Poutine : démonstration de force en direct - Elsa Vidal - C dans l'air l'invité - 20.12.24
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 40 %Attaque 30 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 92 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:00OuverteRéponse directe
La ville de Pokrovsk, en Ukraine, est en train de tomber aux mains des Russes.
- 1:00OuverteRéponse directe
Est-ce qu'il faut ne pas écouter les menaces russes, de représailles nucléaires?
- 2:00RelanceRéponse partielle
A vous entendre, pour la Russie, perdre, ça voudrait dire éventuellement recourir à l'arme nucléaire.
- 3:00OuverteRéponse directe
Hier, il a été question du pouvoir d'achat et du panier de la ménagère, comme en France. En Russie, cette problématique du pouvoir d'achat frappe durement les Russes?
- 4:00OuverteRéponse directe
Dans les années 2010, la Russie était tournée vers l'ouest. Aujourd'hui, elle est tournée vers l'Iran, la Corée du Nord et la Chine. Pour les Russes, ce n'est pas le même mode de vie qu'on leur propose.
- 5:00OuverteRéponse directe
B.Al-Assad est à Moscou. Est-ce que ce n'est pas la preuve que l'allié russe n'est pas aussi sûr que ça?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:00E.VidalFait
« Il y a une grammaire de la dissuasion qui est bien éprouvée depuis les années 50-60. »
- 2:00E.VidalPromesse
« Si la Russie perdait de manière incontournable sur le terrain conventionnel, elle pourrait être tentée de recourir au nucléaire. »
- 3:00E.VidalChiffre
« L'inflation, un peu plus de 8 %, qui explose sur certains produits, comme le beurre ou les oeufs, frappe très durement des foyers russes. »
- 4:00E.VidalFait
« Ils s'identifient beaucoup plus à des Européens ou à des Américains. »
- 5:00E.VidalFait
« La Russie n'est pas invincible. Elle est dans un moment très difficile sur le terrain militaire. »
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france.tv access ... - A.de Tarlé: E.Vidal, bonsoir.
Vous êtes éditorialiste internationale et spécialiste du monde russe. La ville de Pokrovsk, en Ukraine, est en train de tomber aux mains des Russes. Voici le témoignage d'un enfant en Ukraine. "Je suis parti avec papa de la ville.
Maman est morte." On a l'impression que la Russie gagne cette guerre qui dure depuis près de 3 ans. - E.Vidal: La Russie progresse dans le Donbass et en direction de Pokrovsk, mais si on compare les gains territoriaux de cette année avec ceux de 2023, ils sont similaires.
Ca se passe sur un temps beaucoup plus court, de 7 à 8 mois, avec une régularité effrayante. Après, il ne faut pas non plus croire que ce n'est pas ce qui va déterminer, même si ça reste un verrou pour une partie du Donbass. - A.de Tarlé: Les Ukrainiens ripostent.
Ils auraient tiré un de ces missiles longue portée français en territoire russe. Pour la première fois depuis l'époque de Napoléon, une arme française a frappé le sol russe. Est-ce qu'il faut ne pas écouter les menaces russes, de représailles nucléaires, quand ils disent: "Nous avons envoyé des signaux.
Nous espérons que ces derniers ont été pris au sérieux." C'est un missile à usage nucléaire. - E.Vidal: Dans le cadre de la dissuasion nucléaire, on doit prendre au sérieux les déclarations et surtout ce type de tirs qui sont des signalements.
Il y a une grammaire de la dissuasion qui est bien éprouvée depuis les années 50-60. Tous les dirigeants concernés par ce conflit suivent le manuel à la lettre. C'est plutôt rassurant.
Il ne s'agit pas de dire qu'il n'y a pas de problème avec le nucléaire, mais un des éléments qui pourraient déterminer la Russie à passer au nucléaire, ce serait s'ils étaient battus sur le champ de bataille conventionnel. Dans les confrontations qu'on a à l'heure actuelle, chars contre chars, infanterie contre infanterie. On est loin de ça.
Pour l'instant, la Russie est plutôt à l'initiative. - A.de Tarlé: A vous entendre, pour la Russie, perdrer, ça voudrait dire éventuellement recourir à l'arme nucléaire. - E.Vidal: Ce n'est pas ce que je dis.
Si la Russie perdait de manière incontournable sur le terrain conventionnel, elle pourrait être tentée de recourir au nucléaire. - A.de Tarlé: V.Poutine était à la télévision russe hier.
Il a fait un grand show de fin d'année de 4 heures 30. Il était assez menaçant, dit-on. - E.Vidal: Je l'ai trouvé ferme, brutal, sur la partie où il a proposé à l'Occident de mener un duel technologique en prenant Kiev.
J'ai trouvé que ça contrastait énormément avec une autre partie de cette intervention, où la réalité s'est infiltrée dans le discours du président, au-delà de l'idéologie, avec des questions sur l'inflation, sur la Syrie, avec l'Occident. Un exercice...
En russe, on parle de "goutte-à-goutte sur le cerveau". C'est un exercice de communication politique comme le FSB en a la recette. - A.de Tarlé: Pour nous, la guerre, c'est loin.
Les Russes craignent une guerre qui se mondialiserait. Deux Moscovites évoquent ce risque d'une guerre plus large. - Le discours m'a donné un sentiment de sécurité.
Il n'y a aucun doute sur le fait qu'il y ait quelqu'un et quelque chose pour nous défendre, et que nous ne devrions pas avoir peur des ennemis. Qu'ils essaient de nous attaquer, mais il vaut mieux ne pas le faire. - Le discours de Poutine nous a effrayés car l'escalade s'intensifie et l'Ukraine ne se tiendra probablement pas tranquille non plus.
