La grande interview d'Alexis de la Fléchère avec Aurore Bergé
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Europe 1. La grande interview Europe 1 C News, Alexis Delaflécher.
La grande interview sur C News et Europe 1 avec ce matin Aurore Berger. Bonjour à vous. Vous êtes ministre chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations. On va revenir bien sûr pendant cette interview sur l'antisémitisme dans notre pays, sur le racisme anti-blanc, la loi intégrale également, que vous portez contre les violences faites aux femmes et aux enfants. On va parler des incendies bien sûr. C'est une grande préoccupation des Français. Mais d'abord Aurore Berger, ces images impressionnantes. En Espagne, à Ceuta, 1500 migrants sont entrés illégalement en quelques heures.
Les autorités espagnoles estiment qu'une récente décision de justice qui interdit les refoulements immédiats des migrants arrivés par la mer a pu créer un effet d'appel. Giorgia Meloni, première ministre italienne, a réagi. Elle veut suspendre l'Espagne de l'espace Schengen. Est-ce que, par exemple, quand on voit ces images, je l'ai décrit quand même aux auditeurs d'Europe 1, on voit vraiment ces milliers de personnes arriver sur la côte ? C'est absolument incroyable.
Ce sont des images presque de chaos. En tout cas, des images qui sont très impressionnantes. Et j'imagine que tu as aussi interpellé un qui était d'abord en Espagne. C'est aussi la politique qui est menée par le gouvernement espagnol en matière migratoire. On sait qu'il y a eu des volontés d'arriver massive sur le territoire. Il y a eu une régularisation d'un demi-million de personnes. C'est là où on voit qu'on a la nécessité de continuer à avoir une coordination, qui est une coordination européenne.
Parce que si on a des écarts-types très importants entre les États sur des volontés de régularisation et de régularisation massive, la France n'a jamais eu, et ne fera en tout cas pas sous notre impulsion, des régularisations massives de centaines de milliers de personnes. Parce qu'il y a le risque, évidemment, que ça crée ensuite cette volonté d'augmenter encore le volume d'immigration. Donc, c'est là où on a besoin d'avoir une coordination. Ce qu'il faut, c'est déjà comprendre s'il y a un trou dans la raquette en Espagne. C'est-à-dire, vraisemblablement, ils disent eux-mêmes qu'il y a une décision de justice qui crée une difficulté.
C'est déjà de la résoudre et de la résoudre dans les meilleurs délais. Parce que l'Espagne, c'est l'une des portes d'entrée majeures, évidemment, sur le continent européen. Et donc, on ne peut pas accepter un risque de passoire, en fait, au sein du continent européen et via l'Espagne, bien sûr. Donc, sur l'espace Schengen, la première ministre italienne... On a besoin de cette coordination. Elle-même, elle a fait aussi des régularisations extrêmement importantes sur les questions d'immigration économique. Des centaines de milliers de personnes qui ont été régularisées...
Sans forcément donner la nationalité italienne.
Oui, mais en tout cas, elle a permis l'entrée massive. Donc, c'est là où, vous voyez, on a besoin qu'il y ait cette coordination très claire européenne sur la question de l'asile, sur la question de l'immigration économique, sur la question aussi des flux d'immigration qui sont là, manifestement, de l'immigration absolument illégale. Et oui, dans ces cas-là, il y a peut-être des choses à regarder. Est-ce qu'il y a des choses à temporairement bouger ? En tout cas, ce qui est certain, c'est qu'il faut qu'on ait une coordination encore plus efficace et efficiente.
Il faut continuer la lutte contre les passeurs, que les ONG en question fassent aussi attention. Parce qu'il y a une grande enquête du Figaro qui dit que parfois, il peut y avoir des collaborations entre passeurs et ONG. Il faut être intraitable avec les passeurs.
