Jean-Michel Loyer-Hascoët et Sophie Jugie : "C'est la fin d'une très belle aventure collective"
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Bonjour Jean-Michel Loyer-Ascouette. Vous dirigez le Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France.
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Ça y est Sophie Jugy, vous avez récupéré vos deux statues ?
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C'est un moment d'appréhension quand vous rendez les statues Jean-Michel Loyer-Ascouette ?
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Et vous aimez voir la réaction des personnes qui les récupèrent pour voir leur émerveillement ?
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Et justement, là vous qui les avez vues, ces statues, elles sont comment ?
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C'était quoi le problème d'ailleurs avec ces statues ?
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« Elles ont été pendant 250 ans à l'extérieur et en fait, on s'était assez mal rendu compte qu'elles avaient gardé les traces, en particulier de lichen et de traitements anciens qui avaient été appliqués, qui n'étaient pas très très doux. »
- 1:45PrésentateurChiffre
« Ça nous a pris beaucoup de temps parce qu'il y a eu une phase d'études. Et le nettoyage, c'est de plusieurs mois, cinq ou six mois en fait. »
- 2:52PrésentateurChiffre
« Un millier d'œuvres passent à peu près dans les ateliers de restauration. »
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« On peut restaurer un certain nombre de choses, mais ça ne veut pas dire restituer systématiquement. »
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Deux chefs-d'oeuvre de Michel-Ange vont dans quelques jours retrouver leur place au musée du Louvre, les esclaves des statues sculptées par le maître italien au début du XVIe siècle. Elles viennent de retrouver une seconde jeunesse après être passées entre les mains des experts du Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France, centre que vous dirigez Jean-Michel Loyer-Ascouette. Bonjour. Bonjour. Et bonjour également à vous Sophie Jugy. Vous êtes la directrice du département des sculptures du Louvre. Ça y est Sophie Jugy, vous avez récupéré vos deux statues ? Oui, c'est la fin d'une très belle aventure collective.
C'est un moment d'appréhension quand vous rendez les statues Jean-Michel Loyer-Ascouette ?
Non, c'est un moment de satisfaction pour l'ensemble des équipes qui ont pu approcher les chefs-d'oeuvre.
Et vous aimez voir la réaction des personnes qui les récupèrent pour voir leur émerveillement, voir si elles sont satisfaites ?
Tout à fait, mais on a plusieurs étapes dans le cadre de la restauration où on se rencontre effectivement et où on constate l'effet des restaurations.
Je dirais qu'on est émerveillées à chaque étape. Quand on a nettoyé, quand on a fait les retouches. Et justement, là vous qui les avez vues, ces statues, elles sont comment ? Il y a une vraie différence si c'est le jour et la nuit ? Elles sont beaucoup plus propres, effectivement déjà. Et puis un certain nombre d'anciens dégâts du temps ont été corrigés. Et je te dirais, centimètres carrés par centimètres carrés, ça fait une très belle différence. C'était quoi le problème d'ailleurs avec ces statues ?
Elles ont été pendant 250 ans à l'extérieur et en fait, on s'était assez mal rendu compte qu'elles avaient gardé les traces, en particulier de lichen et de traitements anciens qui avaient été appliqués, qui n'étaient pas très très doux. Donc il y a eu un grand nettoyage et puis traitement de tout ça. Et on retrouvait un marbre assez blond et tout à fait étincement. Et ce nettoyage a duré combien de temps ? Ça nous a pris beaucoup de temps parce qu'il y a eu une phase d'études. Et le nettoyage, c'est de plusieurs mois, cinq ou six mois en fait. Je vais revenir vers vous Sophie Jugy, mais là je m'adresse maintenant à Jean-Michel Loyer-Ascouette. Comment vous faites pour restaurer ces œuvres ?
Est-ce que c'est un travail très difficile ? Comment vous choisissez les œuvres que vous restaurez ? Comment ça se passe ?
Alors en fait, l'ensemble des musées nationaux et territoriaux s'adressent à nous avec des interrogations. Donc en fait, au regard de ces interrogations, on propose soit des analyses, des études et puis effectivement...
Vous ne pouvez pas dire oui à tout ?
Non, malheureusement non, mais globalement on arrive à satisfaire ou à orienter vers d'autres centres de restauration. Et donc c'est vraiment un dialogue continu avec les équipes du musée et avec les équipes soit de chercheurs, soit de restaurateurs du C2RMF.
Et c'est pour quel genre d'œuvres ? Là on n'a pas les sculptures, mais j'imagine qu'il y a des tableaux aussi. Mais ça peut être des tentures, de la vaisselle, des bijoux, un peu de tout ?
Peinture, objets d'art, archéologie, beaucoup. Mais voilà, ébénisterie, dorure, voilà.
Et vous en réparer combien chaque année ?
Et les textiles. Un millier d'œuvres passent à peu près dans les ateliers de restauration. Alors il y a aussi des œuvres qui passent dans les laboratoires, mais qui ne font pas l'objet de restauration. Uniquement pour augmenter la connaissance. Et comme on le fait au travers des restaurations, mais simplement il n'y a pas forcément un besoin de restauration.
Et il y a des restaurations qui sont rapides, qui peuvent se faire en quelques semaines ou pas, non ?
