"Ce n'est pas possible d'éviter les erreurs de l'IA", affirme le directeur scientifique de Renault, Luc Julia
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:46OuverteRéponse directe
Pourquoi l'intelligence artificielle n'existe pas selon vous ?
- 4:27OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qui nous garantit que l'humain reste toujours derrière les machines ?
- 5:14OuverteRéponse directe
Comment éviter les erreurs de l'IA avec des données parfois fausses ?
- 7:52OuverteRéponse directe
Les IA ne sont pas créatives, mais comment expliquer les duos fictifs d'artistes ?
- 9:08OuverteRéponse directe
Comment améliorer Siri pour les malvoyants ?
- 11:16OuverteRéponse directe
Quel est l'apport civilisationnel et culturel des machines ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:51PrésentateurFait
« L'intelligence artificielle n'existe pas, c'est celle dont, justement, on nous parle sans trop comprendre ce que ça veut dire. »
- 4:37PrésentateurFait
« C'est vraiment sûr, oui. La façon dont les machines sont faites aujourd'hui, ce n'est pas possible autrement. »
- 5:33PrésentateurFait
« Ce n'est pas possible de les éviter. »
- 6:48PrésentateurFait
« La grande partie de l'intelligence artificielle, elle est pourtant fondée sur des technologies prédictives. »
- 18:59PrésentateurChiffre
« On a le plus grand nombre de médailles Fields qui est le Nobel des mathématiques. »
- 20:02PrésentateurChiffre
« 300 millions d'euros, c'est pas mal. »
- 20:10PrésentateurChiffre
« On parle des milliards de l'autre côté. Dizaines, centaines de milliards. »
Temps de parole
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Le grand entretien de ce dimanche matin avec Marion Lourd. Nous avons le bonheur de recevoir un invité qui est ingénieur informaticien, un français dans la Silicon Valley. C'est comme ça qu'il se présente et le titre de l'un de ses livres, la Silicon Valley, où il a fait une grande partie de sa vie et de sa carrière. Il a monté plusieurs start-up, il est à l'origine de plusieurs inventions majeures. C'est un grand nom de la tech. Ses innovations, comme ses chemises à fleurs, font partie de sa légende. Il est directeur scientifique aujourd'hui de Renault Group, co-créateur de l'assistant vocal Siri. Mais ce n'est que l'une de ses inventions et on va en reparler.
Son livre « L'intelligence artificielle n'existe pas » vient d'être republié. Posez vos questions, chers auditeurs. Intervenez au 01 45 24 7000 ou sur l'application France Inter. Bonjour Luc Julia. Bonjour Marion, bonjour Ali. Et bienvenue, merci infiniment d'être avec nous. Justement, vous êtes un français dans la Silicon Valley pour dresser votre portrait à grands traits. On peut dire que vous y avez travaillé, que vous y avez inventé, que vous êtes à la fois chef d'entreprise et, d'un autre côté, l'un des grands créateurs, innovateurs, comme on dit de l'autre côté de l'Atlantique.
Il y a maintenant un an qu'on n'arrête pas de parler d'intelligence artificielle depuis qu'un robot conversationnel nommé ChatGPT s'est imposé dans nos vocabulaires, dans nos informations, sans qu'on sache toujours très précisément de quoi il est question. Et c'est en tout cas le symbole aujourd'hui de l'intelligence artificielle. L'intelligence artificielle n'existe pas pourtant, nous dites-vous. Pourquoi, Luc-Julien ? L'intelligence artificielle n'existe pas, c'est celle dont, justement, on nous parle sans trop comprendre ce que ça veut dire. Et c'est celle que j'appelle l'intelligence artificielle de Hollywood.
Donc, c'est celle des films Her ou des films Terminator, donc celle qui fait peur ou qui fait envie, peut-être. Et c'est celle-là qui n'existe pas. Celle de machines qui deviennent consciences. Exactement. Her, par exemple, qui est un robot, qui est une voix, qui est un algorithme qui devient conscient et dont on peut même tomber amoureux. Exactement. Je ne conseille pas, d'ailleurs, ça ne sert à rien. Oui, c'est platonique comme relation, mais parce que, selon vous, un algorithme ne peut pas être doué de conscience. Qu'il prenne la forme de la voix de Scarlett Johansson dans un film comme Her ou qu'il soit incarné par le soulèvement des machines comme dans Terminator. Exactement, oui.