On parle de traite des êtres humains. Ceux qui sont en cause, ce sont d'abord les autorités qui ne savent pas réguler et qui ont permis ce flux massif qui est arrivé en Espagne. C'est d'abord cette responsabilité qui doit être engagée, comprendre aussi qui a permis leur arrivée. Et on le sait, nous avons des réseaux qui sont des réseaux ensuite de criminalité, souvent, qui sont derrière et qui sont de la traite des êtres humains parce que ce sont des personnes qui donnent tout pour pouvoir partir et qui ensuite sont attrapées dans des réseaux dont ils n'arrivent plus ensuite à s'échapper.
Et donc, on a évidemment cette nécessité, y compris pour des raisons de dignité humaine, bien sûr, d'arriver à continuer à avoir une politique absolument intraitable à leur égard.
– Revenons en France, Aurore Berger, j'ai été à cette place toute la semaine. Il y a de l'espoir quand même ce matin sur le front des incendies en Gironde. Le feu est toujours là, mais hier, des milliers d'habitants de neuf communes au nord-ouest de Bordeaux ont pu rentrer chez eux. L'A63 entre Bordeaux et Bayonne a pu rouvrir. En revanche, bon, ça c'est une moins bonne nouvelle, mais il n'y a aucun TGV qui va circuler jusqu'à dimanche au sud de Bordeaux. Le ministre de l'Intérieur a dit hier, on peut penser que le pire est derrière nous. Est-ce que vous partagez ce diagnostic ? Il y a de l'espoir ce matin ?
– Oui, il y a, je crois, de l'espoir qui est revenu. Il faut encore une fois, je crois saluer la mobilisation absolument exceptionnelle. Vous l'avez montré, toutes ces images, tout au long de ces derniers jours, on a vu des femmes et des hommes avec un courage inouï se mobiliser.
Les sapeurs-pontiers, les militaires, les forces de l'ordre, le personnel soignant, parce qu'ils étaient en deuxième ligne, mais cette deuxième ligne, elle était essentielle, parce que quand vous devez évacuer des EHPAD, quand vous devez protéger des populations vulnérables, quand vous devez les accompagner, quand vous avez des femmes enceintes qu'il faut évacuer, on n'a eu aucune mort civile, aucune mort civile, parce qu'il y a eu cette chaîne de protection absolument massive qui s'est mise en place, et je crois qu'il fait l'honneur de notre pays. Et puis, je veux le dire, les agriculteurs, ils sont souvent conspués par certains dans notre pays.
Tout le monde était heureux qu'ils soient au rendez-vous, et qu'ils se mobilisent de manière très massive, des ouvriers en bâtiment. Donc, il y a eu aussi cette chaîne de solidarité, au-delà de celles-et-celles, c'est le travail.
Nos paysans, c'est vrai, on ne va pas revenir sur cette polémique à qui on a envoyé quand même les CRS, à l'époque où ils étaient en colère. Aujourd'hui, on s'allume.
Vous savez, nous, on a fait une loi sur les questions agricoles. Elle a été malheureusement souvent très détournée, alors qu'elle est absolument nécessaire, je crois, pour garantir de continuer à produire en France, tout simplement. Et je crois qu'on voit aussi ce que représente le monde paysan, et ce que représente le monde agricole dans des périodes de crise, où là, tout d'un coup, tout le monde les salue, il ne faut pas le faire qu'en période de crise. Il faut se souvenir qu'ensuite, il faut les accompagner, les accompagner dans le cœur de leur mission et de leur travail.
Alors, je le disais, beaucoup de monde aujourd'hui sur les routes, un drapeau noir ici par bison futé dans le sens des départs dans le sud-ouest. Ce serait dommage de tout gâcher. On ne fait jamais assez de prévention. Oui, vous avez raison. Un mégot par la fenêtre, un barbecue pendant les vacances qui est mal géré, ça peut tourner à la catastrophe.
Dans 9 cas sur 10, les incendies, c'est un départ humain. Alors, vous savez, j'ai l'impression qu'il y a des choses qui sont évidentes, mais finalement, les évidences, parfois, il faut les rappeler.
