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ChroniqueFrance Inter (sur YouTube)· 19 juin 2023 4 minComplaisantDivertissementCulture, médias & sport

"Les silences d'Alexandrie" de Michel Gazier - La chronique de Clara Dupont-Monod

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Présentateur

Clara Dupont-Mono est avec nous pour la littérature. Oui, on parlait du Nico Monde justement. Alors, l'abriocher, être drag queen, c'est être un petit peu professeur de glamour. Un petit peu quand même.

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Invité

Bah, ça dépend le personnage qu'on est, mais il n'y a pas que des personnages glamour dans le drag. Mais moi, en tout cas, moi, oui.

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Présentateur

Voilà, et le grand public vous regarde cette émission aussi. Donc, Guillaume Meurice serait certainement le plus mauvais élève, vu comme il est sapé. Et moi, il va de soi que j'aurai les félicitations du conseil de classe. Et Mao, elle aurait le baccalure avec mention. Ça, c'est normal aussi. C'est pourquoi, en tant que professeur de glamour, je vous présente l'abriocher. Un merveilleux roman, très doux et superbement écrit sur le métier de professeur. Il s'appelle Les Silences Alexandrie. Il est signé de Michel Gazier. Et celle qui raconte toute l'histoire, elle est professeur de français.

Et un jour, alors qu'elle débute dans le métier, elle voit arriver dans sa classe une nouvelle élève qui s'appelle Serena. Elle est rousse et elle est très énervée. Sur le formulaire d'entrée à la case père, elle coche le mot « sang ». Elle dit qu'elle est née à Alexandrie, en Égypte. Bon. Et elle lit beaucoup. Et d'ailleurs, le premier devoir qu'elle rend à sa prof de français, c'est un plagiat. La prof, elle repère très vite les passages qu'elle a pompés. La gamine, elle a mis un peu de montagne, un peu de rousseau. Et elle a mis notamment un peu du « Quatuor d'Alexandrie », qui est un grand et beau livre de Laurence Durel. Mais pour autant, la prof, elle ne raboure pas Séléna.

D'abord parce que la môme la touche. Et surtout, en fait, elle l'oblige à réfléchir sur son métier de professeur. Pourquoi au fond, cette prof, elle a choisi ce métier ? Je cite « Envie de partager le savoir, sécurité de l'emploi, longueur des vacances, rien de tout cela dans le fond. » J'aime la formule de Zazie dans le livre « Zazie dans le métro » de Raymond Queneau, qui veut être institutrice pour « faire chier les mômes ». Exactement. Et c'est exactement ça. Toute forme d'éducation, c'est génial comme formule, mais ça veut dire qu'en fait, toute forme d'éducation, c'est d'abord une contrainte. Et que quand on maîtrise la contrainte, alors à ce moment-là, on peut être libre.

Et c'est ça que ne comprend pas Serena, pour qui la contrainte est seulement un obstacle à l'assouvissement de ses désirs. Elle ne voit pas plus loin que ça. Donc elle perturbe les cours, elle fugue, elle répond au prof, elle est insolente. Bon, les années passent, et puis la prof, elle prend de la bouteille, et un jour, elle l'est amenée à diriger un atelier d'écriture. Arrive Serena, avec dix ans de plus, la prof est soufflée, mais la jeune femme lui dit « Ah non, non, moi je ne m'appelle pas du tout Serena, vous devez vous tromper. D'abord, je suis née à Chartres, et pas du tout en Alexandrie, donc vous faites erreur.

» Et dans le texte qu'elle lui rend, dans les ateliers d'écriture, on fait des textes, la prof repère illico un extrait du coiture d'Alexandrie de Laurence Durel. Bon, les années passent encore, un soir, la prof est à un dîner, son voisin de droite est un diplomate, il lui dit « Ah mais vous avez eu ma fille comme élève ! » Et la prof sait aussitôt qu'il s'agit de Serena, censée donc ne pas avoir de père. Donc, elle devrait s'en détacher, elle devrait se dire « Bon, j'ai eu une élève mytho, qui visiblement n'a pas terminé sa crise d'ado, et qui continue à brouiller les pistes, mais en fait elle n'y arrive pas.

» D'abord parce qu'elle apprend que Serena a fait une tentative de suicide, et ensuite parce qu'elle se demande « Cesse-t-on jamais d'être l'enseignant qu'on a été ? » Et plus loin elle dit « Il restait en moi cette forme de culpabilité de l'enseignante face à un élève perdu. » Donc en fait, ce qu'elle explique en creux, c'est qu'être professeur, c'est s'interroger sur la distance, c'est être proche sans être poreux, c'est être loin mais sans être distant, c'est comment est-ce qu'on tend la main mais on n'y laisse pas son bras, et c'est comment créer la confiance sans devenir un confident.

Et la réponse, vous la trouvez dans « Les silences d'Alexandrie » de Michel Gazier qui est paru au Mercure de France.