et tout ce qui a été dit avant, évidemment, on y adhère. Mais quand, par exemple, on a collectivement appris, on parlait tout à l'heure d'une bourrée d'Auvergne ou d'un foro du nord-est du Brésil, après, on ne croise plus les gens de la même façon. On a maîtrisé ensemble un mouvement et on a réussi des choses. Alors, qu'est-ce qui vous frappe, vous,
en bientôt quatre décennies de festivals chez vous dans l'Allier ? Qu'est-ce qui a changé ? Comment vous avez vu les choses évoluer ?
Sur le fond, pas tellement. C'est-à-dire que ces rencontres, c'est arriver à, on va dire, à se connecter, pour utiliser un mot, à la mode dans notre milieu. Et il n'y a pas tellement d'autres arts où on peut, en deux minutes, avoir quelqu'un dans ses bras. Vous allez au cinéma, vous ressortez tout seul, vous ressortez tout seul, vous allez au théâtre, même si c'est intéressant, vous ressortez seul. Ici, vous arrivez, vous existez pour qui vous voulez être, et en temps de la main, il y a toujours quelqu'un pour l'apprendre, et ça, ça n'a pas changé. Alors, ce qui a changé, évidemment, c'est le métissage, les goûts musicaux, la création.
Près des trois quarts R joués pour faire danser ici sont de composition récente, c'est-à-dire ces 30 dernières années. Le collectage a nourri les artistes, a nourri les musiciens, a nourri les danseurs, mais on est bien au-delà. Il y a des créations européennes en musique et des créations européennes en danse.
Alors, on va écouter un groupe qui est à votre programme, je crois, vendredi soir. C'est le groupe Plume. Aliette Delalleux, productrice à France Musique, beaucoup de participants à ces baltrades, j'ai pu le lire, racontent qu'ils atteignent quasiment parfois l'état de trance ou de lévitation grâce à certaines danses. Alors ça, ça m'intrigue. Il faut que vous m'en disiez plus.
Je ne l'ai pas encore atteint. Je ne pourrais pas parler de mon expérience personnelle. Mais oui, je pense que ce qui est intéressant et dans ce qui a été dit aussi, c'est que la recherche en effet de... Enfin, la recherche. En tout cas, on peut avoir un état de trance par la musique déjà parce qu'aujourd'hui, les artistes vont chercher musicalement à vraiment rentrer dans des boucles et on l'entend un petit peu dans les extraits. C'est quand même une musique qui est un peu répétitive. On reprend. Et très cadencée aussi parce qu'en fait, il faut que les artistes respectent aussi les pas des danseurs et des danseuses.
Donc, il y a quand même une forme de codification évidemment de la musique pour que ça puisse coller avec la danse. Et ça, ça induit forcément une espèce de répétition qui fait que très vite, on peut jouer avec ça et entrer dans la trance. Et la trance, pour moi, elle arrive aussi même si on n'est pas forcément... Enfin, c'est pas des... C'est pas extrême. Mais en fait, d'être en effet... De tous se tenir la main, de tous faire le même mouvement pendant 5, 6, 7, 8, 10 minutes, il y a quelque chose qui est assez exceptionnel. Et de ne pas connaître les gens qui sont autour de nous, mais d'être quand même tous en communion, c'est très fort ça.
Voilà, on l'a dit aussi, mais ça crée vraiment une forme de commun et de lien fort que peut-être on avait aussi un peu perdu clairement pendant la période Covid et ça peut aussi expliquer un peu cette espèce de renouveau et d'intérêt.
Ah oui, alors... Et du coup, je rebondis là-dessus sur le Covid. Alban Cogrel, vous avez survécu à la grosse coupure du Covid. Qu'est-ce que ça raconte aujourd'hui, de la France d'aujourd'hui, le succès des baltrades ?
Ce que ça raconte de la France d'aujourd'hui, le succès... Je dirais que ça raconte un besoin de... Et ça, on le voit. Alors, je ne sais pas si c'est un renouveau, mais en tout cas, la période post-Covid a confirmé et renforcé ce besoin de se retrouver et un besoin très contemporain, en fait, vraiment, de ce que propose le renouveau du baltrade. C'est aussi ça.
C'est comment est-ce que on est dans une séquence où on veut parfois moins d'écrans, moins de consommation, être dans des espaces où on se retrouve pour participer, pour peut-être moins performer, mais être plus dans du corps à corps, ce que disait extrêmement bien Bernard Coquelet à travers aussi l'image de ce qui se passe quand les gens s'invitent à danser ensemble alors qu'ils ne se connaissent pas.