Donc, on ne peut pas avoir des machines. On peut programmer des machines pour faire ça. Donc ça, moi, je peux programmer quelque chose qui va faire ça. Je peux programmer des robots qui tuent. Enfin, on peut faire plein de choses, mais c'est moi qui décide tout le temps. Moi ? Moi, moi, moi. Donc, celui qui les fait, qui les crée, ces machines. Il faut justement, le verbe créer est important ici. Il faut bien comprendre que les machines ne créent rien elles-mêmes. C'est-à-dire que c'est moi qui suis toujours à l'origine, quelque part, moi l'humain qui suis à l'origine de ça. Intelligence artificielle, le mot, il date... 1956.
1956, John McCarthy, informaticien, mathématicien, futur créateur d'un langage informatique, qui propose, avec Marvin Minsky, d'organiser un séminaire sur l'intelligence artificielle. Et voilà ! C'est comme ça que commence cette histoire. C'est comme ça que naît l'IA. Et le projet initial détaille, l'étude se fondera sur la conjecture que chaque aspect de l'apprentissage ou toute autre caractéristique de l'intelligence peut, en principe, être décrit avec une précision telle qu'une machine peut être fabriquée pour le simuler. Expliquez-nous ça, parce que c'est l'acte fondateur de l'IA. Qu'est-ce que ça veut dire ?
Ça veut dire qu'on va créer des machines, on va fabriquer des machines ou des systèmes qui vont simuler, et c'est là où le mot est important, ce que pourrait faire un cerveau humain. Mais en fait, ça ne date pas de 1956. Depuis la nuit des temps, l'humain essaye de simuler des choses, que ce soit le travail lui-même, c'est-à-dire des robots qui vont faire des choses de force, on va dire, ou alors simuler des choses qui ont l'air intelligentes, comme par exemple en 1642, quand Pascal a inventé la Pascaline, la première machine à calculer. Ça simulait quelque chose d'intelligent, de faire une addition ou une subtraction.
Donc on fait ça depuis très très longtemps, et ces machines, effectivement, elles ne font que simuler.
Luc-Juliet, ce que vous nous dites, vous nous l'avez dit, il y a toujours l'humain derrière, je suis toujours là, c'est moi qui pousse le bouton au fond. Qu'est-ce qui nous le garantit ? C'est vraiment sûr ?
C'est vraiment sûr, oui. La façon dont les machines sont faites aujourd'hui, ce n'est pas possible autrement. Et demain ? Demain aussi, en fait, tant que... Enfin, je ne peux pas dire demain, demain, j'en sais rien, d'accord ? Personne ne sait. Mais ce qui est sûr, c'est qu'aujourd'hui, la façon dont on utilise les mathématiques, parce que toutes ces machines sont basées sur les mathématiques, que ce soit de la logique ou des statistiques, donc c'est juste impossible qu'elles créent quoi que ce soit, parce que quand on fait de la logique, c'est nous qui mettons les règles en place, on sait exactement comment ça va se passer, et quand on fait des statistiques, on est basé sur le passé.
Et donc sur le passé, c'est nous qui décidons, c'est nous qui choisissons les données sur lesquelles on va positionner ces machines. Et donc du coup, le passé, on le connaît.
Vous parlez justement des données dans votre livre et dans vos interventions, parce que ces intelligences artificielles, elles se basent sur des données qui sont par exemple disponibles sur Internet, et sauf que ces données, il y en a beaucoup qui sont fausses. Par exemple, on peut me dire que la Terre est plate aussi sur Internet. Tout à fait. Alors comment faire pour éviter les erreurs de l'intelligence artificielle dans ce cadre ?
C'est là où ce n'est pas possible. Ce n'est pas possible de les éviter. C'est pour ça que quand on parle de Chajipiti en ce moment, et qu'on vénère Chajipiti, il faut comprendre que Chajipiti fait beaucoup, beaucoup d'erreurs. Ce qu'on appelle les hallucinations, ou ce qu'on appelle les erreurs tout court, c'est parce que c'est basé justement sur des données biaisées. Le mot est génial d'ailleurs, qu'on parle d'hallucination concernant un robot. Oui, parce que ce n'est justement pas terrible, le mot dans le sens où l'hallucination, ça fait croire à la créativité justement. Oui. Alors qu'il n'y en a pas.