La préfète l'a dit, c'est-à-dire que même alors qu'on était au cœur des incendies, on a encore retrouvé des personnes qui allaient de manière illégale en forêt, qui jetaient des mégots ou qui allumaient des barbecues, alors qu'on était au cœur d'incendies qui n'ont jamais été aussi massifs, je veux dire presque monstrueux par leur ampleur et par les dégâts et la désolation que ça a pu causer avec des milliers et des milliers d'hectares détruits, des milliers de personnes, des milliers de personnes qui ont dû être évacuées, et pour certains qui ont perdu leurs habitations, dans neuf cas sur dix, ces départs de feu sont des départs humains.
Alors, soit parce qu'ils sont volontaires, et là, c'est criminel, mais ça devient presque criminel aussi, quand c'est soi-disant de la mégarde, parce que la mégarde, ça peut causer les images que nous voyons là, parce qu'à un moment, on n'arrive plus à maîtriser, parce que les vents, parce que les chaleurs extrêmes, parce que l'intensité. Donc oui, il faut évidemment continuer la prévention.
Vous parlez, Aurore Berger, de fermeté. Depuis le début des incendies, 275 personnes ont été interpellées, 31 écrouées, 70%, on le disait, pour des incendies volontaires. C'est les annonces hier de Laurent Nunez, ministre de l'Intérieur. Mais c'est vrai aussi que certains Français se disent que parfois, on n'est pas assez ferme. La peine la plus lourde, prononcée pour le moment, est de 4 ans de prison, dont 18 mois avec sursis. Une sanction infligée par le tribunal de Mont-de-Marsan. D'autres pyromanes ont écopé de 2 ans de prison, ou encore 18 mois, dont 6 fermes, avec possibilité de porter un bracelet.
Est-ce qu'il faut parfois aller plus loin, même quand on est confronté à des personnes qui sont mineures,
Je crois qu'honnêtement, personne ne comprendrait, au regard de la désolation absolue des images qu'on voit encore à l'écran, qu'ensuite on ait des sanctions qui ne soient pas à la hauteur du préjudice qui a été causé. Parce qu'elles préjudicent humains, des personnes qui ont dû évacuer leur domicile, des personnes qui ont perdu leur maison, préjudice financier, parce qu'il va falloir ensuite mesurer l'impact financier, y compris sur l'activité touristique, par exemple, qui a été empêchée au cœur de la saison, et ça veut dire des emplois derrière, qui sont potentiellement menacés.
L'État qui va devoir accompagner, qui va devoir soutenir, donc c'est-à-dire les impôts des Français qui vont être mobilisés, parce qu'évidemment c'est un enjeu, les personnes qui n'ont pas pu travailler dans la période, et puis il y a le dégât écologique majeur. Vous avez 120 000 hectares qui sont partis en fumée, combien de temps pour arriver à restaurer ces forêts-là, le puits de carbone que ça représente, donc oui, je crois qu'on a besoin d'avoir des sanctions qui sont à la hauteur de ce préjudice.
Sur l'excuse de minorité, par exemple, est-ce qu'il faut revenir sur cette excuse de minorité ?
Moi, j'ai déjà eu l'occasion de dire que j'y étais favorable.
D'accord.
Parce que je crois que personne aujourd'hui ne comprend qu'on est sur une loi qui a été composée à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, et les mineurs ont changé. Donc il y a un enjeu, évidemment, de protection des mineurs vulnérables, c'est tout ce sur quoi nous travaillons, et on y reviendra dans le cadre de la loi intégrale, protection de nos enfants et de l'enfance en danger, et des enfants qui sont en souffrance, mais zéro naïveté sur la délinquance, voire sur de la criminalité, y compris quand ça touche des jeunes qui ont, par exemple, 15 ans ou 16 ans.
On le voit bien aujourd'hui, on a eu trop de drames causés par des très jeunes, et on a un rajeunissement, on a un rajeunissement des victimes, parce qu'on a un rajeunissement des auteurs.