Nous nous approchons d'une catastrophe universelle. J'ai peur. - A.de Tarlé: La guerre est très présente dans la tête des Russes.
Ils se préparent éventuellement à une 3e Guerre Mondiale. La vente d'abris anti-atomiques en Russie progresse. - E.Vidal: Il y a tout un contexte réactivé par la diffusion des informations à la télévision, la nature de la prise de parole de V.Poutine, le fait que l'économie russe est en économie de guerre et que la guerre ne peut pas être totalement mise de côté par les habitants.
C'est tout un contexte qui rappelle celui des années 50-60, de la grande confrontation avec l'Occident et les Etats-Unis, quand l'URSS, 15 fois plus puissante que la Russie, se voulait le contrepoids des Etats-Unis, l'autre centre de pouvoir, ce que la Russie de V.Poutine aspire à être. C'est cette projection qui replonge les Occidentaux et les Russes dans cet univers mental où le risque nucléaire était présent partout.
En Suisse, on construisait des abris anti-atomiques dans les jardins. Les Russes en achètent maintenant. - A.de Tarlé: Hier, il a été question du pouvoir d'achat et du panier de la ménagère, comme en France.
En Russie, cette problématique du pouvoir d'achat frappe durement les Russes? Ils pourraient en vouloir durement à V.Poutine. - E.Vidal: V.Poutine a passé un contrat social avec sa société dans les années 2008 qui était "vous abandonnez vos libertés mais la prospérité sera là".
Les prix du pétrole le lui ont permis. Aujourd'hui, l'inflation, un peu plus de 8 %, qui explose sur certains produits, comme le beurre ou les oeufs, frappe très durement des foyers russes qui ont un salaire moyen ou une retraite moyenne très en dessous de ce que nous connaissons. Le filet de sécurité sociale est très fin.
Il est nécessaire, même pour un dirigeant autoritaire, de garder la confiance de sa société et de donner des signes qu'il a compris quelles sont leurs épreuves. - A.de Tarlé: On remplace le beurre par la margarine...
On est entassé dans des appartements collectifs? - E.Vidal: Les standards de vie, en Russie, par rapport à l'Europe occidentale, sont plus bas.
Ils ont connu un rattrapage par rapport aux années terribles des années 90, mais ils sont beaucoup plus bas que les nôtres. La guerre procède à une très grande redistribution. Avec cette inflation incroyable pour les foyers russes, c'est plus difficile pour les plus fragiles.
Si vous avez un combattant qui tombe au champ d'honneur et que la prime est versée, vous avez un gros bonus, mais les gens vivent dans une précarité que nous ne connaissons pas. - A.de Tarlé: Dans les années 2010, la Russie était tournée vers l'ouest.
Il était même question dans les années 2000 qu'elle entre dans l'UE. Aujourd'hui, elle est tournée vers l'Iran, la Corée du Nord et la Chine. Pour les Russes, ce n'est pas le même mode de vie qu'on leur propose. - E.Vidal: Ce n'est pas un désir de la Russie.
C'est une impulsion du ministère des Affaires étrangères et de la présidence. Pour la plupart des Russes, ils sont inquiets des relations avec l'Occident et de ces coupures. Ca fait partie des motifs qui pourraient justifier à leurs yeux la conclusion d'une paix le plus tôt possible, la reprise des relations avec l'Occident.
Il n'y a pas de désir chez la population russe de rejoindre la Russie, les Brics, l'Iran. Ils s'identifient beaucoup plus à des Européens ou à des Américains. - A.de Tarlé: Il y avait un allié, la Syrie.
B.Al-Assad est tombé. V.Poutine en a parlé hier en disant qu'il ne l'avait pas encore vu, qu'il le verrait prochainement, mais que ce qui s'était passé en Syrie n'était pas une défaite.
Etait-il embarrassé? - E.Vidal: Très.
Les dirigeants russes savaient très bien qui était B.Al-Assad et ne l'aimaient pas, mais la question n'était pas là. La Russie a été l'héritière de l'Union soviétique et s'est engagée aux côtés du régime du père et du fils Assad pour contrecarrer l'axe américain au Proche-Orient, c'est-à-dire les pays comme l'Egypte ou Israël, qui étaient alignés sur la politique américaine ou alliée.
La Syrie était un moyen de parler aux Etats-Unis avec des bases sur la Méditerranée très importantes, mais pas non plus déterminantes pour le futur russe. C'était surtout un moyen de rétablir la Russie sur la scène internationale, comme égale des Etats-Unis. - A.de Tarlé: B.Al-Assad est à Moscou. - E.Vidal: Absolument.
Son fils aîné est diplômé de l'université de Moscou. Il y a de vrais liens avec le régime. B.Al-Assad n'est certainement pas en très grande sécurité à Moscou.
Il pourrait être l'objet d'un deal dans le futur. - A.de Tarlé: Est-ce que ce n'est pas la preuve que l'allié russe n'est pas aussi sûr que ça?
Les Russes ne sont pas venus voler au secours de B.Al-Assad. Pour les dictateurs africains qui comptent sur le soutien de Poutine, ça peut les interroger. - E.Vidal: C'est très important de rappeler que la Russie n'est pas invincible.
Elle est dans un moment très difficile sur le terrain militaire et ne peut pas se porter au secours...
Elle n'a pas pu combattre à la place de l'armée syrienne. Si l'armée syrienne avait combattu, les Russes l'auraient peut-être soutenue, mais la Russie n'a pas la possibilité de sauver un régime. Les Brics, qui sont censés remplacer l'ordre occidental...
Les Turcs, les Iraniens et les Russes sont en énorme compétition au Moyen-Orient. Ils sont censés renouveler l'ordre mondial et ils sont