Mais ce qu'il faut comprendre, c'est que c'est une sorte de mélange de ces données passées, d'accord ? Et donc ça vous ressort quelque chose qui n'est pas vraiment un truc du passé, mais qui est quelque chose dont vous avez besoin. Ce qu'il faut comprendre, c'est que ces IA, et particulièrement les IA génératives, elles vous font plaisir. Et la façon dont vous allez poser la question, vous orienter déjà la réponse. Et donc c'est pour ça que ça peut halluciner quelque chose que vous allez demander finalement. L'IA, c'est l'un des grands mythes du XXIe siècle, vous seriez d'accord pour dire ça ?
Oui, je pense qu'on peut dire ça, mais c'est aussi quelque chose qui est très très utile dans plein plein d'endroits. Donc il ne faut pas non plus le jeter à la poubelle. Non, non, bien sûr, mais je parle de mythe au sens où c'est vrai que nous en avons parfois un rapport magique. Vous parliez du passé. La grande partie de l'intelligence artificielle, elle est pourtant fondée sur des technologies prédictives. elle est capable de prévoir ce que je vais vouloir regarder comme film. Vous-même, en inventant Siri, en créant Siri, pardon, c'est peut-être un terme plus adapté, vous inventer aussi, enfin, vous rentrer dans nos têtes.
Il y avait un livre qui avait été publié qui disait à quoi rêvent les algorithmes. Les algorithmes, comme Siri, peuvent rêver à notre place ? Non, alors les algorithmes ne vont pas rêver, c'est nous qui allons rêver, et justement, c'est nous qui créons. Siri, par exemple, c'est nous qui l'en créons, c'est des humains. Donc, c'est la différence entre la créativité, justement, et ces algorithmes qui ne font que répéter, que remâcher le passé. Mais technologie prédictive. Alors, ça, c'est intéressant, parce que la prédiction, c'est quoi ? Ce n'est pas autre chose que des statistiques, et donc les statistiques, elles sont basées sur des données.
Et les données, elles sont passées, c'est parce que les choses se répètent. On dit souvent, l'histoire ne fait que se répéter. Ah ben, c'est la vérité. L'histoire ne fait que se répéter. Donc, je regarde le passé, et en fonction de ce que je vois dans le passé, je peux plus ou moins prédire l'avenir, avec des taux de probabilité plus ou moins bons. Ce n'est pas non plus quelque chose que je ne vais pas vous affirmer. Demain, il va se passer ça.
Vous dites que les intelligences artificielles ne sont pas créatives, et en même temps, on a vu émerger, par exemple, des duos complètement fictifs de différents artistes. On va bientôt pouvoir avoir des acteurs morts qui jouent dans des films et des séries. Ça a d'ailleurs été à l'origine aussi de cette longue grève des scénaristes et des acteurs à Hollywood. Donc, elles ne sont pas créatives, mais quand même un peu, non ? Et surtout, qu'est-ce qu'on fait des droits d'auteur là-dedans ?
Alors, c'est des questions complètement différentes. Donc, ce qu'il faut comprendre, c'est qu'effectivement, je peux demander à ce que ça imite quelque chose qui existe déjà. Un acteur mort, il existait. Donc, je peux demander à imiter ça. Et ça, c'est relativement facile. Mais je peux aussi demander à imiter un scénario qui a été déjà plus ou moins, et puis ça va remâcher quelque chose, et ça va générer. Il faut bien faire attention entre générer et créer. D'accord ? Ça peut générer plein de choses. Donc, il faut respirer un tout petit peu pour comprendre que ces IA, elles ne créent rien, mais elles peuvent générer n'importe quoi quand je le demande. Quand je le demande.
Dis, Siri, je te demande. C'est comme ça que souvent on fait marcher. D'ailleurs, j'ai allumé mon téléphone. Je vais immédiatement l'éteindre. Jean-Yves, bonjour. On fait le standard d'Inter. Jean-Yves, vous êtes avec nous et avec Luc, Julia. Vous nous appelez de la Seine-sur-Mer. Vous avez une question pour notre invité ?
