Mathis Dumas, guide de haute montagne, photographe et aventurier - Nouvelles têtes
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 0:42OuverteRéponse directe
Est-ce que c'est plus facile de gravir l'Everest ou de redescendre incognito après ces millions de vues ?
- 0:58OuverteRéponse directe
Vous êtes née à Privasse, en Ardèche. Dans ce livre, vous racontez une enfance plus console d'ailleurs que crampon.
- 1:14OuverteRéponse directe
Mais au tout début, c'était quoi ? C'est ça que je n'ai pas compris.
- 3:18OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que l'esprit de cordée ?
- 4:06OuverteRéponse directe
Vous, dans les moments critiques, qu'est-ce que vous écoutez vraiment ?
- 4:49OuverteRéponse directe
Quand vous cadrez, qu'est-ce que vous voulez traquer exactement ?
Temps de parole
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Daphné Burki. Il est 9h50 et nous sommes donc dans le studio de la grande matinale de France Inter. Ma nouvelle tête s'appelle Mathis Dumas. Il est guide de haute montagne, photographe, réalisateur, influenceur. Bon, c'était pas prévu. Et depuis quelques mois, c'est une star. C'est lui qui a emmené le YouTuber Inox Tag au sommet de l'Everest. Une aventure devenue un film, Kaizen, qui a mis le feu au réseau, au cinéma, au salon, au cours de récré. C'est un phénomène, on en est à plus de 45 millions de vues. Et une question qu'on se pose encore, comment ce mec hyper calme, cramponné au réel, s'est retrouvé au cœur d'un des plus gros cartons de l'année ?
Mathis Dumas, c'est peut-être la première star de l'alpinisme 2.0. Et il vient nous parler de l'ascension. C'est un livre qui raconte la sienne d'ailleurs, Mathis. Est-ce que c'est plus facile de gravir l'Everest ou de redescendre incognito après ces millions de vues ?
Je pense que c'est beaucoup plus dur de redescendre après cette magnifique ascension qu'on a fait avec Inox Tag, qui était une aventure humaine incroyable.
Alors, vous êtes née à Privasse, en Ardèche. Dans ce livre, vous racontez une enfance plus console d'ailleurs que crampon. Dans votre vallée, vous dites que vos passions, elles ne vous sont pas du tout tombées dessus en scrollant sur un canapé. Vous êtes allée les chercher. Mais au tout début, c'était quoi ? C'est ça que je n'ai pas compris. Est-ce que c'était un poster ? Est-ce que c'est une image de première de cordée ? Est-ce que c'est un parent ? Est-ce que c'est un crush ?
Non, je pense que c'est plutôt un parent, notamment mon papa, qui voulait vraiment que je trouve un métier passion, parce qu'on sait que la vie est longue et quand on fait un métier qui ne nous plaît pas, ce n'est pas évident. Et moi, j'étais jeune, j'avais 13-14 ans.
Mais quel papa génial !
Et j'avais vraiment du mal à me projeter à ce que je voulais faire plus tard, comme je pense la plupart des jeunes adolescents dans ce pays. Et c'était un peu la période de l'hiver. Et on allait de temps en temps au ski. Et puis moi, j'ai dit, j'adore aller au ski, j'adore aller en montagne. Et en fait, on a cherché, on a fini par trouver un lycée en Morienne, en Savoie. Lycée des métiers de la montagne où on nous préparait à des diplômes professionnels et aussi à un diplôme sportif. Donc qui était accompagnateur à Moyen-Montagne, moniteur d'escalade, pisteur secouriste et avec le diplôme de guide à plus long terme.
Et vous racontez tout votre parcours impressionnant, mais petit voyage quand même dans le temps. On écoute ce fameux moment avec InoxTag, donc pas de spoil, ils ont réussi les gars. Mais voilà, ils sont arrivés au sommet de la montagne, on les écoute.
Merci Mathis, c'est grâce à toi, c'est grâce à moi aussi les gars. Sans les serpains, on n'en a jamais été là. On n'aurait jamais réussi. Mathis, on l'a fait gros. On l'a fait gros.
Kaizen, à la base, c'est l'histoire d'un youtubeur qui veut gravir l'Everest. Et vous voilà devenu figure d'autorité préférée de la Gen Z. Un gamin turbulent qui est devenu un adulte précis. Il fallait raconter aussi dans ce livre que vous avez été un petit con.
Je ne sais pas s'il fallait la raconter, mais ça fait partie du parcours en tout cas. Et c'est bien de remettre le contexte de là où je viens et de là où j'ai grandi. Et effectivement, je pense que quand on est jeune et qu'on a un manque de repères, on ne fait pas toujours les bons choix et les bonnes décisions.
Et alors, on découvre qu'évidemment, l'ascension, ce n'est pas un sport individuel, c'est une discipline collective. Et c'est ce qu'on appelle l'esprit de cordée. Qu'est-ce que l'esprit de cordée ?
L'esprit de cordée, c'est vraiment les valeurs qu'on a de plus cher en montagne. On est relié par le lien sacré de la corde. Et donc, en fait, ma vie repose sur mon compagnon de cordée et sa vie repose sur mes compétences. Et donc, c'est un lien qui est hyper fort et qui nous lie tous les alpinistes les uns aux autres et qui crée des liens forcément qui sont à vie hyper fort.