Et donc, du coup, et peut-être tous ces ingrédients font un peu le succès actuel en tout cas, ou probablement qui permettent de raconter quelque chose d'une époque ou d'une envie de se retrouver dans des endroits où, justement, on se lit, on se relie et on se déconnecte un peu et on retrouve des moments où, justement, on est bien ensemble.
Et on a une auditrice, d'ailleurs Christine, qui nous écrivait tout à l'heure sur l'appli Radio France qu'elle a rencontré son compagnon en baltrade. J'imagine qu'elle n'est pas la seule. Un autre témoignage avec Agnès. Bonjour. Oui, bonjour. Je vous laisse raconter votre expérience de baltrade. Ah oui, alors moi, ça s'appelait des balfolks à l'époque parce que j'ai grandi dans les Ardennes et c'était il y a près de 40 ans maintenant et donc, voilà, on allait régulièrement avec mes parents, on allait régulièrement dans des balfolkshoriques et je confirme tout ce que j'entends depuis ce matin, c'est exactement ce que moi, je vivais à l'époque.
Donc, cette ambiance conviviale où tout le monde participe, où toutes les générations dansent ensemble et il y a, voilà, ceux qui savent après nos autres et vraiment, moi, j'en ai un souvenir formidable et quand j'ai entendu votre émission ce matin, ça m'a vraiment donné envie de rechercher où il y avait encore ce genre de festivité et je suis ravi que ça se perpétue et j'invite vraiment tous les gens qui ne connaissent pas encore à y aller. C'est vraiment un grand moment garanti. Très bonne ambiance garantie. Eh bien, merci Agnès. En tout cas, belle publicité pour la pratique. Vous disiez, je recherche s'il y en a vers chez moi.
Pour le coup, à le Banco Grêle, aujourd'hui, il y en a un peu partout. Toutes les régions sont concernées. Je le disais, il y a 200 structures qui adhèrent à votre fédération en augmentation constante.
Exactement, il y a 200 structures qui ne sont pas que des organisateurs de balles. Il y a aussi des gens qui travaillent sur la transmission, l'enseignement. Il y a aussi tout le bouillonnement autour de la création avec des compagnies, des collectifs, des artistes et puis des gens qui travaillent en effet sur les sources, la collecte. Mais on peut trouver en effet assez facilement. Il y a des espaces numériques qui sont existants. Notamment, j'invite les gens à aller voir sur Agenda Trad.
Agenda Trad qui est un agenda justement qui permet de répertorier tous les événements en lien avec les balles trad ou éventuellement sur notre plateforme média qui s'appelle Modal Média qui est un espace ressource aussi sur lequel on peut retrouver beaucoup de choses par rapport à toute cette diversité.
Alors vous avez beaucoup parlé de valeurs qui sont partagées aussi lors de ces balles. Quand on parle de musique traditionnelle, de musique régionale, la tentative de récupération politique forcément n'est jamais loin. Est-ce que vous la subissez déjà ? Est-ce que vous la craignez ?
C'est un sujet important pour nous en tout cas d'éviter justement toute assignation et toute récupération politique notamment par rapport à ce qu'on peut voir monter en termes de replis régional, identitaires qui sont parfois très très loin en fait de la réalité de ce que dit et ce que raconte la diversité culturelle de ce milieu et puis aussi la manière de faire relation, de faire coopération, de faire parcours d'émancipation à travers les pratiques du bal par exemple. Donc ça c'est quelque chose de très important pour nous c'est sûr à l'endroit de la fédération.
Vous vous c'est assumé, vous vous inscrivez à rebours d'une vision qu'on qualifierait de réactionnaire du patrimoine. C'est revendiqué ?
Complètement revendiqué. L'histoire du mouvement folk en France et l'histoire de notre fédération elle vient de l'éducation populaire, elle vient du patrimoine immatériel, elle vient de l'identité relation au sens de la question de la diversité et de la créolité. Donc du coup le plein on va dire et l'histoire qu'on raconte est complètement à rebours de ce qu'on peut entendre parfois et ce qu'on entend beaucoup ou ce qu'on a beaucoup entendu à travers les plus belles fêtes de France. Alors voilà les plus belles fêtes de France
j'allais y venir ce label qui est notamment financé par le milliardaire d'extrême droite Pierre-Edouard Sterrin est-ce que certains de vos adhérents ont été approchés par ce label ?