Oui, d'abord, je voulais remercier votre invité d'avoir créé Siri parce que moi, je suis malvoyant et donc j'utilise en permanence Siri pour lui demander des informations, pour lui demander de passer des coups de téléphone. Voilà. Et je voudrais, si possible, que Siri soit encore plus développée pour nous aider, nous, les malvoyants et les non-voyants, dans notre vie quotidienne. Et puis, je voudrais aussi demander à ce que Siri soit un peu plus précis dans ses termes puisqu'il y a quelques jours, je demande à une amie qui habite comme moi dans la région toulonnaise, si elle veut venir manger un aïe au lit vendredi avec moi.
Et Siri lui a dit, est-ce que tu veux venir vendredi au lit avec moi ? Voilà. Vous avez été d'accord peut-être ? Voilà. Donc, je pense qu'effectivement, les algorithmes ne sont pas habitués à connaître l'aïe au lit. Mais bon, l'aïe au lit est utilisé beaucoup en Provence. Voilà.
Merci infiniment, Jean-Yves, pour votre témoignage. Au boulot. Au boulot, Luc, Julien. Il y a toujours des erreurs, c'est clair. Manger de l'aïe au lit vendredi avec moi. Est-ce que tu veux venir dans mon lit vendredi ? Oui, c'est une ambiguïté. C'est quelque chose que ces machines ne comprennent pas. Encore une fois, les machines ne comprennent rien. Elles ne font que générer des choses qui sont basées sur les probabilités. Et la probabilité d'aller au lit est certainement beaucoup plus importante que la probabilité de manger de l'aïe au lit. Mais on arrivera forcément un jour au moment où Cyril ne se trompera plus. Non. Non ? Non, c'est juste pas possible.
Nous, on se trompe toujours aussi. Donc, ces perceptions, c'est très, très, très compliqué. Donc, il y aura toujours des ambiguïtés. Il y aura toujours des moments où ça se trompe. Justement, quand on fait croire au fait que ces machines peuvent être parfaites, c'est une grande erreur. Autre question. Bonjour, Catherine.
Oui, bonjour.
Merci de participer au 6-9.
Merci à vous. Voilà, ma question est la suivante. Déjà, pour poser le principe, je suis enseignante en art plastique. Et je voudrais dire que cette question de limitation, en fait, par la machine et les algorithmes me conduit à deux remarques. Un, j'aimerais savoir quel est le plus civilisationnel et culturel et humain qu'ont apporté ces machines. Et deux, je me sens réduite en tant qu'enseignante à devoir utiliser tous les process qui sont justement anti-créatifs. Donc, je suis gênée et j'ai l'impression que tout ça n'est qu'une entourloupe générale juste pour faire beaucoup d'argent sur le travail des gens.
Merci pour votre intervention. Luc-Julien ? Moi, je pense qu'il faut faire un peu attention d'être complètement réfractaire à l'outil. Il faut bien considérer que ces machines ne sont que des outils, justement. Donc, on respire un tout petit peu parce que, comme je disais, elles ne sont pas créatifs et la créativité reste toujours du côté de l'humain et en particulier du côté de l'art ou des arts graphiques ou audio, etc. Ce que je trouve très intéressant, moi, dans ces machines-là, c'est exactement ce qui s'est passé, par exemple, avec Photoshop il y a 20 ans, 25 ans. Le logiciel de retouche de photos. Exactement.
Donc, ce qu'il y a, c'est que moi, si je suis créatif, je vais pouvoir utiliser cet outil pour justement exprimer d'une manière différente ma créativité. Par exemple, je peux demander à quelque chose comme mid-journée, je peux lui demander « dessine-moi une vache verte sur la tour Eiffel ». La vache verte sur la tour Eiffel, il va me générer des vaches vertes sur la tour Eiffel qui ne vont pas avoir exactement l'image mentale que j'en avais, mais qui vont me permettre de créer, moi, cette vache verte sur la tour Eiffel.