Ces valeurs, elles sont très, très inspirantes quand on vous écoute et quand on vous lit. On entend ce son. En effet, on est en montagne. On dit que c'est le vent qui décide et vous, vous êtes plusieurs fois passé à moins d'un centimètre de ce que vous appelez la correctionnelle. C'est donc la mort. Vous, dans les moments critiques, qu'est-ce que vous écoutez vraiment ?
Dans les moments critiques, je pense qu'on n'a pas le temps d'écouter grand-chose. On essaye surtout de survivre. C'est plutôt après coup où on se rend compte effectivement qu'on est passé à des moments où ça a été très, très, très, très chaud, comme on dit. Et voilà, c'est des moments qui forcément font partie du parcours et qui nous rappellent aussi qu'on a de la chance d'être en vie et en bonne santé. Et ça fait partie intégrante de la montagne, d'être dans un univers qu'on ne peut pas maîtriser à 100%, où le risque zéro n'existe pas. Et on est obligé de jouer avec ces règles-là du mieux possible.
Vous avez un pied dans la neige, mais vous avez un autre dans l'image. Il y a des photos absolument insensées dans ce livre. Quand vous cadrez, qu'est-ce que vous voulez traquer exactement ?
Le but, c'est de ramener les images les plus fidèles possibles aux expériences qu'on vit là-haut. Et c'est vrai que le côté guide de haute montagne, on emmène des gens en haute montagne. On performe pour eux, on les emmène en sécurité. Et moi, en plus, je vais documenter, raconter leurs histoires ou notre histoire commune à travers des photos, des vidéos, que ce soit le plus fidèle possible.
Et ce parcours, il est hyper inspirant pour vous, chers auditeurs, parce qu'il n'est pas passé par une école de photos, pas de cursus littéraire. En effet, il a appris à filmer sur YouTube, il a fait des études pour apprendre les métiers de la montagne. Et puis, il parle de ses guides de montagne qu'il chérit tellement. C'est très touchant. Et vous avez appris à survivre sur le terrain. C'est quoi votre méthode à vous, Kaizen ? Est-ce que c'est un progrès par jour ? Est-ce que c'est un doute bien entretenu ? C'est quoi votre méthode ?
Ma méthode, déjà, c'est de pratiquer énormément d'activités. Et puis après, ça m'a pris aussi toute ma vie, quasiment, pour arriver au niveau d'expertise que j'ai aujourd'hui. Et l'idée, c'est de ne pas griller d'étapes, d'y aller vraiment.
On dirait que vous avez 102 ans, mais vous avez quel âge ?
J'ai 31 ans.
Voilà. Là, on remet les choses dans l'air. On t'a un petit compliment, ça fait toujours plaisir.
Mais oui, ça se construit vraiment sur toute une vie. Et ça se fait étape par étape. Il faut vraiment aller un pas après l'autre. C'est comme ça qu'on atteint les plus hauts sommets. Et c'est comme ça que j'ai pu construire toute mon expérience.
Vous dites que votre talent, en effet, c'est votre volume de travail. Je vous cite, je vais chercher les choses plutôt que je les espère. Autrement formulé, je n'attends pas que ça tombe du ciel. C'est pas moi, c'est Booba qui l'a dit.
C'est la philo de Booba qui vous parle.
Oui, c'est vrai que c'est un des artistes préférés que j'adore. Les punchlines, elles sont hyper fortes. En tout cas, moi, elles me parlent énormément. C'est un des artistes qui m'accompagnent souvent.
Vous emmenez aujourd'hui des jeunes en difficulté en montagne, des ados, des anciens détenus, des publics qui n'étaient pas censés être là. Qu'est-ce que vous leur dites là-haut quand ils veulent redescendre ?
Alors quand ils veulent redescendre, souvent, ils ont du mal à redescendre. Mais c'est surtout au tout début, en fait, ils pensent qu'ils ne vont pas y arriver. Nous, on est vraiment là pour la mettre en confiance. Et des fois, c'est à l'échelle d'une séance qu'on va se surpasser, à l'échelle d'une semaine ou à l'échelle d'une année, comme on a fait avec Inox Tag. Et voilà, que les jeunes puissent reprendre confiance en eux, qu'ils puissent se surpasser, aller au-delà de leurs limites. Et c'est ça à moi. En tout cas, de voir leur regard et leur sourire une fois qu'on a atteint notre objectif, c'est merveilleux. C'est des moments qui sont extraordinaires.
Bon, on l'annonce ce matin, il y a un Kaizen 2 ?
Alors, pour le moment, il n'y en a pas. Mais s'il y en a un, ce ne sera pas la suite de Kaizen. Ce sera plutôt, on va chercher à faire une aventure humaine avant tout. Et on essaiera de se reprendre.
Il y a du budget. Une dernière dédicace ou une auditrice aujourd'hui ?
Une dédicace aujourd'hui, une dédicace à tous les guides de haute montagne qui peuvent nous écouter ce matin.
Alors, on les embrasse très fort. Où ils sont, on les embrasse très fort. Il s'appelle Mathis Dumas. Le livre s'appelle L'Ascension et ça se passe chez Michel Lafou. Vous croyez que quelqu'un nous écoute tout en haut des Grandes Jorasses, par exemple ?
Est-ce qu'ils écoutent France Inter tout en haut ? Eh bien, des fois, il y en a qui écoutent, oui. Alors, tout en haut, je ne sais pas, mais parce qu'on est quand même dans des ascensions. Mais si, mais si, mais si. Il faut toujours lancer des rumeurs avec Daphné Burkley. Merci à tous les deux.