Certains de nos adhérents ont été approchés sans le savoir parce que c'est tellement insidieux que parfois on a du mal à savoir que derrière c'est en effet un milliardaire qui finance ou qui va venir financer en philanthropie ces fêtes populaires donc on y est attentif en tout cas et on essaye en effet d'éviter justement de tomber dans ces récupérations qui correspondent complètement qui est diamétralement opposé même aux valeurs et aux enjeux qu'on défend.
Alors il y a un autre enjeu aussi c'est celui si je devais le résumer de danser après MeToo vous l'avez dit ce sont des balles où on se rencontre très rapidement on fait connaissance très rapidement on est forcément proche on se touche qu'est-ce que MeToo a changé à ça Aliette Delaloe est-ce qu'aujourd'hui c'est si je puis dire intégré par les organisateurs ?
oui c'est vraiment au coeur des baltrades dans la plupart des organisations des festivals et des collectifs qui en organisent et ce qui fait qu'il y a eu pas mal d'actions mises en place bon ça passe de l'affichage jusqu'à vraiment des actions même concrètes et vivantes je pense au collectif matière vivante notamment qui fait un travail là-dessus et qui sensibilise et c'est à la fois de dire que danser avec quelqu'un on a le droit de refuser de partir à tout moment d'être mal à l'aise à un moment donné de pouvoir juste communiquer simplement avec la personne en face sur ce qu'on apprécie ou pas il faut vraiment que ça reste un bon moment pour tout le monde donc ça c'est l'enjeu et après il y a aussi peut-être que c'est venu aussi avec cette idée de ce qu'on appelle un peu de dégenrer le bal c'est-à-dire que en fait on peut danser avec n'importe qui on peut venir habiller comme on veut et c'est ça aussi qui est fort c'est cette inclusion qui est poussée vraiment partout et on est censé pouvoir
ça peut être aujourd'hui un support d'expression féministe par exemple oui
complètement expression féministe expression queer et c'est aussi intéressant parce que quand on regarde dans le passé parce que c'est souvent intéressant de voir aussi ce qui se passait c'est que les hommes dansaient la bourrée ensemble alors c'était pas une danse de contact mais en fait les hommes dansaient ensemble il n'y avait aucun problème donc c'est quand même une forme de continuité aussi de ces danses là qui étaient pratiquées de manière très ouverte et où tout le monde était plus ou moins le bienvenu parce que les femmes parfois n'avaient pas toujours le droit de danser la bourrée mais ça c'est aujourd'hui c'est vraiment loin derrière
Bernard Coquelet au Grand Balle de l'Europe aujourd'hui c'est une préoccupation il y a une vraie prise en compte de cette question du consentement sur la piste de danse
bien évidemment on a au centre des rencontres cinq grands chapiteaux qui sont montés sur lesquels on danse toutes les danses qu'on a évoquées tout à l'heure et on a ce qu'on appelle la roulotte du consentement qui a été mise en place par plusieurs de nos adhérents vraiment très motivés et pour remonter sur ce qu'on a dit tout à l'heure le terme de traditionnel Argentine on l'emploie depuis plus de 30 ans je préfère parler des yeux qui brillent plutôt que de parler de tradition ou de n'importe quel personnage qui n'aurait pas sa place ici puisque les fondamentaux chez nous c'est la diversité c'est réellement une richesse dans tous les sens du terme et donc la culture du consentement évidemment puisque en plus chez nous on peut se toucher donc ça se résume à l'écoute envers les autres l'attention et la considération alors on a une équipe qui fait de la sensibilisation on a une centaine de livres et de BD avec plus de 10 personnes qui sont là pour aider à entrer en conversation on a une cellule écoute avec des gens dont c'est le métier ou quand on a eu des aventures malheureuses on peut aller partager et on prend en charge et on a une cellule qui prend en charge les les personnes qui ont été indélicates et ça effectivement c'est aujourd'hui les notions là n'existaient pas
c'est prévu et c'est intégré dans les festivals merci beaucoup à tous les trois le mot de la fin à une autre auditrice Emmanuelle qui nous écrit attention le mot trad ne signifie pas traditionnel au sens traditionnaliste il n'y a aucun esprit traditionnaliste on a un esprit ouvert je crois que c'est ce qu'on a bien entendu grâce à nos trois intervenants Bernard Coquelet au Grand Ball de l'Europe qui se poursuit jusqu'à ce week-end merci aussi à Aliette Delalleux et Alban Cogrel et puis on se quitte en musique ça c'est Génération Y le titre du Beat Bouette Trio qui se poursuit