Donc, pas de différence pour vous, Luc Julia, entre ce que faisait Léonard de Vinci quand il a inventé un faux lion, un robot lion pour divertir François 1er, pas de différence entre ce que faisait, d'après la légende, Descartes qui perd sa fille et qui crée un automate qu'il appelle Francine et ce qui se passe aujourd'hui avec les robots que nous voyons et qui nous sidèrent par leurs nouveautés. Non, pas du tout. C'est la même chose. C'est la continuité, c'est une évolution normale des technologies.
Alors, on l'a entendu avec notre auditrice, il y a des réserves, évidemment, sur l'intelligence artificielle et la semaine dernière, les 27 États membres de l'Union européenne se sont mis d'accord pour réguler l'intelligence artificielle, protéger les données personnelles des utilisateurs, prévenir les risques en matière de sécurité, d'éducation notamment. Il faudra mentionner ce qui est le fruit d'une intelligence artificielle ou pas sur les photos, sur les clichés. Emmanuel Macron a parlé du risque d'écraser les innovateurs européens sous une réglementation trop lourde. Vous êtes d'accord avec lui ?
Oui, je suis complètement d'accord avec lui. Il faut faire très, très attention de ne pas se couper les ailes en interdisant des choses. Vous savez, dans les années 80, je pense, ce que c'était, je ne me rappelle plus exactement, on avait interdit la génétique, la manipulation génétique. C'est une erreur fondamentale. Ah oui ? Ben oui, c'est une erreur fondamentale parce qu'évidemment... On avait peur. Mais on avait peur, justement, c'est ça le problème, c'est qu'on a peur de technologies, mais il faut avoir peur des applications de technologies.
Donc évidemment que je ne veux pas faire de l'eugénisme mais il y a des applications qu'on voit ça avec la génothérapie aujourd'hui qu'il fallait définitivement autoriser. Et donc on a pris du retard parce que c'était interdit de le faire ici en France. Si on fait la même chose avec l'intelligence artificielle, ça va être la même chose. Donc il faut interdire les applications, il faut les comprendre déjà et après on peut interdire ces applications mais pas la technologie.
Mais il ne s'agit pas de l'interdire, mais par exemple mentionner sur une photo que c'est le fruit de l'intelligence artificielle. Le pape en doudou, n'en précise.
Et là, je rebondis sur ce que vous avez dit, je n'ai pas répondu sur l'IP, sur la propriété intellectuelle. Eh bien oui, il y a des problèmes là. Et effectivement, ces gros gros modèles qui utilisent des choses qui ne sont pas à eux et qui après ressortent, ça c'est un problème. Donc il faut effectivement savoir quelles sont les données sur lesquelles ces choses sont entraînées et quelles sont les choses qui appartiennent vraiment à ceux qui créent ces modèles. Donc c'est ça qu'il faut mettre en avant. Mais il ne faut pas voler les choses. Donc ça, c'est effectivement quelque chose qu'il faut répréhender. Mais sinon, dire que je vais...
C'est dans la loi européenne dont on parle, il y a quatre niveaux et le dernier niveau, c'est une interdiction. Et donc l'interdiction, c'est ça qui nous embête et je pense que c'est ce que voulait dire le président Macron aussi. Il y a Daniel qui lui aussi est non-voyant et qui vous dit, Luc Julia, pour nous, non-voyants, Siri, c'est un nirvana ce que vous avez créé avec Steve Jobs dans la Silicon Valley. Synthèse vocale, toutes les questions qu'on peut lui poser, il vous fait le meilleur compliment, c'est l'ouverture au monde. Vous savez, c'était exactement... Enfin, franchement, ce n'est pas pour les non-voyants qu'on l'a créé, mais moi, c'est ce que j'appelle les vrais gens.
On voit beaucoup ça comme un gadget, d'accord ? Mais la vérité, c'est qu'on a touché beaucoup de gens, on a eu des centaines de lettres de non-voyants, on s'en a aperçu donc à postériori, on n'a pas fait exprès. Vous n'imaginiez pas au départ, en travaillant avec Steve Jobs et Apple, que ça donnerait ce résultat ? On savait que ça allait aider des vrais gens. On savait parce que le but du jeu, c'était de donner accès à Internet, en l'occurrence, pour tout le monde, d'une manière beaucoup plus facile à travers la voie. C'était ça la première idée en 1997, ça a commencé. Donc très très longtemps.