Durant la finale de Ligue des Champions, on a vu des jeunes de 11 ans ivres en train de piller des boutiques.
Mais ce qui pose aussi la question de la responsabilité parentale, on a des parents qui sont dépassés, on a aussi des parents qui sont défaillants. Quand on a 11 ans, 12 ans, 13 ans, rien ne justifie qu'on soit livré à soi-même, avec le risque ensuite d'être entraîné. Non, c'est jamais simple, évidemment.
Il y a un certain nombre de mesures nouvelles qui ont été mises en place, qui doivent être mobilisées aussi par la justice, pour garantir que cette responsabilité parentale, elle soit engagée, y compris financièrement notamment, quand il y a des enjeux de réparation, parce qu'il y a eu détérioration, parce qu'il y a eu des préjudices qui ont été causés, parce que c'est toute une chaîne de responsabilité. Ça ne peut pas être que l'État seul la responsabilité, c'est une responsabilité collective, mais c'est d'abord une responsabilité individuelle, et parfois on se repose trop sur les autres, en bout de chaîne, et donc sur l'État en bout de chaîne.
Aurore Berger, on parlait de prévention. Éric Ciotti, le maire de Nice, a proposé, il y a une lettre, adressée au ministre de l'Éducation nationale, il veut un hommage aux pompiers dans les écoles, à la rentrée, pour saluer leur engagement, transmettre le sens du devoir, susciter aussi peut-être des vocations, qui sait ? J'entendais un chroniqueur sur CNews et sur Europe 1 qui parlait, pourquoi pas, à la Sainte Barbe ? La Sainte Barbe, reconnue comme la protectrice des métiers exposés aux risques d'explosion ou d'incendie, incarne à elle seule le courage face aux dangers et la fidélité aux valeurs de solidarité et d'abnégation. Ce serait une bonne idée ?
En tout cas, je crois qu'on n'ait pas la mémoire courte, parce que souvent, on rend hommage, quand on est au cœur de la crise, à celles et ceux qui nous ont protégés, et puis une fois que la crise se referme, chacun reprend le cours de sa vie, ce qui est bien normal, et on oublie. Et je pense qu'il ne faut pas oublier. Il ne faut pas oublier l'engagement de ces femmes et de ces hommes au péril de leur vie.
Le travail du ministre de l'Éducation nationale ?
En tout cas, je crois qu'on a besoin à la fois d'une forme de patriotisme, ce n'est pas un gros moule, patriotisme. On a besoin d'insuffler aussi cette volonté d'engagement. D'ailleurs, on a beaucoup de jeunes sapeurs-pompiers dans nos casernes, c'est-à-dire des très jeunes qui s'engagent et qui ont ce sens-là, aussi du service et du service aux Français. Et je crois qu'encore une fois, on doit se souvenir de l'engagement de toutes celles et ceux qui ont été mobilisés et qui vont continuer à être mobilisés.
Parce que même s'il y a cet espoir qui revient, on sait qu'il y a encore des semaines devant nous pour aller jusqu'au bout de l'extinction de tous les incendies et de tous les départs de ce potentiel.
Et on verra si, à la rentrée, l'idée d'Éric Ciotti est reprise par le ministre de l'Éducation nationale. Autre thème ce matin que je voulais vous soumettre, Madame la Ministre, c'est le racisme anti-blanc. Ça concerne directement votre ministère. Le président de SOS Racisme, Dominique Sopo, estime que l'expression racisme anti-blanc n'a pas de pertinence sociologique aux politiques et qu'elle sert principalement les intérêts de l'extrême droite. Pour le président de SOS Racisme, employer l'expression racisme anti-blanc ne relève pas d'une démarche anti-raciste universelle.
