"Je finis ma carrière comme je l'ai commencée : dans l'humanitaire" : Véronique, sage-femme "de rue"
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Chapitres
Questions et réponses
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C'est rassurant ? Vous avez vécu le naufrage ?
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J'essaye de venir à peu près une fois par semaine.
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Ça me permet aussi de repérer des femmes enceintes qui n'ont aucun suivi de grossesse.
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Très souvent, les femmes que je retrouve ici ont des grossesses déjà bien avancées et c'est un peu urgent quand même d'organiser leur suivi de grossesse.
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Vous êtes à combien de semaines maintenant ?
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Le moral, ça va quand même ? Un peu ? Un peu ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Oui, en 2019, les 30. »
- 2:57InvitéFait
« Oui. En 2019, le 30. »
- 4:13PrésentateurFait
« Voilà, ça fait six ans que cette dame est en France. »
- 4:24PrésentateurFait
« c'est pas rare que certaines femmes confient se donner à la prostitution pour gagner quelques sous. »
- 4:34PrésentateurFait
« contre le VIH. »
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Ah ben le voilà ! C'est rassurant ? Vous avez vécu le naufrage ?
Oui, en 2019, les 30.
J'essaye de venir à peu près une fois par semaine. Ça me permet aussi de repérer des femmes enceintes qui n'ont aucun suivi de grossesse. Très souvent, les femmes que je retrouve ici ont des grossesses déjà bien avancées et c'est un peu urgent quand même d'organiser leur suivi de grossesse. Pour le dernier trimestre, en effet, on inscrit toutes les mamans en maternité. Vous êtes à combien de semaines maintenant ?
Vous savez ?
D'accord, en effet, ça va être le moment de vous inscrire dans une maternité. Le moral, ça va quand même ? Un peu ? Un peu ? Vous êtes toutes seules ?
Non ?
On va aller voir les mamans qui installent leur tente là devant la piscine. Il n'y a plus de tente ? Il y a une interdiction ou quoi ? Excusez-moi ? Bonjour. Avant, il y avait plein de familles qui dormaient ici sous la tente.
Oui, ils ont été relogés, je crois, j'espère pour eux. Mais en tout cas, ils ne sont plus là. Ils ne sont plus là ?
Depuis quand ?
Je crois depuis deux jours.
Depuis deux jours ?
Oui, depuis deux jours. D'accord.
Apparemment, ils ne sont plus là depuis deux jours. La police est venue ? À 23h. On va retourner place de l'hôtel de ville, on va essayer de comprendre. Je rencontre énormément de femmes qui ont un parcours migratoire. Soit elles sont primo-arrivantes, elles ont été demandeuses d'asile. Elles sont parties en province dans ce qu'on appelle un CADA. Et elles reviennent parce qu'elles ont été déboutées de droits d'asile. Elles reviennent ici à la case départ, à nouveau à la rue. Quand j'arrive ici le matin, en fait, j'ouvre les volets. Et c'est vraiment l'impression de... Et j'aperçois souvent des femmes qui attendent juste en face l'ouverture du centre. Ici, c'est... Là-bas, c'est la rue.
Ici, c'est la maison dans la rue. Donc là, on est à 21 semaines et 3 jours. Vous commencez à le sentir un peu bouger, le bébé ?
Parfois, comme je suis un peu... Le moral n'est pas bon.
C'est difficile, hein ?
Oui. Il ne bouge pas. Il est descendu dans un coin seulement. Il est arrêté, là.
On écoute un peu le bébé, là, si vous ne le sentez pas trop bouger ? Vous voulez bien ? Alors, le ventre, là, il est bien souple. Est-ce que ça lui arrive d'être très, très dur, le ventre ? Oui. Combien de fois, à peu près, par jour ?
Deux fois.
Deux fois ? Bon, ça va. Si c'est deux à trois fois, ça va. Oui. Vous avez de quoi vous protéger un peu ? De la pluie ou pas ? Ah, ben, le voilà ! C'est rassurant ?
Oui.
Oui. Et votre fille, est-ce qu'elle est au courant maintenant ?
Elle le sait ? Oui, elle le sait. Vous voyez, ma fille aussi, elle a vécu le naufrage en l'eau. Vous avez vécu le naufrage, vous ? Oui. En 2019, le 30. Et parfois, quand elle dort, elle a…
Elle a des cauchemars. Oui. Elle est aidée, elle aussi, par la psychologue de l'école ?
Oui. À cause de ça, j'étais allée voir la psychologue de l'école. Oui. Pour qu'elle puisse avoir l'autorisation de parler avec elle.
D'accord. Oui. Mon utérus, c'est bien souple. On entend bien les bruits du cœur. Voilà. Je vous laisse vous relever ? Gare de laisse pour dormir ? Oui. Vous préférez pas aller voir Utopia ? Pour essayer d'être héberger dans une famille ? Oui. Ou à l'hôpital, sinon… Il faut quand même que quelqu'un vous accompagne. Oui. Vous vivez des choses quand même difficiles. C'est vraiment… C'est pas juste un traumatisme, c'est une série de traumatismes. S'il y a une bonne nouvelle du 115, vous venez me le dire, hein ?
Oui, madame.
Merci. Prenez des petits chocolats pour votre fille. Oui. Quand elle va sortir de l'école, elle va être contente. Merci. Allez-y, prenez. Allez, voilà. On comprend qu'elle soit hors radar, puisque la première dort dans l'école où sont scolarisés ses enfants. La seconde nous a expliqué qu'avec ses deux petits, elle dort dans les bus de nuit. Voilà, elle va jusqu'au bout de la ligne et puis après, elle réveille ses enfants et elle attend un autre bus de nuit pour partir dans l'autre sens. Voilà, ça fait six ans que cette dame est en France.
Pour survivre, en fait, quand on est maman avec des enfants, sans un sou en poche, c'est pas rare que certaines femmes confient se donner à la prostitution pour gagner quelques sous. Donc là, mon rôle, c'est de les orienter pour faire des dépistages et peut-être même évoquer la PrEP, qui est un traitement préventif contre le véhicule. contre le VIH. Là, on a vu récemment des tout-petits à nouveau à la rue. Voilà, des bébés de moins d'un mois. Hier, j'ai eu deux alertes d'un accueil de jour pour des tout-petits. Je suis parfois la première personne qu'elles ont rencontré en arrivant ici et où elles ont raconté un peu leur récit et leur histoire de vie. Et ça crée des liens forts.
Pour moi, c'est aussi important de voir que les familles s'en sortent. Ils ont pu trouver du travail, obtenir un titre de séjour, les enfants sont scolarisés, tout le monde va bien. J'ai besoin d'histoires comme ça pour tenir la route. Vous voyez, j'ai commencé ma carrière dans l'humanitaire et je vais la terminer dans l'humanitaire, j'ai l'impression. Sous-titrage ST' 501