Mais on s'est aperçu, on a non seulement donné des applications extraordinaires pour les non-voyants, c'est vrai, et on a sauvé des vies. On ne peut pas le savoir, mais on a des gens qui ont été sauvés parce que par exemple, il y a un gars un jour qui réparait sa voiture, sa voiture lui est tombée dessus, il ne pouvait plus bouger, il était complètement bloqué sous sa voiture, mais il avait dans sa poche derrière son téléphone, il appelait Hey Siri, Call 901, appelle les secours, et les secours sont arrivés.
Il y a malgré tout, quand on regarde la question de l'intelligence artificielle telle qu'elle est posée dans le débat public, en gros, deux types de discours qui s'affrontent et on n'en sort pas. Deux grands types de discours qui s'imposent dans le monde de la tech, mais aussi dans nos conversations, il y a ceux qui pensent que l'émergence de la conscience chez l'intelligence artificielle, c'est qu'une question de temps. Elon Musk, par exemple, en fait partie, Sam Altman, le père de Chad GPT également, et puis il y a les autres qui pensent que, comme vous, c'est un fantasme.
Pourquoi est-ce qu'on n'en sort pas de cette binarité, comme si on était incapable, finalement, de se faire une idée de ce qui était nouveau, de ce qui ne l'était pas ? Quand je fais un peu la liste des gens, justement, qui sont d'un côté ou de l'autre, je trouve que la liste des gens de mon côté, c'est beaucoup plus des scientifiques qui pratiquent l'IA. D'accord ? Et puis après, il y a ceux qui en parlent. Elon Musk, Elon Musk, il en parle. Oui. Donc, c'est ça qu'il faut faire attention aussi, à regarder un peu ses sources, justement, là aussi, et regarder qui en parle. Quand c'est des gens comme Yann Lequin ou Aurélie Jean ou des gens comme moi qui en parlent, je pense que...
Yann Lequin qui travaille chez Facebook et qui est l'un des pères de l'intelligence artificielle. C'est moderne, oui, tout à fait. Donc, je veux dire, écoutons les scientifiques et encore une fois, on peut critiquer, on peut débattre, mais bon, quand on voit la liste, encore une fois, je pense que c'est assez clair. Étonnant le nombre d'auditeurs qui nous envoient leurs témoignages. Sylvie qui nous dit je rejoins la personne précédente, mon frère est tétraplégique, il utilise Siri tous les jours dans son quotidien, ça lui permet de faire des choses seul, c'est important pour une personne handicapée.
Vous parliez de Yann Lequin, d'Aurélie Jean, il y a vous aussi, on a beaucoup de talents français dans l'intelligence artificielle. Alors, il y a un fonds qui vient d'être créé par Xavier Niel, notamment pour un laboratoire d'intelligence artificielle. Il y a une start-up française qui réussit, c'est Mistral, qui a annoncé une levée record d'argent de 385 millions d'euros. Est-ce qu'on va avoir, nous, Français, notre chat GPT, est-ce qu'on peut être aussi des champions de l'intelligence artificielle ?
Alors, d'abord, il faut être clair, on est les champions de l'intelligence artificielle dans le monde aujourd'hui parce qu'on est les meilleurs du monde en mathématiques. Il se trouve que, comme je disais tout à l'heure, c'est des mathématiques. Et je ne dis pas ça comme ça en l'air. On a le plus grand nombre de médailles Fields qui est le Nobel des mathématiques. Donc, on est les meilleurs en mathématiques et il se trouve que, comme l'IA, c'est des mathématiques, on est les meilleurs en IA dans le monde. Dans la Silicon Valley, il y a beaucoup, beaucoup de Français qui sont des chefs de l'IA. On parle souvent français, oui, quand on est dans l'IA en tête de l'IA, un Français.
Oui, mais les grandes entreprises ne sont pas françaises. Je vous confirme. Donc, c'est pour ça qu'il y en a qui reviennent et puis c'est pour ça aussi qu'on en forme ici de plus en plus grâce à, depuis 10 ans, la French Tech. On voit émerger, donc justement Mistral, on voit évidemment avec Xavier Niel et QTI ce qui arrive. Donc, évidemment qu'on va pouvoir créer quelque chose ici, en France, en Europe et on va avoir deux. De toute façon, on a déjà, avec Mistral, on a déjà un modèle qui est très intéressant avec ce qui vient de sortir dans les 3-4 derniers mois. Donc, oui, on a des chances de rebondir.