Quand on a vu ce qui s'est passé à Crépaule avec le meurtre de Thomas Perrotto, on a entendu des témoignages sidérants des personnes qui ont dit, on a entendu, on est venu ici pour planter du blanc. On a vu la justice aussi qui finalement a retenu ce terme de racisme anti-blanc. Donc quand vous entendez ça, qu'est-ce que vous lui répondez ce matin au président de SOS Racisme ?
J'allais le dire, il y a eu une décision de justice qui est une première et qui va sans doute faire justement jurisprudence. C'est-à-dire que la justice française a reconnu que le racisme anti-blanc non seulement existait, mais qu'il pouvait ensuite permettre que le pire puisse exister. C'est-à-dire un assassinat. Un assassinat d'un jeune qui a été vraisemblablement ciblé délibérément avec l'assassinat de Thomas Acrépole. Donc je crois que le sujet, ce n'est pas de la hiérarchie. On n'est pas là pour hiérarchiser entre les différents types de racisme. Il y a des spécificités.
Il y a des spécificités historiques, évidentes sur la question du racisme anti-noir et sur la question de l'esclavage et la manière avec laquelle ces stéréotypes continuent à exister. Il y a des débats aussi. Mais il ne faut pas, encore une fois, opposer les racismes entre eux. Il faut qu'on ait ce qu'est la France. C'est-à-dire un pays qui est républicain, un pays qui est universaliste, un pays qui ne trie pas, un pays qui ne hiérarchise pas entre les combats et un pays qui adresse tous ces combats dans le même mouvement et dans le même temps. Ça vous choque ce qu'il a dit le président du souhait de racisme ? Je pense que c'est surtout inutile.
Je pense que c'est inutile, si vous voulez, d'ajouter de la polémique sur la polémique.
On pourrait tous se retrouver sur ce thème.
Il y a du racisme. Il y a même des racismes. On les condamne tous. Et ces racismes, chacun devrait évidemment les condamner. Ils devraient être condamnés avec la plus grande défermeté par la justice parce que c'est une circonstance aggravante. C'est-à-dire cibler quelqu'un à raison de sa couleur de peau, à raison de son identité réelle ou supposée, à raison de son origine. Évidemment que c'est aggravé la manière avec laquelle ensuite vous allez pouvoir commettre un délit ou pire même un crime. Et la justice, encore une fois, dans notre pays, l'a reconnue dans le cas malheureusement du drame qu'a vécu Thomas Acrépol.
Aurore Berger, vous avez réuni hier une trentaine de parlementaires pour préparer une grande loi intégrale contre les violences faites aux femmes et aux enfants. Cette loi, les Français, on a entendu beaucoup parler depuis le meurtre de la petite Liana, 11 ans, dans le Gers, retrouvée morte début juin. Mais elle répond à une réalité qui va bien au-delà de ce drame de Liana. Les chiffres donnent le vertige. Plus de 270 000 femmes sont victimes chaque année de viol, de tentatives de viol ou d'agressions sexuelles. Plus de 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles. Vous parlez d'ailleurs, ce sont vos mots, Aurore Berger, d'un continent de violences. Qu'est-ce qu'on fait ?
Il faut bien mesurer quand on parle des violences sexuelles, que ce soit à l'encontre de nos enfants ou à l'encontre des femmes. On ne parle pas de violences sexuelles qui sont commises à l'extérieur de nos foyers. C'est d'abord ce qui se passe à l'intérieur. Et c'est ça qui est le plus insupportable à entendre. Parce qu'on parle de l'inceste, c'est-à-dire ce que vivent nos enfants de par un membre de la famille, notamment, ou de par quelqu'un en qui ils ont confiance. Et ces agresseurs-là, ils abusent de cet amour et de la confiance que les enfants ont.
C'est le cercle familial qui est le premier lieu de drame dans notre pays.