Alors quelques-unes, alors il y a notamment en peinture ce qu'on appelle un bichonnage, pour des nettoyages ou des remises à net, pas trop difficiles. Mais globalement, celle-là, on évite d'utiliser nos ateliers pour le faire, effectivement.
Et comment vous procédez pour les œuvres qui sont plus abîmées, qui ont besoin d'un travail plus délicat ? Vous avez, j'imagine, des machines de dernière génération, nouvelles technologies à gogo, des choses comme ça ?
Ce n'est pas tellement pour la restauration elle-même, même si on utilise, par exemple, pour la pierre, on peut utiliser le laser. Mais c'est surtout pour les analyses, où là, on utilise effectivement les dernières technologies, enfin même qui datent un peu, enfin elles ne sont pas toutes nouvelles. Mais on se tient avec nos partenaires européens et le monde académique ou le CNRS qui participent au sein de nos murs à avoir les meilleurs outils pour analyser la composition des matériaux du patrimoine.
Mais ça veut dire qu'ensuite, la restauration en tant que telle, voilà, c'est des gestes illuables qui sont en ancien.
Cette information nourrit la restauration. D'ailleurs, il peut y avoir parfois en cours de restauration un retour en analyse parce qu'on découvre quelque chose. En fait, les matériaux du patrimoine sont toujours avec un lot de surprises.
Sophie Jugy, je rappelle que vous êtes la directrice du département des sculptures du Louvre. Comment vous faites, vous, pour décider que telle ou telle oeuvre a besoin d'être restaurée ? Ça se fait sur quels critères ? Comment vous choisissez parmi les milliers, les milliers, les milliers d'oeuvres du Louvre ? En fait, c'est un travail qui est tout à fait ordonné. Le rôle des conservateurs, c'est justement d'avoir un oeil sur l'état de la collection et de faire des priorités. Alors, il y a le cas où quelque chose s'est passé, des insectes ont attaqué le bois. Des insectes ? Oui, ça peut arriver.
Ce n'est pas parce que les oeuvres sont dans les musées que ça ne se passe pas comme ailleurs dans le monde. Parce que les oeuvres sont poussières. Donc, il y a toutes sortes de raisons qui font qu'on peut avoir à intervenir pour corriger des dégâts. Mais on a aussi des projets pour les oeuvres, des projets d'exposition, des projets de nouvelles présentations. On peut aussi parler des projets de rénovation de musées où on a toute une méthode de constat d'état pour préparer la remise à niveau de la collection. Voilà, donc on procède de cette façon-là. Et c'est plutôt pour les oeuvres qui sont exposées ou ça peut être aussi pour les oeuvres qui sont en réserve ?
Majoritairement pour les oeuvres qui sont exposées. Parce que quand même, la plupart des oeuvres vraiment importantes sont exposées dans les réserves. Il ne faut pas non plus faire rêver nos auditeurs. Il peut y avoir des choses importantes, mais quand même elles sont exposées. Donc, il s'agit vraiment de permettre aux oeuvres d'être au mieux. Et puis, ce que disait Jean-Michel Ascouat, c'est aussi ce lien avec la recherche. Nous avons aussi des programmes de recherche. Et la restauration est le moment idéal aussi pour aller explorer un peu les secrets de la matière. Parce qu'on les a vraiment devant les yeux, vraiment. Jean-Michel Ascouat, est-ce qu'on peut tout réparer ?
Alors, on peut restaurer un certain nombre de choses, mais ça ne veut pas dire restituer systématiquement. Il y a aussi l'histoire matérielle de l'oeuvre qui témoigne aussi de l'histoire de l'oeuvre d'art.
Mais on ne va pas remettre des bras à la Vénus de Milo, par exemple.
Ce ne serait pas forcément opportun. Mais bon, par exemple, sur Charles V et Jeanne de Bourbon, qui sont actuellement des statues du XIVe, qui sont dans les ateliers de restauration, eux, leurs attributs, leurs ont été réattribués au XIXe siècle, après en avoir été amputés à la Révolution.
Et c'est quoi le cauchemar du restaurateur ? Est-ce qu'il y a vraiment des pièces qui sont plus compliquées que d'autres ?
Il faudrait demander aux restaurateurs eux-mêmes, je pense. Mais disons que l'histoire matérielle des oeuvres conduit parfois à, par exemple, une peinture, à avoir un certain nombre de repeints, qui fait qu'on arrive, on a du mal à déterminer ce qui reste de la peinture originelle. Donc, quelle est l'étape que l'on conserve, etc. Mais ça, c'est des choix qui ne sont faits pas par le seul restaurateur, mais par un conseil scientifique qui est ad hoc avec les musées.
Oui, il y a des discussions, bien sûr, entre vous et les musées régulièrement. Merci Jean-Michel Loyer-Ascouette, vous dirigez le Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France. Merci à vous Sophie Jugy, directrice du département des sculptures du Louvre. Le Louvre qui va donc récupérer l'esclave mourant et l'esclave rebelle, un de statut de Michel-Ange, qui seront de nouveau exposés au public à partir du mercredi 23 mars. C'est bien ça ? C'est bien ça. Merci à tous les deux.