Mais il faudrait qu'on soit meilleur en affaires et qu'on apprenne à rater aussi, peut-être ?
Voilà, c'est ça. Alors, il y a deux choses. C'est que, bon, il y a les sous. Donc, il faut vraiment mettre des sous. Alors, il se trouve que Xavier Niel a plutôt bien réussi dans les affaires. Donc, ils ont mis des sous. 300 millions d'euros, c'est pas mal. C'est pas mal ou c'est très insuffisant par rapport à ce que peuvent investir des entreprises comme Google, par exemple ? On parle des milliards de l'autre côté. Dizaines, centaines de milliards. Voilà, donc, bon, là, 300 millions, mais c'est déjà pas mal. C'est un labo de recherche qui fait, donc, c'est une étincelle et puis on va partir de là. Donc, et j'ai oublié la deuxième partie de votre question.
Non, je disais, il faut qu'on apprenne à rater aussi.
Oui, alors c'est ça. Le problème, c'est que il faut accepter l'échec. Le problème, c'est que en Silicon Valley, on accepte l'échec. Ça fait partie de l'apprentissage. Ici, en France, on est un peu marqué dès qu'on échoue. Qu'est-ce qui nous attend, Luc Julia ? Juste d'un mot. Est-ce que vous pouvez l'imaginer, puisque vous avez été un pionnier et que vous êtes toujours l'un de ceux qui sont en prise avec ce qu'on crée en matière d'intelligence artificielle, est-ce que vous pourriez nous donner, oui, allez, un petit aperçu ? De demain. De demain. Je ne suis pas devin, mais ce que je peux dire, c'est que... Non, mais c'est sur quoi vous travaillez.
Aujourd'hui, ce qu'on peut dire, en tout cas, c'est que ces intelligences artificielles, elles ne sont pas non plus clean-clean, dans le sens où elles utilisent énormément de données, mais aussi énormément d'énergie. Et donc, le futur, et on sait très bien que ce n'est pas quelque chose qui est durable, il va falloir réduire un peu tout ça, être beaucoup plus frugal, beaucoup plus frugo dans la façon dont on crée ces modèles, la façon dont on utilise ces intelligences artificielles, la façon dont on va pouvoir les choisir aussi. Donc, la frugalité est quelque chose qu'il faut se recompenser.
Il y a une question aussi sur ces grandes entreprises qui finalement, c'est l'autorité de la concurrence en France qui alerte. Est-ce qu'elles ne vont pas détourner dans un sens tout ça à leur profit ? C'est elles qui ont l'argent et ça peut donner des ventes groupées, des obstacles à l'accès aux données, des préférences pour elles-mêmes comme on a vu pour Google parfois aussi ?
Mais c'est assez possible et justement, c'est là que moi je ne suis pas anti-régulation. Quand je disais tout à l'heure il faut faire attention à ce que la régulation ne coupe pas les ailes mais en même temps, dans les applications, dans certaines façons, dans certaines méthodes, il faut que la régulation soit là, le régulateur soit là pour empêcher ces méthodes, par exemple, celles que vous venez de décrire. Donc, il faut faire attention mais il faut pour ça comprendre. La chose essentielle au début c'est l'éducation de base.
On ne demande pas à tout le monde de devenir un informaticien ou un data scientist ou quelque chose mais qu'on comprenne et que collectivement on demande, parce qu'on a compris, on demande à nos députés, aux gens qui font les lois de faire les choses correctement. Et qu'ils lisent, par exemple, Luc Julia et votre livre L'intelligence artificielle n'existe pas. On va laisser le dernier mot, Luc Julia, à Pascal. Pascal qui vous remercie d'expliquer les biais, d'expliquer la sémantique, d'expliquer si bien à toutes celles et ceux qui ne sont pas comme nous en train de baigner dans l'IA. Merci de démystifier si bien. C'est un beau compliment.
Oui, c'est exactement ce que je fais depuis des années. J'essaye de faire ça parce qu'en rêver, il ne faut pas mentir. Merci d'avoir été l'invité de France Inter ce matin, Luc Julia. Sous-titrage Société Radio-Canada