En fait, ce qui devrait être le lieu le plus protecteur au monde devient parfois, trop souvent, le lieu qui est le plus destructeur. Et l'enfant, évidemment, ne se méfie pas de celui qu'il connaît. Il ne se méfie pas de celui qu'il aime. Il ne se méfie pas de celui qui devrait le protéger et qui faillit à ce devoir de protection. Et pire, qui en abuse. Et de la même manière, une femme victime de violences sexuelles, dans 9 cas sur 10, elle connaît son agresseur. C'est un ancien conjoint, compagnon, un prétendu ami, un collègue. Donc, il faut avoir bien en tête ces réalités. Et donc, ce qu'on veut faire avec les parlementaires, avec l'association sur la loi intégrale, c'est quoi ?
C'est à la fois une affaire police-justice, c'est-à-dire, il y a évidemment un certain nombre de mesures encore à renforcer, de quantum des peines à renforcer, mais c'est une affaire de société. C'est un fait de société. Et comme c'est un fait de société, ça veut dire que ça doit irriguer tous les pans de la société pour détecter, pour repérer, pour accompagner les victimes. Donc, ce qui se passe au sein de l'éducation nationale pour pouvoir comprendre ce que nos enfants ont à vivre et pour très vite le révéler.
Ce qui s'est passé dans le territoire scolaire à Paris également.
Évidemment, la question de la formation de toutes celles et ceux qui sont au contact de nos enfants, ça, on l'a déjà mis dans la loi sur la protection de l'enfance. Vous savez que, malheureusement, d'ailleurs, la gauche s'est opposée à la perpétuité pour les violeurs en série d'enfance, ce qui est quand même absolument invraisemblable. On parle d'enfants qui ont subi un certain nombre de viols. Les violeurs en série d'enfants, il faut le redire, la gauche s'est opposée.
Le texte est passé et je vais le dire aussi aux parents, le texte, il permet justement de rassurer les parents parce qu'il y a beaucoup de parents inquiets, inquiets de mettre leurs enfants dans une colonie de vacances, de les envoyer au périscolaire, dans un centre de loisirs. L'immense majorité de ces personnels sont formés et désormais, dans la loi, nous renforçons tous les contrôles qui sont faits à l'encontre et à l'égard de celles et ceux qui sont au contact de nos enfants. Nos enfants, c'est les plus vulnérables. On parle en permanence de principes de précaution. S'il y a bien une matière où il devrait y avoir un principe de précaution absolu, c'est évidemment avec nos enfants.
Donc oui, on va faire cette loi intégrale pour aller au bout de tout ce qui doit être fait dans la loi, de tout ce qui doit être fait à l'extérieur de la loi et on l'examinera dès début octobre.
J'ai envie de dire mieux vaut tard que jamais mais après le drame de l'IANA, la justice a lancé un vaste réexamen des procédures concernant les violences sexuelles sur mineurs. Près de 70 000 dossiers ont été passés en revue conduisant à près d'un millier d'incarcerations. C'est énorme. On ne se réveille pas un peu tard ?
Non, déjà parce que vous le savez, depuis 2017, on a énormément légiféré sur le sujet et on a en grande partie changé la zone sur ce qui se passe concrètement. On a aujourd'hui des lieux qui existent dans tous les départements pour accompagner, pour repérer, pour détecter. Mais oui, il faut que ce soit un réveil de l'ensemble de la société qui prenne la mesure En tout cas, je l'espère. Je l'espère parce qu'il s'est passé quelque chose dans la société. Il s'est passé quelque chose, je crois, pour chaque Français qui a mesuré l'ampleur. Vous avez rappelé les chiffres encore une fois et ces chiffres doivent nous interpeller et l'objectif, c'est surtout que ça diminue.
C'est-à-dire qu'on arrive à accepter qu'il y ait surtout moins de violence dans notre société. Aucune société ne peut accepter, ne peut se contenter de l'idée qu'on continue à adresser ce niveau de violence à l'encontre et à l'égard de nos enfants. Et donc oui, ça c'est la responsabilité à la fois de l'État mais c'est notre responsabilité en tant que famille et en tant que société évidemment. Donc on fera cette loi mais surtout on aura besoin d'un impact sur l'ensemble des Français.
Elle va être votée quand cette loi ?
Alors on va commencer les travaux parlementaires dès le mois de septembre de manière à aller le plus rapidement possible.
Vous allez être suivi sur ce dossier par les parlementaires ?
S'il y a bien un sujet où j'espère l'être et j'espère que nous le saurons collectivement c'est celui-ci. C'est un travail de co-construction avec les députés avec les sénateurs et j'espère que oui non seulement on ira au bout mais que ça se fera dans un climat qui sera un climat de respect, de confiance qui n'est pas toujours le cas à l'Assemblée nationale et je l'espère même d'unanimité. J'aurais aimé que ce soit le cas sur la protection de l'enfance. Vous voyez ça n'a pas été le cas.
Donc c'est pas si simple ?
C'est jamais simple à l'Assemblée nationale mais on peut y arriver quand on y met beaucoup d'engagement et d'énergie.
Et on suivra avec attention ce qui se passe à la rentrée. Vous êtes ministre spécialisée dans la lutte contre les discriminations. Il y a une très forte résurgence de l'antisémitisme au revoir Berger dans notre pays. L'affaire Barbara Butch, c'est un DJ qui a dû quitter la scène.
Il a été chassé de scène.
C'est quand même incroyable. Il a été chassé de scène. Amir, un artiste de confession juive qui n'arrive quasiment plus à se produire.
Alors, heureusement il arrive à se produire parce qu'en fait les Français ont envie d'aller voir ces artistes. Les Français ne regardent pas quelle est l'origine, quelle est l'identité, quelle est la religion. Ils aiment ou ils n'aiment pas des artistes et ils ont envie d'aller les applaudir. Et ce qui s'est passé avec Barbara Butch, c'est ça. C'est un tract, un tract signé par la France Insoumise et un tract qui lui a mis des cibles dans le dos pour faire en sorte qu'elle n'ait pas la capacité à aller au bout d'un concert, à aller au bout d'un spectacle. Et elle a été chassée de scène. Elle n'est pas partie de son plein gré.
Elle est partie parce qu'elle a reçu des projectiles, parce qu'elle a reçu des bouteilles en verre, parce qu'elle aurait pu être blessée et que pour sa sécurité, il a fallu qu'elle quitte la scène. Et pire, la France Insoumise s'en est félicitée. S'en est félicitée. Ils se sont félicités d'avoir réussi
à la chasser de scène. Mathilde Panot a dit effectivement qu'elle comprenait qu'on puisse avoir une réaction face aux déclarations de Barbara Butch. Il n'y a rien
qui justifie qu'on chasse de scène une artiste parce que les juges...
Vous avez parlé de la loi Yadant, d'ailleurs. Je ne sais pas si vous soutenez cette loi Yadant.
On a un projet de loi. Je porte un projet de loi sur la lutte contre l'antisémitisme. Je l'ai présenté en juillet dernier. Il sera examiné à la rentrée parce que face à la résurgence de l'antisémitisme, moi, je n'accepte pas les demi-mesures et je veux qu'on aille évidemment au bout de la protection qu'on doit aux Français. Mais là aussi, ça suppose un réveil collectif et je crois que les Français, ils ont été absolument indignés de voir les images, de voir cette femme seule sur scène, cette artiste seule sur scène, chassée de scène parce qu'elle était juive. Elle continue à se produire. Elle s'est produite la semaine dernière. Amir va continuer à se produire.
Comme Sofia Aram va continuer à avoir ses spectacles malgré la vindicte de la France insoumise et je pourrais continuer cette liste d'artistes qui rendent fiers les Français en dépit encore une fois de celles et ceux qui voudraient les faire taire.
Aurore Berger, j'espère que vous aurez raison et que tous ces artistes pourraient se produire. Mais on aura raison parce que je sais que les Français
y sont attachés.
Merci à vous. Merci à vous. Je vous souhaite de bonnes vacances.
Merci. C'est gentil à vous aussi.
Aurore Bergé